PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRjB VU
source de fertilité pour la terre des Israélites, de rafraîchissement pour leurs corps, de consolation pour leurs esprits, et d'abondance de blé, de vin, de fruits et de lou le sorte de biens: et la naissance de la Reine des Anges remplit tout le inonde de joie, et esl l'origine d'une immensité de biens, et un trésor inépuisable de toutes sortes de bénédictions pour tous les enfants de Dieu: Thésaurus inexhaustus hominibus, dit Richard de Saint-Laurent, pénitencier de Rouen, qui vivait il y a quatre cents ans.
La seconde figure de la sainte Enfance de la Reine du eîel c'est la sœur du grand prophète Moïse, qui nous la représente en trois choses. r
Premièrement, en son nom de Marie, en quoi elle a cet avantage, qu'elle est seule qui porte ce beau nom de Marie dans les saintes Écritures, avant la divine Marie, Mère de Jésus.
Secondement, dans les qualités qu'elle porte au regard de son frère Moïse.
Pour entendre ceci, remarquez que le cruel Pharaon, roi d'Egypte, ayant commandé qu'on mît à mort tous les enfants mâles qui sortiraient des Israélites, et la mère du petit Moïse, le voulant sauver, lexposa dans un petit berceau de joncs, le mettant parmi des joncs et des glayeux qui étaient dans l'eau, proche de la rive du fleuve du Nil, dans l'espérance qu'elle avait que quelqu'un le voyant en aurait pitié et le tirerait du péril où il était: Ce qui arriva de la sorte ; car la fille de Pharaon s'étant rencontrée en ce lieu-là, et ayant entendu cet enfant qui pleurait, elle se le fit apporter. Et quoiqu'elle reconnût que c'était un enfant des Hébreux, elle le trouva si agréable, qu'elle prit la résolution de le faire nourrir, et même de l'adopter pour son fils, parce que, étant mariée depuis longtemps, elle n'avait point d'enfants. Alors Marie, la sieur du petit Moïse, âgée, selon Josèphe, de dix ou douze ans, qui, n'étant pas loin, observait ce que deviendrait son petit frère, et qui avait
î)6 l'enfance admirable
été instruite de sa mère de ce qu'elle devait dire et faire, au cas qu'il se trouvât quelque personne qui le voulût prendre, se présenta à la princesse égyptienne, et s offrit de lui trouver une nourrice. A quoi s'étant accordée, elle lui fit venir aussitôt sa propre mère, qui prit ordre de cette princesse de nourrir et d'élever cet enfant. En suite de quoi on peut dire que Marie, sœur de Moïse, n'est pas seulement sa sœur, mais sa mère en quelque façon, sa nourrice et sa libératrice, puisqu'elle a beaucoup contribué à lui redonner la vie qui était comme perdue pour lui, à lui procurer une nourrice, et à le délivrer de la fureur de Pharaon.
C'est ici la seconde chose en quoi elle représente notre admirable Marie, qui est la sœur, la mère, la nourrice et la libératrice de notre véritable Moïse, Jésus-Christ notre Sauveur, qu'elle a conçu, enfanté, nourri, élevé et sauvé de la rage de l'exécrable Hérode, ayant été instruite dès son enfance, par le Saint Esprit, de tout ce qu'elle devait dire et faire pour se disposer à de si grandes choses. |
En troisième lieu, Marie, sœur de Moïse, représente encore notre incomparable Marie en sa virginité. Car plusieurs saints Pères nous enseignent qu'elle est la première de l'ancienne Loi qui a embrassé, par état, la virginité, que notre bienheureuse Vierge a tant aimée qu'elle en a fait vœu dès sou enfance, et même selon plusieurs grands théologiens, dès lors quelle a eu l'usage de raison, c'est-à dire, dès le moment de sa conception : parce qu'elle a connu que le vœu de virginité était plus agréable à Dieu que le simple propos ou dessein de la garder. C'est la première qui a fait ce vœu, et elle est seule qui l'a fait dès le premier moment de sa vie. A raison de quoi on peut bien dire avec le Saint-Esprit, parlant par la bouche de l'Église, qu'elle est Virgo singularis, « Vierge toute singulière » ; avec saint Ildelonse l, que c'est « la