XXXIV. — Pratique de la parfaite soumission chrétienne
Si donc vous désirez posséder un vrai paradis en la terre, priez Jésus qu'il établisse en vous ces saintes dispositions d'une parfaite soumission à toutes ses divines volontés. Et afin d'y coopérer de votre part, tâchez
• « Et sicut ante Jsetatus est Dominus super vos, bene vobis faciens.., sic ltetabitur disperdens vos atque subverten6. » Dent. XXVIII, 63.
non seulemenl de vous soumettre à Dieu en toutes choses, mais encore de vous y soumettre avec joie et contentement.
Quand vous ferez quelque action, lâchez de la faire, non seulement pour l'amour de Notre-Seigneur, mais de la faire tellement pour l'amour de lui, que vous mettiez tout votre contentement, votre félicité et votre paradis à la faire, parce que c'est pour l'amour de lui, et parce que c'est sa volonté et son contentement que vous la fassiez.
Quand il vous arrivera quelque chose, si elle est contre votre volonté, mettez-y votre contentement parce que c'est la volonté de Dieu. Si elle est selon votre désir, réjouissez-vous, non pas de ce que votre volonté est accomplie, mais celle de Dieu.
Dans toutes les choses qui se passent au monde, n'y regardez que la volonté et la permission de Dieu, et considérant que Dieu met son contentement en toutes ses volontés tant absolues que de permission, qu'il a toujours son compte en toutes choses, et qu'il tire toujours sa plus grande gloire de tout : détestez d'un côté les péchés qui se commettent contre lui, dans -les choses qui s'arrivent; et d'ailleurs mettez votre contentemen dans les choses dans lesquelles il met le sien.
Je ne dis pas que vous ayez un contentement et une joie sensible en tout ce que vous faites et souffrez, et en tout ce qui se passe au monde, — cela n'appartient qu'aux Bienheureux ; — mais je parle ici de la joie et du contentement d'esprit et de volonté que vous pouvez avoir facilement, moyennant la grâce de Notre-Seigneur, puisqu'il n'y a qu'à dire : « Mon Dieu, je veux, s'il vous plaît, pour l'amour de vous, mettre tout mon contentement à vouloir, à faire, ou à souffrir ceci ou cela, parce que c'est votre volonté et contentement. » Et par ce moyen vous aurez un contentement d'esprit et de volonté en toutes choses. Et même cette pratique, plusieurs fois réitérée, amoindrira et détruira la peine et repu-
T.'yt) LE ROYAUME DE JÉSUS
gnancc naturelle que vous pourriez sentir en plusieurs choses, et fera que vous trouverez de la douceur et du contentement même selon les sens, là où vous sentiez auparavant de l'amertume et de la peine.
Pour vous rendre cette pratique plus familière, accoutumez-vous en toutes les choses que vous voyez arriver en ce monde, d'élever votre cœur vers Jésus, et lui dites ainsi :
« 0 Jésus, c'est vous qui ordonnez, qui faites, ou qui permettez ces choses, et vous faites et voulez toutes choses avec un contentement infini. 0 mon Dieu, je me donne à vous : faites s'il vous plaît que je n'aie qu'un même esprit, sentiment, disposition et volonté avec vous; que je veuille tout ce que vous voulez; que je le veuille avec contentement, comme vous le voulez avec contentement, et que je mette toute ma félicité et mon paradis en toutes vos œuvres et volontés. »
Dans les choses auxquelles vous sentez de la répugnance, dites ainsi :
« 0 Jésus, malgré toutes les répugnances et contrariétés de ma propre volonté et de mon amour-propre, je veux souffrir cette peine et affliction, (ou je veux faire cette action) pour l'amour de vous, et je la veux tellement souffrir (ou faire) pour l'amour de vous, que je veux mettre en cela toute ma félicité et mon paradis, parce que c'est votre sainte volonté. »
Dans les choses auxquelles vous sentez de la consolation et du contentement dites ainsi :
« O Jésus, je me réjouis de ce que cela est ainsi arrivé (ou bien je veux faire cette action), non pas parce que cela est arrivé selon mon contentement, (ou parce que je sens de la satisfaction à faire cette action), mais parce que c'est votre volonté et votre contentement que cela soit arrivé ainsi, (ou bien, que je fasse ce que je vais faire. »
Faisant ainsi vous commencerez votre paradis dès ce
SECONDE PARTIE. — g XXXV 257
monde, vous jouirez d'une paix el contentement perpétuel, vous ferez vos actions comme Dieu fait ses actions, et comme Notre-Seigneur Jésus-Christ faisait les siennes lorsqu'il était en la terre, c'est-à-dire, en esprit de joie et de contentement, qui est ce qu'il désire et ce qu'il a demandé à son Père pour nous en la veille de sa mort, par ces paroles : Ut habeant gaudium meum implelum insemetipsis* : « Qu'ils aient ma joie accomplie en eux-mêmes. » C'est ici la suprême perfection de la soumission chrétienne et du pur amour de Dieu ; car le souverain degré de l'amour divin consiste à faire, souffrir et accepter toutes choses pour l'amour de Dieu, avec joie et contentement. Et une personne qui fera ce saint usage des choses qui se passent au monde, qui souffrira les peines qui lui arriveront en cette disposition, et qui fera ces actions en cette manière, donnera plus de gloire et de contentement à Dieu, et avancera plus en un jour dans les voies de son amour, qu'elle ne ferait en toute sa vie en faisant autrement.