Joan. VI
entériner leurs requêtes, pour leur donner ce qu'ils demandent en un temps plus convenable, ou en une manière plus avantageuse, ou pour les obliger de la demander avec plus de ferveur, et de persévérer dans leurs prières, et d'accompagner cette persévérance de plusieurs autres actes de vertu, c'est-à-dire, d'humilité, de contîance, de dégagement de leur volonté, de soumission à celle de Dieu et d'autres semblables, comme aussi de joindre à leurs prières des bonnes œuvres, des jeûnes, des aumônes, des vœux et autres actions saintes.
Voilà pourquoi sa divine miséricorde diffère vingt ans à exaucer les prières que lui font saint Joachim et sainte Anne, pour obtenir de lui la bénédiction de la fécondité. C'est afin de leur donner beaucoup plus qu'ils ne demandent. Ils demandent d'être affranchis de la confusion de leur stérilité, et il les veut honorer de la plus glorieuse fécondité qui ait été en tows les siècles précédents. Ils demandent un enfant seulement : et il leur en veut donner un nombre innombrable, en les faisant père et mère de tous les fidèles qui seront dans la terre jusqu'à la fin des siècles, et dans le ciel à toute éternité. Ils demandent un enfant qui soit leur consolation et leur soutien dans les dernières années de leur vie : et il a dessein de leur donner une Fille qui sera l'honneur, la joie, l'amour et les délices du ciei et de la terre. Ils demandent unenfant semblable aux autres enfants d'Adam : et il désire leur donner une Fille qui sera semblable aux Anges en pureté et sainteté, voire qui dès le premier moment de sa vie sera plus ardente en l'amour de Dieu que le premier des Séraphins. Ils lui demandent un enfant pour le nourrir et élever en sa crainte, et pour le disposer à être du nombre de ses serviteurs, si c'est un fils, ou de ses servantes, si c'est une fille : et il leur donnera une Fille qui sera la Mère de son Fils unique, et la Reine de toutes les créatures. 0 bienheureux saint Joachim et sainte Anne, vous avez employé vingt ans
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à prier, à pleurer, à jeûner : et Dieu, par une bonté admirable, a différé à vous accorder ce que vous lui demandiez, afin qu'on puisse dire, et que cela soit publié partouL, au ciel et en la terre, que cette incomparable Enfant que vous avez tant désirée et tant demandée, est le fruit de vos désirs et de vos prières, et que tout l'univers vous ait éternellement l'obligation de lui avoir obtenu de Dieu celle qui est sa réparation, son ornement, son trésor et sa gloire.
Oui, cette divine Enfant est le fruit miraculeux des prières et des soupirs de saint Joacbim et de sainte Anne. C'est le sentiment de saint Epiphane, de saint Jérôme, de saint Grégoire de Nysse, de saint Jean Damascène, et de saint Germain de Constantinople, qui dit1 que c'ont plutôt été les prières et les vœux qui ont fait naître la bienheureuse Vierge, que saint Joachim et sainte Anne.
Quand on veut faire une prière à Dieu qui lui soit très agréable et qui soit toute-puissante auprès de sa divine Majesté pour obtenir ce qu'on demande, il y faut joindre l'aumône ou quelques autres œuvres de charité, l'abstinence et le jeûne, quand on peut jeûner, ou quelque autre mortification, avec la pratique des autres vertus, spécialement d'une totale soumission à la très adorable volonté de Dieu, d'une défiance entière de nous-mêmes et de tout ce que nous pouvons faire, d'une parfaite confiance en la divine Bonté, et d'une profonde humilité.
Car, j'entends le Saint Esprit qui nous enseigne : que la prière de celui qui s'humilie pénètre les nues et les cieux. et quelle ne s'arrête point jusqu'à ce qu'elle soit arrivée nu trône de Dieu, et qu'elle ne part point de là jusqu'à ce qu'elle ait obtenu du Très-Haut ce qu'elle demande : Oratio humiliantis se nubes penetrabit, et donec propin-
1. « Precibus ipsorum annuens, concedit (Deus) sterili feetam, quem praecedentia vota seminarunt, et conjugi fructum quem virtus precesque progerminarunt. » Oral, de Xat. Virg.
quel non consolabitur, et non discedet donec \ llissimusaspiciat1.
Telles étaient les prières de saint Joachim et de sainte Anne. Car elles étaient accompagnées d'aumônes, puisque, comme il a été dit ci-devant, ils employaient les deux parts de leur bien en œuvres charitables ; de jeûnes, puisqu'ils jeûnaient des quarante jours tout entiers, comme Moïse et Élie, ainsi que nous avons vu au chapitre précédent ; de soupirs et de larmes, et de l'exercice de toutes sortes de vertus, particulièrement d'une parfaite résignation à la très sainte volonté de Dieu, d'une totale défiance d'eux-mêmes et de toutes leurs bonnes œuvres, d'une entière confiance en l'infinie bonté de Dieu, et d'une très profonde humilité qui leur faisait porter avec grande patience l'opprobre de leur stérilité.
Ce sont ces prières, ces aumônes, ces jeûnes, ces larmes, ces saintes œuvres, ces exercices de vertu qui ont donné naissance à notre admirable Enfant. Car il était bienséant, disent les saints Pères, que quand il a été question de mettre au monde celle qui devait être la Mère de la grâce, la nature fût aidée et prévenue par la grâce, et que ses parents se disposassent à produire un tel fruit, par des désirs très ardents, par des prières très ferventes, par de saints jeûnes, par des œuvres charitables et par la pratique de toutes les vertus, entre lesquelles nous ne devons pas oublier la très singulière affection qu'ils avaient pour la chasteté, sur laquelle voici ce que la bienheureuse Vierge dit un jour à sainte Brigitte, ainsi qu'il est rapporté au chapitre neuvième du livre premier de ses Révélations2 :