‹ uvres complètes du vénérable Jean Eudes, missionnaire apostoliqueChapitre 241 sur 252 · XXVIII. — De l'état de la mort et de la sépulture · texte numérisé non relu

XXVIII. — De l'état de la mort et de la sépulture

Comme Jésus-Christ Notre-Seigneur a voulu passer par tous les états de la vie humaine et mortelle, afin d'y honorer son Père éternel, et de les bénir et sanctifier pour nous ; nous devons aussi avoir un saint zèle de l'honorer particulièrement dans tous les états par lesquels il a passé, et de référer et consacrer tous les états dans lesquels nous avons été et devons être, à l'honneur des états dans lesquels il a été. Suivant cet enseignement, après l'avoir adoré au dernier moment de sa vie et lui avoir dédié le dernier moment de la nôtre, il est à propos maintenant de l'adorer dans l'état de mort dans lequel il a été l'espace de trois jours, et de lui consacrer l'état de mort dans lequel nous devons être, depuis le dernier moment de notre vie jusqu'au jour de la résurrection générale, en cette façon :

1. 0 Jésus, vous êtes la vie, et la vie éternelle, et la source de toute vie ; et cependant je vous vois réduit dans les ténèbres et dans l'ombre de la mort. Je vois que vous dites adieu pour quelque temps à votre très aimable Mère, et à vos très chers Apôtres et disciples, et à tous vos amis que vous laissez tous baignés de larmes et dans un deuil et une douleur la plus grande qui fut ni qui sera jamais. Je vois votre âme sainte séparée d'avec ce corps déifié, avec lequel elle avait une liaison si sainte, si étroite et si divine. Je vois ce même corps, plus saint et plus sacré que tous les corps célestes, — je veux dire que tous les cieux et que le ciel même empyrée, — gisant dans un sépulcre, dans la terre et dans la poudre. 0 mon Jésus, je vous adore, vous loue et vous .glorifie dans toutes ces choses. Je vous offre toutl'hon-

neur qui vous a été rendu en cet état par votre sainte Mère, par sainte Madeleine, par vos saints Apôtres et disciples, par vos Anges, par les saintes âmes que vous avez tirées des Limbes, et par toute votre Église ; avec toute la gloire que votre Père vous a donnée et dont vous jouissez maintenant dans le ciel, pour cette humiliation que vous avez portée en la terre. Je vous offre l'état de mort dans lequel je dois être un jour, en l'honheur de cet état de mort dans lequel vous avez été. Je vous ofire la séparation qu'il faudra que je porte de la compagnie de mes parents et amis, en hommage de la séparation très amère que vous avez portée de la très douce compagnie de votre très chère Mère, et de vos bien-aimés Apôtres et disciples. Je vous offre toute la douleur et les larmes de mes parents et amis, en l'honneur des douleurs et des larmes de votre pitoyable Mère et de vos tristes Apôtres. Je vous offre la division de mon âme d'avec mon corps, en l'honneur de la division étrange de votre âme sainte d'avec votre sacré corps. Je vous offre tout l'état auquel mon âme sera, jusqu'à ce qu'elle soit réunie avec son corps, quel qu'il soit, en hommage de l'état dans lequel votre âme a été durant le temps de sa séparation d'avec son corps. Je vous offre la sépulture de mon corps, et toutes les actions qui se feront pour cela, en l'honneur delà sépulture de votre saint corps. Et en l'honneur et union du même amour par lequel vous avez voulu, ô bon Jésus, que ce vôtre très saint corps fût gisant dans la terre et sur la poudre, et par lequel vous m'avez donné tant de fois ce même corps en la sainte communion, à moi qui ne suis que terre et un ver de terre, je donne très volontiers mon corps à la terre et aux vers de la terre, et consens qu'il soit réduit en cendre et en poudre ; mais à la condition s'il vous plaît, ô mon Sauveur, que tous les brins de poudre en laquelle ma chair et mes os seront réduits, soient comme autant de langues et de voix qui louent et

glorifient continuellement ie mystère adorable de votre sépulture ; et qu'ainsi je puisse chanter avec votre sacré Psalmiste : Omnia ossa mea dirent, Domine, quis similis tibil<! « Tous mes os diront : Seigneur, qui est semblable à vous ? »

2. 0 divin Jésus, nonobstant que votre corps et votre âme soient séparés l'un d'avec l'autre, néanmoins l'un et l'autre est toujours uni ;\ votre divinité ; à raison de quoi ils sont toujours dignes d'une adoration et honneur infini. Et partant, j'adore votre très sainte âme dans sa descente aux Limbes ; j'adore tout ce qui s'est passé en elle, et tous les effets qu'elle a opérés au regard des âmes des saints Pères, durant le temps de sa séparation d'avec votre corps. J'adore aussi ce même corps dans le tombeau, en tous ses membres et en toutes ses parties ; car il n'y a partie en lui qui ne soit infiniment adorable. Je vous adore, ô très saints yeux du corps de mon Sauveur. Je vous adore, ô sacrées oreilles de mon Dieu. Je vous adore et vous loue, ô très bénite bouche et langue de celui qui est le Verbe et la parole éternelle du Père. Je vous adore et vous bénis, ô très divines mains et pieds de mon Seigneur. Je vous adore et vous aime, ô très aimable Cœur de Jésus. Hélas! mon bien-aimé, en quel état vous vois-je réduit pour mon sujet? Ces yeux sacrés qui réjouissaient par leur très doux aspect tous ceux qui conversaient avec vous, sont maintenant obscurcis par les ténèbres de la mort. Ces saintes oreilles qui étaient toujours ouvertes pour entendre les clameurs et prières de tous les misérables, sont fermées et n'entendent plus. Cette bouche divine qui avait en soi les paroles de vie, est devenue muette et sans paroles. Ces bénites mains qui ont fait tant de merveilles, sont sans action et sans mouvement. Ces pieds célestes tant de fois lassés pour le salut du monde, ne se peuvent plus remuer. Mais sur-

' Ps. XXXIV, 10.

tout, ce Cœur très amoureux de mon Jésus, le plus digne et le plus noble trône du divin amour, est sans vie et sans sentiment. Ah ! mon cher Jésus, qui vous a réduit en cet état pitoyable? c'ont été mes péchés et votre amour. Ah ! péché maudit et détestable que je t'ai en horreur! 0 amour de mon Sauveur, que je vous aime, que je vous bénisse incessamment.

3. 0 bon Jésus, je me livre tout à la puissance de votre saint amour ; je vous supplie, par ce même amour, que vous me mettiez dès maintenant dans un état de mort, qui imite et qui honore cet état de mort dans lequel vous avez été. Eteignez entièrement en moi la vie du péché et du vieil Adam. Faites-moi mourir parfaitement au monde, à moi-même et à tout ce qui n'est point vous. Mortifiez tellement mes yeux, mes oreilles, ma langue, mes mains, mes pieds, mon cœur et toutes les autres puissances de mon corps et de mon âme, que je ne puisse plus ni voir, ni entendre, ni parler, ni goûter, ni agir, ni marcher, ni aimer, ni penser, ni vouloir, ni faire aucun usage de toutes les parties de mon corps et de mon âme, que selon votre bon plaisir, et selon la conduite et le mouvement de votre divin Esprit.

4. 0 mon bien-aimé Jésus, je me donne à vous pour porter l'effet de ces paroles de votre Apôtre : Vous êtes morts, et votre vie est cachée avec Jésus Christ en Dieu1. Cachez-moi et m'ensevelissez tout avec vous dedans Dieu. Ensevelissez mon esprit, mon cœur, ma volonté, ma vie et mon être dans votre esprit, dans votre cœur, dans votre volonté, dans votre vie et dans votre être, afin que je n'aie plus d'autres pensées, d'autres désirs et affections, d'autres sentiments et dispositions que les vôtres. Et comme la terre change et transforme en soi les corps qui sont ensevelis en elle, convertissez-moi et me trans-

1 « Mortui estis et vita vestra abscondita est cum Christo in Deo. » Col. III, 3.

formez tout en vous. Ensevelissez aussi mon orgueil dans votre humilité, ma froideur et tépidité dans la ferveur de votre divin amour, et tous mes autres vices et imperfections dans vos saintes vertus et perfections ; afin que, comme la terre consomme toutes les corruptions du corps qui est enseveli en elle, ainsi toutes les corruptions de mon âme soient consommées et anéanties dans vos divines perfections.

5. 0 Mère de Jésus, je vous honore et révère dans l'état de votre mort et de votre sépulture. Je vous offre tout l'honneur qui vous y a été rendu par les Anges et les saints Apôtres. Je vous remercie pour toute la gloire que vous avez rendue à l'état de la mort et de la sépulture de votre Fils par la vôtre. Je vous offre tout l'état de ma mort et de ma sépulture, vous suppliant défaire en sorte, par vos saintes prières, que tout ce qui se passera en moi dans cet état, rende un hommage éternel à l'état de la mort et de la sépulture de votre Fils et de vous.

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