TROISIÈME PARTIE. — § VII
•de grâce qu'il a mis dans le mystère de son Incarnation, de sa Naissance, de sa Passion, et dans ses autres mystères : tout cela est ce que j'appelle l'esprit, l'intérieur et comme lame du mystère.
Et c'est ce qui doit être principalement considéré et 'honoré dans les mystères de Jésus ; et toutefois c'est ce •qui est le moins considéré et honoré. Car plusieurs se ■contentent de contempler le corps et l'extérieur, sans passer à l'esprit et à l'intérieur dé ces mêmes mystères. Cependant, c'est l'esprit et l'intérieur qui est le principal, le fonds, la substance, la vie et la vérité du mystère : là où le corps et l'extérieur n'est que comme l'écorse, l'accessoire, l'apparence et l'être accidentel du mystère. L'extérieur et le corps est passager et temporel ; mais la vertu intérieure et l'esprit de grâce qui réside en chaque mystère est permanent et éternel.
De là vient que nous disons que les mystères de Jésus ne sont point passés, mais qu'ils sont toujours présents, c'est-à-dire selon l'esprit, l'intérieur, la vérité et la substance des mystères, et non pas selon le corps et l'extérieur. Il est vrai pourtant qu'on peut dire aussi que selon le corps même et l'extérieur, ils sont toujours présents en quelque manière devant Dieu, comme toutes choses lui sont toujours présentes, par la vertu de son éternité, qui fait qu'il n'y a rien de passé ni d'avenir, mais que tout est présent devant les yeux de Dieu.
La troisième chose que nous devons honorer dans les mystères de Jésus, ce sont les effets qu'il a opérés et qu'il opère continuellement par chacun de ses mystères. Car le Fils de Dieu est appelé, dans ses Écritures, Agneau occis fies le commencement du monde1, parce qu'il a opéré dès le commencement du monde, cl opère incessamment, par sa mort, par son Incarnation e! par
'« Agnus qui occisus est ob origine mundi. » Apoc. XIII, 8.
tous ses autres mystères, plusieurs effets admirables de gloire, de félicité, de lumière, de grâce, de miséricorde, de justice et de terreur, dans le ciel, dans la terre, dans l'enfer, sur les hommes, sur les Anges et sur toutes les créatures, comme il sera montré ailleurs plus amplement, s'il plaît à Dieu.
La quatrième chose qui doit être adorée en chaque mystère de Jésus, *ee sont les desseins particuliers que ce même Jésus a en chacun de ses mystères. Car il a quelques desseins particuliers en chaque mystère, comme de glorifier son Père et soi-même par ce mystère, de glorifier ce mystère en certaines manières et par certaines voies particulières qui nous sont inconnues, de sanctifier les âmes, et opérer par ce mystère plusieurs autres effets que nous ne connaissons pas.
La cinquième chose qui est à considérer et honorer dans les mystères de Jésus, c'est la part, la liaison et l'appartenance spéciale que la sainte Vierge a en chaque mystère. Car elle a une part et une appartenance toute particulière et extraordinaire en tous les états et mystères de son Fils. Elle y a plus de part elle seule, que tous les Anges et les Saints, et tout le monde ensemble ; parce que le Fils de Dieu a opéré en elle choses plus grandes et plus admirables par chacun de ses mystères, qu'il n'a opéré dans tous les Anges, dans tous les Saints et dans tout le reste du monde. Comme aussi cette bienheureuse Vierge a plus rendu d'honneur elle seule à tous les mystères de son Fils, que tous les Anges, tous les Saints et tout le inonde ensemble.
La sixième chose qui esta considérer et honorer dans les mystères de Jésus, c'est l'appartenance et la part que les Anges et les Saints qui appartiennent particulièrement à chaque mystère, ont en ce même mystère. Car