‹ uvres complètes du vénérable Jean Eudes, missionnaire apostolique (volume 5)Chapitre 99 sur 303 · I Cor. m · texte numérisé non relu

I Cor. m

parvenir à cette possession. Kntin, c'est par vous que nous sommes affranchis de tous les maux, et que nous possédons toutes sortes de biens : Ornnia bona venerunl nobis pariter cum Ma*.

C'est pourquoi, après nous avoir dit ces choses, elle crie ensuite : « Venez à moi tous tant que vous êtes qui m'aimez : Transite ad me omnes qui concupiscitis me ; et je vous repaîtrai de mes fruits et vous remplirai et rassasierai de mes biens: El a generationibus meis implemini*. Venez à moi, car mon esprit est plus doux que le miel, et mon héritage est plus savoureux que le rayon du miel : Spiritus meus sttper mel dulcis, et hsereditas mea super met fi faoum* ; c'est-à dire, les trésors que je donne à mes enfants, qui sont mes héritiers, et les fruits dont je les repais, non seulement les enrichissent et les nourrissent, mais encore ils les comblent de douceurs et de consolations. Tous les siècles seront remplis de la mémoire et du souvenir de ma débonnaireté : Memoria mea in generationes sseculorum*. Car on chantera par toute la terre, à ma louange, la bénignité, la clémence, la miséricorde et la douceur dont Dieu m'a remplie : 0 benigna, o elemens, o pia, o dulcis Virgo Maria !

O très aimable Marie, que vos paroles sont douces et charmantes ! O enfants des hommes, il y a longtemps que ces saintes paroles de la Reine du ciel retentissent par toute la terre. Il y a longtemps qu'elles frappent à vos oreilles. Jusques à quand les fermerez-vous à cette aimable voix? Jusques à quand votre cœur sera-t-il si dur, que de ne pouvoir être amolli par une voix si puissante? Jusques à quand chercherez-vons de la douceur et de la consolation où il n'y en eut et n'y en aura jamais de véritable? Hélas, je vois toute la terre pleine de misères et de misérables qui me font mourir de pitié ! Mais

1. Sap. VII. 11. — 2. Eeeii. XXIV, 2(i. — 3. IbUl. 27. 4. Ecclt. XXIV, 28.

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pourtant ils ne méritent pas qu'on en ait compassion. Pourquoi? Parce qu'ils veulent bien être misérables. N'est-ce pas vouloir être misérable que de pouvoir sor- . tir facilement de sa misère et ne le vouloir pas ? Voici un moyen très puissant et très facile que la divine Bonté nous a donné pour nous affranchir de toutes sortes de maux, et pour nous combler de toutes sortes de biens : C'est la très sainte Mère de miséricorde. Écoutez parler saint Éphrem sur ce sujet :

« C'est par vous, ô Vierge sacrée, que nous sommes réconciliés avec Jésus-Christ votre Fils et notre Dieu. Vous êtes l'espérance de ceux qui semblent avoir perdu tout sujet d'espérer. Vous êtes l'unique avocate des pécheurs. Vous êtes le refuge de ceux qui sont privés de tout secours. Vous êtes le port assuré de ceux qui sont en péril de naufrage parmi les flots et les tempêtes de la mer de ce monde. Vous êtes la libératrice des prisonniers, la mère des orphelins, la rédemption des captifs, la consolation des malades et de tous les affligés. Vous êtes la force des solitaires et des religieux, et l'espérance des séculiers. Vous êtes la couronne et la gloire des vierges. Vous êtes la joie du monde. Vous êtes la Reine et la patronne des hommes et des femmes. Vous êtes la clef du royaume des cieux. Vous êtes l'honneur, la protection et le salut assuré de tous les chrétiens qui ont recours à vous avec une affection sincère et véritable1. »

1. « Per te réconciliât! sumus Cbristo Deo nostro, Filio tuo dulcissimo. Tu peccatorum, et auxilio destitutoruin unica Advocata es, atque adjutrix. Tu portus naufraganlium tutissimus ; tu mundi sc~ latium ; tu orphanorum susceptio ; tu captivorum redemptio atque liberatio ; tu œgrotantibus exsultatio, mœstorumque consolatio, et omnium salus. Tu monachorum ac solitariorum stabilimentum, et spes saecularium. Tu virginum gloria, corona ac gaudium. Tu mundi lœtitia, o Domina princeps atque Regina prœstantissima... Non nobis est alia quam in te fiducia. o Virgo sincerissima... Avevirorum pariter atque mulierum Regina et Patrona... Ave portarum cselestis

PREMIÈRE l'AHTIE. — ■ CIIAI'ITIIE Ml \ T.'{

Écoutez saint Bernard : « Pourquoi est-ce, dit-il, que « la fragilité humaine craindra de se présenter devant « Marie? 11 n'y a rien en elle d'austère, rien de terrible. « Elle est toute bénigne, et elle n'a que du lait et de la « douceur pour ceux qui ont recours à elle ; elle est toute « pleine de clémence, de grâce, de mansuétude et (de « miséricorde ; elle est toute à tous ; sa très abondante « charité fait qu'elle se comporte comme si elle était « redevable aux sages et aux fous ; elle ouvre le sein de « sa miséricorde à tous, afin que tous participent à la « plénitude de ses grâces1. »

Voulez-vous ouïr le Père éternel même ? Voici ce qu'il dit un jour à sainte Catherine de Sienne : « C'est un pri- <> vilège, dit-il, que ma divine bonté a donné à Marie, la « glorieuse Mère de mon Fils unique, parce qu'il s'est « incarné en elle, que quiconque, pour grand pécheur « qu'il soit, a recours à elle avec respect et dévotion, « ne tombera point dans la possession éternelle du dé- « mon. Car je l'ai choisie et préparée, et lai mise au « monde pour attirer à moi les hommes par son moyen, « et spécialement ceux qui sont séparés de moi par le « péché *. »

Conformément à cela, voici ce qu'elle dit un jour à

parudisi reseramentum... Ave firma salus universorum Christianorum ad te sincère ac vere recurrentium. » S. Ephrem, De laudib. li. Virg.

1. « Quid ad Maria m aecedere trepidet humana fragilitas ? Nihil austerum in ea, nihil terribile : tota suavis est, omnibus offerens lac et lanani... plena pietatis et gratise, plena mansuetudinis et miseri cordiœ .. Denique omnibus omnia l'acta est, sapieniibus et insipientibus copiosissima cbaritate debitricem se fecit. Omnibus misericordiae sinum aperit, ut de pl&nitudine ejus accipiant universi » S. Bern. Serm. in illud : Signum magnum.

2. « Matri unigeniti Filii mei Maris Virgini datum est a bonitate mea. ut propter incarnati Yerbi reverentiam, quicumque etiam peccator ad eam débita cum veneratione recurrit, nullo modo rapiatur a daemone. Haec est enim a me electa, parata et posita tanquam esca dulcissima ad capiendos homines, ac potissimum peccatores. » Dialog. § 139, n. 2.

sainte Brigitte : « Je suis la Reine du ciel; je suis la Mère « de miséricorde ; je suis la joie des justes et la voie des « pécheurs pour aller à Dieu. 11 n'y a aucune peine en « purgatoire qui ne soit rendue plus douce et plus sup- « portable par mon moyen ; il n'y a aucun pécheur, pour « maudit qu'il puisse être, qui soit tout à fait privé des « effets de ma miséricorde pendant qu'il demeure sur la « terre, parce que je fais en sorte que les tentations des « démons ne soient pas si fortes contre lui comme elles « seraient. Il n'y a aucune personne, pour aliénée de « Dieu qu'elle soit, si elle n'est tout à fait dans le plus « profond de l'abîme de la malédiction, qui ne puisse, ;< par mon moyen, retourner à sa divine Majesté et ob- « tenir miséricorde1. »

Gela étant ainsi, qui me donnera maintenant une voix assez forte pour me faire entendre à tous les habitants de l'univers, spécialement à tous les chrétiens qui sont engagés dans le péché, ou dans quelque peine ou affliction temporelle, et pour leur dire :

Mes frères, mes très chers frères, je ne doute point que ces paroles si douces et si charmantes de notre très bonne Mère ne vous touchent le cœur, et qu'elles ne vous donnent le désir d'avoir recours à elle dans l'état présent où vous êtes? Mais qu'atlendez-vous? pourquoi différez-vous 7 Venez, venez promptement vous jeter à ses pieds; jamais elle n'a rejeté personne, elle necommencera pas par vous. C'est votre Mère qui a tout pouvoir au ciel et en la terre. C'est votre Mère quia entre ses. mains tous les trésors de son Fils Jésus. C'est votre Mère qui est

1. « Kgo sum Regina caeli ; ego Mater misericordiae, ego justoruni gaudium et aditus peccatorum ad Deuui. Nullo etiam pœna est in purgatorii igné, quae propter me non remissior erit et lenior ad ferendum, quarn aliter esset. Nullus est adeo maledictus, qui quandiu vivit, careat misericordia mea, quia propter me levius tentatur a dœmonibus quam aliter tentaretur. Nullus ita alienatus est a Deo, nisi omnino f'uerit maledictus, qui, si me invocaverit, non revertatur ad Deum, et habebit misericordiam. » Révélât, lib. 6, cap. 10.

tout cœur et tout amour vers vous, et qui a tant de bonté qu'elle prend un singulier contentement à faire du bien à ceux qui l'invoquent humblement et avec une conliance filiale. Venez donc à elle, et elle vous recevra et traitera comme ses enfants ; elle vous obtiendra pardon de tous vos péchés, pour énormes qu'ils soient, pourvu que vous les détestiez et que vous soyez dans une véritable volonté d'y renoncer. Elle vous éclairera dans vos ténèbres ; elle vous soutiendra dans vos faiblesses ; elle vous fortifiera dans vos tentations ; elle vous consolera dans vos afflictions; elle vous fera manger à sa table, et elle vousrepaitra de sa propre chair et de son propre sang : Car lachair de Jésus, dit saint Augustin, c'est, la chair de Marie ' \ el on peut dire aussi que le sang de Jésus, c'est le sang de Marie. C'est pourquoi elle dit ici : Qui edunt me adhuc esurifnl, et qui bibunt me adhuc sitient- : « Ceux qui me mangent auront encore fa.im, et ceux qui me boivent auront encore soif. » Enfin, elle vous délivrera de toutes sortes de maux, et vous comblera d'une infinité de biens. « Ceux qui m'écoutent, dit-elle, et qui m'obéissent, ne seront point jetés dans la confusion éternelle : Qui audit me non confundetur. Et ceux qui, dans leurs actions, se conduisent par moi, ne pécheront point : Qui operantur in me non peccabunt. Et ceux qui m'honorent, et qui portent les autres par leurs paroles et par leurs exemples à m'honorer, auront la vie éternelle : Qui élucidant me, vitam seternam habebunt3.

1. « Caro Chris ti. caro Mariée. » D. Aug. Sermo de Assumpt. B. Virg.

i.Eccli. XXIV, 2'.». —3. Ibid. 30, 31.

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