‹ uvres complètes du vénérable Jean Eudes, missionnaire apostolique (volume 5)Chapitre 71 sur 303 · Lib. 1 de B. Virg. cap. 6. — 5. In opuscul. i · texte numérisé non relu

Lib. 1 de B. Virg. cap. 6. — 5. In opuscul. i

était dans les anciennes impressions, sinon qu'on y a apporté de l'altération et du changement ?

Aussi lisons-nous chez Théophile Raynaud1, de la Compagnie de Jésus, que dans une impression qui se fit à Anvers, des œuvres de saint Thomas, en Tannée 1613, chez un libraire nommé Joannes Keerbergius, . celui qui la faisait faire fut accusé devant le Pape Paul V', par un docteur d'Espagne appelé Bernardus de Thoro, qui s'employait pour lors à Home pour l'affaire de la Conception immaculée de la Heine du ciel : accusé, disje, d'avoir corrompu ce que saint Thomas a dit en faveur de cette très pure Conception, dans ses Commentaires sur le premier livre des Sentences, dont nous avons parlé cidessus ; et que Sa Sainteté l'en ayant repris et puni sévèrement, il changea le feuillet qui contenait ce qui était dépravé.

Après cela, si vous nous faites voir quelque autre lieu, dans les livres de saint Thomas, où il semble parler contre la Conception immaculée de notre divine Mère, nous aurons droit de le soupçonner de corruption, vu particulièrement que ce saint Docteur s'explique si clairement dans ses Commentaires sur le premier des Sentences, où il dit que la bienheureuse Vierge a été pure de tout péché, et qu'elle a possédé le souverain degré de la pureté, c'est-à-dire, qu'elle est, comme dit saint Anselme,

1. Tract, de Concept. Textus dubius est, qui invenitur in brevissima Expositione in Salutationem angelicam, ubi in c. 1 baec habentur : h lpsa purissima fuit et quantum ad culpam, quia ipsa Virgo nec originale, nec mortale, nec veniale peccatum incurrit. » Sed plurimxeditiones cum multis codicibus illud « nec originale » non habent ; in aliis vevo codicibus invenitur. Ergo ab aliis aut additum aut omissumest. Prius illud est multo probabilius, quia S.Thomas brevi ante dicit : « Ghristus excellit B. Virginem in hoc quod sine originali conceptus et natus fuit, Beata autem Virgo in originali concepta, sed non nata » ; et iterum : « Peccatum aut est originale, et de isto fuit mundata in utero ; aut mortale aut veniale, et de istis libéra fuit. » Ideo plurimi critici, ut Turrecremata et De Rubeis (De gestis et scriptis S. Thomae, diss. 8, c. 2) illud « nec originale » ut spurium additamentum rejiciunt ». Pescb, 1. c, n. 328.

la plus éclatante pureté qui se puisse imaginer, après la pureté infinie de Dieu : Pervertit ad summum puritatis1.

Et sur le premier encore des Sentences, il parle le même langage qu'il a tenu dans les lieux susallégués, avant le changement qu'on y a fait. Voici ses paroles : Potesl aliquid crealum inveniri, c/no nihilpufius essepotest in rébus crealis. El talis fuit puritas beatse Virginis, gusea peccata originali et actuali fuit immunis : « On peut trouver quelque créature si pure, qu'il ne puisse rien être de plus pur parmi les choses créées. Telle a été la pureté de la bienheureuse Vierge, qui a été exempte de tout péché originel et actuel2. »

Ou bien, si saint Thomas parait contraire à saint Thomas, on peut dire, et ceci est bien probable, qu'il a voulu imiter saint Anselme, Albert le Grand, saint Bonaventure, et son maître Alexandre de llalès, qui après avoir été dans l'opinion de ceux qui tiennent que cette Vierge

1. « Augmentum puritatis est seeundum recessum a contrario, et quia in B. Virgine fuit depuratio ab omni ~peccato, ideo pervenit ad summum puritatis, sub Deo tamen, in quo non est aliqua potentia defieiendi, quœ est in qualibet creatura, quantum in se est. » S. Thomas, In 1, dist. 17, q. 2, a. 4. L'Immaculée Conception de Marie n'est pas affirmée explicitement dans ce texte. 11 est vrai qu'elle découle logiquement du principe posé par saint Thomas ; mais. comme nous l'avons dit dans notre Introduction, g II, n. 1, il semble que, tout en posant des principes qui contenaient implicitement le dogme de 1 Immaculée Conception, le Docteur angélique et ses contemporains répugnaient pourtant à l'admettre, arrêtés qu'ils étaient par des difficultés dont ils ne voyaient pas la solution.

2. In 1 Sent., dist. 44. q. I, a. 3. Pour que ce texte fût aussi décisif que le croit le P. Eudes, il faudrait établir que, dans la pensée de S. Thomas, l'immunité du péché originel a été accordée à Marie dès le premier instant de sa Conception, et il est bien difficile de le faire. Dans d'autres endroits, en effet, saint Thomas entend par immunité du péché originel, l'exemption actuelle du péché de nature en ceux qui, l'ayant contracté, en ont été purifiés parle Baptême. C'est ainsi qu'il dit, dans son Commentaire sur le 2' livre des Sentences, dist. 31, q. 1, a. 2, ad. 1 : « Oporî-îC quod per actum [generationis] etiam naturœ infectio originalis in prolem transeat, quamvis ctiain pater sit a culpa originali immunis. » Cf. Lépicier, Tract, de B. Y. Maria, p. 2, c. 1, a. 1, Appendix, g IL IV.

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