‹ uvres complètes du vénérable Jean Eudes, missionnaire apostolique (volume 5)Chapitre 88 sur 303 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Le sixième Mystère dé la sainte Enfance de la Reine du ciel, qui est sa Naissance.

t^ntre plusieurs choses grandes et merveilleuses qui -^ sont contenues dans les mystères de la Conception et de la Naissance de la Mère de Dieu, en voici une qui lui est très glorieuse. C est que, dans les leçons qui se disent au premier Nocturne de l'office de sa Conception, tirées du vingt-quatrième chapitre de l'Ecclésiastique, et dans l'épitre de la messe que l'on célèbre au jour de sa Naissance, tirée du chapitre huitième des Proverbes, la sainte Église, ou, pour mieux dire, le Saint-Esprit qui la conduit en toutes choses, applique à notre sainte Enfant, la regardant dans sa Conception et dans sa Naissance, les mêmes éloges et les mêmes qualités qu'il donne à la Sagesse éternelle, qui est le Fils de Dieu. Pourquoi cela? Pour nous faire voir la très parfaite ressemblance qu'il y a entre le Fils et la Mère. Je sais bien que chaque àme fidèle porte en soi l'image

et la ressemblance de l'homme céleste, c'est-à-dire, de Jésus homme et Dieu tout ensemble: Portemus imaginem cœlestis \ Mais la Mère de Jésus la porte en un degré de perfection qui excelle autant par-dessus les autres, que sa dignité infinie de Mère de Dieu surpasse tout ce qu'il y a de plus grand dans toutes les créatures.

De là vient que, comme le Fils de Dieu est appelé le miroir sans tache de la majesté de Dieu, et l'image de sa bonté : Spéculum sine macula Dei majestatis, et imago bonitatis illius^, parce que le Père éternel exprime en lui si excellemment toutes ses divines perfections, qu'il n'a qu'une même puissance, une même sagesse, une même bonté, une même divinité avec lui : aussi la Mère de Dieu est nommée, par la bouche de l'Église, le miroir de justice, spéculum justitiœ, c'est-à-dire, le miroir de celui qui est la justice et la sainteté même ; parce que le Soleil de justice, qui est son Fils, dépeint et imprime si parfaitement en elle tous ses états, tous ses mystères, sa vie, ses mœurs et ses vertus, que le grand saint Denys proteste qu'ayant eu le bonheur de la voir, pendant qu'elle était sur la terre, il aperçut en elle un éclat de majesté et de sainteté si admirable, que si la foi ne lui eût enseigné qu'il n'y a qu'un Dieu, il l'aurait adorée comme une divinité3 : tant il est vrai que cette divine Mère est une image très parfaite de son Fils, qui est Dieu comme son Père : Divin;*' bonitatis infinita imago, dit saint Thomas4 : « C'est une image infinie, c'est-à-dire, infiniment parfaite de la divine Bonté. »

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