IV. — LES SOURCES DU « ROYAUME DE JÉSUS
En exposant la doctrine spirituelle du P. Eudes, j'ai signalé, au passage, les influences diverses qui ont agi sur lui. Mais il est bonde revenir sur cette question et de consacrer un article à part aux sources du Royaume de Jésus, d'autant que le recours aux sources aide grandement à acquérir l'intelligence complète d'un livre et à en apprécier le mérite.
En tête des sources du Royaume de Jésus, il faut placer la sainte écriture. Non content d'appuyer sur l'autorité de la Bible les enseignements spirituels qu'il donnait à ses disciples, le Card. de Bérulle voulait qu'ils allassent puiser eux-mêmes à cette source féconde de la piété chrétienne. Le P. Eudes n'y manqua point.
Durant les deux années qui suivirent sou ordination sacerdotale, il dût, pour refaire sa santé ébranlée, se retirer à Aubervilliers dans la solitude de Notre-Dame des Vertus. Là, il n'eut d'autre occupation que la méditation et la lecture de la sainte écriture dont il approfondit le sens. Il s'attacha surtout à étudier les Épîtres de saint Paul, et, au dire de M. Finel, un de ses premiers disciples, il en reçut de Dieu « une grande intelligence1 ». Il s'en nourrit tellement l'esprit et le cœur qu'à partir de cette époque, les enseignements de la sainte Ecriture, et surtout de saint Paul, devinrent, non seulement la règle, mais la substance même de ses pensées.
Il est aisé de s'en convaincre en lisant le Royaume de Jésus. Ce livre, en effet, n'est que le commentaire pratique de quelques textes de saint Paul, et c'est la sainte Ecriture, et spécialement les Epitres de l'Apôtre, qui fournissent les détails de ce commentaire. Il y a même des chapitres entiers, celui de la confiance en Dieu par exemple, qui ne sont guère qu'une série de textes de l'Ecriture logiquement disposés. Bien plus, il n'est pas jusqu'à la langue même de l'auteur qui ne se ressente de son assiduité à lire et à méditer les livres saints : elle est émaillée d'expressions bibliques telles que porter, sanctifier Jésus en nous et autres de ce genre, qu'on ne rencontre pas d'ordinaire, même chez les écrivains spirituels.
J'ai fait observer précédemment que le P. Eudes étend loin la corruption de la nature humaine par le péché d'origine. Or ce qu'il a écrit de plus fort sur la déchéance de la nature, son impuissance au bien, son inclination au mal et sa captivité sous la loi du péché, n'est, le plus souvent, que la reproduction littérale des enseignements de saint Paul ou
1 Cf. Hérambourg, Vertus dit P. Eudes, p. 38.
de Jésus-Christ lui-même sur cette matière, et à ceux qui auraient trouvé son langage trop dur, il aurait pu répondre avec le divin Maître : Verba que ego loquor rohis, a me ïp&O non /ot/ttor1.
Après la sainte Ecriture, les auteurs dont l'influence se fait le plus sentir dans le Royaume de Jésus sont, par ordre d'importance, les PP. de Bérulle et de Condren, saint François de Sales, et enfin sainte Gertrude et sainte Mechtilde2.
Le P. Eudes s'était formé à la vie spirituelle sous la direction du Cardinal de Bérulle et du P. de Condren. «( Il se fit un devoir, dit le P. Hérambourg, de régler les actions de sa vie sur les leurs, et peutêtre aucun portrait n'a mieux représenté que lui l'extérieur de ces deux grands serviteurs de Dieu. Il sut même pénétrer jusque dans l'intérieur de leurs Ames, et, par les entretiens familiers et intimes dont ils voulurent bien l'honorer, il découvrit les
1 Joan XIV, 10.
2 Parmi les sources secondaires du Royaume de Jésus, il faut surtout signaler Louis de Grenade, dont le P. Eudes recommande Lu (iuide des pe'clieurs et le Mémorial, de la vie chrétienne. On y trouve aussi quelques emprunts laits à Rodriguez, mais en petit nombre, et cela se conçoit, car Rodriguez appartient à une école ascétique dont les tendances diffèrent assez sensiblement de celles de l'Oratoire. « Ce n'est point un blâme, dit M. Houssaye en parlant de la Compagnie de Jésus, c'est seulement une appréciation exacte de son esprit, et j'ajouterai volontiers, de sa grâce, que de dire qu'elle est plutôt une école pratique que dogmatique. Sans doute, elle compte des auteurs d'un rare mérite, tels que le P. Saint- Jure et le P. Lallemand, qui ont travaillé à répandre la dévotion au Verbe incarné. 11 n'en est pas moins vrai que leur tendance générale est surtout morale et psychologique, comme on dirait de nos jours. Examiner les passions pour les combattre, considérer les vertus pour les acquérir, est plutôt leur objet que la contemplation des mystères. Pour s'en convaincre, il suffit d'ouvrir l'ouvrage justement célèbre du P. Rodriguez, devenu comme un auteur français par le succès de la traduction, les écrits si fermes du P. Judde, les livres trop ignorés, et vraiment admirables du P. Surin, et les pages où s'épanchait plus tard l'âme du P. Ber- Ihier. » M. de Bérulle et les Carmélites, p. 19.
trésors immenses de grâces cachés dans ces sanctuaires dont il n'approchait jamais sans quelque profit1. » Toute sa vie, il se proclama redevable au Cardinal de Bérulle de ce qu'il y a de meilleur dans ses écrits-, et quant au P. de Gondren, il faisait lire sa vie chaque année, dans sa Congrégation, afin qu'on pût profiter de ses exemples de vertu et de son admirable doctrine'.
Dès lors, on ne saurait s'étonner de retrouver dans le Royaume de Jésus la doctrine de ces maîtres éminents. C'est à leur école que le P. Eudes avait appris à considérer la grâce comme un lien qui nous unit au Verbe incarné et fait de nous les membres vivants de son corps mystique, obligés, en cette qualité, de conformer notre vie à celle de notre chef, d'entrer dans ses dispositions et intentions, de communier à ses mystères, et de mourir à nous-mêmes pour que Jésus vive et règne dans notre cœur. C'est de leurs enseignements qu'il s'inspire, quand il nous invite à concentrer nos pensées et nos affections sur la personne adorable de Jésus- Christ, à en faire notre unique objet, notre paradis, notre tout, et à ne voir que lui en toutes choses. C'est d'eux encore qu'il tenait ces vues si hautes qu'il ne cessera de rappeler jusqu'à son dernier jour, à savoir que les chrétiens, par le fait de leur baptême, sont voués au service de Jésus-Christ et de son Eglise4, et doivent être autant d'hosties immolées à la pure gloire de Dieu5. C'est d'eux enfin,
1 Hérambourg, Vertus du P. Eudes, p. 23-24.
5 Gostil, Annales de la Congre'galion deJésuset Marie, l,p. 18 : Martine, Vie du P. Eudes, I,p.31 ; Hérambourg, Vertus du P . Eudes, p. 271.
3 Gostil, Annales, I, p. 19; Martine, Vie du P. Eudes , I. p. 32; Hérambourg, 1. c.
* De là cette maxime qu'il a donnée pour devise à sa Congrégation : Servire Christo et ejus Ecclesiœ.
s Voir l'oraison et la secrète de la messe du Sacré Cœur de Jésu>.
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comme je l'ai dit, qu'il apprit à ne point séparer Marie de Je'sus, mais à honorer. Jésus en Marie et Marie en Jésus. Parfois même, dans le cours de son livre, il lui arrive soit de résumer les écrits du Cardinal de Bérulle1, soit de reproduire littéralement quelques-unes des maximes du P. de Condren2. Définir avec précision ce qui, dans le Royaufne fie Jésus, relève plus spécialement de l'un ou de l'autre de ces deux illustres personnages serait chose malaisée ; car, si le P. de Condren semble avoir pénétré plus avant que le Cardinal de Bérulle dans le mystère de Jésus et de sa vie dans les âmes, pourtant il enseignait la même doctrine et était animé du même esprit que lui. Toutefois, les biographes du P. Eudes nous apprennent qu'il tenait du P. de Condren quelques-unes de ses vues snr le mépris du monde et sur l'oraison ;i. Dans le dernier chapitre de la vie de ce grand homme par le P. Cloyseault,
1 Ainsi dans la seconde partie de son livre, en traitant de la vraif dévotion chrétienne, le P. Eudes résume manifestement le Narré de ce qui s'est passé à propos des Élévations à Jésus et à Marie, n. XXIV. Migne, Œuvres du Card. de Bérulle, col. 614-sq.
2 Ainsi, en parlant de l'humilité, le P. Eudes écrit : « Oh ! que notre misère et indignité est grande, puisqu'il a fallu que le Fils de Dieu nous ait acheté par son sang la plus petite pensée de servir Dieu et même la permission de nous présenter devant lui! » Et un peu plus loin : « Dieu n'a pas voulu donner son Fils au monde, qu'après que le monde l'eut désiré quatre mille ans, et eut expérimenté pendant l'espace de deux mille qu'il ne pouvait observer sa loi, ni se délivrer du péché, et qu'il avait besoin d'un esprit et d'une force nouvelle pour résister au mal et accomplir le bien; nous faisant bien voir par là qu'il veut que nous reconnaissions beaucoup notre misère pour nous donner sa grâce. » Et encore: « Notre infirmité est si grande qu'il ne suffit pas que Dieu nous donne la pensée du bien; il est nécessaire que nous recevions aussi de lui la volonté et la résolution ; et après l'avoir reçue, si Dieu ne nous en donne l'accomplissement et la perfection, ce n'est rien, et après cela la persévérance jusqu'à la fin de la vie est très nécessaire. » Ces pensées sont du P. de Condren. V Cloyseault Généralats des PP. de Bérulle et de Condren, p. 308, 309. Paris, 1880.
* Hérambourg, Vertus du P. Eudes, p. 440, 236.
on retrouve bon nombre de pratiques conseillées dans le Royaume de Jésus, ce qui donne à penser que le P. Eudes les avait apprises de lui1. Enfin, c'est au I*. de Condren qu'il faut attribuer l'invocation à Jésus, qui se trouve reproduite par le Vénérable dans la cinquième partie de son livre, et qui contient en substance la célèbre prière de M. Olier: Ô Jesu vivens in Maria9.
Saint François de Sales est, après les PP. de Bérulle et de Condren, le maitre préféré du P. Eudes. L'évêque de Genève n'a pas fait de la qualité de membre de Jésus-Clirist que nous donne le baptême la base de sa spiritualité; mais il n'en avait pas moins à un haut degré, comme Fa dit justement Dom Maçkey3, ce que saint Paul appelle « le sens du Christ ». Seulement, tandis que le P. de Bérulle et ses disciples contemplent surtout les grandeurs du Verbe incarné, saint François de Sales s'arrête de préférence à considérer son Cœur « si aimant et si amoureux de notre amour ». Le Cœur de Jésus occupe une grande place dans les ouvrages du saint évêque, spécialement dans le Traité de rameur de Dieu, et c'est la lecture de ses ouvrages qui commença à orienter vers le Cœur du divin Maître les pensées et les affections du P. Eudes. C'est là que, dès l'époque où il écrivait le Royaume de Jésus, Je Vénérable avait appris à considérer Jésus comme le Roi des cœurs4, et si, à la différence du P. de Bérulle, il insiste moins sur la révérence et l'adoration dues au Verbe incarné que sur la confiance et l'amour
' Cloyseault, 1. c. p. 273.
» Faillon, Vie de M. Olier, p. 1. liv. 4, n. XVII. Edit. 1873, p. 160.
3 Introduction au Traité de l'amour de Dieu, p. CXI. (Ed. 1894).
' Roijaume de Jésus, 4* part., Exercice d'amour, n. XXX. Cf. Saint François de Sales, Amour de Dieu. ). n, ch. 11. Voir aussi les Lettres du saint, 1. 4, ép. 101.
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que réclame sa bonté, c'est en grande partie à l'influence de saint François de Sales qu'il faut l'attribuer.
Dans son Traité de Varnoiir de Dieu, l'évêque de Genève étudie longuement les divers exercices de l'amour tant affectif qu'effectif. A la lecture du Royaume de Jéstis, on sent que le P. Eudes s'était nourri des enseignements du saint docteur sur ce point. Ces exercices et ces actes d'amour que le Vénérable a semés avec tant de profusion et de variété dans son livre, il en avait trouvé la théorie magistralement exposée dans le chef-d'œuvre de saint François de Sales, et il n'a fait souvent que la traduire en exercices pratiques.
Le cri même de : Vive Jésus! que le P. Eudes aime tant à répéter, était déjà familier à l'évêque de Genève : « Que je chante à jamais, écrit-il dans l'Oraison dédicatoire de Y Introduction à la vie décote, que je chante à jamais pour cantique de triomphe le mot que de tout mon cœur je prononce en témoignage de fidélité parmi les hasards de cette vie mortelle : Vive Jésus ! vive Jésus ! Oui, Seigneur Jésus, vivez et régnez en nos cœurs es siècles des siècles. » Et à la fin du Traité de l'amour de Dieu : « Ou aimer ou mourir. Mourir et aimer. Mourir à tout autre amour, pour vivre à celui de Jésus, afin que nous ne mourions point éternellement, ains que vivant en votre amour éternel, ô Sauveur de nos âmes, nous chantions éternellement : Vive Jésus ! J'aime Jésus. Vive Jésus que j'aime. J'aime Jésus qui vit et règne es siècles des siècles. » N'est-ce pas là que le P. Eudes a pris sa devise chérie ? Et est-il téméraire de penser que ces textes ont contribué à lui suggérer le titre de son livre : La Vie et le Royaume de Jésus?
J'ai rangé les écrits de sainte Gertrude et de
sainte Mechtilde parmi les ouvrages dont le P. Eudes s'est inspire en rédigeant le Royaume de Jésus. Ce n'est pas à l'Oratoire qu'il apprit à les goûter. On s'y occupait beaucoup de sainte Thérèse, mais sainte Gertrude et sainte Mechtilde y étaient peu connues. Je ne crois pas avoir rencontré leurs noms dans les écrits des PP. de Bérulle et de Condren. Il n'en est pas fait mention non plus dans l'Introduction à la vie dévote, ni dans le Traité de l'amour de Dieu. Ce furent sans doute les Bénédictines de sainte Trinité de Caen qui mirent entre les mains du Vénérable les ouvrages de ces deux saintes. On sait tout le parti qu'il en tira plus tard en faveur de sa dévotion aux Sacrés Cœurs de Jésus et de Marie. Mais, dès le premier moment, il sut les apprécier. Comment en eût-il été autrement? Il y retrouvait cet esprit d'oraison qui fait le fond de la doctrine de l'Oratoire, cette confiance et ce tendre amour pour le divin Maître qui lui avaient plu dans saint François de Sales, cette liberté d'esprit et cette facilité de l'âme à se plier à l'action de la grâce qu'on a données comme l'apanage de l'ancienne école bénédictine1 et que le P. Eudes avait à cœur de développer dans les âmes. Il goûta donc la spiritualité des deux vierges d'Helfta, et il se plut ;i citer quelquefois leurs ouvrages. 11 est même possible qu'il y ait puisé l'idée de quelques-uns des exercices du Royaume de Jésus. C'est peut-être la lecture des Exercices de sainte Gertrude qui lui suggéra son Exercice du baptême et celui de la Préparation à la mort, et il semble bien que l'Exercice du crucifix soit une imitation de l'exercice des cinq plaies si familier à l'illustre bénédictine.
1 Faber, Tout pour Jésus, ch. 8, VIII. Cf. Duni Guéraoger, Les exercices '/>' sainte Gertrude, Préface,p. MX.
Mais, si sensible que soit dans le livre du P. Eudes l'influence de ces divers auteurs, le Royaume de Jésus n'en est pas moins une œuvre très personnelle et dune incontestable originalité. Le Vénérable en a trouvé les idées mères dans l'écriture, dans les ouvrages de saint François de Sales et surtout dans les enseignements des Pères de Bérulle et de Condren ; mais ces idées, il avait su se les assimiler et les fondre ensemble par de longues méditations et une application constante à les mettre en pratique. Et quand il les expose, il le fait avec une force de conviction, une netteté de pensée, une précision de style qui montrent à l'évidence que, loin de résumer les leçons d'autrui, il épanche au dehors les trésors de doctrine et de piété dont son cœur était rempli. Ce sont ses pensées habituelles et ses pratiques de piété personnelles, c'est son àme toute entière qu'il nous livre en nous indiquant les moyens à employer pour vivre de la vie de Jésus.
D'ailleurs la doctrine du Royaume de Jésus se distingue par plus d'un trait de celle du Cardinal de Bérulle et du P. de Condren. Leur spiritualité a quelque chose d'un peu abstrait [tour le commun des fidèles. Cela parait dans plusieurs de leurs écrits, et surtout dans leur dévotion aux Grandeurs de Jésus. M. Olier, le disciple préféré du P. de Condren, ressemble à son maître par ce côté comme par tant d'autres. Sa dévotion à YIntérieur de Jésus et à 17/*térieur de Mûrir a quelque chose d'abstrait qui déconcerte les esprits ordinaires. Il n'en est pas de même du P. Eudes. Son esprit pratique et ses rapports constants avec le peuple dans les missions l'ont préservé de cet écueil. En avançant en âge, il s'affranchit de plus en plus des tendances abstraites de ses maîtres, et il linit par condenser sa spiritualité dans la dévotion au Sacré Cœur qui, par son objel
sensible, répond si bien aux besoins de notre nature. Mais déjà le Royaume de Jésus marque un grand pas dans ce sens, et c'est là sans doute une des causes qui ont fait la popularité de ce livre au XVIIe' siècle.
J'ai déjà dit aussi que la piété, telle que l'enseigne le P. Eudes, a un caractère affectif qu'on ne trouve pas au même degré chez les PP. de Bérulle et de Gondren. Et non seulement le Vénérable prêche l'amour de Jésus-Christ, mais on rencontre souvent dans son livre, surtout dans la quatrième partie, des effusions d'amour, dont la source paraît intarissable et dont on ne se lasse pas d'admirer la vivacité et la tendresse exquise. Voilà des accents qu'on chercherait vainement dans les écrits de ses maîtres. Le P. Eudes en a trouvé le secret dans l'ardent amour dont son cœur était embrasé pour le Verbe incarné.
Enfin, ce qui est absolument propre au P. Eudes dans le Royaume de Jésus, c'est l'idée de dresser des formules toutes faites et de proposer des exercices préparés d'avance pour initier les âmes à la vie intérieure. Aucun des maîtres dans les enseignements desquels il a puisé sa doctrine spirituelle, pas plus saint François de Sales que le Cardinal de Bérulle et le P. de Côndren, ne l'avaient fait. Par ce coté encore, son livre est une œuvre nouvelle dont la paternité ne saurait lui être contestée.
On voit par là ce qu'il y a d'exagéré dans cette assertion émise par le P. Cloyseault, que le Royaume de Jrsus n'est, comme le Trésor spirituel du P. Quarré, le Nouvel-Adam du P. de Saint-Pé, et Y Introduction à lu rie et aux vertus chrétiennes de M. Olier, qu'un « abrégé » ou un « recueil des conférences du P. de Condren1 ». L'abbé Pin a relevé l'exagération de cette parole en ce qui touche M. Olier : « L'unité de
1 Cloyseault, Générululs des PV '. de Béiulle et de Condren, p. 256.
vues et d'esprit entre le disciple et le maître est si frappante, dit-il, que les Pères de l'Oratoire en vinrent jusqu'à se persuader que M. Olier avait mis autrefois par écrit les pensées de leur général, et que le livre de Y Introduction aux vertus chrétiennes, qu'il publia dans la suite, n'était qu'un simple recueil ou abrégé de ses entretiens1. » Et il conclut en observant que, si M. Olier n'a pas exprimé tout le P. de Condren, il ne s'est pas borné non plus à exprimer, en interprète fidèle, les enseignements qu'il en avait reçus. Gela est encore plus vrai du P. Eudes que de M. Olier. Le Royaume do Jésus est donc, quoi qu'en ait pu dire le P. Cloyseault, une œuvre originale et très personnelle, que le Vénérable a marquée au coin de son esprit pratique et de sa piété douce et affective, et si on y retrouve dans ses grandes lignes la spiritualité de l'Oratoire, qui fut celle de tous les ascètes français du XVIIe siècle, c'est du P. de Bérulle, encore plus que du P. Condren, que le pieux auteur prétendait la tenir3.