‹ uvres complètes du vénérable Jean Eudes, missionnaire apostoliqueChapitre 102 sur 252 · XXXI. — De la soumission et obéissance chrétienne · texte numérisé non relu

XXXI. — De la soumission et obéissance chrétienne

La soumission continuelle que nous devons avoir au saint vouloir de Dieu est la vertu la plus universelle, et dont l'usage nous doit être plus ordinaire ; parce qu'à toute heure il se présente des occasions de renoncer à notre propre volonté, pour nous soumettre à celle de Dieu, laquelle est toujours très facile à connaître. Car Dieu a voulu que les choses qui sont extrêmement nécessaires soient très faciles à trouver. Par exemple, le soleil, l'air, l'eau et les autres éléments sont très nécessaires à la vie naturelle de l'homme ; aussi ces choses sont communes et exposées à tout le monde.

Semblablement, Dieu ne nous ayant mis en ce monde que pour faire sa volonté, et notre salut dépendant de cela, il est extrêmement nécessaire que nous connaissions aisément la volonté de Dieu en toutes les choses que nous avons à faire. C'est pourquoi il nous l'a rendue très facile à connaître, nous la manifestant par cinq voies principales qui sont très certaines et évidentes: i. par ses commandements ; 2. par ses conseils ; 3. par les lois, règles et obligations de la condition en laquelle nous sommes ; 4. par les personnes qui ont autorité et conduite sur nous ; 5. par les événements, toutes les choses qui arrivent étant marques infaillibles que Dieu les veut ainsi, soit par volonté absolue, ou par volonté de permission. De sorte que, si nous ouvrions tant soit peu les yeux de la foi, il nous serait très facile, à toute heure et

en toute rencontre, de connaître la très sainte volonté de Dieu, et cette connaissance nous la ferait aimer et nous porterait à nous y soumettre.

Mais afin de nous bien établir dans cette soumission, il est nécessaire d'imprimer bien avant dans notre esprit quatre vérités que la foi nous enseigne.

1. Que la même foi, qui nous apprend qu'il n'y a qu'un seul Dieu qui a créé toutes choses, nous oblige de croire que ce grand Dieu ordonne et gouverne toutes choses, sans aucune exception, soit par volonté absolue, soit par volonté de permission ; et qu'il ne se fait rien au monde qui ne soit sujet à l'ordre de sa divine conduite, et qui ne passe ou par les mains de sa volonté absolue, ou par celle de sa permission, qui sont comme les deux bras de sa Providence, avec lesquels elle gouverne toutes choses : Tua, Pater, providentiel gubernat1.

2. Que Dieu ne veut rien et ne permet rien que pour sa plus grande gloire, et qu'en effet il tire sa plus grande gloire de toutes choses. Car Dieu étant le créateur et le gouverneur du monde, ayant fait toutes choses pour soimême, ayant un zèle infini pour sa gloire, et étant infiniment sage et puissant pour savoir et pouvoir acheminer toutes choses à cette fin, il est très certain qu'il ne veut et ne permet point qu'il se passe rien dans le monde qui ne soit pour sa plus grande gloire, et même pour le bien de ceux qui l'aiment et qui se soumettent à sesdivines ordonnances ; puisque son Apôtre nous annonce que toutes choses coopèrent au bien de ceux qui aiment Dieu-. De sorte que, si nous voulions aimer Dieu et adorer sa sainte volonté en toutes occurrences, toutes choses réussiraient à notre plus grand bien ; et il ne tient qu'à nous que cela ne soit.

* Sap. XIV, 3.

2 « Diligentibus Deum omnia cooperantur in bonum. » Rom. VIII,. 28. Cf. Augustinum, De correp. et grat. c. 9, n. 24.

3. Que la volonté de Dieu, soit absolue, soit de permission, est infiniment sainte, juste, adorable et aimable, et qu'elle mérite d'être infiniment et également adorée, aimée .et glorifiée en toutes choses telles qu'elles soient.

4. Que Jésus-Christ Notre-Seigneur a fait profession, dès le premier moment de sa vie et de son entrée au monde, de ne faire jamais sa volonté, ains celle de son Père, selon le témoignage authentique de saint Paul écrivant aux Hébreux : Jésus entrant au monde dit (parlant à son Père élernel) : Me voici, je viens; au commencement du livre il est écrit de moi, que je fasse, 6 Dieu, votre volonté* ; et selon ce qu'il a dit depuis lui-même: Je suis descendu du ciel, non pour faire ma volonté, mais la volonté de celui qui ma envoyé 2. Aussi ne l'a-t-il jamais faite ; ains, quoique sa volonté fût sainte, déifiée et adorable, néanmoins il l'a quittée et comme anéantie, poursuivre celle de son Père, lui disant incessamment en toutes choses, ce qu'il lui a dit en la veille de sa mort, au jardin des Olives : Non pas ma volonté, mais la vôtre soit faite, ô mon Père3.

Si nous considérons bien ces vérités, nous aurons une grande facilité à nous soumettre en toutes choses à la très adorable volonté de Dieu. Car, si nous considérons que Dieu ordonne et dispose tout ce qui se passe au monde ; qu'il dispose toutes choses pour sa gloire et pour notre plus grand bien, et que sa disposition est très juste et très aimable ; nous n'attribuerons pas les choses qui arrivent, ni à la fortune ou hasard, ni à la malice du diable ou des hommes, ains à l'ordonnance de Dieu, que nous aimerons et embrasserons tendre-

1 « Ideo ingrediens mundum dicit : Hostiam et oblationem noluisti ; corpus autem aptasti mihi. Tune dixi : Ecce venio ; in capite libri scriptum est de me : ut faciam, Deus, voluntatem tuam. » //eô.X. 5-7.

1 « Descendi de cœlo, non ut faciam voluntatem meam, sed voluntatem ejus qui misitme. » Joan. VI, 38.

J « Pater,... non mea voluntas, sed tua fiât. » Luc. XXII, k'2.

ment, sachant très assurément qu'elle est très sainte et très aimable, qu'elle n'ordonne et ne permet rien que pour notre plus grand bien, et pour la plus grande gloire de notre bon Dieu, laquelle nous devons aimer par dessus toutes choses, puisque nous ne sommes au monde que pour aimer et procurer la gloire de Dieu.

Et si nous considérons attentivement que notre chef, qui est Jésus, a délaissé et comme anéanti une volonté si sainte et si divine comme est la sienne, pour suivre la très rigoureuse et très sévère volonté de son Père sur lui, qui a voulu qu'il ait souffert des choses si étranges, et qu'il soit mort d'une mort si cruelle et si honteuse,, et ce pour ses ennemis ; aurons-nous peine de quitter une volonté toute dépravée et corrompue par le péché comme est la nôtre, pour faire vivre et régner en sa place la très sainte, très douce et très aimable volonté de Dieu ?

C'est en ce point que consiste la soumission et obéissance chrétienne, à savoir à continuer la soumission et obéissance très parfaite que Jésus-Christ a rendue, non seulement aux volontés que son Père lui a déclarées par lui-même, mais même à celles qu'il lui a déclarées par sa sainte Mère, par saint Joseph, par l'ange qui l'a conduit en Egypte, par les Juifs, par Hérode et par Pilate. Car il s'est soumis non seulement à son Père, mais il s'est assujetti à toutes les créatures pour la gloire de son Père et pour l'amour de nous.

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