XXVI. — De l'agonie et de l'instant de la mort
Nous regarderons ce jour comme si c'était le dernier de nos jours, et nous tâcherons de l'employer avec autant de soin et de dévotion comme s'il ne nous restait plus que ce jour pour aimer Dieu. Pour cet effet, il nous faut appliquer en ce même jour à considérer et adorer Notre-Seigneur dans le dernier jour de sa vie sur la terre, et à faire tout ce que nous ferons en ce jour, dans les dispositions saintes et divines avec lesquelles il a fait ses dernières actions, nous unissant dès maintenant à ces mêmes dispositions pour le dernier jour de noire vie, et suppliant Jésus qu'il nous y unisse lui même, et qu'il les imprime en nous, afin que nous soyons du nombre de ceux desquels il est dit : Bienheureux les morts qui meurent dans le Seigneur*, c'est-à-dire, qui meurent dans l'esprit et dans les dispositions dans lesquelles Notre- Seigneur Jésus est mort.
Il faut faire le même à proportion au regard de la sainte Vierge, la considérant et honorant au dernier jour de sa vie, nous unissant à ses dispositions, et lui offrant le dernier jour de notre vie en l'honneur du dernier jour de la sienne. Et à cela pourront vous servir les élévations
1 « Beati mortui qui in Domino moriuntur. » Apoc. XIV, 13.
qui sont dressées sur ce sujet à Jésus et à sa sainte Mère, pour la iin de Tannée, lesquelles vous trouverez à la lin de la IIIe partie, pages 360, 308.
Outre cela, j'ajouterai encore ici qu'il est bon, en ce jour, d'adorer Jésus et d'honorer sa très sainte Mère en leur agonie et en leur mort, et leur offrir notre agonie et notre mort, les suppliant de l'unir à leur agonie et à leur mort, et de la bénir et sanctifier par la leur. Comme aussi il est bon d'adorer la puissance infinie du divin amour qui a fait mourir Jésus et sa très sainte Mère ; l'un et l'autre étant morts d'amour et par amour : le suppliant qu'il nous fasse mourir avec Jésus et sa divine Mère, et qu'il consomme et sacrifie notre vie dans ses flammes sacrées.
Honorez aussi en ce jour tous les saints Martyrs, et tous les Saints etSaintes, en leur agonie et en leur mort ; offrez-leur votre agonie et votre mort ; priez-les qu'ils l'unissent ù leur agonie et à leur mort, qu'ils vous unissent aux saintes dispositions avec lesquelles ils se sont préparés à la mort, et qu'ils vous associent à tout l'amour et la gloire qu'ils ont rendu à Notre-Seigneur au dernier jour de leur vie et à l'instant de leur mort.
Mais spécialement priez saint Jean l'Évangéliste, sainte Madeleine, le saint Larron qui est mort avec Jésus, et tous les autres Saints et Saintes qui étaient assistants à la mort du Fils de Dieu, qu'en l'honneur de ce qu'ils l'ont accompagné en sa mort, il vous assistent particulièrement en la vôtre.
En ce même jour, il serait fort à propos de lire la Passion de Notre-Seigneur ; le dix-septième chapitre de l'Évangile de saint Jean, qui contient les dernières paroles et prières de Jésus avant que d'aller à la croix ; comme aussi les prières de l'Église pour l'âme agonisante, qui sont très pieuses et efficaces, lesquelles vous trouverez à la fin du Bréviaire. Car,vous ne savez pas si, au dernier jour de votre vie, vous serez en état de pou-
voir user de ces préparations à une sainte mort. C'est pourquoi il est bon de prévenir ce jour-là, et de lire la
Passion de Notre-Seigneur et les prières susdites, avec toute la dévotion en laquelle vous les voudriez lin; en l'article de la mort et avec laquelle elles ont été jamais lues par toute la sainte Eglise.
Mais surtout, en lisant le dix-septième chapitre de saint Jean, qui contient les dernières paroles et prières de Jésus, donnez-vous à ce même Jésus, pour prononcer ces mêmes paroles et faire ces mêmes prières en union du même amour et des mêmes dispositions et intentions avec lesquelles il les a faites et prononcées, le suppliant d'imprimer en vous ces dispositions pour le dernier jour de votre vie, et d'opérer en vous l'effet de ces saintes paroles.
Enfin, prosternez-vous aux pieds de Jésus et de sa très sainte Mère, pour les supplier de vous donner leur très sainte bénédiction pour le dernier moment de votre vie, en cette façon : « 0 Jésus, ô Mère de Jésus, donnezmoi, s'il vous plaît, votre sainte bénédiction, pour le dernier moment de ma vie, et faites, par votre très grande bonté, que le dernier instant de ma vie soit consacré à la gloire du dernier instant de la vôtre, et que le dernier soupir que je rendrai soit un acte de très pur amour vers vous. »