Sermo de agon. Christ i, cap
dit premièrement de lui-même : Qu'elle est semblable à une vigne qui porte un fruit très doux et très agréable, et dont les fleurs sont des fruits d'honneur et d'honnêteté ». Quel est le fruit de cette vigne, sinon Jésus-Christ Notre-Seigneur? Quelles sont ces fleurs, sinon l'humilité, la virginité et la charité de Marie, Mère de Jésus, qui nous ont produit ce fruit adorable, dont le sang précieux et l'amour sacré sont ce vin merveilleux qui réjouitle cœur de l'homme chrétien ; ce vin qui germe les vierges ; ce vin qui enivre les fidèles, qui leur fait mépriser le monde cl toutes les choses du monde ; ce vin qui leur fait oublier tous leurs propres intérêts, pour n'en avoir point d'autres que ceux de Dieu ; ce vin qui éclaire leurs esprits, pour leur faire discerner la vérité d'avec le mensonge, ce qui plaît à Dieu d'avec ce qui lui déplaît ; ce vin qui les rend fervents en l'amour de leur Créateur et en la cliarité de leur prochain ; ce vin qui les rend forts et constants au milieu des tribulations ; ce vin qui les rend invincibles à tous les efforts du diable, du monde et de la chair ; ce vin, finalement, qui les endort au regard des choses terrestres et temporelles, et qui les tient dans une vigilance continuelle au regard des choses célestes et éternelles ? 0 sacrée Mère de Dieu, vous voyez la disette extrême que nous avons de ce vin. Dites donc pour nous à votre Fils ce que vous lui avez dit aux noces de Cana : Yinum non habent* : « Mon Fils, ils n'ont point de vin ». Et cela suffira.
Après que cette très précieuse Vierge nous a fait voir la merveilleuse ressemblance qu'elle a avec son Fils, dans toutes les qualités et perfections qui sont représentées par les choses susdites, elle nous déclare ce qu'elle nous est et les grandes choses qu'elle nous veut donner avec lui,
'. « Ego quasi vitis fructifioavi sunvitatem odoris : et flores mei fructus honoris et honestatis. » Eccli. XXIV, 23. 2. Joan. II, 3.
108 l'enfance admihable
par les paroles suivantes qu'elles nous dit aussi avec lui :
Je suis la Mère de la belle dilection, et de la crainte, et de la connaissance, et de la sainte espérance. C'est en moi que se trouve toute la grâce de la voie et de la vérité, et toute l'espérance de la vie et de la vertu1.
Si nous considérons bien ces paroles de notre admirable Mère, nous y trouverons quatre grands et inestimables trésors qui nous y sont donnés par son moyen.
Le premier c'est la foi, qui est un trésor de lumière et de connaissance, et de lumière admirable par laquelle nous voyons et nous connaissons Dieu en sa divine essence, en ses adorables perfections, en ses trois Personnes éternelles, en tous ses mystères, en tout ce qu'il est dans l'humanité sainte de son Fils, en la très sacrée Vierge, en son Église triomphante, militante et souffrante, et en toutes ses œuvres. Et nous voyons tout ce que la foi nous fait voir en toutes ces choses, non pas, à la vérité, si clairement et si manifestement, mais (ce qui est admirable) aussi certainement et infailliblement comme Dieu le voit ; car la fausseté ne peut non plus se trouver dans la lumière de la foi, que dans Dieu même. Et il est autant impossible que la foi se trompe, comme il est impossible que Dieu ne soit pas Dieu.
Le second trésor, c'est l'espérance, qui est un trésor de joie et de consolation indicible. Car, quelle joie d'espérer, et d'une espérance certaine et qui ne souffre jamais de confusion, étant appuyée et fondée sur la parole d'un Dieu et sur la vérité éternelle : d'espérer, dis-je, qu'un jour nous verrons la face de Dieu ; que nous posséderons Dieu et toutes les gloires, trésors et félicités inénarrables que Dieu possède ; que nous ne serons qu'un avec Dieu; que nous mangerons à la table de Dieu ; que nous
1. « Ego Mater pulchrae dilectionis, et limoris, et agnilionis, et sanctae spei. Id me gratia omnis viae et veritatis, in me omnis spes vit» et virtutis. » Eccli. XXI V, 24, 25.
serons rois d'une royauté éternelle ; que nous jouirons du môme royaume que le Père éternel a donné à son Fils ; que nous serons assis dans le trône du Fils de Dieu : Qui vicerit, dabo ei sedere mecum in throno meo*. Et qu'enfin nous serons par grâce et par participation ce que Dieu est par nature et par essence, et qu'il ne tiendra qu'à nous que nous ne possédions tous cesgrands biens, et qu'il nous est plus facile de parvenir à cette possession que de n'yparvenir pas, puisque le chemin du ciel est plus doux que celui de l'enfer : Jugum meum suave est, et omis meum levé*. Est-il pas vrai que cette espérance est un merveilleux trésor ? Est-il pas vrai qu'une telle espérance nous devrait faire mourir de joie ?
Le troisième trésor, c'est la crainte de Dieu, qui est un trésor d'une infinité de grâces, de faveurs et de bénédictions corporelles et spirituelles, temporelles et éternelles, que Dieu donne à ceux qui le craignent et qui le servent, selon mille et mille témoignages qui nous en sont donnés par les saintes Écritures. « La crainte du Seigneur est un précieux trésor, dit le Saint-Esprit » : Timor Domini ipse est thésaurus3. « La crainte du Seigneur remplit le cœur de joie, de consolation et de délices » : Timor Domini delectabit cor, et dabit gaudium et lœtitiam, etci.
Le quatrième trésor, c'est la belle dilection, c'est-à-dire, le saint amour de Dieu et la vraie charité du prochain, qui est un trésor immense qui contient des richesses incompréhensibles. Car l'amour de Dieu fait que nous commençons dès ce monde à posséder Dieu, et que nous le possédons, non pas comme un trésor dans un coffre qui est hors de nous, mais comme un trésor que nous portons toujours dans notre cœur et dans le plus intime de notre âme, et que toutes les puissances du ciel, de la terre et de l'enfer ne sauraient nous ôter si nous ne voulons.
t. Apoc. III, 21. — 2. Matth. XI, 30. — 3. Isa. XXXIII, 6. 5t. Eccli. 1, 12.
170 l'enfance admirable
La vraie charité du prochain nous met en possession de tous les véritables biens, c'est-à-dire, de tous les biens spirituels, célestes et éternels qui sont en l'univers. Car elle nous unit plus étroitement avec tous les saints membres du corps mystique de Jésus-Christ, c'est-à-dire, avec tous les Anges et avec tous les Saints de l'Église triomphante, de la militante et de la souffrante, que les membres d'un corps ne sont unis les uns avec les autres. A raison de quoi je puis dire avec vérité à tous ces Saints : Oinnia vestra mea sunt : Tout ce qui est à vous est à moi. Tout ce que vous avez pensé, dit, fait et souffert en la terre pour le service de Dieu, est à moi. Tous vos jeûnes, mortifications, aumônes, prières, sacrifices, communions, sont à moi. Tout l'honneur, la gloire, l'amour et les louanges que vous rendez à mon Dieu dans le ciel, sont à moi ; et j'ai droit de faire usage de toutes ces choses, et même de tout l'être créé qui est au ciel, en la terre et en l'enfer, comme d'une chose qui est à moi. pour l'offrir à mon Seigneur, et pour en faire un sacrifice à sa louange et à sa gloire. Oh ! que nous sommes riches ! Omnia vestra sunt\ Oh ! que nous perdons de ne savoir pas user des biens infinis que nous possédons !
Or, qui est-ce qui nous a ainsi enrichis ? A qui est-ce que nous avons l'obligation de ces quatre grands trésors? C'est à vous, après votre Fils Jésus, très sainte Mère de Dieu. Car c'est vous qui êtes la Mère d'amour et de charité, la Mère de crainte, la Mère de lumière et de connaissance, la Mère de sainte espérance. C'est en vous que l'on trouve toute la grâce de la voie et de la vérité, c'est-àdire, tout ce qu'il y a de bon, de saint, de riche, de précieux et de désirable en la terre et au ciel. C'est en vous que l'on rencontre toute l'espérance de la vraie vie, de la vie éternelle, qui consiste à connaître, aimer el posséder Dieu, et de toutes les vertus qui sont nécessaires pour