‹ uvres complètes du vénérable Jean Eudes, missionnaire apostoliqueChapitre 221 sur 252 · XXXVI. — Que l'usage en est très saint et agréable à Dieu · texte numérisé non relu

XXXVI. — Que l'usage en est très saint et agréable à Dieu

Il n'y a qu'un extrême aveuglement ou une prodigieuse ignorance dans les choses de Dieu, qui nous puisse faire douter que l'usage du chapelet de la très sainte Vierge soit venu du ciel et ait été inspiré de Dieu, vu qu'il est approuvé et pratiqué par toute l'Église universelle ; qu'il contient les prières les plus saintes qu'on puisse faire, à savoir, le Pfitér, VAve et le Credo ; et que c'est un moyen très excellent pour honorer le premier mystère de la vie de Jésus et la plus grande merveille qui ait jamais été opérée de Dieu au ciel et en la terre, c'est-à-dire, le mystère et la merveille de l'Incarnation du Fils de Dieu dans la très sainte Vierge Marie. Car cette incomparable merveille et cet admirable mystère, qui tient tout le ciel dans un perpétuel ravissement et qui y est adoré continuellement, doit être adoré aussi continuellement en la terre, puisque c'est en la terre et pour les habitants de la terre qu'il a été accompli, et que l'Église militante qui est en la terre doit suivre et imiter la triomphante qui est au ciel.

Or il y est adoré en effet continuellement en plusieurs manières, mais spécialement par les trois Ave Maria1 qu'on dit trois fois le jour au son de la cloche, au matin, à midi et au soir, et par lu sage du chapelet qui est

* Le V. P. Eudes parle de V Angélus . Encore aujourd'hui, en Italie, au lieu de dire Y Angélus, on dit VAi>e Maria, ou simplement l'Ave.

composé de plusieurs Ave Maria. Car autant de fois que nous disons Y Ave Maria, autant de fois nous célébrons et honorons la mémoire de cet ineffable mystère, qui a été annoncé et opéré dans la sainte Vierge par le moyen de ci'llc divine salutation qui lui a été faite par l'Archange saint Gabriel, lorsqu il l'a saluée de la part de Dieu, et qu il lui a annoncé la venue et llncarnation du Fils de Dieu en elle, et son établissement dans la très haute dignité de Mère de Dieu.

C'est pourquoi on ne peut dire trop de fois VAve Maria, parce qu'on ne peut trop célébrer la mémoire de ce très aimable mystère ; comme aussi parce que nous ne pouvons repasser trop de fois par notre bouche cette angélique salutation, qui a passé par la très pure bouche d'un Archange, et qui a été faite par le commandement de Dieu et par l'entremise d'un Séraphin, à la Vierge des vierges et à la Mère du Dieu tout-puissant, et qui lui a été faite au jour de ses grandeurs, c'est-àdire au jour auquel elle a été établie dans la plus grande et plus relevée dignité qui fut ni qui sera jamais ; jour le plus remarquable, le plus cher et le plus honorable d'entre tous les jours de sa vie.

Nous ne pouvons prononcer trop souvent des paroles qui sont si saintes et si agréables au Fils de Dieu, si honorables et si chères à sa glorieuse Mère, et qui nous doivent être si précieuses et recommandables. Elles sont très agréables au Fils de Dieu, tant parce qu'il a très agréable qu'on salue et honore sa très digne Mère, tout l'honneur qu'on lui rend retournant à lui-même, et tout ce qu'on fait pour elle étant fait pour lui-même beaucoup plus que ce qui est fait pour le plus petit des siens ; que parce que ces sacrées paroles contiennent la mémoire du premier mystère de sa vie, mystère de sa bonté et de son plus grand amour vers son Père et vers nous. Elles sont très chères et honorables à sa bienheureuse Mère, parce qu'elles lui ont apporté la meilleure, la plus

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