‹ uvres complètes du vénérable Jean Eudes, missionnaire apostolique (volume 5)Chapitre 26 sur 303 · CHAPITRE PREMIER Les raisons du titre de ce livre · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER Les raisons du titre de ce livre

Ne vous étonnez pas, mon cher lecteur, si j'ai donné pour litre à ce livre : L'Enfance admirable de la très sainte Mère de Dieu. Car, en effet, cette sainte Enfance est toute pleine de merveilles.

Cette Vierge incomparable n'est pas seulement admirable dans les grandeurs de sa divine maternité, et dans les glorieux apanages de cette très sublime dignité, qui sont sa souveraine puissance, sa très éminente sainteté et sa gloire inénarrable ; mais elle est aussi admirable dans les bassesses et dans les faiblesses de son Enfance. Elle n'est pas seulement admirable dans ses hautes qualités de Fille aînée du Père éternel, de Mère du Fils, d'Épouse du Saint-Esprit, de Temple de la très sainte Tri-

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ni té, de Reine des hommes et des Anges, d'Impératrice da ciel et de la terre ; mais encore en qualité de fille de Joachim et d'Anne. Elle n'est pas seulement admirable en la conception du Verbe éternel, en sa naissance, et lorsqu'elle le porte sur son sein virginal ; mais aussi elle est pleine de merveilles en sa propre conception, en sa naissance, et lorsqu'elle est attachée aux mamelles de sa mère.

Je vois les Anges tout transportés, lorsqu'en la voyant monter glorieuse et triomphante dans le ciel, ils disent avec étonnement : Quelle est celle-ci qui, sortant des déserts de la terre, s'élève avec tant de magnificence vers le ciel, toute remplie de délices, et appuyée sur son bien-aimé1"? Mais j'entends aussi les mêmes Anges qui, l'apercevant, au point de sa naissance, comme une belle aube du jour qui commence à paraître, et qui peu à peu devient luisante comme une lune, puis éclatante comme un soleil, s'écrient avec ravissement : Quelle est celle-ci qui s' avance peu à peu, comme une aurore naissante, quasi aurora consurgens, belle comme la lune, choisie comme le soleil, terrible comme une armée rangée en bataille 2 ?

Nous oyons le Père éternel, qui se plaint amoureuse ment qu'elle a blessé son cœur des traits embrasés de son très pur amour ; et, selon la version des Septante, qu'elle a ravi son cœur, c'est-à-dire, son Fils unique et bien-aimé, lorsqu'elle l'a attiré dans son sein virginal : Hapuisti cor meumz.

Or, par quel moyen l'a-t-elle ravi ? Elle l'a ravi non pas seulement par un regard de ses yeux, in uno oculorum luorum, c'est-à-dire, par les grands actes de vertu qu'elle

1. « Quae est ista quae ascendit de deserto, deliciis affluens, innixa super dilectura suum ? » Cant. VIII, 5.

2. « Quae est ista quae progreditur quasi aurora consurgens, pulchra ut luna, electa ut sol, terribilis ut castrorum acies ordinata ? » Cant. VI, 9.

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