Orat. de Oblat. Virg.— 2. Gant. IV, 8.-3. Psal. XLIV
4. « Gratia sanctificationis non solum repressit in Virgine motus illicitos, sed etiam in aliis eflicaciam habuit, ita ut, quamvis esset pulchra corpore, a nullo concupisci potuit. » D. Thom. in 111 Sent. dist. 3, quaest. 1, art. 2. — « Non solum Virgo aspectu suo lœdebat neminem, verum tanta ejus erat gratia, ut iis quos viseret, integritatis insigne conferret. » D. Ambros. De Institut. Virg. cap. 7.
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cette glorieuse Vierge, que j'apprends de Denys le Chartreux et de plusieurs autres graves auteurs, qui assurent que, depuis sa naissance jusqu'à sa triomphante Assomption, son saint corps a toujours rendu une odeur fort agréable1 ; ce qui est très-probable, car ce n'est pas merveille que le Saint-Esprit ait honoré de cette prérogative le corps vivant de la Mère d'un Dieu, puisqu'il l'accorde souvent aux corps morts de ses serviteurs.
Mais vous plaît- il encore entendre les beaux éloges que saint Jean Damascène donne à ce corps virginal de la bienheureuse Vierge ? Voici comme ce grand Saint lui parle2 :
« Vous avez une vie qui passe les lois ordinaires de la » nature. De quoi il ne faut pas s'étonner, puisque vous » ne l'avez pas reçue pour vous-même, mais pour Dieu. » pour qui vous avez été faite, afin de servir au salut de » tous les hommes, et de coopérer à l'accomplissement » du dessein qu'il avait de faire son Fils homme, et de » faire les hommes Dieux. La partie inférieure de votre
1. « Cur non putetur credibile quod virginea ejus caro dulcem sit sortita odorem?.. » Dionys. Cart. in lib. 1 de Virg. art. 36.
2. <( Vilain natura potiorem habebis. Habebis autem non tibi ipsa ; quippe quse non tui ipsius causa genita sis. Quocirca Deo banc habebis, cujus gratia in mundum prodiisti, ut orbis universi saluti obsequaris, Deique antiquum consilium, nimirum incarnationis Verbi ac nostrœ deificationis, per te impleatur. Appetitus tuus divinis sermonibus nutrietur, hisque pinguesces... tanquam vitae lignum quod fructum vitae dédit prasfinito suo tempore... Oculi semper ad Dominum, perenne et inaccessum lumen intuentes. Aures, ut divinum sermonem audiant, ac Spiritus cithara oblectentur... Nares unguentoruua Sponsi odore deliniuntur... Unguentum enim effusum nomen tuum, inquit Scriptura. Labia Dominum laudantia, ipsiusque labiis adbaerentia. Lingua et fauces Dei verba discernentes, divinaque suavitate ad satietatem usque perl'ruentes. Cor purum et labis expers, Deum videns omni labe carentem, ejusque cupiditate flagrans. Venter ejus domicilium queni nullus locus capit. Lactis ubera, quae Deum :iluerunt, nempe puellum Jesum. Manus Deum gestantes ; ac genua. thronus Gherubim sublimior... Pedes, Dei lege velut lucerna deductiT ac post eum irretorto cursu properantes, donec amatum ad amantem traxerunt. Tota thalamus Spiritus... tota pulchra, tota Deo propinqua. » S. Joann. Damasc. Orat. I de I\~at. B. Virg.
» âme, qui est le siège des passions humaines, n'a jamais » souffert le moindre dérèglement ; mais étant parfaite- » ment soumise à la raison, elle n'a eu que des affections » toutes saintes. Car vous êtes le vrai arbre de vie, qui » ne peut porter que de bons fruits. Vos yeux sont faits » pour regarder toujours le ciel, et pour être continuelle- » ment attachés sur le bien-aimé de votre Cœur. Vos » oreilles ne sont ouvertes que pour entendre la parole » de Dieu et la voix du Saint-Esprit. Votre nez n'est, qu« » pour flairer la douceur des parfums du céleste Époux. » dont le nom est un onguent répandu. Vos lèvres ne » sont employées que dans les louanges de Dieu. Votre » langue ne sait point d'autre langage que celui du ciel. » VotreCœur a toujours été fermé au péché, et n'a jamais » été ouvert qu'à l'amour de son Dieu et à la charité du » prochain. Vos sacrées entrailles sont faites pour être » la demeure de celui qui comprend tout, et qui est in- » compréhensible. Vos bénites mamelles sont destinées » pour allaiter un Dieu enfant. Vos mains sont faites pour » être le carrosse du Roi du ciel, et vos genoux pour être » son trône, et un trône plus élevé que les Chérubins. » Vos pieds ont toujours été éclairés de la lumière de la » loi de Dieu, et jamais n'ont cessé d'avancer jusqu'à ce » que vous ayez trouvé le divin Époux des âmes fidèles, » et que vous l'ayez attiré en ce monde. Entin, vous êtes » le lit nuptial du Saint Esprit ; vous êtes toute belle et » toute proche de Dieu. »
Après cela vous serez bien aise, mon cher frère, de savoir quelle était la forme et la figure du saint corps de la Reine du ciel. Voici comme les historiens ecclésiastiques et autres nous la dépeignent1 . Sa taille était riche. ses cheveux bruns, ses yeux noirs et brillants, ses sour-
1. Le P. Eudes résume ici les descriptions de la sainte Vierge, qui se trouvent dans saint Épiphane, Orat. de laud. Virg. ; Nicéphore- Callixte, Histor. lib. 2, cap. 23 ; Gedrenus, in Compend. Hist. ; saint Anselme, etc.
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cils doucement arrondis, son nez médiocre, ni trop cour' ni trop long, non pasaquilin, mais ayant une petite éminence au milieu, ses lèvres douces et vermeilles, sa face plus longue que ronde, son teint blanc et vermeil comme celui de son Fils Jésus, ainsi que nous allons voir ; ses doigts longs et ses mains belles et bien faites. Son maintien était agréable, son visage sans fard, sa conversation humble, sa robe nette et honnêtement agencée, mais toujours modeste et sans autre couleur que celle de la laine.
Mais voulez-vous, voir le vrai portrait de la Mère de Jésus ? considérez celui qu'elle-même nous a donné de son Fils bien-aimé, en parlant ainsi à sainte Brigitte1 : (( Je veux, dit-elle, vous faire connaître ce que mon Fils était selon le corps, pendant qu'il vivait en la terre. Il était si beau de face, que tous ceux qui le voyaient, quoiqu'ils fussent opprimés de douleurs, en étaient consolés. Non seulement sa vue donnait de la joie aux bons, mais elle bannissait la tristesse du cœur des méchants pendant qu'ils le voyaient. A raison de quoi ceux qui étaient affligés s'entredisaient : Allons voir le Fils dr
1. « Qualis erat secundum corpus in mundo cognosce : Ipse enim tam pulcher i'acie erat, quod nullus videbat eum facie, qui non consolabatur in aspectu ejus, etiam si prœcordialiter dolorem haberet. Justi vero spirituali consolatione consoiabantur ; sed et mali a tristitia sœculi, tanto tempore quo eum videbant, relevabantur. Unde et dolentes dicere consueverunt : Eamus, et Filium Mariée tndeamus, ut salteni tanto tempore relevemur. Anno igitur vigesimo œtatis suae, in magnitudine et fortitudine virili perfectus erat. Inter medios moderni temporis magnus, non earnosus, sed nervis et ossibus corpulentus. Gapilli ejus, supercilia et barba crocee brunea erant ; longitudo barbae palmo per traversum inanus. Frons vero non proeminens, vel mersa, sed recta. Nasus aequalis, non parvus, nec nimis magnus. Oculi vero ejus tam puri erant, quod etiam inimici ejus delectabantur eum aspicere. Labia non spissa, sed clare rubentia. Mentum non erat proeminens. nec nimis longum, sed pulchro moderamine venustum. Maxillse carnibus modeste plenae. Golor ejus erat candidus, claro rubeo permixtus. Statura ejus recta, et in toto corpore suo nulla macula erat ," nunquam super eum vermis venit, non perplexitas, aut immunditia in capillis. » Ile vel. lib. k. cap. 70.
SECONDE PARTIE. — CUAI-ITRE VII 3<il
Marie, afin que nous soyons soulagés pour le moins autant
de temps que nous le verrons.
« En la vingtième année deson Age, il avait la grandeur et la force d'un homme parfait. Il était grand, non pas charnu, mais bien fourni d'os et de nerfs. Ses sourcils et ses cheveux étaient bruns, aussi bien que sa barbe qui était longue comme la paume de la main. Son fronl n'était pas élevé ni enfoncé, mais droit. Son nez n'était ni trop petit ni trop grand. Ses yeux étaient si purs, que ses ennemis mêmes se plaisaient de les voir. Ses lèvres n'étaient pas épaisses, mais teintes d'un vermeil agréable. Son menton n'était ni trop long ni trop élevé, mais bien proportionné. Ses joues étaient modestement pleines de chair, blanches et vermeilles. Sa stature était droite, et il n'y a jamais eu aucune tache ni vermine en tout son corps, ni aucune immondice en ses cheveux. »
C'est ici le vrai portrait du corps du Fils unique de Marie, et par conséquent c'est la véritable description du corps vénérable de la Mère de Jésus : puisque, comme il a été dit ci-dessus, ce même Jésus dit un jour à sainte Brigitte, c( qu'il y avait une parfaite ressemblance entre lui et sa sainte Mère, selon les traits et la forme du visage, et selon la figure et la disposition du corps1. »
Voilà donc quelque chose de la forme extérieure de notre divine Marie et des perfections éminentes de son corps virginal, dont il a été doué dès le temps de son Enfance.
A quoi j'ajouterai encore ceci qui fut révélé à sainte Brigitte, que, pendant qu'elle était en ce monde, personne ne la voyait sans en recevoir quelque consolation, tant son extérieur était plein de grâce et de bénédiction2.
1. « Sicut semen ubicunique seminatur, taies flores germinat quale ■semen fuerit : sic membra mea conformia fuerunt niembris tuis in forma et facie ». lbid. lib. 1, cap. 51.
2. « Nullus fidelis in hoc tenebroso mundo te aspiciebat, qui non aliquam consolationem spiritualem a tua visione sibi infundi sentiebat. » Orat. 4, B. Birg. revelata.
362 l'enfance admirable
Mais ce qui est encore plus digne de louange, c'est qu'elle a fait un très saint usage de toutes ces choses. Car elle a toujours employé tous les dons de Dieu et toutes les puissances de son âme et de son corps pour le service et pour la gloire de sa divine Majesté.
Elle a pratiqué très excellemment ce que le Saint-Esprit devait enseigner longtemps après à tous les fidèles, par la bouche de saint Paul, qui nous exhorte de porter en nos corps la mortification de Jésus, afin que la vie de Jésus soit manifestée en notre chair mortelle1, et de nous comporter en sorte que nos corps soient des hosties vivantes, saintes et agréables à Dieu, qui soient immolées à sa gloire2 ; et enfin, de porter et glorifier Dieu dans nos corps3, par l'amour de la pureté et par le saint usage de nos sentiments.
Écoutons parler là-dessus le saint prêtre Épiphane de Jérusalem, qui nous déclare qu'il a appris ce qu'il va dire des écrits de plusieurs anciens auteurs d'entre les Grecs, qui ont traité de la bienheureuse Vierge. « Il n'y » avait rien, dit-il, de plus agréable à voir que le bel » accord de la douceur et de la gravité qui se voyaient » en cette jeune fille. Car. comme celle là obligeait tout » le monde de l'aimer, celle-ci imprimait un profond » respect dans les cœurs de ceux qui la voyaient. Ses » oreilles étaient toujours ouvertes pour ouïr les bonnes » choses; mais sa bouche pour l'ordinaire était fermée, » sinon quand il était question des louanges de Dieu ou )) de quelque utilité du prochain. Et quoiqu'elle se rendît » affable à tous, et d'une conversation très agréable. » c'était néanmoins avec une honnêteté si pleine de pu-
1. « Semper mortificutioneui Jesu in corpore nostro circumferentes, ut et vita Jesu manifestetur in carne nostra mortali. •► II Cor. IV, 10.
2. « Exhibeatis corpora vestra hostiam viventem, sanctum, Dec placentem. » Rom. XII, 1.
3. « Glorificate et portate Deum in corpore vestro. » I Cor. VI, 20.
SECONDE PARTIE. — CHAPITRE Mil 363
» deur, qu'on découvrait facilement, à la couleur de sou » visage, la disposition intérieure de son âme. Elle était » extrêmement éloignée de tout faste et de tout esprit de » souplesse ; ce qui paraissait clairementen son maintien » et en sa composition extérieure. Car son habit était » toujours simple, quoique net, et sans autre teinture » que celle qui était naturelle à la laine dont elle se » vêtait. En un mot, vous eussiez dit. que sa robe était » la modestie même1. »
0 ma divine Mère, je rends grâces infinies à mon Dieu de vous avoir donné un corps doué de tant de perfections^ desquelles il a été orné dès les plus tendres années de votre sainte Enfance. Mais je loue et bénis encore davantage sa divine Majesté de vous avoir donné la grâce de faire un si saint usage de tous les dons qu'il vous a faits. Offrez-lui, s'il vous plaît, toute la gloire que vous lui avez rendue par le très parfait usage que vous avez fait de tous les sacrés membres de votre saint corps, en réparation de tout le mauvais usage que nous avons fait des sentiments de nos corps. Nous vous offrons ces mêmes corps : offrez-les, s'il vous plaît, et les consacrez entièrement avec le vôtre à la gloire de celui qui a sacrifié le sien pour notre amour.