PREMIÈRE PARTIE. — CBAP1TRE VII
apaise la colère de Dieu, et l'oblige de révoquer l'arrêt de condamnation prononcé par sa divine justice contre le genre humain.
Mais vous attendez de moi que je vous i'asse voir des figures et des tableaux de la très sainte Vierge, considérée dans l'état de son Enfance ; c'est mon dessein. En voici trois principaux. ,
Le premier est la petite nuée du prophète ÊJje, dont il est parlé au troisième livre des Rois1 en cette façon : Le peuple d'Israël ayant été affligé, l'espace de trois ans et demi, d'une cruelle famine causée par une sécheresse extraordinaire, le prophète Élie. en ayant compassion, se prosterne par terre sur le mont Carmel, et, après avoir supplié la divine Miséricorde avec une profonde humilité et une grande ferveur, il envoie son disciple du côté de la mer, d'où les nuées et la pluie avaient coutume de venir, pour voir s'il en apercevrait quelque marque. Il y va jusques à sept fois, ensuite de quoi une petite nuée vient à paraître, grande comme le vestige du pied d'un homme, nubecula parva quasi vestigium hominis*, laquelle, sortant de la mer et s'élevant en l'air, s'étend peu à peu et se grossit de telle sorte qu'elle couvre ton le la terre, sur laquelle elle répand une pluie très abondante qui en bannit la sécheresse et la stérilité, et y apporte une affluence générale de toutes sortes de biens.
Voilà la petite nuée d'Élie, qui, selon le témoignage du Vénérable Jean, quarante-quatrième Patriache de Jérusalem 3, est un vrai tableau de la sainte Enfance de la Bienheureuse Vierge. Car il assure que Dieu révéla au prophète Élie qu'une petite enfant, quœdarninfantula, à savoir la bienheureuse Marie, représentée par cette petite
1. III Reg. XVIII, 44 sq. — 2. III Reg. XVIII, 44. 3. Lib. de Tnstit. Monac. cap. 32.
94 l'i mwck admirable
nuée, prendrait naissance de la nature humaine corrompue par le péché, et désignée par la mer.
Voici les rapports qu'il y a entre cette mystérieuse nuée et cette divine Enfant. La nuée d'Élie a été attendue et désirée des Israélites durant les trois ans et demi de la sécheresse : et la petite Marie a été attendue et désirée longtemps de ceux qui attendaient la venue du Messie, et (|iii savaient qu'il devait naître d'une Vierge. La nuée d'Élie est un effet des prières de ce grand Prophète : la naissance de Marie est le fruit des prières de plusieurs saints Patriarches et Prophètes, et spécialement de saint Joachim et de sainte Anne, comme nous verrons ciaprès. Cette nuée sort de la mer, dont les eaux sont umères ; mais au même temps qu'elle en sort, elle perd cette amertume, et ne porte que des eaux fort douces: cette sainte Enfant prend naissance de la nature humaine, qui est toute corrompue et toute remplie du fiel et de l'amertume du péché ; mais des le moment de sa Conception . elle est entièrement affranchie de ce fiel et de cette corruption, et est remplie des eaux de la grâce divine, pleines d'une douceur incroyable.
Cette nuée est semblable aux vestiges -du pied d'un homme, pour nous donner à entendre que le Fils de Dieu doit descendre en notre divine Marie et s'y faire homme, pour répandre la pluie céleste de ses grâces sur les hommes. La nuée du Prophète ne s'aperçoit qu'à la septième fois qu'il envoie son serviteur pour la découvrir : notre bénite Enfant ne prend naissance que dans le septième âge du monde. La nuée d'Élie, fort petite en son commencement, devient peu à peu si grande, qu'elle arrose toute la terre de ses eaux : la fille de Joachim et d'Anne est petite en son Enfance aux yeux des hommes, mais elle arrive peu à peu jusques à une telle plénitude de grâce, et elle étend si loin sa vertu et sa charité, qu'elle remplit tout l'univers de ses eaux vives et vivifiantes. Enfin, la nuée du Carmel est une