‹ uvres complètes du vénérable Jean Eudes, missionnaire apostoliqueChapitre 103 sur 252 · XXXII. — Pratique de la soumission et obéissance chrétienne · texte numérisé non relu

XXXII. — Pratique de la soumission et obéissance chrétienne

Afin de réduire en pratique les vérités susdites, adorez en Jésus celle divine et adorable soumission qu'il a si parfaitement exercée. Anéantissez souvent à ses pieds toutes vos volontés, désirs et inclinations, lui protestant

que vous n'en voulez point d'autres que les siennes, et le priant qu'il les fasse régner parfaitement en vous.

Vivez dans une continuelle résolution de mourir et de souffrir plutôt toutes sortes de tourments que de contrevenir au moindre des commandements de Dieu, et dans une disposition générale de suivre ses conseils, selon la lumière et la grâce qu'il vous donnera, selon votre condition et selon lavis que vous en prendrez de votre directeur.

Regardez et honorez les personnes qui ont autorité et supériorité sur vous, comme personnes qui vous tiennent la place de Jésus-Christ en terre ; et suivez leurs volontés comme les volontés de Jésus-Christ, pourvu qu'elles ne soient point manifestement contraires à ce que Dieu commande et défend.

Le prince des Apôtres, saint Pierre, passe bien plus outre; car il nous exorte de nous soumettre à toute humaine créature, pour l'amour de Dieu : Subjecti estote omni humante creaturse, propter Deum*. Et saint Paul veut que nous nous estimions comme supérieurs les uns des autres : Superiores sibi invicem arbitrantes*. Suivant ces divins enseignements de ces deux grands Apôtres, nous devons regarder et honorer toutes sortes de personnes comme nos supérieurs et supérieures, et être disposés à renoncer à notre propre jugement et volonté, pour nous soumettre au jugement et à la volonté d'autrui. Car, en qualité de chrétiens qui doivent vivre dans les sentiments et dispositions de Jésus-Christ, nous devons faire profession avec ce même Jésus-Christ de ne faire jamais noire propre volonté, ains d'obéir à toutes les volontés de Dieu ; et en cas de doute, c'est-à-dire en cas que nous ne connaissions pas assurément qu'elle est la volonté de Dieu en diverses occurrences qui sepré-

'I Pet. II, 13.

' Philip. II, 3.

sentent, nous devons faire la volonté de qui que ce soit, regardant tous les hommes pour nos supérieurs, et nous soumettant à leur volonté en ce qui nous est possible, et en ce qui n'est point contraire à Dieu et aux obligations de notre condition, préférant néanmoins toujours ceux qui ont plus d'autorité et de droit sur nous.

Regardez et observez les lois, les règles et les obligations de votre état, office ou condition, comme les marques infaillibles de ce que Dieu demande de vous ; et en l'honneur de l'obéissance très exacte et de l'assujettissement très parfait que Jésus a rendu, non seulement aux règles que son Père lui a données et aux heures et moments qu'il lui a prescrits et déterminés pour faire toutes ses actions, mais même aux lois humaines ; assujettissez-vous aux règles et obligations de votre condition, aux heures et moments auxquels vous devez vous acquitter des devoirs et fonctions de votre office, et même aux lois humaines et civiles ; tout cela pour l'amour de celui qui, pour l'amour de vous, a passé le premier par cet assujettissement.

Dans tous les événements qui arriveront, soit par la volonté absolue de Dieu, soit par sa volonté de permission, adorez, bénissez et aimez l'une et l'autre, et lui dites avec son Fils bien-aimé, mais désirez de le lui dire, autant qu'il vous sera possible, dans le même esprit et dans le même amour, soumission et humilité dans laquelle son Fils [le] lui a dit : Pater, non quod ego volo, sed quod tu ; non mea volontas, sed tua fiai1: « 0 mon Père, non pas ce que je veux, mais ce que vous voulez ; non pas ma volonté, mais la vôtre soit faite. » //a, Pater, quoniam sic fuit jilacitum atitete*: « Oui, mon Père, je le veux ainsi, puisque c'est votre bon plaisir. »

«Marc. XIV, 36; Luc. XXII, 42.

a Matth. XI, 26.

Quand vous sentirez quelque inclination ou désir de quelque chose, tout aussitôt anéantissez-le aux pieds do Jésus ; et si l'inclination est puissante, ne cessez d'y renoncer, de l'anéantir, et de prier ce même Jésus qu'il l'anéantisse en vous, jusqu'à ce que vous vous sentiez disposé à vouloir le contraire, s'il le voulait ainsi.

Lorsqu'il vous vient quelque pensée ou crainte de perdre votre santé, ou votre réputation, ou vos biens, ou vos parents, vos enfants, vos amis ou quelque autre chose semblable, anéantissez votre volonté aux pieds de Jésus, pour adorer, aimer et bénir la sienne, comme si la chose était déjà, ou pour le temps qu'elle doit arriver en cette façon :

« 0 Jésus, j'anéantis toutes mes volontés et inclinations à vos pieds, j'adore, j'aime et je loue de tout mon cœur votre très sainte et très aimable volonté ; et malgré toutes mes répugnances et sentiments contraires, je veux vous aimer, bénir et glorifier en tout ce qu'il vous a plu, et en tout ce qu'il vous plaira ordonner sur moi et sur tous ceux qui me touchent, en temps et en éternité. Vive Jésus, vive la très sainte volonté de mon Jésus ; que la mienne soit détruite et anéantie pour jamais, et que la sienne règne et soit accomplie éternellement en la terre comme au ciel ! »

XXXIII. — La perfection de la soumission et obéissance chrétienne.

AT on seulement Jésus-Christ Notre-Seigneur a fait -^ toutes les volontés de son Père , et s'est soumis à lui et à toutes choses pour l'amour de lui ; mais encore il a mis tout son contentement, sa félicité et son paradis en cela : Meus cibusest, ut faciam vuluntatem ejus qui rnisit me4 : a Ma viande est, ce dit-il, que je fasse la volonté

1 Joan. IV, 34.

de celui qui m'a envoyé », c'est-à-dire, je n'ai rien de plus désirable, ni de plus délicieux, que de faire la volonté de mon Père. Car en effet, dans toutes les choses qu'il faisait, il prenait un contentement infini à les faire, parce que c'était la volonté de son Père. Dans les souffrances qu'il portait, il mettait sa joie et sa félicité selon l'esprit, parce que c'était le bon plaisir de son Père. A raison de quoi, le Saint-Esprit parlant du jour de sa passion et de sa mort, il l'appelle le jour de la joie de son cœur1. Sembla blement, dans toutes les choses qu'il voyait arriver et devoir arriver au monde, il y trouvait, la paix et le contentement de son esprit, d'autant qu'il ne regardait en toutes choses que la très aimable volonté de son Père.

Aussi, en qualité de chrétiens qui doivent être revêtus des sentiments et dispositions de leur chef, nous devons non seulement nous soumettre à Dieu et à toutes choses pour l'amour de Dieu, mais aussi nous devons mettre tout notre contentement, notre béatitude et notre paradis en cela. C'est en ceci que consiste la souveraine perfection de la soumission chrétienne. C'est la prière que nous faisons tous les jours à Dieu : Fiat voluntas tint. sicut in cœlo et in terra : « Que votre volonté soit faite en la terre comme au ciel. » Or dans le ciel, les Saints mettent tellement leur félicité et leur paradis dans l'accomplissement des volontés de Dieu, que plusieurs d'entre eux, qui voient leurs pères et mères, leurs frères et sœurs, leurs femmes et enfants dans l'enfer, se réjouissent des effets que la justice de Dieu opère sur eux : parce que les Saints n'étant qu'un avec Dieu, n'ont qu'un même sentiment et volonté avec lui. Or Dieu veut que sa justice soit exercée sur ces misérables qui l'ont bien mérité, et il prend un contentement infini dans les effets de sa justice aussi bien que dans ceux de sa misé-

1 « .. in die lsetitise cordis ejus. » Caiit. III, H.

SECONDE PARTIE. — § XXXIII 'l'.Y.Ï

ricorde. C'est pourquoi les Saints y prennent aussi contentement : Lsetabitur justus cum vident vindictam ; ma"

nus suas lavahit in sanguine peccatoris1 : « Le juste se réjouira en la vue de la divine vengeance sur les injustes ; il lavera ses mains dans le sang du pécheur. » C'esl ainsi que nous devons mettre toute notre joie dans le& effets de la divine volonté, puisque nous devons tâcher de l'accomplir en la terre comme au ciel. Deux raisons nous obligent à cela :

1. Parce que n'étant créés que pour glorifier Dieu, et la gloire de Dieu étant notre dernière fin, il s'ensuit que nous devons mettre notre félicité dans la gloire de Dieu, et par conséquent dans tous les effets de sa divine volonté, puisqu'ils sont tous pour sa plus grande gloire.

2. Parce que Notre-Seigneur nous ayant déclaré qu'il veut que nous ne soyons qu'un avec lui et avec son Père, il s'ensuit que nous ne devons avoir qu'un même esprit et sentiment avec lui, comme il a été dit de ceux qui sont au ciel, et par conséquent que nous devons mettre noire joie, notre béatitude et notre paradis en cela même en quoi les Saints, la très sainte Vierge, le Fils de Dieu et le Père éternel mettent leur paradis et leur béatitude.

Or les Saints, la très sainte Vierge, le Fils de Dieu et le Père éternel trouvent leur contentement et leur paradis en toutes choses, parce que les Saints et la très sainte Vierge regardent la volonté de Dieu en toutes choses, dans lesquelles il prennent tout leur contentement ; et parce que Dieu prend un contentement et une joie infinie en toutes ses volontés et permissions, <'l en toutes ses œuvres : Lœtabitur Dominus in operibus suis'-: Dieu ne serait pas Dieu, s'il ne prenait un contentement Infini en tout ce qu'il fait. Et cela est tellement vrai, qu'il prend autant de contentement dans les œuvres et

1 i's. LVir, n.

- /'*. cm. 3i.

dans les effets de justice qu'il opère sur les damnés, comme dans les effets de bonté qu'il opère dans les Bienheureux, selon ci' divin oracle : Comme le Seigneur s'est réjoui auparavant en vous bienfaisant, ainsi il se réjouira en vous perdant et détruisant*. C'est pourquoi aussi nous devons mettre notre joie et notre paradis en toutes les volontés, permissions et œuvres de Dieu, et généralement en toutes choses, excepté dans le péché que nous devons détester et avoir en horreur, adorant néanmoins et bénissant la permission de Dieu et l'ordonnance de sa justice qui, par un juste jugement, permet qu'en punition d'un péché, le pécheur tombe dans un autre péché.

Et par ainsi nous avons moyen, avec la grâce de Notre-Seigneur, de vivre toujours content, et de posséder le paradis en la terre. Certes nous serions bien difficiles à contenter, si nous n'étions contents de ce qui contente Dieu, les Anges et les Saints, lesquels ne se réjouissent pas tant de la très grande gloire qu'ils possèdent, comme de l'accomplissement de la volonté de Dieu en eux, c'est-à-dire, de ce que Dieu se contente et se plaît à les glorifier. Et nous n'aurons pas sujet de nous plaindre d'être dans le paradis de la Mère de Dieu, du Fils de Dieu et du Père éternel.

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