TROISIÈME PARTIE. — § V .'H
saintes sont si peu connues, si peu considérées et si peu honorées, et par ceux-là même qui se disent les enfants de Jésus, qui portent son nom, et qui ne sont en la terre que pour connaître et aimer ce même Jésus, sa vie et ses mystères, et qui ne peuvent avoir de vraie vie que dans cet amour et connaissance, suivant ces grandes paroles de la vérité même : Celle-ci <'sl la vie éternelle, qu'ils vous connaissent seul rmi Dieu, et celui que vous avez envoyé, Jésus-Christ1 .
C'est en ce point que consiste la vie bienheureuse du ciel, et c'est en ce même point que consiste la vraie vie de la terre : à connaître, aimer et honorer la vie, les états et les mystères de Jésus. Ce sera sur ce sujet qu'on nous fera rendre compte à l'heure de la mort ; et un des plus grands reproches qui nous sera fait en cette heure, ce sera du peu d'application que nous aurons eu à la vie et aux mystères de Jésus, pour les considérer et honorer. Ce sera pour cette fin que le Fils de Dieu tiendra son jugement universel en la consommation des siècles, pour faire rendre, en la puissance de sa justice, l'honneur et l'hommage qui est dû à tous ses mystères par toutes les créatures,, et même par ses propres ennemis, et ce en la face du ciel et de la terre. C'est pour cela aussi qu'il y a un enfer, afin que ceux qui n'auront point honoré en la terre les mystères de Jésus, par amour et volonté, les honorent dans l'enfer par contrainte et par force, et par les effets de la justice de Dieu sur eux.
C'est pourquoi, afin de n'être pas du nombre de ces malheureux, nous devons mettre notre soin principal et notre dévotion à considérer et honorer les divers états et mystères de Jésus. Nous devons toujours préférer les fêtes de Jésus, qui arrivent durant le cours de l'année, comme aussi celle de sa sainte Mère,>à toutes les autres
1 « Haec est autem vita seterna, ut '"ognoscant te solum Deum verum, et quern misisti Jesuni Christum. » Joan. XVII. 3.
fêtes; et nous devons tellement disposer notre temps et nos exercices de piété, que nous honorions toute la vie de Jésus, et tous les états et mystères de cette même vie durant le cours de chaque année. Pour cet effet voici l'ordre qu'on y peut tenir.
VI. — De l'ordre qu'il faut tenir pour honorer en chaque année tous les états et mystères de Jésus, et qu'il en faut choisir un à honorer pour toute notre vie et pour chaque année.
/Commençant par le premier de tous les états de Jésus, ^ qui est l'état de sa vie divine qu'il a eue au sein de son Père de toute éternité, il est bon de l'honorer au temps qui précède TAvent, afin que par ce moyen nous adorions Jésus dans la vie qu'il a eue au sein de son Père de toute éternité, auparavant que de l'adorer dans la vie qu'il a eue au sein de la Vierge dans la plénitude des temps. Or j'entends par le temps qui précède l'Avent, les mois d'octobre et de novembre.
Je réserve néanmoins les deux dernières semaines de novembre, durant lesquelles il est bon d'honorer la vie que Jésus a eue dans le monde avant son Incarnation l'espace de cinq mille ans, c'est-à-dire, depuis la création du monde jusqu'à l'Incarnation de l'Auteur du monde. Car durant ce temps, Jésus était vivant en quelque manière dans les esprits et dans les cœurs des Anges du ciel, et des Patriaches, Prophètes et Justes de la terre, qui connaissaient qu'il devait venir au monde, et qui l'aimaient, le désiraient, l'attendaient et le demandaient à Dieu continuellement. Il était vivant de la même sorte dans les âmes des saints Pères qui étaient aux Limbes. Comme aussi il était vivant dans l'état de la loi mosaïque, qui n'était faite que pour le figurer et annoncer, et pour disposer le monde à croire en lui et à le recevoir lorsqu'il viendrait.