‹ uvres complètes du vénérable Jean Eudes, missionnaire apostoliqueChapitre 87 sur 252 · loan. VI · texte numérisé non relu

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rite éternelle, s'il vous reste eneore quelque petite étincelle d'amour et de zèle pour le Dieu que vous adorez, ayez en horreur ce qu'il a tant en horreur et ce qui lui est si contraire. Craignez et fuyez le péché plus que la peste, plus que la mort et plus que tous les autres maux imaginables. Conservez toujours en vous une puissante résolution de souffrir plutôt mille morts avec toutes sortes de tourments, que d'être jamais séparés de Dieu par un péché mortel.

Et afin que Dieu vous garde de ce malheur, ayez soin d'éviter aussi, tant qu'il vous sera possible, le péché véniel. Car vous devez vous souvenir qu'il a fallu que Notre- Seigneur ait répandu son sang et mis sa vie, aussi bien pour effacer le péché véniel que le mortel; et que celui qui ne tient pas grand compte du péché véniel tombera bientôt dans le mortel. Si vous ne sentez pas en vous ces résolutions, priez Notre-Seigneur qu'il les établisse dans votre âme, et n'ayez point de repos jusqu'à ce que vous vous sentiez dans cette disposition. Car, tandis que vous ne serez point dans la volonté de mourir et de souffrir plutôt toutes sortes de mépris et de tourments que de commettre aucun péché, sachez que vous ne serez point vraiment chrétien. Que si par malheur il arrive que vous tombiez en quelque faute, tâchez de vous relever au plus tôt par le moyen de la contrition et confession, et de rentrer dans vos premières dispositions.

VII. — Du troisième fondement de la vie et sainteté chrétienne, qui est le dégagement du monde et des choses du monde.

ie n'est pas assez à un chrétien d'être dégagé du vice ^ et d'avoir toute sorte de péché en, horreur; xnais outre cela, il est nécessaire que vous travailliez soigneusement et fortement à vous établir dans un parfait dégagement

du monde et des choses du monde. J'entends par le monde, la vie corrompue et déréglée qu'on même dans le monde, l'esprit damnable qui y règne, les sentiments et inclinations perverses qu'on y suit, et les lois et maximes pernicieuses selon lesquelles on s'y gouverne. J'entends par les choses du monde, tout ce que le monde estime, aime et recherche tant, à savoir : les honneurs et louanges des hommes, les vains plaisirs et les contentements, les richesses et commodités temporelles, les amitiés et afïections qui sont fondées sur la chair et le sang, sur l'amour-propre et le propre intérêt.

Jetez les yeux sur la vie de Notre-Seigneur Jésus- Christ, et vous trouverez qu'il a vécu sur la terre dans le plus parfait dégagement et dénûment de toutes choses. Lisez son Évangile, écoutez sa parole, et vous apprendrez que celui qui ne renonce à toutes choses, ne peut être son disciple1. C'est pourquoi, si vous désirez être vraiment chrétien et disciple de Jésus-Christ, et si vous désirez continuer et exprimer en vous sa vie sainte el dégagée de toutes choses, il faut tâcher de vous établir dans ce dégagement absolu et universel du monde et des choses du monde.

A cette fin, vous devez souvent considérer que le monde a toujours été et sera toujours contraire à Jésus, qu'il l'a toujours persécuté et crucifié, et qu'il le persécutera et crucifiera sans cesse, jusqu'à la consommation des siècles; et que les sentiments et inclinations, les lois et maximes, la vie et l'esprit du monde sont tellement opposés aux sentiments et inclinations, aux lois et maximes, à la vie et à l'esprit de Jésus, qu'il est impossible qu'ils puissent subsister ensemble. Car tous les sentiments et inclinations de Jésus ne tendent qu'à la gloire de son Père et à notre sanctification; et les sentiments et inclinations

1 « Sic ergo omnis ex vobis qui non renuntiat omnibus quse possidet, non potest meus esse discipulus. » Luc. XIV, 33.

SECONDE PARTIE. — § \ Il 1 T«J

du monde ne tendent qu'au péché et à la perdition.

Les lois et maximes de Jésus sont très douces, très saintes et raisonnables ; et les lois et maximes du monde sont lois et maximes d'enfer, qui sont toutes diaboliques, tyran niques et insupportables. Qu'y-a-t-il de plus diabolique et tyrannique que les lois exécrables de ces martyrs du diable, qui sont obligés, selon leurs damnables maximes, de sacrifier leur bien, leur âme et leur salut à Satan pour un maudit point d'honneur? Et ce qui est plus horrible, c'est qu'ils sont contraints par la tyrannie enragée des lois abominables du monde, s'ils sont appelés pour seconds, de se battre quelquefois de sangfroid, sans sujet et sans raison, pour la passion et folie d'un impertinent qui ne leur est rien, contre le plus grand de leurs amis, et souvent de lui porter l'épée et la mort dans le sein, et de lui arracher l'âme du corps pour la livrer à Satan et aux flammes éternelles.

0 Dieu ! quelle cruauté, quelle rage ! Se peut-il rien voir de plus dur et de plus tyrannique?

La vie de Jésus est une vie sainte et ornée de toutes sortes de vertus.; la vie du monde est une vie dépravée, pleine de désordres et de toutes sortes de vices.

L'esprit de Jésus, c'est un esprit de lumière, de vérité, de piété, d'amour, de confiance, de zèle et de révérence au regard de Dieu et de toutes les choses de Dieu ; l'esprit du monde, c'est un esprit d'erreur, d'incrédulité, de ténèbres, d'aveuglement, de défiance, de murmure, d'impiété, d'irrévérence et de dureté au regard de Dieu et des choses de Dieu.

L'esprit de Jésus, c'est un esprit d'humilité, de modestie , de défiance de soi-même , de mortification et abnégation, de constance et fermeté, au regard de ceux qui vivent dans cet esprit; au contraire, l'esprit du monde, c'est un esprit d'orgueil, de présomption, d'amour désordonné de soi-même, de légèreté et inconstance.

L'esprit de Jésus, c'est un esprit de miséricorde, de cha-

rite, de patience, de douceur et d'union au regard du prochain ; l'esprit du monde, c'est un esprit de vengeance, d'envie, d'impatience, de colère, de médisance et de division.

Enfin l'esprit de Jésus c'est l'esprit de Dieu, esprit saint et divin, esprit de toute sorte de grâce, de vertu et de bénédiction, esprit de paix et de tranquillité, esprit qui ne cherche que les intérêts de Dieu et de sa gloire ; au contraire, l'esprit du monde, c'est l'esprit de Satan : car Satan étant le prince et le chef du monde, il s'ensuit nécessairement que le monde est animé et régi de son esprit ; esprit terrestre, charnel et animal; esprit de toute sorte de péché et de malédiction; esprit de trouble et d'inquiétude, d'orage et de tempête, spiritus procellarum1 ; esprit qui ne cherche que ses propres commodités, contentements et intérêts. Jugez maintenant s'il est possible que l'esprit et la vie du monde puissent compatir avec l'esprit et la vie chrétienne, qui n'est autre que l'esprit et la vie de Jésus-Christ.

C'est pourquoi, si vous désirez être vraiment chrétien, c'est-à-dire si vous désirez appartenir parfaitement à Jésus-Christ, vivre de sa vie, être animé de son esprit et vous conduire selon ses maximes, il faut nécessairement que vous fassiez état de renoncer entièrement et de dire un éternel adieu au monde. Je ne veux pas dire qu'il soit nécessaire que vous quittiez le monde pour vous renfermer entre quatre murailles, si ce n'est que Dieu vous y appelle ; mais bien, que vous tâchiez de vivre dans le monde comme n'étant point du monde, c'est-à-dire que vous fassiez une profession publique, généreuse et constante de ne vivre point de la vie du monde, et de ne vous point conduire par son esprit et par ses lois ; que vous n'ayez pas honte, ains que vous [vous] fassiez saintement gloire d'être chrétien, d'appartenir à Jésus-Christ, et de préférer les saintes maximes

i « Ps. X, 7.

et vérités qu'il nous a laissées dans son Évangile, aux pernicieuses maximes et faussetés dont le monde fait leçon à ses disciples ; et qu'au moins vous ayez autant de courage et de fermeté pour vous départir généreusement des lois, sentiments et inclinations du monde, et pour mépriser vertueusement tous ses vains discours et trompeuses opinions, comme il fait paraître de témérité et d'impiété à mépriser méchamment les lois et les maximes chrétiennes, et à se moquer impertinemment de ceux qui les suivent. Car c'est en ce point que consiste le vrai courage et la parfaite générosité ; et ce que le monde appelle courage et force d'esprit, n'est que lâcheté et faiblesse de cœur. Voilà ce que j'appelle se dégager du monde, renoncer au monde, et vivre dans le monde comme n'y étant point.

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