‹ uvres complètes du vénérable Jean Eudes, missionnaire apostolique (volume 5)Chapitre 207 sur 303 · Matth. XVI, 24. — Rom. XIII · texte numérisé non relu

Matth. XVI, 24. — Rom. XIII

SECONDE PARTIE. — CHAPITRE VII .'{."il

est donnée par le Baptême el par les autres sacrements ; c'est l'effet qu'elle doit opérer en nous. Elle nous doit rendre conformes à notre très adorable chef, dont toute la vie a été dans les abaissements et dans les croix. Elle nous doit crucifier avec lui, nous faire mourir à nousmêmes, nous faire haïr tout ce qui nous peut enfler le cœur et nous donner de l'estime, de l'amour et de la complaisance pour nous-mêmes, et nous faire aimer la pauvreté, l'abjection et la mortification. Delà vient que plus elle trouve en nous de perfections naturelles ou acquises, plus elle y trouve d'obstacles qu'elle a bien de la peine à surmonter, à moins qu'elle ne soit très forte : tant parce que les avantages naturels ou acquis nous attachent à nous-mêmes, et nous remplissent d'estime et de complaisance pour nous-mêmes, que d'autant que la croix de Jésus-Christ, qui est l'origine et la source de la grâce chrétienne, est aussi sa fin, puisque cette même grâce nous est donnée pour nous crucifier avec lui. A raison de quoi le centre et l'élément de la grâce chrétienne est dans la croix, c'est-à-dire dans les humiliations, mortifications et dépouillements de toutes choses. C'est là qu'elle opère de merveilleux effets, c'est là qu'elle se conserve facilement ; et elle ne peut subsister dans les choses contraires que par miracle, c'est-à-dire, qu'il faut une grâce extraordinaire et miraculeuse pour vivre chrétiennement dans les avantages de la nature et de la fortune. C'est pourquoi Notre-Seigneur crie que tout ce qui est grand devant les hommes est abomination devant Dieu : grande beauté corporelle, grande force naturelle, grande naissance, grand esprit, grande science acquise, grands honneurs mondains, grandes richesses temporelles, tout cela esl abomination devant Dieu ' et empêchement au salut : à moins que l'esprit et le cœur n'en

1. « Quod hominibus altum est, abominatio est ariU: Deum. •> Luc. XVI, 15.

352 L'ENFANCE \HMIKABLE

soient détachés, et qu'on n'en fasse un saint usage par une grâce extraordinaire.

Voilà la règle générale du christianisme, mais qui soutire une exception au regard de la très sacrée Mère de Dieu, dans laquelle les perfections naturelles non seulement n'apportent aucun obstacle à sa grâce et à sa sanctification, mais au contraire elles y contribuent : dont je trouve deux raisons principales.

La première est, parce qu'ayant eu, dès le moment de son immaculée Conception, la justice originelle qui sanctifie l'homme dans ses perfections naturelles, elle a joui des privilèges de l'état d'innocence, dans lequel les avantages naturels ne mettent aucun empêchement à la sanctification de l'homme. Car la justice originelle ne l'obligeait point de sortir de lui-même, ni de renoncer à soi-même, ni de mourir à soi-même, pour être juste et saint ; mais elle le sanctifiait en lui-même, et en toutes les dépendances et appartenances de son état naturel.

La seconde raison, qui excepte la bienheureuse Vierge de la règle susdite, est parce que la grâce chrétienne était si abondante et si forte dans cette Mère de grâce, et y régnait si absolument, que non seulement il n'y avait rien qui fût capable de lui résister, mais elle faisait tout servir à ses desseins ; et les obstacles qui sont dans les autres, lui étaient des moyens pour arriver à sa fin et pour faire son œuvre. C'est pourquoi Dieu a donné à notre admirable Enfant tous les avantages naturels et toutes les perfections du corps et de l'âme avec excellence.

Voulez-vous voiries perfections dont il a orné son corps virginal? Écoutez ce que disent les saints Docteurs sur ce sujet. Le Docteur séraphique saint Bonaventure , saint Antonin, Richard de Saint-Victor, Denys le Chartreux, le docte et pieux Suarez et tous les autres théologiens sont d'accord qu'entre tous les corps humains, il n'y en a jamais eu de si parfait et de si beau, après le

corps adorable de Jésus, que le très pur corps de Marie. Lés raisons en sont évidentes.

Car, premièrement, c'est un corps qui, selon saint Jérôme, saint Épiphane, saint Jean Damascène et saint Grégoire de Nysse, a été formé miraculeusement et par une vertu surnaturelle, et qui, par conséquent, est un ouvrage du Saint-Esprit, qui n'a omis aucune des qualités les plus excellentes dont il pouvait orner convenablement le corps virginal de sa très digne Épouse. C'est une statue taillée de la main de Dieu, dit saint André de Je-' rusalem : A Deo sculpta statua \

C'est un corps qui n'a rien de la malédiction du péché, dont tous les corps des autres enfants d'Adam sont frappés dès l'instant de leur conception.

C'est le corps de celle qui est destinée pour être la Mère du Sauveur, et qui, par conséquent, doit avoir une parfaite ressemblance avec le corps de son Fils, qui sera formé de son très pur sang. Aussi fut-il révélé à sainte Brigitte que le Fils et la Mère se ressemblaient si parfaitement, selon la figure et les traits du visage, et selon la forme, la grandeur et la composition du corps, que qui voyait l'un voyait l'autre2.

C'est un corps qui a été fait pour être uni à la plus belle et plus sainte âme qui fut ni qui sera jamais, après l'âme déifiée du Sauveur.

C'est un corps dans lequel Dieu est beaucoup plus glorifié que dans le ciel empyrée.

C'est un corps qui est fait pour être le plus vénérable temple du Saint-Esprit et le plus auguste sanctuaire de la très sainte Trinité, après le corps adorable de Jésus, et pour être un ciel vivant, dans lequel toute la plénitude de la Divinité habitera un jour corporellement.

C'est un corps qui est fait pour servir à Taccomplisse-

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