VIII. — Continuation sur le sujet du dégagement du monde
Afin de mieux établir ce dégagement du monde dans votre âme, il est nécessaire que non seulement vous tâchiez de vous en séparer, mais même que vous l'ayez en horreur, comme Jésus-Christ l'a en horreur. Or Jésus- Christ a tellement le monde en horreur, que non seulement il nous exhorte par son disciple bien-aimé de n'aimer point le monde, ni les choses qui sont au monde1 ; mais encore il nous déclare par son apôtre saint Jacques que Vamitié du monde lui est ennemie*, c'est-à-dire qu'il tient pour ses ennemis tous ceux qui aiment le monde. Et il nous assure par lui-même que son rot/aume n'est
1 « Nolite diligere mundum neque ea quae in mundo sunt. » I Joan. II, 15.
s « Nescitis quia amicitia hujus mundi inimica est Dei ? Quicumque ergo voluerit amicus esse sseculi hujus, inimicus Dei constituitur. » Jao. IV, 4.
point de ce monde, non }>lus que lui n'est point du monde, et que Ceux que son Père lui a donnés ne sont point du monde comme il n'en est point x. Et ce qui est bien plus formidable, c'est qu'il proteste hautement, et ce au temps et. au jour auquel il fait paraître les plus grands excès de sa bonlé, c'est-à-dire à la veille de sa mort, lorsqu'il est prêt d'aller mettre son sang et sa vie pour le salut des hommes ; il proteste, dis-je, hautement qu'il ne prie point pour le monde'2, et par ainsi il fulmine un épouvantable anathème, malédiction et excommunication contre le monde, le déclarant indigne de la participation de ses prières et de ses miséricordes.
Enfin il nous assure que le jugement du monde est déjà fait, et que le prince du monde est déjà jugé3. Et en effet, sitôt que le monde est tombé dans la corruption qui a été causée par le péché, au même temps la divine justice l'a jugé et condamné à être embrasé et consommé par le feu. Et quoique l'effet de la sentence soit différé, il sera néanmoins exécuté en la consommation des siècles ; en suite de quoi Jésus-Christ le regarde comme l'objet de sa haine et de sa malédiction, et comme une chose qu'il a dessein et désir de brûler au jour de sa fureur.
Entrez donc dans ces sentiments et inclinations de Jésus au regard du monde et de toutes les choses qui sont dans le monde. Regardez le monde désormais comme Jésus le regarde, c'est-à-dire comme l'objet de sa haine et malédiction. Regardez-le comme une chose qu'il vous défend d'aimer sous peine d'encourir son
1 « Regnum meum non est de hoc mundo. « Joan. XVIII, 36. » — « Quos dedisli midi custodivi... non sunt de mundo sicut et ego non sum de mundo. Non rogo ut tollas eos de mundo, sed ut serves eos a malo. De mundo non sunt sicut et ego non sum de mundo ». Joan. XVII. 12-16.
2 « Ego pro eis rogo ; non pro mundo rogo. » Joan. XVII, 9.
' « Nunc judicium est mundi ; nunc princeps hujus mundi ejicietur foras. » Joan. XII, 31.
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•inimitié ; comme une chose qu'il a excommuniée et maudite de sa propre bouche, avec laquelle par conséquent il ne vous est point permis de communiquer sans participer à sa malédiction ; et comme une chose qu'il veut brûler et réduire en cendre. Regardez toutes les choses que le monde estime et aime davantage, à savoir les plaisirs, les honneurs, les richesses, les amitiés et affections mondaines, et toutes les autres choses semblables, comme choses qui ne font que passer, selon cet oracle divin : Mundus transit et concupiscentia ejus ' ; et qui ne sont que néant et fumée, que tromperie et illusion, que vanité et affliction d'esprit. Lisez et considérez souvent et attentivement ces vérités ; priez tous les jours Notre- Seigneur qu'il les imprime dans votre esprit.
Et afin de vous y disposer, prenez chaque jour quelque peu de temps pour adorer Jésus-Christ dans le très parfait dégagement qu'il a eu du monde, et le suppliez qu'il vous en dégage entièrement et qu'il imprime dans votre co;ur une haine, une horreur et abomination des choses du monde Et de votre côté, prenez bien garde de ne vous point engager dans les visites et conversations inutiles qui se font dans le monde. Si vous y êtes engagée, au nom de Dieu retirez-vous-en à quelque prix que ce soit, et fuyez plus que la peste, les lieux, les personnes et compagnies dans lesquelles on ne parle que du monde et des choses du monde. Car, comme on y parle de ces choses avec estime et affection, il est très difficile que les discours qu'on y tient ne laissent quelque mauvaise impression dans votre esprit. Et outre cela, vous n'y gagnerez qu'une dangereuse perte de temps, vous n'y trouverez qu'une triste dissipation et affliction d'esprit, vous n'en remporterez qu'amertume de cœur, refroidissement de piété, éloignement de Dieu, et mille fautes que vous y commettrez. Et tandis que
1 I Joan. II, 17.
vous chercherez et aimerez et conversation du monde, celui qui met ses délices à être avec les enfants des hommes ne prendra point ses délices en vous, et ne vous fera point goûter les douceurs qu'il communique à ceux qui mettent toutes leurs délices à conserver avec lui. Fuyez donc le monde, je vous le dis encore une fois; fuyez-le, et ayez en horreur sa vie, son esprit et ses maximes ; et tant qu'il vous sera possible, ne faites point d'amitié et n'ayez point de communication qu'avec les personnes que vous pouvez [aiderj, ou qui peuvent vous aider et vous animer, par leur exemple et par leur parole, à aimer notre très aimable Jésus, à vivre dans son esprit et à détester tout ce qui lui est contraire.