FRANÇOIS BIROTTEAU
» Prêtre, vicaire de l'église cathédrale et paroissiale de Saint-Gatien de Tours. »
— Mille francs! dit madame Birotteau furieuse.
— Serre-les, dit gravement César, il n'a que cela. D'ailleurs, ils
sont à notre fille, et doivent nous faire vivre sans rien demander à nos créanciers.
— Ils croiront que tu leur as soustrait des sommes importantes.
— Je leur montrerai la lettre.
— Ils diront que c'est une frime.
— Mon Dieu! mon Dieul cria Birotteau terrifié, j*ai pensé cela de pauvres gens qui sans doute étaient dans la situation où me voilà.
Trop inquiètes de Tétat où se trouvait C&ar, la mère et la fille travaillèrent à Taiguille auprès de lui, dans un profond silence. A deux heures du matin, Popinot ouvrit doucement la porte du salon et fit signe à madame César de descendre. En voyant sa nièce, l'oncle ôta ses besicles.
— Mon enfant, il y a de Tespoir, lui dit-il, tout n'est pas perdu; mais ton mari ne résisterait pas aux alternatives des négociations i faire et qu'Anselme et moi nous allons tenter. Ne quitte pas Um magasin demain, et prends toutes les adresses des billets; nous avons jusqu'à quatre heures. Voici mon idée. Ni M. Ragon ni moi ne sommes à craindre. Supposez maintenant que vos cent mille francs déposés chez Roguin aient été remis aux acquéreurs, vous ne les auriez pas plus que vous ne les avez aujourd'hui. Vous êtes en présence de cent quarante mille francs souscrits à Claparon, que vous deviez toujours payer en tout état de cause ; ainsi ce n'est pas la banqueroute de Roguin qui vous ruine. Je vois, pour faire face à vos obligations, quarante mille francs à emprunter tôt ou tard sur vos fabriques et soixante mille francs d'effets Popinot. On peut donc lutter; car, après, vous pourrez emprunter sur les terrains de la Madeleine. Si votre principal créancier consent à vous aider, je ne regarderai pas à ma fortune, je vendrai mes rentes, je serai sans pain. Popinot sera entre la vie et la mort ; quant à vous, vous serez à la merci du plus petit événement commercial. Mais l'huile rendra sans doute de grands bénéfices. Popinot et moi, nous venons de nous consulter, nous vous soutiendrons dans cette lutte. Ah ! je mangerai bien gaiement mon pain sec si le succès poind à Thorizon. Mais tout dépend de Gigonnet et des associés Claparon. Popinot et moi, nous irons chez Gigonnet, de sept à huit heures, et QOQS saurons à quoi nous en tenir sur leurs intentions.
CÉSAR BIROTTEAU
Constance se jeta tout éperdue dans les bras de son onde, sans autre voix que des larmes et des sanglots. Ni Popinot ni Pillerault ne pouvaient savoir que Bidault dit Gigonnet, et Glaparon, étaient da Tillet sous une double forme, que du Tillet voulait lire dans les Petites-Affiches ce terrible article :
a Jugement du tribunal de 'commerce qui déclare le sieur César Birotteau, marchand parfumeur, demeurant à Paris» rue Saint-Honoré, no 397, en état de faillite, en fixe provisoirement Touverture aa 16 janvier 1819. Juge-commissaire, M. Gobenheim-Keller. Agent, M. Molineux. »
Anselme et Pillerault étudièrent jusqu^aa jour les affaires de César. A huit heures du matin, ces deux héroïques amis, Tun vieux soldat, l'autre sous-lieutenant d'hier, qui ne devaient jamais connaître que par procuration les terribles angoisses de ceux qui avaient monté l'escalier de Bidault dit Gigonnet, s'acheminèrent, sans se dire un mot, vers la rue Grenétat. Ils souffraient. A plusieurs reprises, Pillerault passa sa main sur son front.
La rue Grenétat est une rue où toutes les maisons, envahies par one multitude de commerces, offrent un aspect repoussant. Les constructions y ont un caractère horrible. L'ignoble malpropreté des fabriques y domine. Le vieux Gigonnet habitait le troisième étage d'une maison dont toutes les croisées étaient à bascule et à petits carreaux sales. L'escalier descendait jusque sur la rue. La portière était logée à l'entre-sol, dans une cage qui ne tirait son jour que de l'escalier. Excepté Gigonnet, tous les locataires exerçaient un état. Il venait, il sortait continuellement des ouvriers : les marches étaient donc revêtues d'une couche de boue dure ou molle, an gré de l'atmosphère, et où séjournaient des immondices. Sur ce fétide escalier, chaque palier offrait aux yeux le nom du fabricant écrit en or sur une tôle peinte en rouge et vernie, avec des échantillons de ses chefs-d'œuvre. La plupart du temps, les portes ouvertes laissaient voir la bizarre union du ménage et de la fabrique, il s*en échappait des cris et des grognements inouïs, des chants, des sifflements qui rappelaient l'heure de quatre heures chez les animaux du Jardin des plantes. Au premier se faisaient, dans un
laudfa infect, les pliis belles bretelles de Vartide Porù. Au second se oonfectîannaicnî, ati milieu de^; plus sales ordures, les pliis<?léguilB carioDDages qui parent au jour de Tau leâ étalages* Gigonnei KiMnit fîiÉfi ée MpMH €eût mlQe imm ^am le trotrième âs cette maisoOt una qu'aucune considération eût pu fen faire sortir, malgré roffine 41 madame Sailiard, sa nièces de lui douûer un k]^^
— Dq courage t dît PiUerault eo tirant le pied de bicte pHûàâ fM M. tÊÊiM h la porte grise et propre de Gigcmnet. ^
Gigwaet vînt oDvrir sa porta lui-même. Les deux pftrrtiiifi pftrfoiiiifiar, m lice dans te champ des faillites, traymècent lïfemière chambre correcte et froide, sans rideaux aux croisées.
nus trois s'assirent dans la seconde, où se t«oait Tescoiupteur âB?iBt ab foyer ptebi de ooudmi m laMi^it jtemiiilloe le bej»^!»
Rendait contro le feu. Popinot eut Yhme glacùe par les cartom lertfi de Tusurier^ p^ir la rigidité moaaatique de ce cabinet
coBiBSe mis II ragade #tifi tir Mbllé'toiietit pépier iOÉWlde fleors tricolores collé sur les murs depuis vingtrdnq ans, et reporta ses yeux attristés sur la cbemioée ornée d'une peudule en forme de lyre, et de vases obloogs eu bleu de Sèvr^ ricb»ment montés en cuivre doré. Cette épave, ramassée par Gigonnet dans le naufrage de Versailles, où la populace brisa tout, venait da boudoir de la reine ; mais cette magnifique chose était accompagnée de deux chandeliers du plus misérable modèle en fer battu qui rappelait par ce sauvage contraste la circonstance à laquelle on la devait.
— Je sais que vous ne pouvez pas venir pour vous, dit Gigonnet, mais pour le grand Birotteau. £h bien, qu'y a-t-il, mes amis?
— Je sais qu'on ne vous apprend rien, ainsi nous serons brefs, dit PiUerault. Vous avez des effets ordre Claparon?
— Voulez-vous échanger les cinquante premiers mille contre des eftbts de M. Popinot que voici, moyennant escompte, bien entendu?
Gigonnet 6ta sa terrible casquette verte, qui sedlblait née avec lui, montra son crâne couleur beurre frais dénué de cheveux, fit sa grimace voltairienne et dit :
— Oui.
CÉSAR BIROTTEAU
— Vous voulez me payer en huile pour les cheveux, quèque j'en ferais?
— Quand vous plaisantez, il n*y a qu'à tirer ses grègues, dit Pilierault.
— Vous parlez comme un sage que vous êtes, lui dit Gig(Hinet avec un sourire flatteur.
— Eh bien, si j'endossais les effets de M. Popinot? dit Pilierault en faisant un dernier effort.
— Vous êtes de Tor en barre, monsieur Pilierault; mais je n'ai pas besoin d'or, il me faut seulement mon argent.
Pilierault et Popinot saluèrent et sortirent. Au bas de l'escalier, les jambes de Popinot flageolaient encore sous lui.
— Est-ce un homme? dit-il à Pilierault.
— On le prétend, fit le vieillard. Souviens-toi toujours de cette courte séance, Anselme I Tu viens de voir la banque sans la mascarade de ses formes agréables. Les événements imprévus sont la vis du pressoir, nous sommes le raisin, et les banquiers sont les tonneaux. L'affaire des terrains est sans doute bonne ; Gigonnet, ou quelqu'un derrière lui, veut étrangler César pour se revêtir de sa peau : tout est dit, il n'y a plus de remède. Voilà la banque : n'y recours jamais!
Après cette affreuse matinée où, pour la première fois, madame Birotteau prit les adresses de ceux qui venaient chercher leur argent et renvoya le garçon de la Banque sans le payer, à onze heures, cette courageuse femme, heureuse d'avoir sauvé ces douleurs à son mari, vit revenir Anselme et Pilierault, qu'elle attendait en proie à de croissantes anxiétés : elle lut sa sentence sur leurs visages. Le dépôt du bilan était inévitable.
— H va mourir de douleur, dit la pauvre femme.
— Je le lui souhaite, dit gravement Pilierault; mais il est si religieux, que, dans les circonstances actuelles, son directeur, l'abbé Loraux, peut seul le sauver.
Pilierault, Popinot et Constance attendirent qu'un commis fût allé chercher l'abbé Loraux avant de présenter le bilan que Célestin préparait à la signature de César. Les commis étaient au désespoir, ils aimaient leur patron. A quatre heures, le bon prêtre arriva. Constance le mit au fait du malheur qui fon-
5i2 SCÈNES DE LA VIE PARISIENNE.
dalt sur eux, et Tabbé monta comme un soldat monte à la brèche.
— Je sais pourquoi vous venez, s'écria Birotteau.
— Mon fils, dit le prêtre, vos sentiments de résignation à la volonté divine me sont depuis longtemps connus; mais il s'agit de les appliquer : ayez toujours les yeux sur la croix, ne cessez de la regarder en pensant aux humiliations dont fut abreuvé le Saa veur des hommes, combien sa passion fut cruelle, vous pourrez supporter ainsi les mortifications que Dieu vous envoie...
— Mon frère l'abbé m'avait déjà préparé, dit César en lai montrant la lettre, qu'il avait relue et qu'il tendit à son confesseur.
— Vous avez un bon frère, dit M. Loraux, une épouse vertueuse et douce, une tendre fille, deux vrais amis, votre oncle et le cher Anselme, deux créanciers indulgents, les Ragon ; tous ces bons cœurs verseront incessamment du baume sur vos blessures et vous aideront à porter votre croix. Promettez-moi d'avoir la fermeté d'un martyr, d'envisager le coup sans défaillir.
L'abbé toussa pour prévenir Pillerault, qui était dans le salon.
— Ma résignation est sans bornes, dit César avec calme. Le déshonneur est venu, je ne dois songer qu'à la réparation.
La voix du pauvre parfumeur et son air surprirent Gésarîne elle prêtre. Cependant, rien n'était plus naturel. Tous les hommes supportent mieux un malheur connu, défini, que les cruelles alternatives d'un sort qui, d'un instant à l'autre, apporte ou la joie excessive ou l'extrême douleur.
— J'ai rêvé pendant vingt-deux ans, je me réveille aujourd'hui mon gourdin à la main, dit César redevenu paysan tourangeau.
En entendant ces mots, Pillerault serra son neveu dans ses bras. César aperçut sa femme, Anselme et Célestin. Les papiers que tenait le premier commis étaient bien significatifs. César contempla tranquillement ce groupe où tous les regards étaient tristes mais amis.
— Un moment! dit-il en détachant sa croix qu'il tendit à l'abbé Loraux, vous me la rendrez quand je pourrai la porter sans honte. — Célestin , ajouta-t-il en s'adressant à son commis , écrivez ma démission d'adjoint. M. Tabbé vous dictera la lettre, vous la daterez du 14, et la ferez porter chez M. de la Billardière par Raguet,
Célestin et l'abbé Loraux descendirent. Pendant environ un quart
GËSÂR BIROTTEÂU.
d^heure, un profond silence régna dans le cabinet de César. Une telle fermeté surprit la famille. Célestin et Tabbé revinrent, César signa sa démission. Quand Toncle Pillerault lui présenta le bilan, le pauvre bomme ne put réprimer un borrible mouvement nerveux.
— Mon Dieu, ayez pitié de moi! dit-il en signant la terrible pièce et la tendant à Célestin.
— Monsieur, madame, dit alors Anselme Popinot, sur le front nuageux duquel il passa un lumineux éclair, faites-moi Thonneur de m'accorder la main de mademoiselle Césarine.
A cette pbrase, tous les assistants eurent des larmes aux yeux, excepté César, qui se leva, prit la main d'Anselme, et, d'une voix creuse, lui dit :
— Mon enfant, tu n'épouseras jamais la fille d'un failli. Anselme regarda fixement Birotteau :
— Monsieur, vous engagez-vous, en présence de toute votre famille, à consentir à notre mariage, si mademoiselle m'agrée pour mari, le jour où vous serez relevé de votre faillite?
Il y eut un moment de silence, pendant lequel chacun fut ému par les sensations qui se peignirent sur le visage affaissé du parfumeur.
— Oui, dit-il enfin.
Anselme fit un indicible geste pour prendre la main de Césarine, qui la lui tendit, et il la baisa.
— Vous consentez aussi? demanda-t-il à Césarine.
— Oui, dit-elle.
— Je suis donc enfin de la famille, j'ai le droit de m'occuper de ses affaires, dit-il avec une expression bizarre.
Anselme sortit précipitamment pour ne pas montrer une joie qui contrastait trop avec la douleur de son patron. Anselme n'était pas précisément heureux de la faillite, mais l'amour est si absolu, si égoïste! Césarine elle-même sentait en son cœur une émotion qui contrariait son amère tristesse.
— Puisque nous y sommes, dit Pillerault à l'oreille de Césarine, frappons tous les coups.
Madame Birotteau laissa échapper un signe de douleur et non d'assentiment.
mk SCÈNES HB il TIB FAUSIBNIHL
^ Mon neYëa, dit POleraiiIl ena^adresBaîil i GteTt^mpliltaftfre? , *
. ~ GontiDaer te cominerce. i /
. n'es! pas idon avis, dh KDeraalt* L^piide^^ AMIm^
actif à tes créanciers, ne reparais plus sur la [daoe de Paris. Ir#e sois seavent supposé dans une position andogne à kilÉH^^ il &al tout prévoir dans le commeroe! te n^;ocianlifiii ma. psHa pas à la fiullite est comme on général qni GOinptmh. ii^ttfea^MMÉ Imtliit fl n^est n(%oci»at é^.) Mok je n'àianâp Mw^P^ tinné. Comment I toajonmroligir devant des bommes f«|iiii bit tort» recevœr leors regards déûÉnts et leors tmtas i^piaclM de cengois la gniUotitteL.. en on mstant, tout est fini. IM»jMtlir nne tête qui renaît et se la sentir coaper tons les jours, i ffii iiiiHi pUce auquel je me smtls soustrait. Beaueoîv de gn» lepttiuopt les affaires comme si riennetenr était arrivé! tml^WBiWép^jkiâBiA plos Ibrls que GIaude4o6eph KUerault. Si vous faites au ccMn^ÉaiÉ, et vous y êtes obligé, on dit que vous aves su ?ous mémifoi^tai ressources; si vous tes sans le son, vous ne pouiaSi jaai^ipi rdever. Bonsoir! Abandonne donc ton actif, laisse ven^tcm fii^ ^ et fais autre chose.
— Mais quoi? dit César.
— Eh ! dit Pillerault, cherche une place. N*as-tu pas des protections? le duc et la duchesse de Lenoncourt, madame de Mortsauf, M. de Vandenessel écris-leur, vois-les, ils te caseront dans la maison du roi avec quelque millier d'écus; ta femme en gagnera bien autant, ta fille peut-être aussi. La position n*est pas désespérée. Â vous trois, vous réunirez près de dix mille francs par an. En dix ans, tu peux payer cent mille francs, car tu ne prendras rien sur ce que vous gagnerez : tes deux femmes auront quinze cents francs chez moi pour leurs dépenses, et, quant à toi, nxm verrons!
Constance, et non César, médita ces sages paroles. Pillerault se dirigea vers la Bourse, alors tenue sous une construction provisoire en planches, et qui formait une salle ronde où Ton entrait par la rue Feydeau. La faillite du parfumeur en vue et jalousé, déjà connue, excitait une rumeur générale dans le haut commerce, alors constitutionnel. Les commerçants libéraux voyaient dans la fête de
CESAR BIROTTEAU
Birotteau une audacieuse entreprise sur leurs sentiments. Les gens de l'opposition voulaient avoir le monopole de Tamour du pays. Permis aux royalistes d'aimer le roi, mais aimer la patrie était le privil^e de la gauche : le peuple lui appartenait. Le pouvoir avait
. eu tort de se réjouir, par ses organes, d'un événement dont les libéraux voulaient Texploitation exclusive. La chute d'un protégé du château, d'un ministériel, d'un royaliste incorrigible qui, le iS vendémiaire, insultait à la liberté en se battant contre la glorieuse Révolution française, cette chute excitait les cancans et les aiq[>Iaudissements de la Bourse. Pillerault voulait connaître, étudier Topinion. Il trouva, dans un des groupes les plus animés, du
. Tillet, Gobenheim-Keller, Nucingen, le vieux Guillaume et son gendre Joseph Lebas, Glaparon, Gigonnet, Mongenod, Camusot, Gobseck, Adolphe Keller, Palma, Chiffreville, Matifat, Grindot et Lourdois.
— Eh bien, quelle prudence ne faut-il pas! dit Gobenheim à du TUlet, il n'a tenu qu'à un fil que mes beaux-frères n'accordassent un crédit à Birotteau I
— Moi, j'y suis de dix mille francs qu'il m'a demandés il y a quinze jours, je les lui ai donnés sur sa simple signature, dit du Tillet. Mais il m'a jadis obligé, je les perdrai sans regret
— Il a fait comme tous les autres, votre neveu, dit Lourdois à Pillerault, il a donné des fêtes! Qu'un fripon essaye de jeter de la poudre aux yeux pour stimuler la confiance, je le conçois ; mais on homme qui passait pour la crème des honnêtes gens recourir aux roueries de ce vieux charlatanisme auquel nous nous prenons toujours 1
— Comme des sangsues, dit Gobseck.
— N'ayez confiance qu'en ceux qui vivent dans des bouges, comme Glaparon, dit Gigonnet.
— Eh pien, dit le gros baron Nucingen à du Tillet, fous afez fouli nuu chouer eine tir han nCenfoyant Piroddôt. Che ne sais bas birquoi, dit-il en se tournant vers Gobenheim le manufacturier, el lia bas enfoyè brerUre chez moi zingaande mile vrancs, che les lui aurais remisse.
— Ohl non, dit Joseph Lebas, monsieur le baron. Vous deviez bien savoir que la Banque avait refusé son papier, vous l'avez fait
vni. 35
Ul SCÈNE» ¥V ViB f^ââlSlBNlflL
jmirgui je professe encore une hmté BÉBttIt i^iïre des drcoo-
^^Hala de Piller auH serrait cellé 4tt tof^ lUafifts.
est impossililé, en effet, dtt M^i^taod, tfeipliquer eo 4^* Wmiè, à*bïûio3 de cralré qui! y âît, caâtâ derHéï? Gtgoimel, de& banquiers qui veulent tm r r Ire de ïs Madeleine.
~ Il lui arriva ce qui arrivera toujours h ceux qui sortent é& l^r^édalité, dit Glaparon en interrompant Mongeood. S'itn|k^ HHpAl^lQâe eèpkidiqim,m lira da ?rair
Hfrtf les terrains dans Pans en se jet tant dessus , il aurait perda Hmgt mille francs chez Roguin, mais il n'aurait pas failli. HPMr BOUS le Qom de fbpinot.
Atleûttûa à Popinot, dit Gîgotmet • 'Bogiiia, seloQ cette masse de négociBUtSt était Finfortimè Rê
lé pàrRitfietir étdit pautH SkMêùfà. ïMit iâelAlilaîl excusé Oûe grande passion, l'auto $®iûblaii pins Coupable à cause de
prétentions. En quittant la Bourse, Cigonuet passa par îa rue Perrii>
— Ma grosse mère, lui dit*il avec sa cruelle bonhomie, eh bien* comment va notre petit commerce ?
— Â la douce, dit respectueusement madame Madou en présentant son unique fauteuil à l'usurier avec unè affectueuse servilité qu'elle n'avait eue que pour le cher défunt.
La mère Madou, qui jetait à terre un charretier récalcitrant on trop badin, qui n'eût pas craint d'aller à l'assaut des Tuileries an 10 octobre, qui goguenardait ses meilleures pratiques, capable enfin de porter sans trembler la parole au roi au nom des dames de la Halle, Angélique Madou recevait Gigonnet avec un profond respect. Sans force en sa présence, elle frissonnait sous son regard âpre. Les gens du peuple trembleront encore longtemps devant le bourreau, Gigonnet était le bourreau de ce commerce. A la Halle, nul pouvoir n'est plus respecté que celui de l'homme qui fait le cours de Targent. Les autres institutions humaines ne sont rien auprès. La justice elle-même se traduit aux yeux de la Halle par le commissaire, personnage avec lequel elle se familiarise. Mais l'usure
CÉSAR BIROTTEAU
[se derrière ses cartons verts, l'usure implorée la crainte dans le iir« dessèche la plaisanterie, altère le gosier, abat la fierté du ard et rend le peuple respectueux.
— Est-ce que vous avez quelque chose à me demander? dits.
— Un rien, une misère : tenez-vous prête àjembourser les effets Dtteau, le bonhomme a fait faillite, tout devient exigible, je vous rerrai le compte demain matin.
jes yeux de madame Madou se concentrèrent d^abord comme X d*une chatte, puis vomirent des flammes.
— Âhl le gueux I ahl le scélérat I il est venu lui-môme ici me 3 qu'il était adjoint, me monter des couleurs ! Matigot, ça va orne ça, le commerce! Il n'y a plus de foi chez les maires, le ivemement nous trompe. Attendez, je vais aller me faire payer,
— Eh I dans ces affaires-là, chacun s*en tire comme il peut, ire enfant! dit Gigonnet en levant sa jambe par ce petit mouve- Qt sec semblable à celui d'un chat qui veut passer un endroit aillé, et auquel il devait son nom. 11 y a de gros bonnets qui isent à retirer leur épingle du jeu.
— Boni bon! je vais retirer ma noisette. — Marie- Jeanne! mes ques et mon cachemire de poil de lapin, et vite, ou je te rélaffe la joue par une giroflée à cinq feuilles.
^ Ça va s'échauffer dans le haut de la rue, se dit Gigonnet en Erottant les mains. Du Tillet sera content, il y aura du scandale 18 le quartier. Je ne sais pas ce que lui a fait ce pauvre diable parfumeur; moi, j'en ai pitié comme d'un chien qui se casse la te. Ce n'est pas un homme, il n'est pas de force, ifadame Madou déboucha, comme une insurrection du faubourg nt-Antoine, sur les sept heures du soir, à la porte du pauvre otteau, qu'elle ouvrit avec une excessive violence, car la marche dt encore animé ses esprits.
— Tas de vermine, il me faut mon argent, je veux mon argent! is me donnerez mon argent, ou je vais emporter des sachets, \ brimborions de satin, des éventails, enfin de la marchandise ir mes deux mille francs! A-t-on jamais vu des maires volant les ninistrés! Si vous ne me payez pas, je l'envoie aux galères, je
vais chez le procureur du roi, le tremblément de la justice ira 90Q train I Enfin, je ne sors pas d'ici sans ma monnaie.
Elle fît mine de lever les glaces d'une armoire où étaient des objets précieux.
— La Madou prend, dit à voix basse Gélestin à son voisin.
La marchande entendit le mot, car dans les paroxysmes de passion les organes s'oblitèrent ou se perfectionnent, selon les constitutions, elle appliqua sur Toreille de Gélestin la plus vigoureuse tape qui se fût donnée dans un magasin de parfumerie.
— Apprends à respecter les femmes, mon ange, dit-elle, et à ne pas chiffonner le nom de ceux que tu voles.
— Madame, dit madame Birotteau sortant de Tarrière-boutique, où se trouvait par hasard son mari, que Toncle Pillerault voulait emmener, et qui, pour obéir à la loi, poussait Thumilité jusqu'à vouloir se laisser mettre en prison; madame, au nom du ciel, n'ameutez pas les passants.
— Ehl qu'ils entrent, dit la femme, je leuœ y dirai la chose, histoire de rire ! Oui, ma marchandise et mes écus ramassés à la sueur de mon front servent à donner vos bals. Enfin, vous allez vêtue comme une reine de France avec la laine que vous prenez à des pauvres igneaux comme moi! Jésus! ça me brûlerait les épaules, à moi, du bien volé! Je n'ai que du poil de lapin sur ma carcasse, mais il est à moi ! Brigands de voleurs, mon argent, ou...
Elle sauta sur une jolie boîte en marqueterie où étaient de précieux objets de toilette.
— Laissez cela, madame, dit César en se montrant, rien ici n'est à moi, tout appartient à mes créanciers. Je n'ai plus que ma personne, et, si vous voulez vous en emparer, me mettre en prison, je vous donne ma parole d'honneur (une larme sortit de ses yeux) que j'attendrai votre huissier, le garde de commerce et ses recors...
Le ton et le geste en harmonie avec l'action firent tomber la colère de madame Madou.
— Mes fonds ont été emportés par un notaire, et je suis innocent des désastres que je cause, reprit César; mais vous serez payée avec le temps, dussé-je mourir à la peine et travailler comme un manœuvre, à la Halle, en prenant l'état de porteur.
— Allons, vous êtes un brave homme, dit la femme de la Halle.
CÉSAR BIROTTBAU.
PardoD de mes paroles, madame; mais faut doDC que je me jette à Teau, car Gigomiet va me poursuivre, et je n'ai que des valeurs à dix mois pour rembourser vos damués billets.
— Venez me trouver demain matin, dit Pillerault en se montrant, je vous arrangerai votre affaire à cinq pour cent, chez un de mes amis.
— Quien ! c'est le brave père Pillerault. — Eh ! mais il est votre oncle, dit-elle à Constance. Allons, vous êtes d*honnêtes gens, je ne perdrai rien, est-ce pas? — A demain, vieux Brutus, dit-elle à Tancien quincaillier.
César voulut absolument demeurer au milieu de ses ruines, en disant qu'il s'expliquerait ainsi avec tous ses créanciers. Malgré les supplications de sa nièce, l'oncle Pillerault approuva César, et le fit remonter chez lui. Le rusé vieillard courut chez M. Haudry, lui expliqua la position de Birotteau, obtint une ordonnance pour une potion somnifère, l'alla commander et revint passer la soirée chez son neveu. De concert avec Césanne, il contraignit César à boire oomme eux. Le narcotique endormit le parfumeur, qui se réveilla, quatorze heures après, dans la chambre de son oncle Pillerault, rue des Bourdonnais, emprisonné par le vieillard, qui couchait, lui, sar un lit de sangle dans son salon. Quand Constance entendit rouler le fiacre dans lequel son oncle Pillerault emmenait César, son courage l'abandonna. Souvent, nos forces sont stimulées par la nécessité de soutenir un être plus faible que nous. La pauvre feaime pleura de se trouver seule chez elle avec sa fille, comme elle aurait pleuré César mort.
— Maman, dit Césarine en s^asseyant sur les genoux de sa mère et la caressant avec ces grâces de chatte que les femmes ne déploient bien qu'entre elles, tu m'as dit que si je prenais bravement mon parti, tu trouverais de la force contre l'adversité. Ne pleure lonc pas, ma chère mère. Je suis prête à entrer dans quelque ma- ;asin, et je ne penserai plus à ce que nous étions. Je serai, comme m dans ta jeunesse, une première demoiselle, et tu n'entendras amais une plainte ni un regret, fai une espérance. N*as-tu pas mtendu M. Popinot?
— Le cher enfant, il ne sera pas mon gendre...
— Ohl maman...
SGËNES DB LA YiB PARISIENNE.
— Il sera véritablement mon flls.
— Le malheur, dit Césanne en embrassant sa mère» a cela de bon, qu*il nous apprend à connaître nos vrais amis.
Césanne finit par adoucir le chagrin de la pauvre femme ca jouant auprès d'elle le Me d'une mère. Le lendemain matin, Constahce alla chez le duc de Lenoncourt, un des premiers gentibhommes de la chambre du roi, et y laissa une lettre par laqudh elle loi demandait une audience à une certaine heure de la Jouv née. Dans rintorvalle, elle vint chez M. de la Billardière, lui ezpoBi la situation où la fuite du notaire mettait César, le pria de Pip* puyer auprès du duc et de parler pour elle, ayant peur de nul s'^q^iquer. Elle voulait une place pour Birottean. Birottein serait le caissier le plus probe, 9*il y. avait à distinguer dans la probit&i
— Le roi vient de nommer le comte (ta Fontaine à une directiso générale dans le ministère de sa majsoa« il n*y a pas de temps k perdre.
A deux heures, la Billardière et madame César montaient le grand escalier de rh6tel de Lenoncourt, rue Saint-Dominique, et furent introduits chez celui de ses gentilshommes que le roi préférait, si tant est que le roi Louis XVIII ait eu des préférences. Le gracieux accueil de ce grand seigneur, qui appartenait au petit nombre des vrais gentilshommes que le siècle précédent a l^és à celui-ci, donna de Tespoir à madame César. La femme du parfumeur se montra grande et simple dans la douleur. La douleur ennoblit les personnes les plus vulgaires, car elle a sa grandeur; et, pour en recevoir du lustre, il sufQt d^être vrai. Constance était une femme essentiellement vraie. Il s'agissait de parler au roi promptement.
Au milieu de la conférence, on annonga M. de Vandenesse, et le duc s'écria :
— Voilà votre sauveur I
Madame Birotteau n'était pas inconnue à ce jeune homme, venu chez elle une ou deux fois pour y demander de ces bagatelles sonvent aussi importantes que de grandes choses. Le duc expliqua les intentions de la Billardière. En apprenant le malheur qui accablait le filleul de la marquise d'Uxelles, Vandenesse alla sur-le-champ
CÉSAR BIROTTEÂU.
avec la Billardiëre chez le comte de Fontaine, en priant madame Bîrotteau de l'attendre.
M. le comte de Fontaine était, comme la Billardiëre, un de ces Inraves gentilshommes de province, héros presque inconnus qui firent la Vendée. Birotteau ne lui était pas étranger, il Tavait vu jadis à la Reine des roses. Les gens qui avaient répandu leur sang poar la cause royale jouissaient à cette époque de privilèges que le roi tenait secrets, pour ne pas effaroucher les libéraux. M. de Fon* taine, un des favoris de Louis XVllI, passait pour être dans toute sa confidence. Non-seulement le comte promit positivement une place, mais il vint chez le duc de Lenoncourt, alors de service, poar le prier de lui obtenir un moment d'audience dans la soirée, et de demander pour la Billardiëre une audience de Momsiedr, qui aimait particuliërement cet ancien diplomate vendéen.
Le soir même, M. le comte de Fontaine alla des Tuileries chez madame Birotteau lui annoncer que son mari ferait, aprës son concordat, officiellement nommé à une place de deux mille cinq cents firancs à la Caisse d'amortissement, tous les services de la maison du roi se trouvant alors chargés de nobles surnuméraires avec lesqods on avait pris des engagements.
Ce succès n'était qu'une partie de la tâche de madame Birotteau. La pauvre femme alla rue Saint-Denis, au Chat qui pelote, trouver Joseph Lebas. Pendant cette course, elle rencontra dans un brillant équipage madame Roguin, qui sans doute faisait des emplettes. Ses yeux et ceux de la belle notaresse se croisèrent. La honte que la femme heureuse ne put réprimer en voyant la femme ruinée donna du courage à Constance.
— Jamais je ne roulerai carrosse avec le bien d'autruî, se dit-elle.
Bien reçue de Joseph Lebas, elle le pria de procurer à sa fille une place dans une maison de commerce respectable. Lebas ne promit, rien; mais, huit jours aprës, Césarine eut la table, le logement et mille écus dans la plus riche maison de nouveautés de Paris, qui fondait un nouvel établissement dans le quartier des Italiens. La caisse et la surveillance du magasin étaient confiées à la fille du parfumeur, qui, placée au-dessus de la première demoi« selle, remplaçait le maître et la maîtresse de la maison.
Quant à madame César, elle alla le jour même chez Popinot lui
demander de tenir chez lui la caisse, les écritures et le ménage. Popinot comprit que sa maison était la seule où la femme du par» fumeur pourrait trouver les respects qui lui étaient dus et une position sans infériorité. Le noble enfant lui donna trois mille francs par an, la nourriture, son logement qu'il fit arranger, et prit pour lui la mansarde d*un commis. Ainsi la })elle parfumeuse, après avoir joui pendant un mois des somptuosités de son appartement, dut habiter Teffroyable chambre, ayant vue sur la cour obscure et humide, où Gaudissart, Anselme et Finot avaient inauguré Vhwk cèphalique.
Quand Molineux, nommé agent par le tribunal de commerce, vint prendre possession de Tactif de César Birotteau, Constance, aidée par Célestin, vérifia Tinventaire avec lui. Puis la mère et la fille sortirent, à pied, dans une mise simple, et allèrent chez leur oncle Pillerault sans retourner la tête, après avoir demeuré dans cette maison le tiers de leur vie. Elles cheminèrent en sUence vers la rue des Bourdonnais, où elles dînèrent avec César pour la première fois depuis leur séparation. Ce fut un triste dîner. Ghacnn avait eu le temps de faire ses réflexions, de mesurer Tétendue de ses obligations et de sonder son courage. Tous trois étaient comme des matelots prêts à lutter avec le mauvais temps, sans se dissimuler le danger. Birotteau reprit courage en apprenant avec quelle sollicitude de grands personnages lui avaient arrangé un sort; mais il pleura quand il sut ce qu'allait devenir sa fille. Puis il tendit la main à sa femme en voyant le courage avec lequel elle recommençait à travailler.
L'oncle Pillerault eut pour la dernière fois de sa vie les yeux mouillés à Taspect du touchant tableau de ces trois êtres unis, confondus dans un embrasseraent au milieu duquel Birotteau, le plus faible des trois, le plus abattu, leva la main en disant :
— Espérons!
— Pour économiser, dit l'oncle, tu logeras avec moi, garde ma chambre et partage mon pain. Il y a longtemps que je m'ennuie d'être seul, tu remplaceras ce pauvre enfant que j'ai perdu. D'ici, tu n'auras qu'un pas pour aller, rue de l'Oratoire, à ta caisse.
— Dieu de bonté, s'écria Birotteau, au fort de l'orage une étoile :ue i^uide.
CÉSAR BIROTTBAU.
En se résignant, le malheureux consomme son malheur. La chute de Birotteau se trouvait dès lors accomplie, il y donnait son consentement, il redevenait fort.
Après avoir déposé son bilan^ un commerçant ne devrait plus s*occuper que de trouver une oasis en France ou à l'étranger pour y vivre sans se mêler de rien, comme un enfant qu*il est : la loi le déclare mineur et incapable de tout acte légal, civil et civique. Mais il n*en est rien. Avant de reparaître, il attend un sauf-conduit que jamais ni juge-commissaire ni créancier n'ont refusé, car, s'il était rencontré sans cet exeat, il serait mis en prison, tandis que, muni de cette sauvegarde, il se promène en parlementaire dans le camp ennemi, non par curiosité, mais pour déjouer les mauvaises intentions de la loi relativement aux faillis. L'effet de toute loi qui touche à la fortune privée est de développer prodigieusement les fourberies de l'esprit. La pensée des faillis, comme de tous ceux dont les intérêts sont contrecarrés par une loi quelconque, est de l'annuler à leur égard. La situation de mort-civil, où le failli reste comme une chrysalide, dure trois mois environ, temps exigé par les formalités avant d'arriver au congrès où se signe entre les créanciers et le débiteur un traité de paix, transaction appelée concordat. Ce mot indique assez que la concorde règne après la tempête soulevée entre des intérêts violemment contrariés.
Sur le vu du bilan, le tribunal de commerce nomme aussitôt un juge-commissaire, qui veille aux intérêts de la masse des créanciers inconnus et doit aussi protéger le failli contre les entreprises vexatoires de ses créanciers irrités : double rôle qui serait magnifique à jouer, si les juges-commissaires en avaient le temps. Ce jage-commissaire investit un agent du droit de mettre la main sur les fonds, les valeurs, les marchandises, en vérifiant l'actif porté dans le bilan ; enfin le greffe indique une convocation de tous les créanciers, laquelle se fait au son de trompe des annonces dans les journaux. Les créanciers, faux ou vrais, sont tenus d'accourir et de se réunir afin de nommer des syndics provisoires qui remplacent l'agent, se chaussent avec les souliers du failli, deviennent par un« fiction de la loi le failli lui-même, et peuvent tout liquider, tout vendre, transiger sur tout, enGn fondre la cloche au profit des créanciers, si le failli ne s'y oppose pas. La plupart des faillites
toujours les agréés venaient trouver le juge-commissaire et lui présentaient un agent à nommer, le leur, un homme à qui les aiïaires du négociant étaient connues et qui saurait concilier les intérêts de la masse et ceux de l'homme honorable tombé dans le malheur. Depuis quelques années, les juges habiles se font indiquer ragent que l'on désire, afin de ne pas le prendre, et tâchent d'en nommer un quasi vertueux.
Pendant cet acte se présentent les créanciers, faux ou vrais, pour désigner les syndics provisoires, qui sont, comme il est dit, dé/in»tifs. Dans cette assemblée électorale ont droit de voter ceux auxquels il est dû cinquante sous comme les créanciers de cinquante mille francs : les voix se comptent et ne se pèsent pas. Cette assemblée, où se trouvent les faux électeurs introduits par le failli, les seuls qui ne manquent jamais à l'élection, proposent pour candidats les créanciers parmi lesquels le juge-commissaire, président sans pouvoir, est tenu de choisir les syndics. Ainsi, le juge-commissaire prend presque toujours de la main du failli les syndks qu'il lui convient d'avoir : autre abus qui rend cette catastrophe un des plus burlesques drames que la justice puisse prot^. L'homme honorable tombé dans le malheur, maître du terrain, 1^ lise alors le vol qu'il a médité. Généralement, le petit commerce de Paris est pur de tout blâme. Quand un boutiquier arrive au dépôt de son bilan, le pauvre honnête homme a vendu le châle de sa femme, a engagé son argenterie, a fait flèche de tout bois et a succombé les mains vides, ruiné, sans argent même pour l'agréé, qui se soucie fort peu de lui.
La loi veut que le concordat qui remet au négociant une partie de sa dette et lui rend ses affaires soit voté par une certaine majorité de sommes et de personnes. Ce grand œuvre exige une habile diplomatie dirigée au milieu des intérêts contraires qui se croisent et se heurtent, par le failli, par ses syndics et son agréé. La manœuvre habituelle, vulgaire, consiste à offrir, à la portion des créanciers qui fait la majorité voulue par la loi, des primes à payer par le débiteur, en outre des dividendes consentis au concordat. A cette immense fraude il n'est aucun remède : les trente tribunaux de commerce qui se sont succédé les uns aux autres la connaissent pour l'avoir pratiquée. Éclairés par un long usage, ils ont fini
CÉSAR BIROTTEAU
beaucoup de peine à conduire ses propres affaires. Ce tribunal de commerce, au lieu d'avoir été institué comme une utile transition d*où le négociant s'élèverait sans ridicule aux régions de la noblesse, se compose de négociants en exercice, qui peuvent souffrir de leurs sentences en rencontrant leurs parties mécontentes, comme Birotteau rencontrait du Tillet.
Le juge-commissaire est donc nécessairement un personnage devant lequel il se dit beaucoup de paroles, qui les écoute en pensant à ses affaires et s'en remet de la chose publique aux syndics et à Tagréé, sauf quelques cas étranges et bizarres, où les vols se pr^ntent avec des circonstances curieuses, et lui font dire que les créanciers ou le débiteur sont des gens habiles. Ce personnage, placé dans le drame comme un buste royal dans une salle d'audience, se voit le matin, entre cinq et sept heures, à son diantier, 8^1 est marchand de bois; dans sa boutique, si, comme jadis Birotteau, il est parfumeur, ou le soir après dîner, entre la poire et le fromage, d'ailleurs toujours horriblement pressé. Ainsi ce personnage est généralement muet. Rendons justice à la loi : la législation, faite à la hâte, qui régit la matière a lié les mains au jugecommissaire, et dans plusieurs circonstances il consacre des fraudes sans les pouvoir empêcher, comme vous l'allez voir.
L'agent, au lieu d'être l'homme des créanciers, peut devenir rbomme du débiteur. Chacun espère pouvoir grossir sa part en se Taisant avantager par le failli, auquel on suppose toujours des trésors cachés. L'agent peut s'utiliser des deux côtés, soit en n'incendiant pas les affaires du failli, soit en attrapant quelque chose pour les gens influents : il ménage donc la chèvre et le chou. Souvent, un agent habile a fait rapporter le jugement en rachetant les créances et en relevant le négociant, qui rebondit alors comme une balle élastique. L'agent se tourne vers le râtelier le mieux garni, soit qu'il faille couvrir les plus forts créanciers et découvrir le débiteur, soit qu'il faille immoler les créanciers à l'avenir du négociant. Ainsi, l'acte de l'agent est l'acte décisif. Cet homme, ainsi que l'agréé, joue la grande utilité dans cette pièce où, l'un comme Tautre, ils n'acceptent leur rôle que sûrs de leurs honoraires. Sur une moyenne de mille faillites, l'agent est neuf cent cinquante fois l'homme du failli. A l'époque où cette histoire eut lieu, {uresque
m SCÈNES M LA VIE PARISIENNE.
de foniite oiL il ne s'en engendre assez pour foornir la matière dtt qoaiorse vcdames de Clariis$ Hofiave à Tauteor qui voudrait les décrira. Un seol ezemple suflira. L'illustre Gobseck, le maître des Falma, des Gigonnet, des Werbrust, des Keller et des Nudogeo, iTétant trouvé dans une faillite oii il se proposait de rudement mener un n^fodant qui l'avait su rouer, reçut en effets à échoir après le concordat la somme qui, jointe à celle des dividendes, formait l'intégralité de sa créance. Gobseck détermina rapoeptatk» d'un concordat qui consacrait soixante-quinze pour cent de remise au failli. Voilà les créaqders joués au profit de Gobseck. Hais le négociant avait signé les eflbts illicites de sa raison sociale en fuilite, et U put appliquer à ces effets la déduction de soixante-quinze pour cent Gobsedc, le grand Gobseck, reçut à peine cinquante pour cent. Il saluait toujours son débiteur avec un reap&d ironique.
Toutes les opérations engagées par un failli dix jours avant sa faillite pouvant être incriminées, quelques hommes prudents ont soin d'entamer certaines affaires avec un certain nombre de créanciers dont rintérét est, comme celui du failli, d'arriver à un prompt concordat. Des créanciers très-fins vont trouver des créanciers trèsniais ou très-occupés, leur peignent la faillite en laid et leur achètent leurs créances la moitié de ce qu'elles vaudront à la liquidar tion, et retrouvent alors leur argent par le dividende de leurs créances, et la moitié, le tiers ou le quart gagné sur les créances achetées.
La faillite est la fermeture plus ou moins hermétique d'une maison où le pillage a laissé quelques sacs d'argent. Heureux le n^ociant qui se glisse par la fenêtre, par le toit, par les caves, par uo trou, qui prend un sac et grossit sa parti Dans cette déroute, où se crie le sauve-qui-peut de la Bérésina, tout est illégal et légal, faux et vrai, honnête et déshonnête. Un homme est admiré s'il se couvre. Se couvrir est s'emparer de quelques valeurs au détriment des autres créanciers. La France a retenti des débats d'une immense faillite éclose dans une ville où siégeait une cour royale, et où les magistrats, en comptes courants avec les faillis, s'étaient donné des manteaux en caoutchouc si pesants, que le manteau de la justice en fut troué. Force fut, pour cause de suspicion légitime, de
CÉSAR BIROTTEAU
déférer le jugement de la faillite à une autre cour. Il n*y avaii ni juge-commissaire, ni agent, ni cour souveraine possible dans Tendroit où la banqueroute avait éclaté.
Cet eifiroyable gâchis commercial est si bien apprécié à Paris, qa*à moins d'être intéressé dans la faillite pour une somme capitale, tout négociant, quelque peu affairé qu'il soit, accepte la faillite comme un sinistre sans assureurs, passe la perte au compte des profits et pertes, et ne commet pas la sottise de dépenser son temps; il continue à brasser ses affaires. Quant au petit commerçant, harcelé par ses fins de mois, occupé de suivre le char de sa fortune, un procès effrayant de durée et coûteux à entamer Tépouyante; il renonce à y voir clair, imite le gros négociant, et baisse la tète en réalisant sa perte.
Les gros négociants ne déposent plus leur bilan, ils liquident à Tamiable : les créanciers donnent quittance en prenant ce qu^on leur offre. On évite alors le déshonneur, les délais judiciaires, les honoraires d'agréés, les dépréciations de marchandises. Chacun croît que la faillite donnerait moins que la liquidation. Il y a plus de liquidations que de faillites à Paris.
L'acte des syndics est destiné à prouver que tout syndic est incorruptible, qu'il n'y a jamais entre eux et le failli la moindre collusion. Le parterre, qui a été plus ou moins syndic, sait que tout syndic est un créancier couvert. Il écoute, il croit ce qu'il veut, et arrive à la journée du concordat après trois mois employés à vérifier les créances passives et les créances actives. Les syndics provisoires font alors à l'assemblée un petit rapport dont voici la formule générale :
« Messieurs, il nous était dû à tous en bloc un million. Nous avons dépecé notre homme comme une frégate sombrée. Les clous, les fèrs, les bois, les cuivres ont donné trois cent mille francs. Nous avons donc trente pour cent de nos créances. Heureux d'avoir trouvé cette somme quand notre débiteur pouvait ne nous laisser que cent mille francs, nous le déclarons un Aristide, nous lui votons des primes d'encouragement, des couronnes, et proposons de lui laisser son actif, en lui accordant dix ou douze ans pour nous payer cinquante pour cent qu'il daigne nous promettre. Voici le concordatt passez au bureau, signez-le! »
A ce discours, les heureox négociants se félicitent et s^embrassent. Après Thomologation de ce concordat, le failli redevint négociant comme devant ; on lui rend son actif, il recommence seB affaires, sans être privé du droit de faire faillite des dividendes promis, arrière-petite-faillite qui se voit souvent, comme un enfant mis au jour par une mère neuf mois après le mariage de sa fille.
Si le concordat ne réussit pas, les créanciers nomment alors des syndics définitifs, prennent des mesures exorbitantes en s*assodaot pour exploiter les biens, le commerce de leur débiteur, saisissant tout ce quMl aura, la succession de son père, de sa mère, de n tante, etc. Cette rigoureuse mesure s^exécute au moyen d'un contrat d'union.
Il y a donc deux faillites : la faillite du négociant qui veut ressaisir les affaires, et la faillite du négociant qui, tombé dans Teau, se contente d'aller au fond de la rivière. Pillerault connaissait bien cette différence. 11 était, selon lui, comme selon Ragon, aussi difficile de sortir pur de la première que de sortir riche de la seconde. Après avoir conseillé l'abandon général, il alla s'adresser au plos honnête agréé de la place pour le faire exécuter en liquidant la faillite et remettant les valeurs à la disposition des créanciers. La loi veut que les créanciers donnent, pendant la durée de ce drame, des aliments au failli et à sa famille. Pillerault fit savoir au jugecommissaire qu'il pourvoirait aux besoins de sa nièce et de son neveu.
Tout avait été combiné par du Tillet pour rendre la faillite une agonie constante à son ancien patron. Voici comment : Le temps est si précieux à Paris, que généralement, dans les faillites, de deux syndics, un seul s'occupe des affaires. L'autre est pour la forme : il approuve, comme le second notaire dans les actes notariés. Le syndic agissant se repose assez souvent sur l'agréé. Par ce moyen, à Paris, les faillites du premier genre se mènent si rondement, que, dans les délais voulus par la loi, tout est bâclé, ficelé, servi, arrangél En cent jours, le juge-commissaire peut dire le mot atroce d'un ministre : « L'ordre règne à Varsovie. » Du Tillet voulait la mort commerciale du parfumeur. Aussi le nom des syndics, nommés par l'influence de du Tillet, fut-il significatif pour Pillerault. M. Bidault dit Gigonnet, principal créancier, devait ne s'occuper
CÉSAR BIROTTEAU
de rien. Molineui, le petit vieillard tracassier qui ne perdait rien, devait s'occuper de tout. Du Tillet avait jeté à ce petit chacal ce noble cadavre commercial à tourmenter en le dévorant. Après l'assemblée où les créanciers nommèrent le syndicat, le petit Molineux rentra chez lui, honoré, dit-il, des suffrages de ses concitoyens, heureux d'avoir Birotteau à régenter, comme un enfant d'avoir à tracasser un insecte. Le propriétaire, à cheval sur la loi, pria du Tillet de l'aider de ses lumières, et il acheta le Code de commerce. Heureusement, Joseph Lebas, prévenu par Pillerault, avait tout d'abord obtenu du président de commettre un juge-commissaire sagace et bienveillant. Gobenheim-Keller, que du Tillet avait espéré avoir, se trouva remplacé par M. Gamusot, juge suppléant, le riche marchand de soieries libéral, propriétaire de la maison où demeurait Pillerault, et homme dit honorable.
Une des plus horribles scènes de la vie de César fut sa conférence obligée avec le petit Molineux, cet être qu'il regardait comme si nul et qui, par une fiction de la loi, était devenu César Birotteau. 11 dut aller, accompagné de son oncle, à la cour Batave, monter les six étages et rentrer dans l'horrible appartement de ce vieillard, son tuteur, son quasi-juge, le représentant de la masse de ses créanciers.
— Qu'as-tu? dit Pillerault à César en entendant une exclamation.
— Ah I mon oncle, vous ne savez pas quel homme est ce Molineux I
— Il y a quinze ans que je le vois de temps en temps au café David, où il joue le soir au domino : aussi t'ai-je accompagné.
M. Molineux fut d'une politesse excessive pour Pillerault et d^une dédaigneuse condescendance pour son failli. Le petit vieillard avait médité sa conduite, étudié les nuances de son maintien, préparé ses idées.
— Quels renseignements voulez-vous? dit Pillerault. Il n'existe aucune contestation relativement aux créances.
• — Oh! dit le petit Molineux, les créances sont en règle, tout est vérifié. Les créanciers sont sérieux et légitimes ! Mais la loi, monsieur, la loi I Les dépenses du failli sont en disproportion avec sa fortune... 11 conste que le bal...
vw. 36
Actuel tOlafl «m assisté, dit Pillera uU en l^nternïiipMMH ... A coûté piès de soixante mille fraDCs, ou qm celte «été dépensée en œlle o«oaaîi»i, faetif dti f^lB iQ*aIhit pas alort à phxs de ceat et quelques milte francip,, !l y m Ken de iAinf | 1p failli flku l^e isMoidiliah^^ ^ùm TiDoulp^lidit âe taBfmwl simple.
fà v0trèavii? dit Pm^rÉi^ mi foyaiit f kbiMMMI^
Ifta'SirotleaiK
^^#ilr« je distingue : le sieur Birolleau était officier mm- — Vous ne noua avéi pis fait veâir, apparenuDeot^ pour mm
expliquer que nous allonB €tre traduits en police correci nelle? dit Pillerault. Tout le café David rirait ce soir de i
eondiute. * \
L'opinion du café David parut eiïaroucher beauooiîp lo petit vÎPf]- ^fard, qui regarda PiUerauU d'un air efliaré* Le q^mlic comptait voir
Jupiter. II ctnnptnît efîrnyer Blrotteau par lo foudi oyant réquisitoire {jfidpsré, brandir sur sa tôle la liache correctionuelle, jouir de ses
immm^me une âine h y^mms re«ttgii«H^ insecte, il rencontrait le vieux sphinx commercial.
— Monsieur, lui dit-il, il n'y a point à rire.
— Pardonnez-moi, répondit Pillerault. Vous traitez assez largement avec M. Claparon ; vous abandonnez les intérêts de la masse aûn de faire décider que vous serez privilégié pour vos sommes. Or, je puis, comme créancier, intervenir. Le juge-commissaire est là.
— Monsieur, dit Molineux, je suis incorruptible.
— Je le sais, dit Pillerault; vous avez tiré seulement, comme oo dit, votre épingle du jeu. Vods êtes fin, vous avez agi là comme avec votre locataire...
— Oh I monsieur, dit le syndic redevenant {»ropriétaire comme la chatte métamorphosée en femme court après une souris, moo afTaire de la rue Montorgueil n'est pas jugée. Il est survenu ce qu'on* appelle un incident. Le locataire est locataire principal. Cet intrigant prétend aujourd'hui qu'ayant donné une année d'avance, et n'ayant plus qu'une année à...
CÉSAR BIROTTEAU
Ici, Pillerault jeta sur César un coup d'œil pour lui recommander a plus vive attention.
— ... Et, Tannée étant payée, il peut dégarnir les lieux. Nouveau mcès. En effet, je dois conserver mes garanties jusqu'à parfait payement, il peut me devoir des réparations.
— Mais, dit Pillerault, la loi ne vous donne de garantie sur les meubles que pour des loyers.
— Et accessoires! dit Molineux attaqué dans son centre. L*article lu Code est interprété par les arrêts rendus sur la matière; il faudrait cependant une rectification législative. J'élabore en ce moment un mémoire à Sa Grandeur le garde des sceaux sur cette lacune de la législation. Il serait digne du gouvernement de s*oc- :»iper des intérêts de la propriété. Tout est là pour l'État, nous sommes la souche de l'impôt.
— Vous êtes bien capable d'éclairer le gouvernement, dit Pillerault; mais en quoi pouvons-nous vous éclairer, nous, relativement ï nos affaires?
— Je veux savoir, dit Molineux avec une emphatique autorité, si If. Birotteau a reçu des sommes de M. Popinot.
— Non, monsieur, dit Birotteau.
' U s'ensuivit une discussion sur les intérêts de Birotteau dans la maison Popinot, d'où il résulta que Popinot avait le droit d'être intégralement payé de ses avances, sans entrer dans la faillite pour la moitié des frais d'établissement dus par Birotteau. Le syndic Ifolineux, manœuvré par Pillerault, revint insensiblement à des formes douces qui prouvaient combien il tenait à l'opinion des habitués du café David. Il finit par donner des consolations à Birotteau et par lui offrir, ainsi qu'à Pillerault, de partager son modeste dîner. Si l'ex-parfumeur était venu seul, il eût peut-être irrité Molineux, et l'affaire se serait envenimée. En cette circonstance, comme en quelques autres, le vieux Pillerault fut un ange tutélaire.
Il est un horrible supplice que la loi commerciale impose aux fàiliis : ils doivent comparaître en personne, entre leurs syndics provisoires et leur juge-commissaire, à l'assemblée où leurs créanciers décident de leur sort. Pour un homme qui se met au-dessus de tout, comme pour le négociant qui cherche une revanche, cette Uîste cérémonie est peu redoutable; mais, pour un homme comme
César Birotteaa, cette scène est an sapplioe qui n'a d*analogoe que dans le dernier jour d*an condamné à mort Pilleraait fit tont pour rendre i son neven cet iKMTible jonr sapportable.
Voici quelles furent les opérations de Molineox, consenties pv le failli. Le procès rdadf anx terrains situés rue du Faubouqt-dih Temple fut gagné en cour royale. Les syndics décidèrent de vendre les propriétés. César ne 8*y opposât point. Du IlUet, instruit des intentions du gouTemement concernant un canal qui devait joindre Saint-Denis à la haute Seine, en passant par le fauboorg du Temple, adieta les terrains de Birotteau poi|r la somme de soixante et dix mille francs. On abandonna les droits de César dam raffûre des terrains de la Madeleine à H. Claparon, à la condition qu*U abandonnerait de son c5té toute rédamation relative à la moitié due par Birotteau dans les frais d'enregistrement et de passation de contrat, à la charge de payer le prix des terrains en touchant, dans la faillite, le dividende qui revenait aux vendeurs. Lintérét du parfumeur dans la maison Popinot et compagnie fat vendu audit Pojûnot pour la somme de quarante-huit mille frano. Le fonds de la Seine des roses fut acheté par Célestin Grevel cinquante-sept mille francs, avec le droit au bail, les marchandises, les meubles, la propriété de la pâte des sultanes, celle de Veau carminative, et la location pour douze ans de la fabrique, dont les ustensiles lui furent également vendus. L'actif liquide fut de cent quatre-vingt-quinze mille francs, auxquels les syndics ajoutèrent soixante et dix mille francs produits par les droits de Birotteau dans la liquidation de l'infortuné Roguin. Ainsi le total atteignit à deux cent cinquante-cinq mille francs. Le passif montait à quatre cent quarante, il y avait plus de cinquante pour cent. La faillite est comme une opération chimique, d'où le négociant habile tâche de sortir gras. Birotteau, distillé tout entier dans cette cornue, donnait un résultat qui rendit du Tillet furieux. Du Tillet croyait à une faillite déshonnéte, il voyait une faillite vertueuse. Peu sensible à son gain, car il allait avoir les terrains de la Madeleine sans bourse délier, il aurait voulu le pauvre détaillant déshonoré, perdu, vilipendé. Les créanciers, à l'assemblée générale, allaient sans doute porter le parfumeur en triomphe. A mesure que le courage de Birotteau lui revenait, son oncle, en sage médecin, lui graduait les
CÉSAR BIROTTHÂU.
doses en rioitiant aux opérations de la faillite. Ces mesures violentes étaient autant de coups. Un négociant n'apprend pas sans douleur la dépréciation des choses qui représentent pour lui tant d'argent, tant de soins. Les nouvelles que lui donnait son oncle le pétrifiaient.
— Cinquante-sept mille francs la Reine des roses! mais le magasin a coûté dix mille francs ; mais les appartements coûtent quarante mille francs; mais les mises de la fabrique, les ustensiles, les formes, les chaudières, ont coûté trente mille francs ; mais, à cinquante pour ceqt de remise, il se trouve pour dix mille francs dans ma boutique ; mais la pâu et Veau sont une propriété qui vaut une ferme!
Ces jérémiades du pauvre César ruiné n'épouvantaient guère Pillerault. L'ancien négociant les écoutait comme un cheval reçoit une averse à une porte, mais il était effrayé du morne silence que gardait le parfumeur, quand il s'agissait de l'assemblée. Pour qui comprend les vanités et les faiblesses qui dans chaque sphère sociale atteignent l'homme, n'était-ce pas un horrible supplice pour ce pauvre homme que de revenir en failli dans le palais de justice commercial où il était entré juge? d'aller recevoir des avanies là où il était allé tant de fois remercié des services qu'il avait rendus, lui, Birotteau, dont les opinions inflexibles à l'égard des faillis étaient connues de tout le commerce parisien; lui qui avait dit : « On est encore honnête homme en déposant son bilan, mais l'on sort fripon d'une assemblée de créanciers »? Son oncle étudia les heures favorables pour le familiariser avec l'idée de comparaître devant ses créanciers assemblés , comme la loi le voulait. Cette obligation tuait Birotteau. Sa muette résignation faisait une vive impression sur Pillerault, qui souvent, la nuit, l'entendait à travers la cloison s'écriant :
— Jamais I jamais! je serai mort auparavant.
Pillerault, cet homme si fort par la simplicité de sa vie, comprenait la faiblesse. Il résolut d'épargner à Birotteau les angoisses auxquelles il pouvait succomber dans la scène terrible de sa comparution devant les créanciers, scène inévitable! La loi, sur ce point, est précise, formelle, exigeante. Le négociant qui refuse de comparaître peut, pour ce seul fait, être traduit en police correctionnelle,
le créu|^| DportaajH
»s la prévemîan de banquefMto-ÂaipIe. Mais, si ia loi foroe te IhilJi à se préseDtQf , etle n'a paAle pouvoir d'y faira venir le < ct0r. Due «semblée de créaccim n'est une oértfmooîa tmf que daDs daiim déterminés : |iar esmiplti tfll f « ttiH de dépos» sétler un fripon et de faire nn contrat irunion, ê*îI y a dissidence entre des créanciers favorisés et des créanciers li^és, si le coo* OQv^t M nltravutottr el* que le ait Iwatin d^nfis a^iiilt douteuse. Mais, dans le cas d'une faillite où loui e.st rivalisé, commi dallâ4ûMl 4*fl]|0^IUUite où le fripon a tout arrangé, Ta^embléi eet iiiie imuiUli, HllflfmuU alla prier chaque créaç(àBr»rQaa|»éi l'autre, de aigvier une prccLirailon pour son agréé. Oiaqm créia» f^er, du TiUet esLcepté, plaiguaii sincèrement César après Tl Âaltu. Cliaciin savait comment se condittBait le parfametir, i bien 8« Jnm étaient TégiMBm,€mkkmm»9MÊkm4^^ Tous les créanciers étaient contents de ne voir parmi eux aucun créancier gau Molineux^ d'abord agent, pui^ syndic, avait trouvé dmCin^lMt o& ipie Icr panm bûmiwimeédait, mêem h gmf te d^ffèro et Léamlre donnée par Popinot, ses bijoux pcrsonnehi Hîm ^Dgle, ses boudes d'or, ses deux montres, qu'un bonDéta bomme aurait emportées sana G^^^ piaoïqiiçr è. ia probité^ l stance avait laissé son modesliMfifliMBfllMi^^ obé à la loi frappa vivement le commerce. Les ennemis de Birotteaa présentèrent ces circonstances comme des signes de bétise; mais les gens sensés les montrèrent sous leur vrai jour, comme on magnifique excès de probité. Deux mois après, Topinion à b Bourse avait changé. Les gens les plus indifférents avouaient que cette faillite était une des plus rares curiosités commerciales qui se fussent vues sur la place. Aussi les créanciers, sachant qu'ils allaient toucher environ soixante pour cent, firent-ils tout ce qoe voulait Plllerault. Les agréés sont en très-petit nombre, il arriva donc que plusieurs créanciers eurent le môme fondé de pouvoir. Pillerault finit par réduire cette formidable assemblée à trois agréés , à lui-même , à Ragon , aux deux syndics et au juge-commissaire.
Le matin de ce jour solennel, Pillerault dit à son neveu : — César, tu peux aller sans crainte à ton assemblée aujourd'hui, tu n'y trouveras personne.
CÉSAR BIROTTEAU
M. Ragon voulut accompagner son débiteur. Quand l'ancien maître de la Reine des roses ût entendre sa petite voix sèche, son ex-successeur pâlit; mais le bon petit vieux lui ouvrit les bras, Birotteau s'y précipita comme un enfant dans les bras de son père, et les deux parfumeurs s'arrosèrent de leurs larmes. Le failli reprit courage en voyant tant d'indulgence, et monta en fiacre avec son oncle. A dix heures et demie précises, tous trois arrivèrent dans le cloître Saint-Merri, où dans ce temps se tenait le tribunal de commerce. A cette heure, il n'y avait personne dans la salle des faiHites. L'heure et le jour avaient été choisis d'accord avec les syndics et le juge-commissaire. Les agréés étaient là pour le compte de leurs clients : ainsi rien ne pouvait intimider César Birotteau. Cependant, le pauvre homme ne vint pas dans le cabinet de M. Camusot, qui par hasard avait été le sien, sans une profonde émotion, et il frémissait de passer dans la salle des faillites.
— Il fait froid, dit M. Camusot à Birotteau , ces messieurs ne seront pas fâchés de rester ici au lieu d'aller nous geler dans la salle. (Il ne dit pas le mot faillite.) Asseyez-vous, messieurs.
Chacun prit un siège, et le juge donna son fauteuil à Birotteau confus. Les agréés et les syndics signèrent.
— Moyennant l'abandon de vos valeurs, dit Camusot à Birotteau, vos créanciers vous font, à l'unanimité, remise du restant de leurs créances, votre concordat est conçu en des termes qui peuvent adoucir votre chagrin ; votre agréé le fera promptement homologuer : vous voilà libre. Tous les juges du tribunal, cher monsieur Birotteau, dit Camusot en lui prenant les mains, sont touchés de votre position sans être surpris de votre courage, et il n'est personne qui n'ait rendu justice à votre probité. Dans le malheur, vous avez été digne de ce que vous étiez ici. Voilà vingt ans que je suis dans le commerce, et voici la seconde fois que je vois un négociant tombé gagnant encore dans l'estime publique.
Birotteau prit les mains du juge et les lui serra, les larmes aux yeux; Camusot lui demanda ce qu'il comptait faire, Birotteau répondit qu'il allait travailler à payer ses créanciers intégralemont.
- Si pour consommer cette noble tâche il vous fallait quelques
m SCÈNES DE LA VIE PARISIENNE.
mille francs, vous les trouveriez toujours chez moi, dit Gamusot, je les donnerais avec bien du plaisir pour être témoin d'un fait assez rare à Paris.
Pillerault, Ragon et Birotteau se retirèrent.
~ Eh bien, ce n'était pas la mer à boire, lui dit Pillerault sur la porte du tribunal.
— Je reconnais vos œuvres, mon oncle, dit le pauvre homme attendri.
— Vous voilà rétabli . nous sommes à deux pas de la rue des Cinq-Diamants, venez voir mon neveu, lui dit RagOQ.
Ce fut une cruelle sensation par laquelle Birotteau devait passer que de voir Constance assise dans un petit bureau à l'entre-sol bas et sombre situé au-dessus de la boutique, où dominait un tablean montant au tiers de sa fenêtre, interceptant le jour et sur lequel était écrit : A. POPINOT.
— Voilà Tun des lieutenants d'Alexandre, dit avec la gaieté da malheur Birotteau en montrant le tableau.
Cette gaieté forcée, où se retrouvait naïvement rinextingnible sentiment de la supériorité que s'était crue Birotteau, causa comme un frisson à Ragon, malgré ses soixante et dix ans. César vit sa femme descendant à Popinot des lettres à signer, il ne put ni retenir ses larmes ni empêcher son visage de pâlir.
— Bonjour, mon ami, lui dit-elle d'un air riant.
— Je ne te demanderai pas si tu es bien ici? dit César en regardant Popinot.
— Comme chez mon fils, répondit-elle avec un air attendri qui frappa Tex-négociant.
Birotteau prit Popinot, l'embrassa en disant :
— Je viens de perdre à jamais le droit de l'appeler mon fils.
— Espérons, dit Popinot. Votre huile marche, grâce à mes efforts dans les journaux, à ceux de Gaudissart qui a fait la France entière, qui Ta inondée d'affîches, de prospectus, et qui maintenant fait imprimer à Strasbourg des prospectus allemands, et va descendre comme une invasion sur l'Allemagne. Nous avons obtenu le placement de trois mille grosses.
— Trois mille grosses! dit César.
— Et j'ai acheté, dans le faubourg Saint-Marceau, un terrain,.
CÉSAR BIROTTEÂU.
pas cher, où Ton construit une fabrique. Je conserverai celle du faubourg du Temple.
— Ma femme, dit Birotteau à Toreille de Constance, avec un peu d'aide, on s'en serait tiré.
Depuis cette fatale journée. César, sa femme et sa fille se comprirent. Le pauvre employé voulut atteindre à un résultat sinon impossible, du moins gigantesque : au payement intégral de sa dette I Ces trois êtres, unis par le lien d'une probité féroce, devinrent avares et se refusèrent tout : un liard leur paraissait sacré. Par calcul, Césarine eut pour son commerce un dévouement de jeune fille. Elle passait les nuits, s'ingéniait pour accroître la prospérité de la maison, trouvait des dessins d'étoffes et déployait un génie commercial inné. Les maîtres étaient obligés de modérer son ardeur au travail, ils la récompensaient par des gratifications; mais elle refusait les parures et les bijoux que lui proposaient sés patrons. De l'argent! était son cri. Chaque mois, elle apportait ses appointements, ses petits gains à son oncle Pillerault. Autant en taisait César, autant madame Birotteau. Tous trois se reconnaissant inhabiles, aucun d'eux ne voulant assumer sur lui la responsabilité du mouvement des fonds, ils avaient remis à Pillerault la direction suprême du placement de leurs économies. Redevenu négociant, ronde tirait parti des fonds dans les reports à la Bourse. On apprit plus tard qu'il avait été secondé dans cette œuvre par Jules Qesmarets et par Joseph Lebas, empressés l'un et l'autre de lui indiquer les affaires sans risques.
L'ancien parfumeur, qui vivait auprès de son oncle, n'osait le questionner sur l'emploi des sommes acquises par ses travaux et par ceux de sa fille et de sa femme. 11 allait tête baissée par les rues, dérobant à tous les regards son visage abattu, décomposé, stupide. César se reprochait de porter du drap fin.
— Au moins, disait-il avec un regard angélique à son oncle, je ne mange pas le pain de mes créanciers. Votre pain me semble doux, quoique donné par la pitié que je vous inspire, en songeant que, grâce à cette sainte charité, je ne vole rien sur mes appointements.
Les négociants qui rencontraient l'employé n'y retrouvaient aucun vestige du parfumeur. Les indifférents concevaient une
SCENES m m mmmMmifmf^
immense itîtVi des chutes humaines à l'aspect de cet tiomme au visage duquel le cfiagria le plus noir avait mis son dauil, qui se iBoatrait bciaieveisé par qui ft^avatl jiHials a|»p«ni dm lui, ta pmrnêet ^'est pas détruit qui vaul. Les geos légers, seds conscience, à qui toat est indifférent, ne peuvent jamais oŒrirle apectaete à^un tl^asto. La reUgion atute im{^9 m soeau pirti^iiUpr sot iii i tmbêàt ito mteil àiéi mi^^ham^^mMmmnM mm
eux nue certaine lueur quil^-il^iiitoi un air de rv^îi^nri ricin ^nînte ^fitilrenaêiée d'espéraDce qtû aorte d'attandrissemeni ^ jli
pof^ du d^* Les &îUi9 ne peuvent se présenter à la Bouraep Cém^ chassé du domaine de la {MUté, était me iniigt dô Vrnsg^ w^mpranlaprès le pardon.
'Vattîant quatori^a mois, pleia des religieiïses peniées que sa chute lui inspira, Birotteau refusa tout plaisir. O'ioiqim sur de TaniïcIA des Bagon, il fut impossible de le déterminer à veuir dluorcbil ^>itti iliflC^ km bAm wà Am lea Maiffat, ni^ «tiei lea Italai il Chiiïreville, ni mêaie chez M. Vauquelin, qui tous s*eiupressèrem d'honorer en César une vertu supérieure. César aimait mieux ètti ml daAi ia cbambre que de reocoutitr le regard d^uu erëaaeict^
aces les plus cordiales de ses amis lui rappelaient am^%^ rement sa position. Constance et Césarine n'allaient alors nulle part. ^ dimanche et les fêtes, seuls jours où elles fussent libres, ces deux femmes venaient, à Theure de la messe, prendre César, et lui tenaient compagnie chez Pillerault après avoir accompli leurs devoirs religieux. Pillerault invitait Tabbé Loraux, dont la parole soutenait César dans sa vie d'épreuves, et ils restaient alors en famille. L'ancien quincaillier avait la fibre de la probité trop sensible pour désapprouver les délicatesses de César. Aussi avait-il songé à augmenter le nombre des personnes au milieu desquelles le failli pouvait se montrer le front blanc et l'œil à hauteur d'homme.
Au mois de mai 1821, cette famille aux prises avec l'adversité fut récompensée de ses efforts par une première fête que lui ménagea l'arbitre de ses destinées. Le dernier dimanche de ce mois était l'anniversaire du consentement donné par Constance à son mariage avec César. Pillerault avait loué, de concert avec les Ragon,
CÉSAR BIROTTEAU. 674
une petite maison de campagne à Sceaux, et l'ancien quincaillier voulut y pendre joyeusement la crémaillère.
— César, dit Pillerault à son neveu le samedi soir, demain nous allons à la campagne, et tu y viendras.
César, qui avait une superbe écriture, faisait le soir des copies pour Derville et pour quelques avoués. Or, le dimanche, muni d^une permission curiale, il travaillait comme un nègre.
— Non, répondit-il, M. Derville attend après un compte de tatelle.
— Ta femme et ta fille méritent bien une récompense. Tu ne trouveras que nos amis : Tabbé Loraux, les Ragon, Popinot et son oncle. D'ailleurs, je le veux.
César et sa femme, emportés par le tourbillon des affaires, n'étaient jamais revenus à Sceaux, quoique de temps à autre tous deux souhaitassent y retourner pour revoir l'arbre sous lequel s^était presque évanoui le premier commis de la Reine des roses. Pendant la route que César fit en fiacre avec sa femme et sa fille, et Popinot qui les menait, Constance jeta à son mari des regards (Inintelligence sans pouvoir amener sur ses lèvres un sourire. £lle lui dit quelques mots à l'oreille, il agita la tête pour toute réponse. Les douces expressions de cette tendresse, inaltérable mais forcée, au lieu d'éclaircir le visage de César, le rendirent plus sombre et amenèrent dans ses yeux quelques larmes réprimées. Le pauvre homme avait fait cette route vingt ans auparavant, riche, jeune, plein d'espoir, amoureux d'une jeune fille aussi belle que l'était maintenant Gésarine; il rêvait alors le bonheur, et voyait aujourd'hui dans le fond du fiacre sa noble enfant p&lie par les veilles, sa courageuse femme n'ayant plus que la beauté des villes sur lesquelles ont passé les laves d'un volcan. L'amour seul était resté! L^attitude de César étouffait la joie au cœur de sa fille et d'Anselme, qui lui représentaient la charmante scène d'autrefois.
— Soyez heureux, mes enfants, vous en avez le droit, leur dit ce pauvre père d'un ton déchirant. Vous pouvez vous aimer sans arrière-pensée, ajouta-t-il.
Birotteau, en disant ces dernières paroles, avait pris les mains de sa femme et les baisait avec une sainte et admirative affection qui toucha plus Constance que la plus vive gaieté. Quand ils arrivèrent
m ou les atrentiaient Pilleranlt, \ps Ra^on , l'abbé Loraux h juB^ Poplaot, ces cinij persoDoes d'élile eurecit uq juautlî^i ^ea re^téà et dtt $mlk& qm tsSmàt OikF i «w Éi9e« car tiMM étaient ômiiAi 4i» ircwr eet bmtaie toqjmm m taiâMiifti 4ê m
^ AUei VMS pftïiimfir iiM tel lioîs d'Âuliifty, dii Toode PîUetiti â& mettant ta m^in de Césor éam oâlte Coattanofti aMw*^ '"f ♦ttfWs Anselme et Gésarino ; vous reviendrez à quatre heures,
— Pauvres gens, nms les gênerions, dît madame fiagon, attmpidt H êMlfm^9^ mik miÊm^MSt «m tin |o|m
— C'est le repentir sans b faute, dit Pidibé LOftln* Il ne ponvait se grandir que par le malheur, dit le juge.
Oublier ^ le^and secret miBtmcm fortes et cri5atrices; <Q«!ïHer à la manière de la nature, qui ne se connaît point de passë, itlnî recommence à toute heure les mystères de ses infatigables «tftaieiaâûts/Us ^liie^ oMiEiâ «tin WMh
teaii, vivent dans ^cs doulfnirs, au lieu de les clsiÊ^gt$ m l{N^ pbtbegni^ d'eipérience ; elles s'en saturent, et B^m90têÊlWÊIie^èe^
^^'iiiJWW quî ^^^^ bois d'A(
comme une couronne sur un des plus jolis coteaux des environs de Paris, i^t que la Vallée-aux-Loups se montra dans toute sa coquetterie, la beauté du jour, la grâce du paysage, la première verdure et les délicieux souvenirs de la plus belle journée de sa jeunesse détendirent les cordes tristes dans Tàme de César : il serra le bras de sa femme contre son cœur palpitant, son œil ne fut plus vitreux, la lumière du plaisir y éclata.
— Enfin, dit Constance à son mari, je te revois, mon pauvre Cé^dLTl II me semble que nous nous comportons assez bien pour nous permettre un petit plaisir de temps en temps.
— Et le puis-je? dit le pauvre homme. Ahl Constance, ton affection est le seul bien qui me reste. Oui, j'ai perdu jusqu'à la confiance que j'avais en moi-même, je n'ai plus de force, mon seul désir est de vivre assez pour mourir quitte avec la teiTe. Toi, chère femme, toi qui es ma sagesse et ma prudence, toi qui voyais clair, toi qui es irréprochable, tu peux avoir de la gaieté; moi seul, entre
CÉSAR BIROTTEAU
Qoas trois, je suis coupable. Il y a dix-huit mois, au milieu de cette fatale fête, je voyais ma Constance, la seule femme que j'aie iimée, plus belle peut-être que ne Tétait la jeune personne avec laquelle j'ai couru dans ce sentier il y a vingt ans, comme courent Q08 enfants!... En vingt mois, j'ai flétri cette beauté, mon orgueil, un orgueil permis et légitime. Je t'aime davantage en te connaissant mieux... Ohl chère! dit-il en donnant à ce mot une expression qui atteignit au cœur de sa femme, je voudrais bien t' entendre gronder, au lieu de te voir caresser ma douleur.
— Je ne croyais pas, dit-elle, qu'après vingt ans de ménage Tamour d*une femme pour son mari pût s'augmenter.
Ce mot fit oublier pour un moment à César tous ses malheurs, car il avait tant de cœur, que ce mot était une fortune. Il s'avança ionc presque joyeux vers leur arbre, qui, par hasard, n'avait pas été abattu. Les deux époux s'y assirent, en regardant Anselme et Césarine qui tournaient sur la môme pelouse sans s'en apercevoir, nx)yant peut-être aller toujours droit devant eux.
— Mademoiselle, disait Anselme, me croyez-vous assez lâche et assez avide pour avoir profité de l'acquisition de la part de votre père dans VhuUe cèphaliquef Je lui conserve avec amour sa moitié, je la lui soigne. Avec ses fonds, je fais l'escompte; s'il y a des efl'ets douteux, je les prends de mon côté. Nous ne pouvons être l'un à Tautre que le lendemain de la réhabilitation de votre père, et j*avance ce jour-là de toute la force que donne l'amour.
L'amant s'était bien gardé de dire ce secret à sa belle-mère. Chez les amants les plus innocents, il y a toujours le désir de paraître grands aux yeux de leurs maltresses.
— Et sera-ce bientôt? dit-elle.
— Bientôt, dit Popinot.
Cette réponse fut faite d'un ton si pénétrant, que la chaste et pure Césarine tendit son front au cher Anselme, qui y mit un baiser avide et respectueux, tant il y avait de noblesse dans l'action de cette enfant.
— Papa, tout va bien, dit-elle à César d'un air fin. Sois gentil, cause, quitte ton air triste.
Quand cette famille si unie rentra dans la maison de Pillerault, César, quoique peu observateur, aperçut chez les fiagon un chan-
geiDeot dir miaâètm fftt déœlait qwûqm «itetaMU. VmmA\ iâ
mJtiiiinf? Ragem Ibt parUctilièrem^nt (Onctueux, son reganl eim aoceul ctisaiflOt fc 6ter ; « Nous soouDes pa^éa* n
âtt iiiiienv te«iulrard0&ft«t M prÂaMi, IVMctonnmili le fil ttaeoir et rigftrda Biroiteau, qui commençait k mmf^fism rat Mipitet sans poaYOtr en Unâgioer réleoduê,
^ Ute DereUf depuis dtJMiint mois, les économies de ta Cmioet d^ Il inè el les tletuies ont produit vingt mille EraiK^. rai rec» tn^nle mille francs poîir îe dividende de raa créance, nous n^om dmc cinquante mille Iranea k doojier h tes créanciers. M. Bagou a ïïÊçfi iraiie fliOle ftniGa poor am dMdtti^ il: le oetHra 4i Sbeatt'i^qiporia' donc une qoinai^ce du pnyenv'nt infL^'i al, iniérte een^dai liit^l tes aau$* 1^ r^ie de la somme eât chez CïOUat» ^oa? liOin4oiii k loAre MaâiBmg^ i& mm^B^^ U^^k^^lim et t» ^ créanciers les plus pressés. L'aaoie prtNbaiMv sèuammiB* àliiH la temps et la patience» m Ya bin.
La joie de BifollOia Wlfe décrit pas, il se jeta dans lea bm di \ mm oncle en plmiMt^
— OuMÎ porte anjourd^hui sa croix, (lit Ragon à Tabbé Lontli* ^ Le coiifeâ^ur altaçba te rubaii rou^e À ta toutogm^re deJBifc ^ ployé, qui se regarda pendant la soirée à vingt reprises dans les glaces du salon, en manifestant un plaisir dont auraient ri des gens qui se croient supérieurs, et que ces bons bourgeois trouvaient naturel. Le lendemain, Birottean se rmdit chex BsadiBie Madou.
— Aht voua voifà, bon sujet, dit-elle, je ne vous reconnaissais pas, tant vous avez blanchi. Cependant, vous ne pfttissez pas, vous autres : vous avez des places. Moi, je me donne un mal de chien caniche qui tourne une mécanique, et qui mérite le baptême.
— Mais, madame...
— Eh I ce n*e8t pas un reproche, ditrelle, vous avez quittance.
— Je viens vous annoncer que je vous payerai chez maître Grottat, notaire, aujourd'hui, le reste de votre créance et les intérêts...
— Est-ce vrai?
— Soyez chez lui à onze heures et demie...
— En voilà de Thonneur, à la bonne mesure et les quatre au cent, dit-elle en admirant avec naïveté Birotteau. Tenez, mon cher
CÉSAR BIROTTEAU
Donsieur, je fais de bonnes affaires avec votre petit rouge, il est gentil, il me laisse gagner gros sans chicaner les prix afin de m'inlemniser; eh bien, je vous donnerai quittance, gardez votre argent, mon pauvre vieux! La Madou s'allume, elle est piailleuse. Dais elle a de ça, dit-elle en se frappant les plus volumineux cousins de chair vive qui aient été connus aux Halles.
— Jamais! dit Birotteau; la loi est précise, je veux vous payer Dtégralement.
— Alors, je ne me ferai pas prier longtemps, dit-elle. Et deoain, à la Halle, je cornerai votre honneur. Ah! elle est rare, la àrce!
Le bonhomme eut la même scène chez le peintre en bâtiments, e beau-père de Grottat, mais avec des variantes. Il pleuvait. César aissa son parapluie dans un coin de la porte. Le peintre enrichi, 'oyant Teau faire son chemin dans la belle salle on il déjeunait vec sa femme, ne fut pas tendre.
— Allons, que voulez-vous, mon pauvre père Birotteau? dit-il du 3D dur que beaucoup de gens prennent pour parler aux mendiants mportuns.
— Monsieur, votre gendre ne vous a donc pas dit?...
— Quoi? interrompit Lourdois impatienté, en croyant à quelque [emande.
— ... De vous trouver chez lui ce matin, à onze heures et demie, our me donner quittance du payement intégral de votre créance?
— Ah! c'est différent... Asseyez-vous donc là, monsieur Biroteau; mangez donc un morceau avec nous...
— Faites-nous le plaisir de partager notre déjeuner, dit madame doardois.
— Ça va donc bien? lui demanda le gros Lourdois.
— Non, monsieur, il a fallu déjeuner tous les jours d'une flûte mon bureau pour amasser quelque argent; mais, avec le temps,
'espère réparer les dommages faits à mon prochain.
— Vraiment, dit le peintre en avalant une tartine chargée de idté de foies gras, vous êtes un homme d'honneur.
— Et que fait madame Birotteau? dit madame Lourdois.
— Elle tient les livres et la caisse chez M. Anselme Popinot.
— Pauvres gens! dit madame Lourdois à voix basse à son mari.
— Si vous aviez besoin de moi, mon cher monsieur Birotteau, venez me voir, dit Lourdob, je pourrais vous aider...
— Tai besoin de vous à (mze heures, monsieur, dit Birotteau, qui se retira.
Ce premier résultat donna du courage au failli, sans lui rendre le repos; le déar de reconquérir l'honneur agita démesurément sa vie; il perdit entièrement la fleur qui décorait son visage, ses yeux sTéteignirent et ses joues se creusèrent. Quand d'anciennes conausmioes rencontraient César le matin à huit heures, ou le soir à quatre heures^ allant à la rue de l'Oratoire ou en revenant, vêta de la redingote qu*il avait au moment de sa chute et qu'il ménai;!eait comme un pauvre sous-lieutenant ménage son uniforme, les cheveux entièrement blancs, pâle, craintif, quelques-uns l'arrétaieut malgré lui, car son œil était alerte, il se coulait le long des mui^ à la façon des voleurs.
— On connaît votre conduite, mon ami, disait-on. Tout le monde i-egrette la rigueur avec laquelle vous vous traitez vous-même, aina que votre tUle et votre femme.
— Prenez un peu plus de temps, disaient les autres, plaie d'ary;oiU u*esi pas mortelle.
Non» mais bien la plaie de Tàme, répondit un jour à Matifat li' pviUMO C^.^^^ alïaibli.
Au cuiuinouctMueut de Tannée 1823, le canal Saint-Martin fut vU cido. Los itTiaiiis situés dans le faubourg du Temple arrivèrent A kWs |)i i\ tous. Le projet coupa précisément en deux la propriété k\v vlu hlUît» autrefois celle de César Birotteau. La Compagnie à qui lui u»iuevlo lo canal accéda a un prix exorbitant si le banquier pousati liNM i HOU terrain dans un temps donné. Le bail consenti par
V i\ IVpnioi enipôihait l'affaire. Le banquier vint rue des Cinq- Saïuani-» viur le droguiste. Si Popinot était indifférent à du Tillet,
V U^aco dp Césarine portait à cet homme une haine instinctive. 11 ^uvH^ài Ip vol et les infâmes combinaisons commises par Theureui V*»>^*u^vi^ ma».»* une voix intérieure lui criait : « Cet homme est un . v\n*» 'u^uuii. » Topinot n'eût pas fait la moindre affaire avec lui, ^ .-wsKx» lui iUaii odieuse. Ln ce moment surtout, il vo\ait du
, dépouilles de sou ancien patron, car les
..V U Mrtdiîleine commençaient à s'élever à des prix qui
CÉSAR BIROTTEAU. 5T7
résageaient les valeurs exorbitantes auxquelles ils atteignirent n 1827. Aussi, quand le banquier eut expliqué le motif de sa isite, Popinot le regarda-t-il avec une indignation concentrée.
— Je ne veux point vous refuser mon désistement du bail, lais il me faut soixante mille francs, et je ne rabattrai pas un ard.
— Soixante mille francs! s'écria du Tillet en faisant un mouvelent de retraite.
— J*ai encore quinze ans de bail, je dépenserai par an trois mille rancs de plus pour me remplacer une fabrique. Ainsi, soixante lille francs, ou ne causons pas davantage, dit Popinot en rentrant Ans la boutique, où le suivit du Tillet.
La discussion s'échauffa, le nom de Birotteau fut prononcé, maame César descendit et vit du Tillet pour la première fois depuis 3 fameux bah Le banquier ne put retenir un mouvement de surrise à Taspect des changements qui s'étaient opérés chez son ncienne patronne, .et il baissa les yeux, effrayé de son ouvrage.
— Monsieur, dit Popinot à madame César, trouve de vos terrains rois œnt mille francs, et il now refuse soixante mille francs d'inemnité pour notre bail...
— Trois mille francs de rente, dit du Tillet avec emphase.
— Trois mille francsi... répéta madame César d'un ton simple t pénétrant.
Du Tillet pâlit, Popinot regarda madame Birotteau. Il y eut un loment de silence profond qui rendit cette scène encore plus inexlicable pour Anselme.
— Signez-moi votre désistement que j'ai fait préparer par Crotit, dit du Tillet en tirant un papier timbré de sa poche de côté, je ais vous donner un bon de soixante mille francs sur la Banque.
Popinot regarda madame César sans dissimuler son profond étonement, il croyait rêver. Pendant que du Tillet signait son bon sur ne table à pupitre élevé, Constance disparut et remonta dans l'enre-sol. Le droguiste et le banquier échangèrent leurs papiers. Du !Uet sortit en saluant Popinot froidement.
— Enfin, dans quelques mois, dit Popinot, qui regarda du Tillet *en allant rue des Lombards ou son cabriolet était arrêté, grâce
cette singulière affaire, j'aurai ma Césarine. Ma chère petite viii. 37
aGËNBS mm f il P^lt11»lENlf«.
ne se brnien plus )e sang à travailler. GomMilItlia'ffigifi madame César a suffi I Qu'y a-tril entre eU^^ct MilMltt qui vtâarde se paiiMi^^ Isi^
Fopinot envoya toucher le boci à la Btn^foa et remcuata pocir pa^ 1er à madame Birolteau \ maia il ne la trouva pas à la eaîffie, die était sans doute dans m cbamblne. Anselme et Cooslance vivaient ODBUB» fiveni m geodft une belle-mèra, ^ptand m padre et une belle*mere se couvieiuienl ; il alla «Innc dans î'appnrtement de madame César avec Teiiiiiressemeat uatarci à ua amoureux qui au hnfiSbme^ lAjémm ndgodaat fui pto^^miÊÊ/mMlLmapA ^:|iOtifdr aa filtim bclle-mete, ^mprî^s de la^malleil arriva par un ttst de e^t, Its^t tiQQ Jeitre de du IiUe£, w Anselme recooiiol l%nritttï« de f^aocieEi prenrïer ^mii^ dt ttiotteitii Ooii ikmadeit adiumée, les fontèmaa ooifs et agités de lettrée brAlées sur le rean firent frissonner Popinot, qui, doué d'une vue pensante, avait vu suns le vouloir cette phrase au commencemeut de ia lettre qm teiliit la beUe-fl^f vJi'Mw «dM^^ kmM^mgÊMmMil^ 11^ pourquoi...
— Quel ascendant avez-vous dooc sur du Bllet* pour lui fm pùmàm» une tembMbte affiijrat âi^â m riant de «a tira Mmiit que donne un mauvais soupçon réprimé.
— Ne parlons pas de cela, dit-elle en laissant voir un horrible trouble.
— Oui, répondit Fopinot tout étourdi, parlons de la fin de vos peines.
Anselme pirouetta sur ses talons et alla jouer du tambour avec ses doigts sur les vitres, en regardant dans la cour.
— Eh bien, se dit-il, quand elle aurait aimé du Tillet, pourquoi ne me conduirais-je pas en honnête homme?
— Qu'avez-vous, mon enfant? dit la pauvre femme.
— Le compte des bénéfices nets de Vhuile cèphali^ se monte à deux cent quarante-deux mille francs, la moitié est de cent vingt et un, dit brusquement Popinot. Si je retranche de cette somme les quarante-huit mille francs donnés à M. Birotteau, il en reste soixantetreize mille, qui, joints aux soixante mille francs de la cession du bail, vous donnent cent trente-trois mille francs.
Madame César écoutait dans des anxiétés de bonheur qui la firent
palpiter si violemment, que Popinot entendait les battements du cœur.
— £h bien, j'ai toujours considéré M. Birotteau comme mon associé, reprit-il, nous pouvons disposer de cette somme pour rembourser ses créanciers. En l'ajoutant à celle de vingt-huit mille francs de vos économies placés par notre oncle Pillerault, nous avons cent soixante et un mille francs. Notre oncle ne nous refusera pas quittance de ses vingt-cinq mille francs. Aucune puissance humaine ne peut m^empêcher de prêter à mon beau-père, en compte sur les bénéfices de Tannée prochaine, la somme nécessaire à parfaire les sommes dues à ses créanciers... Et il... sera... réhabilité.
— Réhabilité, s'écria madame César en pliant le genou sur sa chaise.
Elle joignit les mains en récitant une prière, après avoir lâché la lettre.
— Cher Anselme! dit-elle après s'être signée, cher enfant I
Elle le prit par la tête, le baisa au front, le serra sur son cœur et ût mille folies.
— Césarine est bien à toi! ma ûlle sera donc bien heureuse. Elle sortira de cette maison où elle se tue.
— Par amour, dit Popinot.
— Oui, répondit la mère en souriant.
— Écoutez un petit secret, dit Popinot en regardant la fatale lettre du coin de l'œil. J'ai obligé Célestin pour lui faciliter l'acquisition de votre fonds, mais j'ai mis une condition à mon obligeance. Votre appartement est comme vous l'avez laissé. J'avais une idée, mais je ne croyais pas que le hasard nous favoriserait autant. Célestin est tenu de vous sous-louer votre ancien appartement, ou il n*a pas mis le pied et dont tous les meubles seront à vous. Je me suis réservé le second étage pour y demeurer avec Césarine, qui ne vous quittera jamais. Après mon mariage, je viendrai passer ici les journées, de huit heures du matin à six heures du soir. Pour vous refaire une fortune, j'achèterai cent mille francs l'intérêt de M. César, et vous aurez ainsi, avec sa place, dix mille livres de rente. Ne serez-vous pas heureuse?
— Ne me dites plus rien, Anselme, ou je deviens folle. Vangélique attitude de madame César et la pureté de ses yeux.
rinooceoce dô won beau front, démentaîaDt si magtiîfiqiiemem les mille idée^ qui tournoyaient dans la cervelle de ramoureui, qa*il voulut ea Unir avec les monstruosités de sa pensée. Une faule «tait takomWMH» atw It fi» iilii aniteM dft lMito|^Év«ll^ iMt.
«-^ICa chère mëfô adorée, dit AaaebMi il vient d'entier mitpé
heureux, vous le détriiîn-z h rinstnni uV^[\]i\ I^piQot avait avancé la main sur la ktire ei â'en était emparé. — Bans It vouk»rif8prtt4 eAni^ éi le teifêiir qui se peigoift sur le visage de CoQftaiice, f ai In les premiers mots de cett^MMM
écrite par du TilTet, Ces mots coîiicid+^m si singulièrement nve€ reflet que vous venez de produire en déterminant la prompte adiié-
querait comme le démon me Teqiliqtie ma^ré mei. VûtrQ nglfi^ trois mots ont suis,* •
IfacMfet piSt Mi madatmi 6Asar m reimaot It Mm «t k brûlant aux yeux d'Anselme. Mon enfant, je suis bÉm Gnidnement punie d*une faute minime. fiflj^j^tgMMÉ^ Je ne veux pas que le soupçon inspiré par la mero noSeimune, et, d'aiUears, je puis parler sans avoir à rougir : je dirais à mon mari ce que je vais vous avouer. Du Tillet a voulu me séduire, mon mari fut aussitôt prévenu, du Tillet dut être renvoyé. Le jour où mon mari allait le remercier, du Tillet nous a pris trois mille francs I
— Je m'en doutais, dit Popinot en exprimant toute sa haine par son accent.
— Anselme , votre avenir, votre bonheur, exigent cette conûdence; mais elle doit mourir dans votre cœur, comme elle était morte dans le mien et dans celui de César. Vous devez vous souvenir de la gronde de mon mari à propos d*une erreur de caisse. M. Birotteau, pour éviter un procès et ne pas perdre cet homme, remit sans doute à la caisse trois mille francs, le prix de ce châle de cachemire que je n'ai eu que trois ans après. Voilà mon exclamation expliquée. Hélas ! mon cher enfant, je vous avouerai mon enfantillage. Du Tillet m'avait écrit trois lettres d'amour, qui le peignaient si bien, dit-elle en soupirant et baissant les yeux, que je les avais gardées... comme curiosité. Je ne les ai pas relues plus
CÈSÂR BIROTTEâU.
f one fois. Mais enfin il était imprudent de les conserver. En revoyant du Tillet, j'y ai songé, je suis montée chez moi pour les brûler, et je regardais la dernière quand vous êtes entré... Voilà x>ut, mon ami.
Anselme mit un genou en terre et baisa la main de madame jésar avec une admirable expression qui leur ût venir des larmes luxyeux, à Tun et à l'autre. La belle-mère releva son gendre, lui ;endit les bras et le serra sur son cœur.
Ce jour devait être un jour de joie pour César. Le secrétaire Murticulier du roi, M. de Vandenesse, vint au bureau lui parler, ils sortirent ensemble dans la petite cour de la Caisse d'amortisse- Bent.
— Monsieur Birotteau, dit le vicomte de Vandenesse, vos efforts XKir payer vos créanciers ont été par hasard connus du roi. Sa ilajesté, touchée d'une conduite si rare, et sachant que, par humiité, vous ne portiez pas l'ordre de la Légion d'honneur, m'envoie joas ordonner d'en reprendre l'insigne. Puis, voulant Vous aider I remplir vos obligations, elle m'a chargé de vous remettre cette K>mme, prise sur sa cassette particulière, en regrettant de ne pouroir faire davantage. Que ceci demeure dans un profond secret. Sa Aajesté trouve peu royale la divulgation officielle de ses bonnes BQvres, dit le secrétaire intime en remettant six mille francs à 'employé, qui pendant ce discours éprouvait des sensations inex- >rimables.
Birotteau n'eut sur les lèvres que des mots sans suite à balbuier, Vandenesse le salua de la main en souriant. Le sentiment qui mimait le pauvre César est si rare dans Paris, que sa vie avait nsensiblement excité l'admiration. Joseph Lebas, le juge Popinot, ^usot, l'abbé Loraux^ Ragon, le chef de la maison importante lù était Césarine, Lourdois, M. de la Billardière en avaient parlé, /opinion, déjà changée à son égard, le portait aux nues.
« Voilà un homme d'honneur 1 » Ce mot avait déjà plusieurs fois etenti à l'oreille de César quand il passait dans la rue, et lui doutait l'émotion qu'éprouve un auteur en entendant dire : Le voUà! lette belle renommée assassinait du Tillet. Quand César eut les lîllets de banque envoyés par le souverain, sa première pensée fut le les employer à payer son ancien commis. Le bonhomme alla
rue de la Ghaussée-d^Antin, en sorte que, quand le banquier rentra chez lui de ses courses, il s'y rencontra dans Teacalier avec son ancien patron.
— Eh bien, mon pauvre Birotteaul dit-il d'un air patelin.
— Pauvre? s'écria fièrement le débiteur, le suis bien riche. Je poserai ma téte sur mon oreiller ce soir avec la satisfaction de savoir que je vous ai payé.
Cette parole pleine de probité fut une rapide torture pour du Tillet. Malgré l'estime générale, il ne s'estimait pas lui-même, une voix inextinguible lui criait : « Cet homme est sublime I »
— Me payer! quelles afiTaires faites-vous donc?
Sûr que du Tillet n'irait pas répéter sa confidence, l'ancien parfumeur dit :
— Je ne reprendrai jamais les affaires, monsieur. Aucune pus» sance humaine ne pouvait prévoir ce qui m'est arrivé» Qui sait si je ne serais pas victime d'un autre Roguin? Mais ma conduite a été mise sous les yeux du roi, son cœur a daigné compatir à mes efforts, et il les a encouragés en m'envoyant à l'instant une somme asseï importante, qui...
— Vous faut-il une quittance? dit du Tillet en l'interrompant, payez-vous?...
— Intégralement, et même les intérêts; aussi vais-je vous prier de venir à deux pas d'ici, chez M. Crottat.
— Par-devant notaire I
— Mais, monsieur, dit César, il ne m'est pas défendu de songer à la réhabilitation, et les actes authentiques sont alors irrécusables?...
— Allons, dit du Tillet qui sortit avec Birotteau, allons, il n'y a qu'un pas. Mais où prenez-vous tant d'argent? reprit-il.
— Je ne le prends pas, dit César, je le gagne à la sueur de mon front.
— Vous devez une somme énorme à la maison Claparon.
— Hélas ! oui, là est ma plus forte dette, je crois bien mourir à la peine.
— Vous ne pourrez jamais le payer, dit durement du Tillet.
— 11 a raison, pensa Birotteau.
Le pauvre homme, en revenant chez lui, passa par la rue Saint-
CÉSAR BIROTTEAU
Honoré, par mégarde, car il faisait toujours un détour pour ne pas voir sa boutique ni les fenêtres de son appartement. Pour la première fois, depuis sa chute, il revit cette maison où dix-huit ans de bonheur avaient été effacés par les angoisses de trois nK)is.
— J'avais bien cru finir là mes jours, se dit-il.
Et il hâta le pas, car il avait aperçu la nouvelle enseigne :