‹ uvres complètes du vénérable Jean Eudes, missionnaire apostolique (volume 5)Chapitre 92 sur 303 · Joan. I, 18. — 2. Orat. 1 de Dorm. Virg · texte numérisé non relu

Joan. I, 18. — 2. Orat. 1 de Dorm. Virg

3. « Gyrum caeli circuivi sola, et profundum abyssi penetravi, in lluctibus maris ambulavi ; et in omni terra steti, et in omni populo ; et in omni gente primatum habui. » Eccli. XXIV, 7, 8, 0.

La très sainte Vierge peut-elle dire ces mêmes choses? Oui, elle les peut dire après son Fils qui est la Sagesse éternelle, et le Saint-Esprit les lui fait dire en effet au jour de sa Conception, et beaucoup davantage les peutelle dire au jour de sa Naissance, et avec vérité. Car étant la Fille aînée du Père éternel, et sa première et principale héritière, tout ce qui est à son Père est à elle. Et étant la Mère du Fils et l'Épouse du Saint-Esprit, tout ce qui appartient à son Fils et à son Époux lui appartient. Le grand Monarque du monde l'ayant constituée Reine et Dame souveraine de tous ses états, il lui a donné une puissance absolue sur toutes les choses qui dépendent de lui, afin d'en disposer comme bon lui semble. Et afin qu'elle puisse gouverner son empire avec justice et équité, il l'a remplie dune lumière si grande et si pénétrante, qu'elle voit tout et connaît tout ce qui se passe dans l'univers.

C'est par cette puissance et par cette lumière, et par son immense charité, qu'elle est en quelque manière partout. au ciel, en la terre, et même dans les enfers. Le ciel n'est-ii pas rempli de joie et de félicité par son moyen? La terre n'est-elle pas pleine des effets de sa bonté? N'estelle pas la consolation des affligés, le refuge de tous les misérables, l'avocate de tous les pécheurs ? Il n'y en a pas un, pour perdu et abandonné qu'il soit, qui ne doive espérer d'obtenir, par son moyen, une entière abolition de ses crimes, s'il la supplie d'intercéder pour lui, et qu'il se veuille convertir. Elle a même de la charité pour plusieurs qui veulent toujours persévérer dans leurs péchés. Car elle dit un jour à sainte Brigitte1 « que la rage du démon contre les hommes est si horrible, que quand il

1. « Yellet diabolus ut Lomo habens voluntatem peccandi quamdiu vixerit, diu viveret, ut post mortem magis doleret. Etideo gratia mea dirumpit laqueum quem vides, id est abbreviat vitam carnis misera? contra voluntatem diaboli, ne fiât dolor ex judicio justitiœ, ita horribilis ut desiderat inimicus. » Revel. extrav. cap. 89.

en voit quelqu'un qui est tout à fait plongé dans l'impiété. il désire qu'il vive longtemps, afin qu'en multipliant ses crimes en la terre, il augmente ses supplices pour l'enfer ; mais qu'elle a tant de pitié, qu'elle obtient quelquefois de Dieu que sa vie soit abrégée, afin qu'en faisant moins de péchés, il souffre moins de tourments dans les enfers. »

Ses bontés descendent jusque dans l'abîme, l'obligeant de visiter souvent les âmes prisonnières de la divine Justice dans le Purgatoire, pour les consoler, pour les fortifier et pour les soulager de telle sorte dans leurs peines, qu'elle dit un jour à sainte Brigitte1, « qu'elle était la Mère de toutes les âmes qui brûlent dans les feux du Purgatoire, et que les peines qu'elles méritent pour leurs péchés sont diminuées et mitigées en chaque heure, par ses prières. » Et une autrefois elle lui dit encore2 «qu'il n'y avait aucune peine, dans ce feu très ardent, qui ne fût rendue plus douce par son moyen, et plus facile à supporter. »

Enfin, comme le Père éternel a donné la justice et le jugement à son Fils : Deus j udicium tuum régi da, et justiliam tuara Filio régis3, il adonné la miséricorde à sa Fille; et elle en est si pleine, qu'elle pénètre même jusques au plus profond des abîmes de l'enfer : Profundum abyssi penetravi^. Cette pensée n'est pas de moi, mais d'un grand Prélat qui a été évèque de Lorette '% qui dit que Dieu n'ayant jamais fait aucune grâce à personne que par l'entremise de cette Mère de grâce, il faut conclure que c'est par son moyen qu'il exerce une miséricorde envers les

1. « Sum etiam Mater omnium qui sunt in Purgatorio, quia omnes pœnae quae debentur purgandis pro peccatis suis, in qualibet hora, propter preces meas, quodammodo mitigantur. » Lib. 4, cap. 138.

2. « Nulla etiam pœna est in Purgatorii igné, quae propter me non remissior erit et lenior ad ferendum, quam aliter esset. » Lib. 6, cap. 10.

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