‹ uvres complètes du vénérable Jean Eudes, missionnaire apostolique (volume 5)Chapitre 218 sur 303 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

La neuvième Excellence de la sainte Enfance de la bienheureuse Vierge, qui est la grâce prodigieuse dont elle a été ornée.

t a très adorable Trinité ayant envoyé saint Gabriel à la -^ très sacrée Vierge, pour lui annoncer que sa divine Majesté Fa choisie pour concevoir et enfanter le Sauveur du monde, la première qualité et le premier nom qu'il lui donne en la saluant, est celui qui est exprimé en ces paroles: Gratta plena, « pleine de grâce ». Toutefois, ce n'est pas cet Archange qui lui donne ce beau nom; mais il lui parle comme à celle qui s'appelle ainsi. Au lieu de lui dire : Je vous salue, Marie, il lui dit : Je vous salue, pleine de grâce, pour nous donner à entendre que c'est son véritable nom, parce qu'elle est ce qu'elle a toujours été, et qu'elle sera toujours pleine de grâce, quoique cette plénitude soit différente en tous les différents moments de sa vie, à raison de la diflérente capacité de son âme, laquelle de moment en moment s'étendait et se dilatait toujours de plus en plus, à mesure que son amour vers Dieu s'augmentait.

Nous avons vu ci-dessus comme cette bienheureuse enfant a été remplie de grâce dès le premier instant de sa vie, et comme la grâce doublant en elle de moment en moment, par le très parfait usage qu'elle en faisait, elle était arrivée à un si haut degré, dès les premiers jours de sa vie, qu'elle surpassait toutes les grâces des Anges et des Saints. v

Si elle a été si remplie de grâce dès le commencement de sa vie, quel esprit pourrait comprendre, et quelle langue pourrait déclarer les trésors immenses de grâce qu'elle a amassés durant tout le cours de sa sainte En-

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lance ? Car, premièrement, il n'y avait en elle aucun obstacle à la grâce, pour petit qu'il fût, ni de la part, du péché, soit originel, soit actuel, soit mortel, soit véniel, qui n'a jamais eu d'entrée en son âme ; ni du côté de la partie inférieure de son âme, qui était totalement assujettie à la raison.

Secondement, tous les dons du Saint-Esprit avaient pris une entière possession de son Cœur, et toutes les vertus y avaient établi leur trône en souverain degré.

En troisième lieu, toutes ses pensées, paroles et actions, et tous les usages des puissances de son âme et de tous ses sens intérieurs et extérieurs n'avaient point d'autre fin que la seule gloire de Dieu.

En quatrième lieu, elle n'agissait en toutes choses que par le très unique motif du très pur amour de son Dieu, et par le seul désir de lui plaire.

En cinquième lieu, elle exerçait toutes les vertus, et faisait toutes ses actions selon toute l'étendue de la grâce qui était en elle, à raison de quoi celte grâce doublait de moment en moment.

C'est la commune opinion des Théologiens, que les Anges ayant été créés en grâce, se sont disposés, dès le premier instant de leur vie, par quelque acte de vertu, à la grâce qu'ils ont reçue, et que, par un second acte qu'ils ont exercé de toute l'étendue de leur volonté, ils sont arrivés à la plénitude et consommation de leur grâce, et à la perfection que Dieu demandait d'eux. Mais la Reine des Anges ayant reçu une grâce, dès le premier moment de sa vie, qui surpassait celle des premiers Séraphins, ainsi qu'il a été dit par ci-devant, et ayant fait une infinité d'actes de foi, d'espérance, de charité, de religion, d'humilité, d'obéissance, et de toutes les autres vertus, et selon toute l'étendue de sa grâce, et par le mouvement du très pur amour de Dieu, à raison de quoi cette grâce doublait en elle de moment en moment, durant le cours des douze années de son Enfance,

n'est-il pas vrai qu'il faut conclure nécessairement qu'elle est arrivée à un degré qui est incompréhensible à tout esprit humain et angélique, et qu'il n'y a que Dieu seul capable de le comprendre?

C'est pourquoi elle est bien appelée par saint Germain de Constantinople, la couronne des grâces : Corona gratiarum* ; par saint Bonaventure, un ciel et un firmament orné d'un nombre innombrable d'étoiles, c'est-à-dire, de toutes sortes de prérogatives et de grâces : Firmamentum steltis innumerîs adomatum*; par le bienheureux Raymond Jourdain, la trésorière des grâces : Thesaurann gratiàrum3', par saint Jean Damascène, un très profond abîme de grâce: Abyssus gratise prôfundissîma* ; parle même, une mer de grâce : Pelagus gratiàrum* ', par le bienheureux Albert le Grand, une immensité de grâces : Immensa per gratiam. La grâce de Marie, dit encore saint Bonaventure, c'est une grâce très immense : Gratiaimmensisshna6 ; car un vaisseau immense, dit ce saint Docteur, ne peut être rempli que par une chose immense. Or, Marie est un vaisseau très immense, puisqu'elle a compris celui que les cieux ne peuvent pas comprendre.

Enfin, c'est une grâce infinie, parce qu'elle est donnée à notre divine Enfant pour la disposera être Mère de Dieu, qui est une dignité en quelque façon infinie. Je sais bien néanmoins que cette grâce est finie en elle-même, parce que c'est une chose créée, et que tout ce qui est créé est fini. Mais on la peut appeler infinie, parce que la dignité de Mère de Dieu, qui est en quelque manière infinie, est la racine et la mesure de tous les dons, grâces et prérogatives qui lui ont été donnés, même dès son Enfance. C'est la racine et la source d'où elles procèdent, avec laquelle, par conséquent, elles doivent avoir conformité. C'est la mesure sur laquelle leur grandeur et leur excellence

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