De Institut, cita et moribus Mariœ
~{fii l'enfance admirable
gée d'une âme très excellente. Plusieurs raisons nous doivent persuader cette vérité.
Premièrement, parce qu*il doit y avoir une grande conformité entre deux choses qui sont unies si étroitement l'une avec l'autre, comme est le corps et l'àme. C'est pourquoi, comme Dieu a donné à notre divine Marie le plus beau corps qui fut jamais, après le corps adorable de Jésus, il lui a donné aussi l'àme la plus noble, la plus belle et la plus parfaite qui fut ni qui sera jamais, après lame déifiée du même Jésus.
Secondement, parce que l'àme de cette bienheureuse Enfant a été faite pour être le plus digne sanctuaire de la grâce divine, et le plus glorieux trône de toutes les vertus chrétiennes.
En troisième lieu, d'autant que l'àme de cette aimable •Enfant a été créée pour être le plus noble instrument du Saint-Esprit, dans tous les exercices intérieurs de la contemplation de l'amour divin, de la sainte charité, de la vertu de religion et de toutes les autres vertus.
En quatrième lieu, parce que l'âme de cette admirable Enfant était destinée pour être le temple le plus auguste, ie ciel le plus élevé et le paradis le plus délicieux de la très sainte Trinité.
En cinquième lieu, comme cette belle àme a été créée pour être l'âme de la Fille aînée du Père éternel, de la Mère du Fils de Dieu, de l'Épouse du Saint-Esprit, de la Mère de tous les chrétiens et de la Reine des hommes et des Anges, et, par conséquent, pour être la Reine, le modèle et l'exemplaire de toutes les âmes, elle doit être ornée de toutes les excellences qui sont convenables à des qualités si relevées.
De là vient que Dieu lui a donné, premièrement, une mémoire la plus excellente qui fut jamais; un entendement le plus éclairé, le plus sage, le plus judicieux qui puisse être ; un esprit le plus vif, le plus pénétrant, le plus fort de tous Ips esprits ; une volonté qui, étant exompte
de la corruption du péché, était parfaitement soumise à tous les ordres de Dieu; des passions en la partie inférieure, qui, ne tenant rien du désordre et de la rébellion que le péché a mise dans les passions des autres enfants d'Adam, étaient entièrement soumises à la raison. En un mot, toutes les autres facultés de la partie supérieure et inférieure de cette âme admirable étaient douées d'une droiture, d'une vigueur et d'une perfection qui n'ont jamais eu rien de pareil parmi les pures créatures.
Que dirai-je maintenant du très saint usage que cette précieuse Enfant a toujours fait de toutes les puissaneesde son àme, dès le premier instant de sa vie? C'est assez de dire que, comme elle a eu l'usage de raison dès le moment de sa Conception, et que dès lors elle a été remplie de grâce, et d'une grâce très éminenle, et qu'elle a été possédée et animée du Saint-Esprit; elle n'a aussi jamais usé d'aucune de ses facultés que pour plaire à Dieu, pour l'adorer, l'aimer et le glorifier, et ce, par le mouvement et la co n duiIe de ce même Esprit.. qui était l'esprit de son esprit, 1 àme de son âme, et le cœur de son cœur.
Écoutons ce qu'elle-même dit un jour â sainte Brigitte1: « Sache, ma tille, lui dit-elle, que mon Eils m a y> honorée et exaltée par-dessus tous les Anges et tous » les hommes ensemble. Car il n'y a aucune perfection » en Dieu dont la vive expression ne paraisse en moi » avec un merveilleux éclat. Je suis sa créature à lay> quelle il a donné sa grâce à un degré beaucoup plus )) éminent qu'à toutes les autres. 11 m'a unie si étroite- •» ment à sa divinité, que quiconque voit Dieu, il me voit » en Dieu, et il voit Dieu en moi. Kt quiconque me voit.
1. « Facta sum Angelis et hoininibus bonorabilior, ita ut nulla sit virtus in Deo, qme non fulgeat in me, licetipse sit fons, et omnium Creator. Ego autem sum creatura ejus, cui gratiam suam concessit prœ oaeteris... Sic appropinquat Deus mihi, quod qui videt Deum. videt me, et qui videt me, Deitatem et humanilaiem videre potest in-
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» il peut voir en moi, comme dans un très beau miroir, » la divinité et l'humanité de mon Fils. Car je suis telle- » ment renfermée et abîmée de corps et d'âme dans la » divinité, et Dieu m'a tellement revêtue et remplie de » ses divines vertus, que toutes ses excellences se » trouvent en moi, comme en leur abrégé. Il m'a donné » un corps et une âme qui sont plus purs que le soleil » et plus nets qu'aucune glace de miroirs; mais la pureté » dont il a spécialement orné mon âme est si grande et » si éclatante, que recevant en moi, comme dans un très » clair miroir, l'image vivante des trois Personnes di- » vines, je les représente aussi parfaitement qu'il est » possible à une pure créature. »
Grâces immortelles soient rendues à la très sainte Trinité, de vous avoir donné une telle âme, ô divine Enfant, et de l'avoir enrichie de tant de perfections; et louanges éternelles vous soient données pour la gloire que vous lui avez rendue, et que vous lui rendrez éternellement, par le très saint usage que vous avez fait, dès votre Enfance, de toutes.l es puissances de votre sainte âme. Offrez, s'il vous plaît, à sa divine Majesté tout cet honneur que vous lui avez rendu par ce moyen, en réparation du mésusage que j'ai fait en mon enfance de toutes les facultés de mon âme ; et m'obtenez la grâce de n'en faire plus aucun usage que pour son amour et pour sa gloire.
me. quasi in speculo, et me in Deo... Nam Deitas conclusit me in se, cum anima et corpore, et implevit me omni virtute, ut non sit virtus in Deo quae non splendeat in me. .. Anima et corpus meum puriora sunt sole et mundiora speculo. Unde, sicut in speculo viderentur très persons, si adstarent, sic in puritate mea videri potest Pater, et Filius, et Spiritus sanctus ». Revel. lib. 1, cap. 42.