‹ uvres complètes du vénérable Jean Eudes, missionnaire apostoliqueChapitre 100 sur 252 · XXVIII. — Pratique de lhumilité chrétienne · texte numérisé non relu

XXVIII. — Pratique de lhumilité chrétienne

L'humilité chrétienne étant si importante et si nécessaire, comme il a été dit, vous devez rechercher toutes sortes de moyens pour vous bien fonder en cette vertu.

A cette fin, je vous exhorte de rechef de lire et relire souvent, et de considérer et peser attentivement les vérités que je viens de vous proposer, parlant de l'humilité d'esprit et de l'humilité de cœur, et celles que je vais encore vous proposer ici ; et de prier Notre-Seigneur qu'il les imprime lui-même dans votre esprit, et qu'il vous en fasse porter les sentiments et les efïets dans le cœur et dans l'âme. Car ce n'est pas assez que vous connaissiez généralement et superficiellement que vous n'êtes rien, que vous n'avez aucun pouvoir de faire le bien et

1 « Unde quadam vice, dura iret in via, ex magna dejectione suiniet dixit ad Dominum : Maximorum miraculorum tuorum, Domine, hoc prœcipue reputo quod terra hase tam indignissimam me geslat peccatricem. Ex quibus verbis Dominus, qui omnem bumiliantem se exaltât, dignantissime rommotus benignissime respondit : Libens terra se tibi calcabilem preebet, dum univcrsalis cseli dignitas cum ingenti exultationis tripudio horam illam jucundissimam prsestoletur (/ua te gestare dignetur. » Legatus divinae pietatis, lib. 1, c. 11. — « Quand ces pensées viennent de l'esprit de Dieu, elles sont accompagnées de tant de lumière et nous font si clairement connaître notre indignité que nous considérons comme un miracle que la terre veuille nous porter. » J. d Avila, Lettres spirituelles. J, XXXIII.

d'éviter le mal, que tout bien est a" en-haut, du Père des lumières*, et que tout bon œuvre nous vient de Dieu par son Fils ; mais il faut vous établir puissamment dans une profonde reconnaissance et dans un vif sentiment de votre captivité sous la loi du péché, de votre inutilité, incapacité et indignité au service de Dieu, de votre insuffisance à tout bien, de votre néant, de votre indigence extrême et [de la] nécessité pressante que vous avez de Jésus-Christ et de sa grâce.

A raison de quoi, vous devez crier sans cesse après votre libérateur, et avoir recours à toute heure à sa grâce, ne vous appuyant sur aucune chose que sur sa seule vertu et bonté.

Dieu permet quelquefois que nous travaillions longtemps pour vaincre quelque passion et pour nous établir en quelque vertu, et que nous n'avancions pas beaucoup en ce que nous prétendons, afin que par expérience nous reconnaissions ce que nous sommes et ce que nous pouvons de nous-mème, et que cela nous oblige à chercher hors de nous, dans Notre-Seigneur Jésus-Christ, la puissance de servir Dieu. Dieu n'a pas voulu donner son Fils au monde, qu'après que le monde l'a désiré quatre mille ans, et expérimenté par l'espace de deux mille, qu'il ne pouvait observer sa loi, ni se délivrer du péché, et qu'il avait besoin d'un esprit et d'une force nouvelle, pour résister au mal et accomplir le bien : nous faisant bien voir par là qu'il veut que nous reconnaissions beaucoup notre misère pour nous donner sa grâce2.

Suivant cette vérité, vous devez tous les jours une fois reconnaître devant Dieu votre misère, telle que Dieu la voit, et renoncer à Adam et à vous-même, puisque non seulement lui, mais aussi vous avez péché et engagé

1 « Omne datum optimum et omne donum perfectum desursum est, descendens a Pâtre lumiuum. » Jac. I, 17. » Cf. S. Thom. 3, 1, 5.

votre nature au diable et au péché. Renoncez donc entièrement à vous-même, à votre propre esprit, et à toute la puissance et capacité que vous pourriez penser et ressentir en vous. Car toute la puissance qu'Adam a laissée dans la nature de l'homme n'est qu'impuissance ; le sentiment que nous en pourrions avoir n'est qu'illusion, présomption et fausse opinion de nous-mème ; et nous n'aurons jamais une puissance véritable et liberté parfaite au bien, qu'en renonçant à nous-mème et en sortant de nous-mème et de tout ce qui est nôtre, pour vivre dans l'esprit et dans la vertu de Jésus-Christ.

En suite de cette renonciation, adorez Jésus-Christ, donnez-vous à lui entièrement et le priez de prendre en vous les droits d'Adam et les vôtres aussi, puisqu'il a acquis les droits des pécheurs par son sang et par sa mort, et de vouloir vivre en vous au 'lieu d'Adam, et de vous déposséder de votre nature, et de s'approprier tout ce que vous êtes et en prendre l'usage. Protestez-lui que vous voulez vous démettre de tout ce que vous êtes entre ses mains, et que vous désirez sortir de votre esprit propre, qui est un esprit d'orgueil et de vanité, et de toutes vos intentions, inclinations et dispositions, pour ne plus vivre que dans son esprit, dans ses intentions, inclinations et dispositions divines et adorables.

Suppliez-le de vous tirer de vous-même comme d'un enfer, par sa très grande miséricorde, pour vous mettre en lui, et pour vous établir dans son esprit d'humilité, et cela non pour votre intérêt ou satisfaction, mais pour son contentement et pour sa pure gloire. Priez-le encore qu'il emploie lui-même sa divine puissance pour détruire en vous votre orgueil, et qu'il ne s'attende pas à1 votre infirmité pour y établir sa gloire par le moyen d'une parfaite humilité. Et vous souvenant que de vous-même, en tant que pécheur, vous êtes un démon incarné, un

1 C'est-à-dire : qu'il ne compte pas sur ,

Lucifer et un Antéchrist, comme il a été dit, à raison du péché, de l'orgueil et de l'amour-propre qui reste toujours en chacun de nous, mettez-vous souvent, spécialement au commencement de la journée, sous les pieds de Jésus et de sa sainte Mère, leur disant ainsi :

« 0 Jésus, ô Mère de Jésus, tenez bien ce misérable démon sous vos pieds, écrasez ce serpent, faites mourir cet Antéchrist du souffle de votre bouche, liez ce Lucifer, atin qu'il ne fasse pas rien aujourd'hui contre votre sainte gloire. »

Je n'entends pas néanmoins que tous les jours vous prononciez devant Dieu toutes les choses susdites de suite, comme elles sont couchées ici, mais comme il plaira à Notre-Seigneur de vous les faire goûter, un jour en une manière, un jour en une autre.

Lorsque vous formez des désirs et résolutions d'être humble, faites-les en vous donnant au Fils de Dieu poulies accomplir, lui disant ainsi :

« Je me donne à vous, ô mon Seigneur Jésus, pour entrer en votre esprit d'humilité ; je veux passer avec vous tous les jours de ma vie dans cette sainte vertu . J'invoque sur moi la puissance de votre esprit d'humilité, afin qu'elle anéantisse mon orgueil, et me tienne avec vous en humilité. Je vous oftre les occasions d'humilité qui se présenteront en ma vie, bénissez-les s'il vous plait. Je renonce à moi-même et à toutes les choses qui me peuvent empêcher d'avoir part à la grâce de votre humilité. »

Mais après cela ne vous confiez point en vos résolutions, ni en cette pratique ; ains appuyez-vous seulement en la pure bonté de Notre-Seigneur Jésus.

Vous pouvez faire le semblable en toutes les autres vertus ou intentions saintes que vous avez à présenter à Diou. Et en cette façon elles seront fondées non en vousmême, mais en Notre-Seigneur Jésus-Christ , et en la grâce et miséricorde de Dieu sur vous.

SECONDE PARTIE. — § X.XVIU 231

Quand nous présentons à Dieu nos désirs et intentions de le servir, ce doit être avec une croyance profonde que nous ne le pouvons, ni ne le méritons ; que si Dieu faisait justice, il ne nous souffrirait pas seulement d'y penser, et que c'est par sa très grande bonté, et par les mérites et le sang de son Fils, que Dieu nous souffre en sa présence, et nous permet d'espérer de lui la grâce de le servir.

Quand nous manquons à nos propositions, nous ne devons pas nous en étonner; car nous sommes pécheurs, et Dieu ne nous doit point sa grâce. Je sais, dit saint Paul, que le bien n'habite point en moi, et bien que je le désire, je ne trouve point le moyen de. l'accomplir1.

Notre infirmité est si grande, qu'il ne suffit pas que Dieu nous donne la pensée du bien ; il est nécessaire que nous recevions aussi de lui la volonté et la résolution ; et après l'avoir reçue, si Dieu ne nous en donne l'accomplissement et la perfection, ce n'est rien ; et, après cela, la persévérance jusqu'à la fin de la vie nous est encore nécessaire.

C'est pourquoi nous devons tendre à la vertu avec soumission à Dieu ; nous devons désirer sa grâce et la lui demander, mais nous étonner de ce qu'il nous en donne ; et quand nous tombons, adorer son jugement sur nous, et pourtant ne nous point décourager, mais nous humilier et toujours persévérer à nous donner à lui, pour entrer en sa grâce avec plus de vertu ; et vivre toujours avecune grande reconnaissance et gratitude envers lui de ce qu'il nous souffre en sa présence, et nous donne la pensée de le vouloir servir. Et quand bien [même], après beaucoup de travail, Dieu ne nous donnerait qu'une seule bonne pensée, nous devons reconnaître qu'encore nous]

' « Scio enini quia non habitat in me, hoc est in carne mea, bonum. Nam velle adjacet mihi ; perficere autem non invenio. » Rom. Vil, 18.

ne la méritons-nous pas, et la tant estimer que nous nous tenions très bien récompensé de toute notre peine. Hélas ! si les damnés, après mille ans d'enfer, pouvaient avoir une seule bonne pensée de Dieu, ils la tiendraient à honneur et à gloire ; et le diable enrage de ce qu'il n'en aura jamais, car il regarde le bien comme une excellence que son orgueil désire, et il s'en voit, privé par la malédiction qu'il porte. Nous sommes pécheurs comme eux, et il n'y a que la miséricorde que Dieu nous fait, qui nous sépare d'eux, laquelle nous oblige à estimer ses dons et [à] nous en contenter ; car pour petits qu'ils soient, ils sont toujours plus que nous en méritons. Entrez soigneusement et profondément dans cet esprit d'humble reconnaissance de votre indignité, et par ce moyen vous attirerez mille bénédictions de Dieu dans votre âme, et il sera beaucoup glorifié dedans vous.

Lorsque Dieu vous a accordé quelque faveur, pour vous ou pour autrui, n'attribuez pas cela à la vertu de vos prières, mais à sa pure miséricorde.

Si, dans les bonnes œuvres que Dieu vous donne la grâce de faire, vous sentez quelque vaine complaisance et quelque esprit de vanité, humiliez-vous devant Dieu, vous souvenant que tout le bien vient de Dieu seul, et que de vous il ne peut sortir que toute sorte de mal ; et que vous avez beaucoup plus sujet de craindre et de vous humilier, en la vue de beaucoup de fautes et imperfections avec lesquelles vous faites vos actions, que non pas de vous enfler et élever en la vue du peu de bien que vous opérez, qui encore n'est pas de vous.

Si on vous blâme et méprise, recevez cela comme une chose qui vous est bien due, et en l'honneur des mépris et calomnies du Fils de Dieu. Si on vous rend quelque honneur, ou si on vous donne des louanges et bénédictions, référez cela à Dieu, vous gardant bien de vous l'approprier, ni de vous y reposer, de peur que ce ne soit la récompense de vos bonnes actions, et que l'eftet de

ces paroles du Fils de Dieu ne tombe sur vous : Malheur à vous lorsque les hommes vous béniront, car ils faisaient ainsi aux faux prophètes}. Paroles qui nous apprennent, à regarder et à craindre les louanges et bénédictions du monde, non seulement comme une chose qui n'est que vent, que fumée et illusion, mais même comme un malheur et une malédiction.

Exercez-vous volontiers en des actions basses et viles, et qui portent abjection, afin de mortifier votre orgueil ; mais ayez soin de les faire en esprit d'humilité, et avec des sentiments et dispositions intérieures conformes à l'action que vous faites.

Au commencement de toutes vos actions, humiliezvous toujours devant Dieu, vous souvenant, que vous êtes indigne d'être et de vivre, et par conséquent d'opérer, et que vous n'avez aucune capacité de rien faire qui lui plaise, s'il ne vous donne grâce pour cela.

En somme, gravez bien avant dans votre esprit ces paroles du Saint-Esprit, et les mettez soigneusement en pratique : Humilia le in omnibus, et coram Deo inverties gratiam, quoniam mar/na potentia Dei solius, et ab humilibus honoratur- ; c'est-à-dire : « Humiliez-vous en toutes choses, et vous trouverez grâce devant Dieu, d'autant que grande est la puissance de Dieu seul, et il est honoré par les humbles. »

XXIX. — De la confiance et abandon de soi-même entre les mains de Dieu.

y 'humilité est la mère de la confiance : car voyant que ^ nous sommes dénués de tout bien, de toute vertu, et de toute puissance et capacité à servir Dieu, et que

1 « Vae cum benedixerint vobis hommes, secundum hsec enira faciebant pseudoprophetis patres eorum. » Luc. VI, 26. *Eccli. III, 20.

^."H le ROYAUME DE JÉSUS

nous sommes un vrai enfer plein de toute sorte de mal et d'horreur, cela nous oblige de n'avoir aucun appui sur nous-mêmes, ni sur tout ce qui est de nous; ains de sortir hors de nous-mêmes, comme hors d'un enfer, pour nous retirer dedans Jésus comme dans notre paradis, dans lequel nous trouverons très abondamment tout ce qui nous manque en nous-mêmes; et pour nous appuyer et confier en lui, comme en celui qui nous a été donné du Père éternel, pour être notre rédemption, notre justice, notre vertu, notre sanctification, notre trésor, notre force, notre vie, et notre tout. C'est à quoi il nous porte, lorsqu'il nous convie si amoureusement et si puissamment d'aller à lui avec confiance, disant: Venez à moi, vous tous gui êtes travaillés et chargés, et je cous soulagerai1 et déchargerai du fardeau de vos misères ; et nous assurant qu'il ne rejettera personne de ceux qui viendront à lui : Eum qui uenit ad me, non ejiciam foras2.

Et afin de nous obliger d'entrer dans cette confiance, il nous annonce en divers endroits de ses saintes Écritures : Que maudits et malheureux sont ceux qui mettent leur confiance sur autre chose que sur lui ; et que bienheureux et bénis sont ceux qui se confient en lui3 : Qu'ils abonderont en toute sorte de grâces et de bénédictions, et que rien ne leur manquera* : Qu'il a toujours les yeux collés sur ceux qui espèrent en sa miséricorde5: Qu'il est bon à ceux qui espèrent en lui6: Que sa miséri-

1 « Venite ad me omnes qui laboratis et onerati estis, et ego reficiam vos. » Matth. XI, 28.

2 Joan. VI, 37.

3 « Maledictus homo qui confidit in homine, et ponit carnem brachium suum, et a Domino recedit cor ejus.. Benedictus vir qui confidit in Domino, et erit Dominus fiducia ejus. » Jerem. XVJI, 5-7.

4 « Dominus régit me et nihil mihi deerit : in loco pascuœ ibi me collocavit. » Ps. XXII, 1-2.

5 « Ecce oculi Domini super metuentes eum : et in eis qui sperant super misericordia ejus. » Ps. XXXII, 18.

6 « Bonus est Dominus sperantibus in eum. » Thren. 111, 25,

corde les environnera de tontes parts1: Que Lui-même sera toujours à leurs côtés2 : Qu'il leur servira de bouclier et de rempart inexpugnable3: Qu'il est leur aide cl protecteur4: Qu'il les protégera dans son tabernacle; qu'il les cachera dans le secret de sa face, ou comme porte une autre version, dans la prunelle de ses yeux*: Qu'il sera leur défense au jour de la tribulation, et qu'il les aidera et les délivrera des mains des pécheurs, parce qu'ils ont mis leur espérance en lui6: Qu'il leur fera sentir en perfection la grande multitude de sa douceur1 : Qu'ils seront toujours pleins de réjouissance, et qu'il fera sa demeure en eux8: Qu'il répand en nous ses grâces et les effets de sa miséricorde, à proportion de l'es" pérance et contiance que nous avons en lui9: Que ceux qui se confient en lui connaîtront la vérité, c'est-à-dire qu'il se manifestera à eux, lui qui est la souveraine vérité10: Qu'ils ne pécheront point, ou selon la diction hébraïque, qu'ils ne seront point condamnés et ne péri-

1 « Sperantem in Domino misericordia circumdabit. » Ps. XXXI, 10.

2 « Dominus erit in latere tuo, et custodiet pedem tuum ne capiaris. » Prov. III, 26.

3 « Deus fortis meus, sperabo in eum ; scutum meum et cornu salutis meae..,. Scutum est omnium sperantium in se. » II Reg. XXII, 3, 31.

4 « Protector est omnium sperantium in se. » Ps. XVII, 31. « Qui timent Dominum, speraverunt in Domino : adjutor eorum et protector eorum est. » Ps. CXIII, 11.

5 « Abscondes eos in abscondito l'aciei tuœ a conturbatione hominum ; protèges eos in tabernaculo tuo a contradictione linguarum. « Ps. XXX, 21.

6 « Quoniam in me speravit, liberabo eum ; protegam eum, quoniam cognovit nomen meum... Cum ipso sum in tribulatione ; eripiam eum et glorificabo eum. » Ps. XC, 14-15.

7 <( Quam magna multitudo dulcedinis tuœ, Domine, quam abscondisti timentibus te ! Perfecisti eis, qui sperant in te, in conspectu filiorum hominum. » Ps. XXX, 20.

R « Qui sperant in te, in sternum exultabunt, et habitabis in eis. » Ps. V, 12.

9 » Fiat misericordia tua, Domine, super nos, quemadmodum speravimns in te. » Ps. XXXII, 22.

10 « Qui confidunt in illo intelligent veritatem. » Sap. III, '*.

ront point, c'est-à-dire qu'ils ne permettra pas qu'ils tombent en des péchés qui soient capables de les séparer d'avec lui et de Ijîs réduire dans un état déperdition1: Que ceux qui ont espérance en lui se sanctifient comme lui-même est saint*: Que jamais aucun de ceux qui se sont confiés en lui, n'a été confondu ni frustré de son attente3: Qu'il leur accorde tout ce qu'ils lui demandent avec confiance4: Enfin que rien n'est impossible à ceux qui ont croyance et confiance en lui, mais qu'ils peuvent tout, appuyés sur sa bonté et sur sa vertu5.

Je n'aurais jamais fait, si je voulais rapporter ici tous les autres textes de la Parole sacrée, par lesquels Dieu nous recommande la vertu de confiance. Il semble qu'il ne peut jamais se contenter de nous témoigner en mille endroits de l'Écriture sainte, combien cette sainte vertu lui est chère et délicieuse, et combien il aime et favorise ceux qui se confient et abandonnent entièrement au soin paternel de sa divine Providence.

Nous lisons au troisième livre des Insinuations de la divine piété de sainte Gertrude, que Notre-Seigneur Jésus dit un jour à cette grande sainte, que la confiance filiale que l'âme chrétienne a en lui, est cet œil de l'épouse sacrée, duquel le divin Époux va disant au Cantique des Cantiques : Vulnerasti cor meum, soror mea, sponsa : vulnerasti cor meum in uno oculorum tuorum, « Vous avez blessé mon cœur, ma sœur, mon épouse, vous avez blessé mon cœur par l'un de vos yeux » ; parce que celui-là, dit-il, me transperce le cœur d'une floche d'amour, lequel a une confiance assurée en moi,

1 « Et non delinquent omnes qui sperant in eo. » Ps. XXXIII, 23.

2 « Et omnis qui habet hanc spem in eo, sanctificat se, sicut et ille sanctus est. » 1 Joan. III, 3.

3 « Nullus speravit in Domino et confusus est. » Eccli. II, H.

* « Et omnia quaecumque petieritis in oratione credentes, accipietis. » Matth. XXI, 22.

5 « Si potes credere, omnia possibilia sunt credenti. » Marc. IX, 22.

SECONDE PARTIE. — § XXIX c237

que je puis, que je sais, et que je veux V assister fidèlement en toutes choses ; et cette confiance fait une telle violence à ma pièléY que je ne puis aucunement m'absenter de lui1. Et dans le Livre de la grâce spéciale de sainte Mechtilde, nous trouvons que ce même Jésus lui dit ainsi : Ce m est un singulier contentement que les hommes se confient en ma bonté, et s'appuient sur moi. Et parlant, quiconque se confiera beaucoup en moi, avec humilité toutefois, je le favoriserai en cette vie, et en Vautre je lui ferai plus qu'il ne mérite. Tant plus que quelqu'un se fiera en moi, et se prévaudra de ma bonté, tant plus il y gagnera, d'autant qu'il est impossible que l'homme n'obtienne ce qu'il croit saintement, et espère d'obtenir, pour lui avoir été promis. Et partant, il est fort utile à l'homme qu'espérant de moi des choses grandes, il se fie bien en moi2. Et à la même sainte Mechtilde, laquelle demanda à Dieu ce que c'était principalement qu'elle devait croire de son innefïable bonté, il répondit : Croyez assurément qu'après le trépas, je vous recevrai ainsi que le père reçoit à soi son fils bienaimé, et que jamais il n'y a aucun père qui ait départi tous ses moyens avec autant de fidélité et d'affection à son fils unique, comme je vous ferai part de tous mes biens. Quiconque croira cela fermement de ma bonté, et avec humble charité, sera bien heureux*.

1 « Unus dculorum electœ quo transvulnerat cor nieum, secura confidentia est, quam habere débet de me, quod vere possim, sciam et velim sibi in omnibus fideliter adesse : quœ conBdentia tantam vim f'acit pietati meae, quod nullatenus possum ipsi abesse. » Legatus divinse pietatis, 1. 3, c. 7.

1 « Multum placet mihi ut homines de me confidenter magna présumant ; nam quisquis mihi crediderit quod post hanc vitam supra meritum suum illi benefaciam, et proinde me laudans gratias egerit in hac vita, in tantum mihi acceptum erit, quod eum in quantumcumque credere aut praesumere potest, tantum et in infinitum amplius supra omne meritum suum remunerabo : quia impossibile est hominem non percipere ea quœ credidit et speravit. Ideoque utile est homini ut a me magnum sperando, bene mihi credat. » Liber spec. grat. p. 3, c. 5.

3 « 0 dulcissime... die quseso quid credere debeam tuae ineffabili

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