‹ uvres complètes du vénérable Jean Eudes, missionnaire apostoliqueChapitre 29 sur 252 · L'amour de Jésus · texte numérisé non relu

L'amour de Jésus

Jésus-Christnousaincorporésà lui par le baptême, et, en répandant dans nos cœurs la grâce sanctifiante, qu'il nous a méritée par sa mort sur la croix, il nous associe à sa vie et à ses vertus, en attendant qu'il nous associe à sa gloire dans le ciel. C'en serait assez pour lui donner droit à tout l'amour de nos cœurs ; mais il y a droit encore, à un titre supérieur, en tant que Fils de Dieu, en tout égal à son Père, et partant, avec le Père et Saint-Esprit, l'objet nécessaire de notre religion.

C'est même vers Jésus-Christ surtout que s'oriente, depuis l'Incarnation, la vie religieuse de l'humanité. Cela se conçoit. Le Dieu du ciel nous domine de bien haut. La spiritualité de sa nature le dérobe aux prises de nos facultés sensibles, l'infinité de ses perfections déconcerte notre intelligence, et, quand nous pensons à lui, ce qui nous frappe le plus c'est sa majesté qui nous éblouit, sa toute-puissance qui nous écrase, sa justice qui nous effraie. D'où il suit qu'au lieu de l'aimer de tout notre cœur, nous sommes portés à ne penser à lui qu'en tremblant. Le Dieu de la Crèche, du Calvaire et de l'Autel est plus à notre portée. En se faisant notre

* Royaume de Jésus, "'part., Elévation au sujet de notre naissance

INTHODUCTION 37

frère, il nous a permis d'aller à lui par toutes les puissances de noire nature, et surtout il s'est comme dépouillé de tout ce qui nous tenait à l'écart, pour ne laisser paraître qu'une bonté inlinie qui nous attire. Aussi, depuis l'Incarnation, le centre d'attraction des âmes religieuses s'est, comme on l'a dit*, déplacé, non pour s'éloigner de Dieu, mais pour nous permettre d'aller à lui par une route plus facile, et de le rencontrer dans la personne du Verbe incarné.

Je ne sais si ces idées furent jamais mieux comprises qu'à l'Oratoire de France, dont le fondateur mérita d'être appelé par Urbain VIII « l'Apôtre du Verbe incarné.» On y professai tune dévotion singulière pour Jésus-Christ, que l'on s'appliquait à considérer et à honorer en toutes choses. Disciple tidèle du cardinal de Bérulle, le V. P. Eudes nous invite à concentrer sur la 'personne adorable du Sauveur tous les efforts de notre dévotion. 11 veut qu'à l'exemple du Père céleste, nous mettions en Jésus « toutes nos complaisances2 », que nous en fassions « l'objet unique de nos pensées et de nos affections, la fin de toutes nos actions, notre centre, notre paradis, notre tout3. » C'est à quoi il nous invite sans cesse dans le Roi/aume de Jésus. Car, comme il le dit lui-même, son livre « ne parle que de Jésus » et » ne tend qu'à l'établir dans les âmes. •> Il veut « qu'on n'y voie que Jésus, qu'on n'y cherche que Jésus, qu'on n'y trouve que Jésus, et qu'on n'y apprenne qu'à aimer et à glorifier Jésus.4 »

Et n'allons pas croire que le culte du Verbe incarné, entendu de la sorte, porte préjudice à celui que

1 L'abbé Lejeune, Avant et après la Communion p. 2, eh. I, n. 4.

* Royaume, de Jésus, 1™ part.. Conduite pour la journée.

* Royaume de Jésus, 1. c.

4 Royaume de Jésus, 7* part.. In line.

nous devons aux deux autres personnes de l'auguste Trinité. Jésus ne peut être séparé ni du Père de qui il procède, ni du Saint-Esprit qui procède de lui. Il n'est qu'un seul et même Dieu avec l'un et l'autre, et dès lors, comme l'observe le Vénérable, les hommages qu'on lui rend s'adressent également au Père et au Saint-Esprit, alors même qu'on n'aurait pas l'intention explicite de les honorer avec lui et en lui1.

Les sentiments que nous devons avoir pour Jésus- Christ sont ceux dont l'ensemble constitue la religion complète de la créature vis-à-vis du Créateur. Au premier rang se place l'adoration qui, en tout état d'àme, s'impose à l'homme à raison de son néant et de la souveraineté absolue de Dieu. C'est pourquoi, en nous présentant devant Jésus-Christ, nous commencerons toujours par l'adorer en lui-même, dans ses perfections infinies, dans ses mystères, dans ses vertus, dans tout ce qu'il est et dans tout ce qu'il fait pour son Père et pour nous.

Dans le Royaume de Jésus, vous ne trouverez pas un seul exercice qui ne commence par cet acte d'adoration.

Lorsqu'il s'adressait au commun des fidèles dans les missions, le P. Eudes s'efforçait d'inspirer à ses auditeurs une crainte salutaire des jugements divins, et l'histoire nous apprend qu'il obtint dans ce genre des effets merveilleux2. Mais la crainte servile ne tient qu'une place secondaire dans la vie chrétienne. Son rôle est d'introduire l'amour de Dieu dans l'âme du pécheur, et d'aider à sa conservation dans Pâme du juste, car Dieu ne veut être craint que pour être aimé. La loi de la vie chrétienne, c'est l'amour. Voilà pourquoi, dans le Royaume de Jésus, qui s'adresse

' Royaume de Jésus, \" part., Conduite pour la journée. * Cf. Hérambourg, Vertus du P. Eudes, p. 360.

aux âmes pieuses, le P. Eudes ne cesse de pousser ses lecteurs dans la voie de la confiance etde l'amour; et, sur ce point, sa spiritualité procède de saint François de Sales plus que du cardinal de Bérulie et du P. de Condren.

Le caractère pratique du livre ne permettait pas à Fauteur de s'étendre longuement sur les motifs qui doivent nous porter à aimer Jésus-Christ. Il les indique pourtant, et il le fait d'ordinaire avec une force saisissante et une onction persuasive. Il insiste surtout sur l'amour que le divin Maître nous a témoigné le premier. Il se plaît à redire que Jésus- Christ nous a aimés de toute éternité et que, non content de nous combler de bienfaits de toute sorte, de nous donner son Père pour être notre père, son Saint-Esprit pour être notre propre esprit, sa sainte Mère pour être notre mère, ses Anges et ses Saints pour être nos protecteurs élt nos intercesseurs, toutes les choses du ciel et de la terre pour servir à notre usage, il s'est donné lui-même à nous sans réserve et il continue à le faire chaque jour clans l'Eucharistie. S'il y a une pensée qui revient souvent dans le Royaume de Jésus, c'est que Jésus-Christ est tout amour pour chacun de nous. On la retrouve exprimée de mille manières dans les Elévations dont se compose l'ouvrage, comme dans les considérations qui les annoncent et les expliquent, tellement qu'il serait malaisé de trouver une circonstance ou une manifestation de l'amour de Jésus-Christ pour l'humanité qui n'ait été relevée par le Vénérable.

Ainsi, dès le début de sa carrière, c'est Jésus- Christ que le P. Eudes propose aux âmes chrétiennes comme l'objet ordinaire de leur dévotion, et ce qu'il les invite à contempler en lui, ce sont moins ses grandeurs que l'immensité de son amour pour nous. Quelques années plus tard, au lieu de présen-

ter aux lidèles l'amour de Jésus considéré en luimême, le Vénérable les invitera à le contempler dans le Cœur adorable du Sauveur, qui en est le symbole. Comme on le voit, ce sera moins un changement dans l'objet de sa dévotion, qu'une modification et un progrès dans la manière de l'envisager.

Quant au retour d'amour par lequel le chrétien doit répondre aux avances du Sauveur, le P. Eudes l'a admirablement exposé dans le Royaume de Jésus. Sur ce point, sa piété est arrivée du premier coup à sa perfection, si bien que, pour expliquer la pratique de la dévotion au Sacré-Cœur telle qu'elle est indiquée dans la dernière partie de Y Ave Cor su netissimum , on ne peut mieux faire que de recourir au Royaume de Jésus, comme l'ont fait le P. Dauphin et le T. H. P. Le Doré dans leurs ouvrages sur les Sacrés Cœurs.

On sait que l'amour de Dieu consiste dans les élans de notre cœur vers lui et dans la fidélité à le servir et à faire sa volonté. Sous peine d'être incomplet ou trompeur, il doit être à la fois affectif et effectif, comme on dit dans l'École.

L'amour affectif occupe une grande place dans le Royaume de Jésus. Le Y. P. Eudes voudrait que la vie du chrétien fût « un continuel exercice de louange et d'amour1 », ou même que le chrétien ne fût dans tout son être que louange et qu'amour pour Jésus, comme il est lui-même tout amour pour nous. Pour réaliser cet idéal, autant du moins que le permettent les conditions de la vie présente, le pieux auteur nous exhorte à élever souvent notre cœur vers Jésus, à lui en consacrer toutes les affections et tous les battements*. C'est parla qu'il nous demande

1 Royaume de Jésus, \™ part.. Trois moyens de faire de noire vie un exercice de louantes.

* Ro>/mime de Jésus. 1. c.

île commencer toutes nos journées et même toutes nos actions. II souhaiterait, en outre, qu'on ne laissât jamais passer une heure entière sans payer à Jésus un tribut d'amour1. Bien plus, on peut, selon lui, arriver, par l'habitude, à multiplier sans fatigue les actes d'amour, tout en vaquant à ses occupations ordinaires, et son désir serait qu'on s'y exerçât.

Mais comme, malgré tout, l'esprit et le cœur sont souvent très loin" du divin Maître, le Vénérable conseille de prendre quelque temps chaque jour, et quelques jours chaque année, pour vaquer spécialement à l'amour de Jésus. Son livre est rempli d'actes et d'exercices d'amour en rapport avec les différentes circonstances de la vie qui facilitent l'accomplissement de ces conseils. La quatrième partie n'est même qu'un long chant d'amour proposé aux âmes de bonne volonté pour glorifier Jésus. Toutes les formes de l'amour, la complaisance, la bienveillance, la louange, l'action de grâces, l'amende honorable s'y rencontrent à l'envi. Le P. Eudes en trouve le motif partout ; dans les perfections infinies du divin Maître ; dans les louanges que lui donnent au ciel les Anges et les Saints, et sur la terre les âmes justes et même, en un sens, les créatures sans raison; dans le triomphe de sa Justice sur les damnés de l'enfer; dans les bienfaits dont il ne cesse de nous combler ; mais par-dessus tout, dans la gloire et l'amour qu'il se donne à lui-môme et qu'il reçoit constamment de son Père et de son Saint-Esprit2. Il n'est pas jusqu'aux épreuves de la vie spirituelle qui ne soient, aux yeux du P. Eudes, l'occasion et même le motif d'un acte d'amour. « Prenez bien garde, écrit-il, de ne pas vous laisser emporter à la

^Royaume de Jésus, l1" part., Conduite pour la journée.

* Royaume de Jésus, i' part., Exercice de louante envers Jésus.

tristesse et au découragement, mais réjouissez-vous de ce que Jésus est toujours Jésus, c'est-à-dire, toujours Dieu, toujours grand et admirable, toujours en même état de gloire, de jouissance et de contentement, sans que rien soit capable de diminuer sa joie et sa félicité. 0 Jésus, ce m'est assez de savoir que vous êtes toujours Jésus. 0 Jésus soyez toujours Jésus et je serai toujours content, quoi qu'il puisse arriver ». Et il ajoute : « Réjouissezvous, sachant que c'est alors que vous pouvez servir Notre-Seigneur plus purement et lui faire paraître que vous l'aimez véritablement pour l'amour de lui-même, et non point pour les consolations qu'il vous donnait auparavant1.

On a remarqué qu'en se fixant sur Jésus, l'amour de Dieu avait acquis une tendresse qu'il n'avait pas auparavant2. Le Royaume de Jésus en est une preuve manifeste. L'amour de Dieu s'y épanche avec une vivacité, une délicatesse, un abandon, une intimité qui ravissent. Cette exquise tendresse se révèle jusque dans les formules dont se sert le P. Eudes à l'égard du Sauveur. Non seulement, à l'exemple de saint Paul, il ne se lasse pas de redire le nom de son bien-aimé, mais, quand il s'adresse à lui directement, les termes les plus affectueux se présentent spontanément à son cœur, et il l'appelle tantôt son « très cher, très bon, très aimable, très désirable, très bénin Jésus », tantôt « le désiré de son âme, sa vie, son tout, le roi de son cœur, son doux amour, etc.. »" Je n'en finirais pas, si je voulais relever tous les termes où se manifeste le tendre amour du P. Eudes pour le divin Maître.

' Hoi/aume de Jésus, 2e part., De l'usage dos sécheresses ut afflictions spirituelles.

2 Dalgairns, La sainte Communion, ch. :J.

INTRODUCTION 4j8

Cependant le véritable amour ne s'en lient pas à des affections, il se traduit par des actes. Pour montrer à Jésus que nous l'aimons, il faut donc nous appliquer à faire ce qu'il attend de nous. 11 n'est pas difficile de le connaître. Jésus demande que nous observions les préceptes et les conseils évangéliques, que nous accomplissions nos devoirs d'état, que nous obéissions à ceux qui sont chargés de nous conduire, et que nous nous soumettions aux dispositions de la divine Providence, qui nous sont manifestées par les événements, grands et petits, auxquels notre existence se trouve mêlée1. C'est déjà beaucoup de remplir ce programme. Pourtant le P. Eudes désire que nous allions plus loin et que nous mettions toute notre personne au service du divin Maître, en nous dépensant, corps et âme, dans l'intérêt de sa gloire et du salut des âmes de nos frères. Il pensait, avec le P. de Bérulleet son école, que nous en avons pris l'engagement au baptême. Car en recevant ce sacrement, «nous faisons, dit-il, profession de servitude au regard de Jésus-Christ et de tous ses membres. Et en suite de cette profession, tous les chrétiens n'ont rien à eux, non plus que des esclaves, et n'ont point droit de faire aucun usage ni d'eux-mêmes, ni des membres de leurs corps, ni des puissances de leurs âmes, ni de leur vie, ni de leur temps, ni des biens temporels qu'ils possèdent, que pour Jésus-Christ et pour les membres de Jésus-( Christ, qui sont tous ceux qui croient en lui2. »

Mais la valeur de nos œuvres ne tient pas uniquement à leur nature, elle dérive aussi des motifs qui nous font agir. Quand c'est la charité et la charité seule qui nous meut, elle relève singulièrement le

Royaume de Jésus, 2" part., De la soumission et obéissance chrétienne.

s Royaume de Jésus, 2e part., De la vraie dévotion chrétienne.

prix de ce que nous faisons pour Dieu. C'est pourquoi le P. Eudes nous exhorte, non seulement à servir Jésus-Christ, mais encore à le faire dans le but unique de lui plaire, par pur amour pour lui, sans aucun motif d'intérêt. Entre tous les exercices d'une âme vraiment chrétienne, écrit-il, le plus noble, le plus saint, le plus relevé et celui que Dieu demande principalement, c'est l'exercice du divin amour. C'est pourquoi vous devez avoir un grand soin, dans tous vos exercices de piété et dans toutes vos actions, de protester à Nôtre-Seigneur Jésus-Christ que vous les voulez faire, non par la crainte de l'enfer, ni pour la récompense du paradis , ni pour le mérite , ni pour votre satisfaction et consolation , mais pour l'amour de lui-même , pour son contentement, pour sa seule gloire et pour son très pur amour1. »

Ce n'est pas que le Vénérable conseille ou même regarde comme possible l'indifférence à l'égard du salut, comme l'ont fait plus tard les Quiétistes. Loin de là. Il veut que nous désirions ardemmentle ciel, comme lui-même le désirait avec ardeur, parce que c'est là seulement que nous aimerons Dieu parfaitement. Jugez-en par ces paroles qu'il met sur nos lèvres, dans le Royaume de Jésus, et qui trahissent les ardeurs deson àme embrasée d'amour : « 0 Ciel, que tu es désirable ! C'est en toi qu'on aime Jésus parfaitement, c'est en toi que l'amour de Jésus règne pleinement, c'est en toi qu'on ne voit point de cœurs qui ne soient transformés en amour. 0 terre, ô monde, ô corps, prison obscure de mon âme que tu es insupportable ! Infortuné que je suis, qui me délivrera de ce corps de mort ?.. Viendra-t-il pas bientôt ce moment tant désirable et tant désiré

' Royaume de Jésus, 4e part., Exercice de l'amour de Jésus.

où je commencerai à aimer très parfaitement mon très aimable Sauveur1 ? »

Le P. Eudes nous exhorte d'ailleurs à attendre de la honte de Dieu, avec une confiance inébranlable, la béatitude éternelle. Il a même consacré à cette question tout un chapitre du Royaume de Jésus, et c'est l'un des plus beaux du livre2. Bien plus, il nous exhorte à prendre chaque année un jour entier pour célébrer à l'avance notre entrée au Paradis et rendre à Dieu nos devoirs à ce sujet3. Nous voilà bien loin du quiétisme !

Mais nous pouvons avoir au fond du cœur une ferme espérance et un vif désir d'arriver au Paradis, sans que le bonheur du ciel soit le motif déterminant de ce que nous faisons pour Dieu. Rien ne s'oppose à ce que nous le servions pour lui-même, dans le but unique de lui plaire et de lui témoigner notre amour. N'est-ce pas même un devoir de rapporter, au moins habituellement, tous nos actes, même le désir et l'espérance du ciel, à la gloire de Dieu, qui est la fin dernière de toute créature ?

« Ma fille, pense à moi, et moi je penserai à toi », dit un jour Notre-Seigneur à sainte Catherine de Sienne4. Le P. Eudes nous engage à prendre pour nous cette invitation du divin Maître, et à tout faire dans la seule vue de lui être agréable, en lui abandonnant le soin de nos intérêts. C'est d'ailleurs le meilleur moyen de donner" à nos actes toute la perfection dont ils sont capables, et par conséquent, de faire fortune pour le paradis.

* Royaume de Jésus A' part.. Exercice d'amour divin, n. XXXIV. . -Royaume de Jésus, 2" partie., De la confiance en Dieu.

3 Royaume de Jésus, 7e partie.. Préparation à la mort, dixième jour.

* Raymond de Gapoue, Vie de sainte Catherine de Sienne, 1 p.. ch. 6. Royaume de Jésus •2* p.. De la confiance en Dieu.

4b LE ROYAUME DE JESUS

Il reste un suprême témoignage d'amour que Jésus-Christ peut nous demander, c'est de sacrifier notre vie pour lui. L'année même où il écrivait le Royaume de Jésus, le Vénérable s'engageait par vœu à souffrir le martyre pour Jésus-Christ, si l'occasion s'en présentait, et il souhaitait vivement qu'elle se présentât. Dans son livre, il s'efforce d'inspirer aux autres des sentiments semblables aux siens. 11 voudrait que tous les chrétiens fussent disposés à souffrir et à mourir pour Jésus-Christ. Il croyait que le baptême nous y oblige, car, en le recevant, nous avons fait profession, selon lui, d'être avec Jésus-Christ des hosties et des victimes sacrifiées à la gloire de Dieu. Il croyait qu'en qualité de chrétiens, nous devons être heureux de permettre au Sauveur de satisfaire en notre personne le désir qu'il a de continuer dans ses membres le sacrifice qu'il a fait de sa vie au jour de sa Passion. Cependant la raison d'accepter le martyre qui lui paraissait la plus puissante, et sur laquelle il insiste le plus, c'est que Jésus-Christ, le premier, a bien voulu mourir pour nous de la mort la plus ignominieuse, et qu'il se sacrifie encore tous les jours pour nous sur l'autel. Il faudrait être bien ingrat, pensait-il, pour ne pas être prêt à verser son sang pour un Dieu qui a daigné verser pour nous jusqu'à la dernière goutte du sien. C'est pourquoi le pieux auteur nous exhorte à entrer dans l'esprit du martyre, et, à cet effet, il propose une Elévation pour s'offrir à Jésus en qualité de victime, que ses biographes ont citée avec admiration, et avec laquelle il est bon à notre époque, de se familiariser, car quoi qu'on en ait dit, l'ère des martyrs ne semble pas close, même dans notre France.

Comme on le voit, le P. Eudes nous demande de pousser aussi loin que possible l'amour de Jésus-

Christ. Son livre est vraiment, comme on l'a remarqué', « le manuel de la charité parfaite ». Il l'a composé pour les âmes qui veulent aimer le divin Maître. Rien détonnant qu'il ait voulu les conduire à la perfection de l'amour, tout en ayant soin de distinguer le précepte rigoureux du simple conseil.

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