CHAPITRE VII
Le troisième Mystère de la sainte Enfance de la Mère de Jésus, qui contient les figures et tableaux que Dieu nous a donnés de cette divine Enfant, avant qu'elle fût au monde.
tl est vrai que Dieu nous défend de faire aucune image -*- ou ressemblance des choses qui sont au ciel ou en la terre, pour les adorer et pour leur rendre les honneurs souverains, qui n'appartiennent qu'à sa divine Majesté. Mais tant s'en faut qu'il trouve mauvais que nous fassions et que nous ayons des figures ou des peintures des per-
90 l'çnfance admis \v,\.:.
sonnes spécialement qu'il nous commande d'honorer et
d'aimer, qu'au contraire il est le premier à nous lui faire lui-même età nous en donner. Car qu'est-ce, je vous priei
que toute la Loi ancienne, soit naturelle, soit écrite, et toutes les choses qu'elle contient, sinon des figures et des portraits des très dignes personnes de Notre-Seigneur Jésus-Christ et de sa très sacrée Mère, et des divers états et mystères de leur vie ? Omnia in figura eontingebant Mis '.
Le Père éternel a tant d'amour pour son Fils unique et bien-aimé, et pour sa très aimable Mère, qu'il ne se contente pas de nous annoncer leur naissance et leur vie en la terre dès le commencement du monde ; mais il veut nous les dépeindre lui-même en mille manières, et en exposer les peintures et les images aux yeux de tout le monde, pour les faire connaître à tous les hommes, et pour exciter tous les enfants d'Adam à les aimer, aies désirer, et à se préparer pour les recevoir.
Tous les livres sacrés de la loi de Moïse sont pleins de ces ligures et de ces tableaux ; et tous les saints Pères prennent plaisir, dans leurs écrits, à nous les découvrir, ;'i les mettre dans leur jour, et à nous en faire voir l'éclat et la beauté.
Saint (iermain. Patriarche de Constantinople, saint Laurent Justinien, saint Grégoire Thaumaturge, saint Grégoire de Nysse, saint Théodore , évèque d'Ancyre, saint André de Crète, saint Éphrem, saint Ambroise, saint Jérôme, saint Bernard, saint Bonaventure, saint Udefonse, saint Pierre Chrysologue . le bienheureux Pierre Damien, et plusieurs autres, nous annoncent que le Paradis terrestre, l'arbre de vie, l'arche de Noé, la verge de Moïse la colonne de feu qui conduisait le peuple d'Israël dans les déserts, le tabernacle de Moïse, le temple de Salomon, la porte close de ce même
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temple, la montagne de Daniel, d'où fui tirée une pierre qui renversa la statue de Nabuchodonosor, la montagne de Sion, l'Arche du Testament, le Propitiatoire, le jardin fermé, la fontaine scellée, la colombe sans tache 4e l> s entre les épines, l'olivier chargé de beaux fruits, la vigne fertile, le hautcyprès, le palmier élevé, le térébinthe étendu, la verge d'Aaron, latoison de Gédéon, le buisson ardent: ees Saints, dis-je, nous annoneenl que toutes ces choses soûl t\i's crayons delà bienheureuse Vierge, qui est le p;iradis des délices du nouvel Adam ; qui est l'arbre planté de la main de Dieu, pour porter le fruit de vie et de vie éternelle : qui est l'arche du véritable i\oé, par le moyen de laquelle il a sauvé le genre humain ; qui est la verge du vrai Moïse, par laquelle il a l'ail tant de merveilles ; qui est la colonne de feu que Dieu a donnée à son peuple, pour le conduire dans les ténèbres de ce monde ; qui est le tabernacle vivant de la Divinité, et le temple sacré de la liés sainte Trinité ; qui est la porte close à tout autre qu'au Fils de Dieu ; qui est la montagne merveilleuse d'où a été tirée la pierre angulaire de l'Église, laquelle a renversé la tyrannie de Satan ; qui est la montagne de Sion, où Dieu a choisi sa demeure ; qui est l'Arche de sanctification, laquelle a porté en soi le pain des Anges et tous les trésors de la nouvelle Loi ; qui est le Propitia toire et le lieu de refuge où tous les pécheurs ont recours pour obtenir le pardon de leurs crimes ; qui est le jardin Tenue et la fontaine scellée où le serpent infernal n'a jamais eu d'entrée ; qui est la colombe sans fiel, c'est-àdire, sans péché, et le lys tout blanc d'innocence ; qui est l'olivier de paix, chargé des fruits célestes de toute sorte de vertus ; qui est la sacrée vigne produisant le vin qui sanctifie, les vierges ; qui est un cyprès, dont la hauteur et l'excellence s'élève par-dessus tous les cieux ; qui est un palmier triomphant et orné d'un nombre innombrable de victoires, que sa force et sa patience lui ont acquises ; qui est un térébinthe, dont la charité couvre toute
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la terre ; qui est la verge d'Aaron, qui porte la belle tleur du champ, et le très agréable fruit de vie, Jésus-Christ Notre-Seigneur ; qui est la toison de Gédéon, qui a reçu en soi toute la rosée du ciel, c'est-à dire, toute la plénitude de la grâce, dont toute la terre a été ensuite arrosée; qui, entin, est le buisson ardent qui enfante le feu essentiel et éternel, sans en être aucunement offensé.
Les mêmes saints Docteurs nous déclarent encore qu'Eve, Sara, Rébecca, Axa, tille de Caleb et femme d'Othoniel, dont il est parlé au premier chapitre du livre des Juges ; Jahel dont il est fait mention au chapitre quatrième du même livre ; Judith, Abigail, sont autant d'images vivantes de celle qui est la véritable Mère des vivants ; de celle qui est la Mère du vraî Isaac, c'est-àdire, de celui qui est le ris et la joie de sa mère, et le souverain bonheur de l'univers ; de celle /qui a revêtu notre vrai Jacob de peaux de chevreaux, c'est-à-dire, de la ressemblance de la chair du péché, pour nous obtenir par ce moyen la bénédiction du Père céleste ; de celle qui est la digne Épouse du vrai Othoniel, qui veut dire le Dieu de mon cœur, c'est-à-dire, du Saint-Esprit, qui a toujours été le Dieu du Cœur virginal de Marie ; de celle qui a percé et écrasé la tête de Sisara, c'est-à-dire, du serpent infernal : à raison de quoi elle est bénite entre toutes les femmes ; de celle qui, étant la générale des armées du grand Dieu, a mis à néant les ennemis de notre salut : à raison de quoi nous lui pouvons dire, mais avec beaucoup plus de raison, ce qui a été dit à la généreuse Judith : 0 divine Marie, vous êtes la gloire de Jérusalem, la joie d'Israël, et l'honneur du peuple de Dieu1 ; de celle, enfin, qui, par la vertu de ses prières et par le mérite de son humilité et de ses autres vertus,
1. « Tu gloria Jérusalem, tu lœtitiu Israël, tu honorificentia populi nostri. » Judith, XV, 10.