TROISIÈME PARTIE. — § VI 32L
justice, sa bonté et ses souffrances sont continuellement glorifiées.
6. L'état et l'empire de Jésus dans l'enfer, là où toutes ses perfections divines et tous ses mystères sont honorés en une manière terrible et admirable.
7. L'état et l'empire de Jésus dans l'Église triomphante qui est au ciel.
Voilà sept états et empires de Jésus, que nous pourrons honorer durant le mois de septembre, lesquels j'appelle ainsi, parce que Jésus est régnant et triomphant en tous ces lieux et en toutes ces choses, et parce que tous ces lieux et toutes ces choses sont pleines de la gloire, de l'honneur, de la puissance, de la présence et de la majesté de Jésus, comme je ferai voir plus amplement en son lieu, s'il plaît à Dieu m'en donner le temps et la grâce.
Dans les fêtes de la Sainte Vierge et aux samedis, nous honorerons la vie de Jésus dans la Vierge, et toutes les merveilles et mystères qu'il a opérés en elle.
Dans les fêtes des Anges et des Saints, qu'on célèbre durant Je cours de l'année, nous honorerons la vie de Jésus dans les Anges et dans les Saints.
Ainsi nous ne devons rien laisser en Jésus, à quoi nous ne rendions quelque honneur particulier. Ainsi nous le devons regarder et honorer en tous lieux, en tout temps et en toutes choses. Et ainsi nous devons honorer durant le cours de l'année tous ses états et tous ses mystères. Mais afin de vous faciliter davantage le moyen de les honorer, en attendant qu'il plaira à Dieu me donner le temps et la grâce d'achever un autre livre que j'ai commencé, dans lequel il sera parlé plus amplement de tous les états et mystères de Jésus1, je m'en vais vous
' Le V. P. Eudes fait probablement allusion à l'ouvrage signalé par le P. Gostil, Fleurs I, p. 644, sous ce titre : « Tout Jésus, divise en douze livres, qui donnent le moyen de connaître et aimer Notre-
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proposer les choses principales que nous avons à considérer et honorer en chaque état et mystère de la vie de Jésus, et la manière de les honorer.'
Mais auparavant, je vous dirai encore que, comme nous sommes obligés d'avoir dévotion particulière à quelques Anges et à quelques Saints que nous devons honorer spécialement durant toute notre vie; et que, comme il est bon aussi de choisir tous les ans quelque ordre des Sainls et des Anges pour les honorer particulièrement durant le cours de Tannée ; qu'à plus forte raison, après avoir recommandé cela à Dieu et avoir invoqué le Saint-Esprit et pris l'avis de ceux qui nous conduisent, nous devons choisir quelque état ou mystère de Jésus, pour l'honorer particulièrement en toute notre vie. Comme aussi il est bon d'en prendre un tous les ans, au jour de l'Ascension du Fils de Dieu, pour y rendre quelque honneur spécial durant le cours de l'année ; et ce en la manière qui sera proposée ci-après pour honorer les mystères de Jésus.
VIL — Des sept choses que nous avons à considérer et honorer en chaque mystère de Jésus.
Entre une infinité de merveilles qui sont renfermées dans chaque mystère de la vie de Jésus, il y a sept grandes choses que nous devons y considérer et honorer, dont la connaissance vous donnera beaucoup de lumière, d'ouverture et de facilité à vous occuper sur les mystères du même Jésus.
La preiiiirre, c'est le corps et l'extérieur du mystère, c'est-à-dire, tout ce qui s'est passé extérieurement dans
Seigneur et de 1 honorer en toutes choses en vivant de son esprit. >» De son côté, le P. de Montigny, Vie du P. Eudes, p. 438, mentionne des <> Exercices intérieurs sur les Mystères de Jésus, divisés en douze livres », qui vraisemblablement ne sont autres que Tout Jésus. Cet ouvrage, resté manuscrit, est aujourd'hui perdu.
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le mystère. Par exemple, ce qui s'est passé extérieurement dans le mystère de la naissance de Jésus, comme la nudité, la pauvreté, le froid, l'impuissance et la petitesse dans laquelle il est né, les petits drapeaux dont il a été enveloppé, sa résidence dans la crèche et sur le foin entre l'âne et le bœuf, ses larmes et ses cris enfantins, les petits mouvements de ses pieds et de ses mains sacrées, le premier usage qu'il a fait de ses yeux, de sa bouche et de ses autres sens, le repos qu'il a eu dans le sein de sa bienheureuse Mère, la nourriture qu'il a prise à ses sacrées mamelles, les doux baisers et embrassements qu'il a reçus d'elle et de saint Joseph, la visite des pasteurs, et toutes les autres choses qui se sont dites et faites extérieurement dans l'étable de Bethléem, en la nuit de la naissance du Fils de Dieu.
Voilà ce que j'appelle le corps et l'extérieur du mystère de la naissance de Jésus. Et ainsi tout ce qui s'est passé extérieurement dans le mystère de l'Incarnation, de la Circoncision, de la Présentation au temple, de la fuite en Egypte, de la Passion, et dans tous les autres états et mystères ; tout ce qui s'est passé, dis-je, en l'extérieur de chaque mystère, tout ce qui s'y est dit, fait et souffert extérieurement, soit par le Fils de Dieu, soit par les autres personnes, tant angéliques qu'humaines, qui ont été présentes au mystère, tout cela est le corps du mystère. Et tout cela mérite d'être considéré et honoré ; car il n'y a rien de petit, ains tout est grand, tout est divin et adorable dans les mystères de Jésus.
Et si le Fils de Dieu prend la peine et a soin d'appliquer son esprit et son cœur divin (qui ne devrait, ce semble, point avoir d'autre application qu'à la divinité même) à considérer et compter tous nos pas et tous les cheveux de notre tète, ainsi qu'il l'assure lui-même1 ; et
1 « Gressus meos dinumerasti. » Job. XIV, 16, Cf. XXXI, 4 ; XXXIV, 21. « Vestri capilli capitis omnes numerati sunt. » Matth. X, 30.
à remarquer, écrire dans son cœur et conserver dans ses trésors les moindres actions que nous faisons pour lui, afin de les honorer et glorifier à toute éternité dans le ciel : quel soin devons-nous avoir d'appliquer nos esprits et nos cœurs à considérer, adorer et glorifier toutes les moindres choses qui se sont passées dans sa vie et dans ses mystères ; vu qu'il n'y a rien en iceux qui ne soit infiniment grand et admirable, et qui ne mérite un honneur et adoration infinie.
La seconde chose que nous avons à considérer et honorer en chaque mystère du Fils de Dieu, c'est l'esprit et l'intérieur du mystère, c'est-à-dire, la vertu, la puissance et la grâce particulière qui réside dans le mystère, et qui lui est propre et particulière, chaque mystère ayant sa vertu et son esprit de grâce propre et particulier ; comme aussi les pensées et intentions, les affections, sentiments, dispositions et occupations intérieures avec lesquelles il a été opéré ; en un mot tout ce qui s'est passé intérieurement en icelui dans l'esprit, dans le cœur et dans l'âme sainte de Jésus, lorsqu'il a opéré ce mystère, et dans les esprits et les cœurs de toutes les personnes qui y étaient présentes.
Par exemple, tout ce qui s'est passé intérieurement dans les mystères de l'Incarnation, de la Naissance, de la Passion, et dans les autres mystères du Fils de Dieu, comme les pensées de son esprit, les affections et sentiments de son cœur, les dispositions intérieures d'humilité, de charité, d'amour, de soumission, de douceur, de patience et de toutes sortes de vertus, avec lesquelles il a opéré ses mystères ; les occupations intérieures qu'il a eues en tous ses mystères et actions au regard de son Père éternel, de soi-même, de son Saint-Esprit, de sa bienheureuse Mère, de ses Anges, de ses Saints, de tous les hommes en général, et d'un chacun de nous en particulier ; comme aussi la puissance, la vertu, et l'esprit