‹ Œuvres complètes. Éd définitive (volume 2)Chapitre 24 sur 26 · SUCCESSEUR DE CÉSAR BIROTTEAU · texte numérisé non relu

SUCCESSEUR DE CÉSAR BIROTTEAU

— J'ai la berlue... N'est-ce pas Césariue? s'écria-t-il en se souvenant d'avoir aperçu une tête blonde à la fenêtre.

Il vit effectivement sa fille, sa femme et Popinot. Les amoureux savaient que Birotteau ne passait jamais devant son ancienne maison; et, incapables d'imaginer ce qui lui arrivait, ils étaient venus prendre quelques arrangements relatifs à la fête qu'ils méditaient de donner à César. Cette bizarre apparition étonna si vivement Birotteau, qu'il resta planté sur ses jambes.

— Voilà M. Birotteau qui regarde son ancienne maison, dit M. Molineux au marchand établi en face de la Reine des roses.

— Pauvre homme, dit l'ancien voisin du parfumeur, il a donné là un dés plus beaux bals... Il y avait deux cents voitures.

— J'y étais, il a fait faillite trois mois après , dit Molineux, j'ai été syndic.

Birotteau se sauva, les jambes tremblantes, et accourut chez son oncle Pillerault.

Pillerault, instruit de ce qui s'était passé rue des Cinq-Diamants, pensait que son neveu soutiendrait difficilement le choc d'une joie aussi grande que celle causée par sa réhabilitation, car il était le témoin journalier des vicissitudes morales de ce pauvre homme, toujours en présence de ses inflexibles doctrines relatives aux faillis, et dont toutes les forces étaient employées à toute heure. Llionneur était pour César un mort qui pouvait avoir son jour de Bftques. Cet espoir rendait sa douleur incessamment active. Pillerault prit sur lui de préparer son neveu à recevoir la bonne nouvelle. Quand Birotteau entra chez son oncle, il le trouva pensant

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m% moyeDS d'arriver k soa bûU Aussi la jde avec lm)aelt& l^nh

ployé raconta le témoignage d'îiitérât que le roi lui avail donné paruL-€lie de bon augure à PUIerault, et rét&iiiiemaDt d'avoir vu

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— m bien^ OtaTi dit PiiierauU, sais-tu d^ou^çâHf te vientî De l'jmpatieQee qu'a I^kpîiiol d'épùtissr CéRtrltie, fi it*y ti^t ptos, ei ne doit pas, pour !cs exagérations de probité, laisser passer sa jeu-

à manger du pain sec à la fumée d'un bon dîner. Popoiot t te âoDiiêrtes fonds néceàsairas au payemaot int^ral éi Itt crSanciers.

— Il achète sa femme, dit Birotteau.

— N'est-ce pas honorable de faim fâldtflfftr son beau^m!^ MaiÉ il y aiimjl Vm h isMieaMidfi. D%!lto«f«..^ •

^D^&HteatSf dit Toacle en jonant la cofère, tu peumirM 4»it delfîMioler, omis tu ne saurais immoler ta Wm^ *- Il i%ûfff«eÉ 11 ffismriûlit JHImiiil^tf^

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— Ëhl si Popiuot ne te prêtait rien, s^écria ptUeraolt, sTîl t^wit cimsîdéré €0fiime soa a^ocié, sll avait reprâiâ I# pite émiâ à lei créanciers pourra parTdàns TBieî/îî cbmme^uné àvancêTïeîSiP^ ûces, aûn de ne pas te dépouiller...

— J'aurais Tair d'avoir, de concert avec lui, trompé mes créanciers.

Pillerault feignit de se laisser battre par cette raison. Il connaissait assez le cœur humain pour savoir que, durant la nuit, le digne homme se querellerait avec lui-même sur ce point; et cette dis» cussion intérieure Taccoutumait à ridée de sa réhabilitation.

— Mais pourquoi, dit-il en dînant, ma femme et ma fille étaienlr elles dans mon ancien appartement?

— Anselme veut le louer pour s'y loger avecCésarine. Ta femme est de son parti. Sans t'en rien dire, ils sont allés faire publier les bans, afin de te forcer à consentir. Popinot dit qu'il aura moins de mérite à épouser Césarine après ta réhabilitation. Tu prends les six mille francs du roi, tu ne veux rien accepter de tes parents! Moi, je puis bien te donner quittance de ce qui me revient, me refuserais-tu?

— NoD« dit César, mais cela ne m'empêcherait pas d'économiser pour vous payer, malgré la quittance.

— Subtilité que tout cela, dit Pillerault, et sur les choses de probité je dois être cru. Quelle bêtise as-tu dite tout à l'heure? auras-tu trompé tes créanciers quand tu les auras tous payés?

En ce moment, César examina Pillerault, et Pillerault fut ému de voir, après trois années, un plein sourire animant pour la première fois les traits attristés de son neveu.

— Cest vrai, ditril, ils seraient payés... Mais c'est vendre ma fille!

— Et je veux être achetée, cria Césanne en apparaissant avec Popinot.

Les deux amants avaient entendu ces derniers mots en entrant sur la pointe du pied dans Tantichambre du petit appartement de leur oncle, et madame Birotteau les suivait. Tous trois avaient couru en voiture chez les créanciers qui restaient à payer pour les convoquer le soir chez Alexandre Crottat, où se préparaient les quittances. La puissance logique de Tamoureux Popinot. triompha des scrupules de César, qui persistait à se dire débiteur, à prétendre qu'il fraudait la loi par une novation. II ût céder les recherches de sa conscience à un cri de Popinot :

— Vous voulez donc tuer votre fille?

— Tuer ma fille! dit César hébété.

— Eh bien, dit Popinot, j'ai le droit de vous faire une donation entre vifs de la somme que consciencieusement je crois être à vous chez moi. Me refuseriez-vous?

— Non, dit César.

— Eh bien, allons chez Alexandre Crottat ce soir, afin qu'il n'y ait plus à revenir là-dessus ; nous y déciderons en même temps notre contrat de mariage.

Une demande en réhabilitation et toutes les pièces à l'appui furent déposées, par les soins de Derville, au parquet du procureur général de la cour royale de Paris.

Pendant le mois que durèrent les formalités et les publications des bans pour le mariage de Césarine et d'Anselme, Birotteau fut agité par des mouvements fébriles. Il était inquiet, il avait peur de ne pas vivre jusqu'au grand jour où l'arrêt serait rendu. Son cœur

palpitait sans raison, disait-il. Il se plaignit de douleurs sourdes dans cet organe, aussi usé par les émotions de la douleur qu'il était fatigué par cette joie suprême. Les arrêts de réhabilitation sont si rares dans le ressort de la cour royàle de Paris, qu'il s'en prononce à peine un en dix années. Pour les gens qui prennent au sérieux la société, l'appareil de la justice a je ne sais quoi de grand et de grave. Les institutions dépendent entièrement des sentiments que les hommes y attachent et des grandeurs dont elles sont revêtues par la pensée. Aussi, quand il n'y a plus, non pas de religion, mais de croyance chez un peuple, quand l'éducation première y a relâché tous les liens conservateurs en habituant l'enfant à uoe impitoyable analyse, une nation est-elle dissoute; car elle ne fait plus corps que par les ignobles soudures de l'intérêt matériel, par les commandements du culte que crée l'égoïsme bien entendu. Nourri d'idées religieuses, Birotteau acceptait la justice pour ce qu'elle devrait être aux yeux des hommes, une représentation de la société même, une auguste expression de la loi consentie, indépendante de la forme sous laquelle elle se produit : plus le magistrat est vieux, cassé, blanchi, plus solennel est d'ailleurs Texercice de son sacerdoce, qui veut une étude si profonde des hommes et des choses, qui sacriûe le cœur et l'endurcit à la tutelle d'intérêts palpitants. Ils deviennent rares, les hommes qui ne montent pas sans de vives émotions Tescalier de la cour royale, au vieux Palais de justice, à Paris, et l'ancien négociant était un de ces hommes. Peu de personnes ont remarqué la solennité majestueuse de cet escalier si bien placé pour produire de l'effet : il se trouve en haut du péristyle extérieur qui orne la cour du Palais, et sa porte est au milieu d'une galerie qui mène d'un bout à l'immense salle des pas perdus, de l'autre à la Sainte-Chapelle, deux monuments qui peuvent rendre tout mesquin autour d'eux. L'église de saint Louis est un des plus imposants édifices de Paris, et son abord a je ne sais quoi de sombre et de romantique au fond de cette galerie. La grande salle des pas perdus offre au contraire une échappée pleine de clartés, et il est difficile d'oublier que l'histoire de France se lie à cette salle. Cet escalier doit donc avoir quelque caractère assez grandiose, car il n'est pas trop écrasé par ces deux magnificences. Peut-être l'âme y est-elle remuée à l'aspect de la place où

CÉSAR BIROTTEAU

8*exécutent les arrêts, vue à travers la riche grille du Palais. L'escalier débouche sur une immense pièce, Pantichambre de celle où la cour tient les audiences de sa première chambre, et qui forme la salle des pas perdus de la cour. Jugez quelles émotions dut éprouver le failli, qui fut naturellement impressionné par ces accessoires, en montant à la cour entouré de ses amis : Lebas, alors président du tribunal de commerce; Gamusot, son ancien jugecommissaire; Ragon, son patron; M. Tabbé Loraux, son directeur. Le saint prêtre fit ressortir ces splendeurs humaines par une réflexion qui les rendit encore plus imposantes aux yeux de César. Pillerault, ce philosophe pratique, avait imaginé d'exagérer par avance la joie de son neveu pour le soustraire aux dangers des événements imprévus de cette fête. Au moment où l'ancien négociant finissait sa toilette, il avait vu venir ses vrais amis, qui tenaient à honneur de l'accompagner à la barre de la cour. Ce cortège développa chez le brave homme un contentement qui le jeta dans l'exaltation nécessaire pour soutenir le spectacle imposant de la cour. Birotteau trouvé d'autres amis réunis dans la salle des audiences solennelles où siégeaient une douzaine de conseillers.

Après l'appel des causes, Tavoué de Birotteau fit la demande en quelques mots. Sur un geste du premier président, Tavocat général, invité à donner ses conclusions, se leva. Au nom du parquet, le procureur général, Thomme qui représente la vindicte publique, allait demander lui-même de rendre Thonneur au négociant qui n'avait fait que l'engager : cérémonie unique, car le condamné ne peut être que gracié. Les gens de cœur peuvent imaginer les émotions de Birotteau quand il entendit M. de Granville prononçant OD discours dont voici Tabrégé : •

— Messieurs» dit le célèbre magistrat, le 16 janvier 1820, Birotteau fut déclaré en état de faillite par un jugement du tribunal de commerce de la Seine. Le dépôt du bilan n'était occasionné ni par Timprudence de ce commerçant, ni par de fausses spéculations, ni par aucune raison qui pût entacher son honneur. Nous éprouvons le besoin de le dire hautement : ce malheur fut causé par un de ces désastres qui se sont renouvelés à la grande douleur de la justice et de la ville de Paris. 11 était réservé à notre siècle, où fermentera longtemps encore le mauvais levain des mœurs et

dos idâBs térolfiâlHiaftireSf de voir 1q notiriit é» twàÊ ft*iw(iti

ries glorieuses tradîtioiis des si^^des précédents, et produisiiifll quôlija^ aniiéÊi autant de failiiieâ qu'il s'eu est rencootrâ AuK

wG^ak a gagné les officiers minîsi^M icbt caft tslâiifi ie la ioiliHift imbliquei ces magistrats iotermédialres 1

11 7 eut uoe tirade sur ce teita où, pour obâir atn nécessités ési son rôle, le comte de Graoville trouva moyen d'inGrimmer tes libéraux, les bonapartistes et aiiiros ennemis du trône. L'év^n^*mfiQt % prouvé que ce magistrat avait raisoo dans ses apprébeo-

^ — La fuite d'un [loiaire de Parî<, qnl emportnit les fonds àéps^ fis cbez lui par Birotteau^ décida la ruine de i'impétr^t, reprilrjl. a ta eoor t feoiit liaw ftiairt, «a «ti pmt « I: qNl ' polût la ooœAfincÉ âiP climts da Bâ^iilft M tfooipéeL Ui) concordat intervint. Noua ferons obierver, pour rhoonear da rîmpétraott que les opératioas ont été remarquable par une poriM qri MiinMi'W wdM ÛÉM Mmi^mmiÊSmÊÊm tÊBthÊ^

quelles le commerce de P^iris est journellement aHligé. Les créance de JBifolteau troi^yàmot les moiadrea jsbo#ei queJ'ia{or»tti4 possédât. Ils ont trouvé, messieurs, ses vêtements, ses bijoux, enûn les choses d*un usage purement personnel, non-seulement à lui, mais à sa femme, qui abandonna tous ses droits pour grossir l'actif. Birotteau, dans cette circonstance, a été digne de la considération qui lui avait valu ses fonctions municipales ; car il était alors adjoint au maire du deuxième arrondissement et venait de recevoir la décoration de la Légion d'honneur, accordée autant au dévouement du royaliste qui luttait en vendémiaire sur les marches de Saint-Roch, alors teintes de son sang, qu'au magistrat consulaire estimé pour ses lumières, aimé pour son esprit conciliateur, et au modeste officier municipal qui venait de refuser les honneurs de la mairie en indiquant un plus digne, l'honorable baron de la Billardière, un des nobles Vendéens qu'il avait appris à estimer dans les mauvais jours.

Cette phrase est meilleure que la mienne, dit César à Toreille de son oncle.

— Aussi, les créanciers, trouvant soixante pour cent de leurs

CÉSAR BIROTTBAU.

créances par TabandoD que ce loyal négociant faisait, lui, sa femme et sa fille, de tout ce qu'ils possédaient, ont-ils consigné les expressions de leur estime dans le concordat qui intervint entre eux et leur débiteur, et par lequel ils lui faisaient remise du reste de leurs créances. Ces témoignages se recommandent à Tattention de la cour par la manière dont ils sont conçus. Ici, le procureur général lut les considérants du concordat.

— En présence de ces bienveillantes dispositions, messieurs, beaucoup de négociants auraient pu se croire libérés, et ils auraient marché fiers sur la place publique. Loin de là, Birotteau, sans se laisser abattre, forma dans sa conscience le projet d*arriver au jour glorieux qui se lève ici pour lui. Rien ne Ta rebuté. Une place est accordée par notre bien-aimé souverain pour donner du pain au blessé de Saint-Roch, le failli en réserve les appointements à ses créanciers sans y rien prendre pour ses besoins, car le dévouement de la famille ne lui a pas manqué...

Birotteau pressa la main de son oncle en pleurant.

— Sa femme et sa fille versaient au trésor commun les fruits de leur travail, elles avaient épousé la noble pensée de Birotteau. Chacune d'elles est descendue de la position qu'elle occupait pour en prendre une inférieure. Ces sacrifices, messieurs, doivent être hautement honorés, ils sont les plus difiiciles de tous à faire. Voici quelle était la tâche que Birotteau s'était imposée.

Ici, le procureur général lut le résumé du bilan, en désignant les sommes qui restaient dues et les noms des créanciers.

Chacune de ces sommes, intérêts compris, a été payée, messieurs, non par des quittances sous signatures privées qui appellent la sévérité de l'enquête, mais par des quittances authentiques par lesquelles la religion de la cour ne saurait être surprise, et qui n'ont pas empêché les magistrats de faire leur devoir en procédant à Fenquête exigée par la loi. Vous rendrez à Birotteau, non pas l'honneur, mais les droits dont il se trouvait privé, et vous ferez justice. De semblables spectacles sont si rares à votre audience, que nous ne pouvons nous empêcher de témoigner à l'impétrant combien nous applaudissons à une telle conduite, que déjà d'augustes protections avaient encouragée.

Puis il lut ses conclusions formelles en style de Palais.

cer Tarrôt*

— La txmfi di^îl ^ t^minanl^ me cbarg^ d^e^nmer à Bèofrteau ia satisfaction qu'elle ^rou^ k mmiimjW fÊÊÊÊlt^mÊ^ ^ Refiler, appelez îa eosise suivanir^

fiirotleau, déjà y^ta du caiuiao d haûiiËïur que lui passaient phi^e» ift imiifltra pEiQ4^^ géÉéfri, Jbii«f0|é d« pkisMl^ entendant la phrase solennelle dite par le prr rni<ir presîdt^nt de h première cour ro>ale de France, et qui accusait des tressaillemeuts é»iiFl& CQittr dérimp9Nidé4 U ne put quitta n

place à laJ^arret il y parut cloué, regardant d'un air bébété la magistrats comme des anges qui venaient lut rouvrir les portes de la vie sociale ; son oncle le prit par le brai aiFlMîm étm la salk. Gésûr^ qui n'avait pas obéi à Louis KVUK JiltitOliJQittUaitoMfit le ruban de la Légion à sa boutoinii^^re, fut aui^t wlouré m amis et porté en tdompbe jusque dans ia VfHUife,

— Non, il est trois heures ; je veux entrer à la Bourse et user de mon droit.

— A la Bourse, dit Pillerault au cocher en faisant un signe expressif à Lebas, car il observait chez le réhabilité des symptômes inquiétants, il craignait de le voir devenir fou.

L'ancien parfumeur entra dans la Bourse, donnant le bras à son oncle et à Lebas, ces deux négociants vénérés. Sa réhabilitation était connue. La première personne qui vit les trois négociants, suivis par le vieux Ragon, fut du Tillet.

— Ah I mon cher patron , je suis enchanté de savoir que vous vous en soyez tiré. J'ai peut^tre contribué, par la facilité avec laquelle je me suis laissé tirer une plume de l'aile par le petit Popinot, à cet heureux dénoûment de vos peines. Je suis content de votre bonheur comme s*il était le mien.

— Vous ne pouvez pas l'être autrement, dit Pillerault. Ça ne vous arrivera jamais.

— Comment Tentendez-vous, monsieur? dit du Tillet.

— Parbleu! du bon côté, dit Lebas en souriant de la malice

MlïeraulL et à Bagon^

CÉSAR BIROTTEAU

vengeresse de Pillerault, qui, sans rien savoir, regardait cet homme comme un scélérat.

Matifat reconnut César. Aussitôt les négociants les mieux famés entourèrent Tancien parfumeur et lui firent une ovation boursière; il reçut les compliments les plus flatteurs, des poignées de main qui réveillaient bien des jalousies, excitaient quelques remords, car, sur cent personnes qui se promenaient là, plus de cinquante avaient liquidé. Gigonnet et Gobseck, qui causaient dans un coin, regardèrent le vertueux parfumeur comme les physiciens ont dû regarder le premier gymnote électrique qui leur fut amené. Ce poisson, armé de la puissance d*une bouteille de Leyde, est la plus grande curiosité du règne animal. Après avoir aspiré Tencens de son triomphe. César remonta dans son iiacre et se mit en route pour revenir dans sa maison, ou se devait signer le contrat de mariage de sa chère Césarine et du dévoué Popinot. Il avait un rire nerveux qui frappa ses trois vieux amis.

Un défaut de la jeunesse est de croire tout le monde fort comme elle est forte, défaut qui tient d'ailleurs à ses qualités : au lieu de voir les hommes et les choses à travers des besicles, elle les colore des reflets de sa flamme, et jette son trop de vie jusque sur les vieilles gens. Comme César et Constance, Popinot conservait dans sa mémoire une fastueuse image du bal donné par Birotteau. Durant ces trois années d'épreuves. Constance et César avaient, sans 86 le dire, souvent entendu Torchestre de Collinet, revu l'assemblée fleurie, et goûté cette joie si cruellement punie, comme Adam et Ève durent penser parfois à ce fruit défendu qui donna la mort et la vie à toute leur postérité, car il parait que la reproduction des anges est un des mystères du ciel. Mais Popinot pouvait songer à cette fête sans remords, avec délices : Césarine dans toute sa gloire s'était promise à lui, pauvre. Pendant cette soirée, il avait eu Tassurance d*étre aimé pour lui-même. Aussi, quand il avait acheté Tappartement restauré par Grindot à Célestin en stipulant que tout y resterait intact, quand il avait religieusement conservé les moindres choses appartenant à César et à Constance, révait-il de donner son bal, un bal de noces. 11 avait préparé cette fête avec amour, en imitant son patron seulement dans les dépenses nécessaires et non dans les folies : les folies étaient faites. Ainsi le dîner dut être

. par ChcYet, l^CMtflves étaient 4 fW|lls!l|i'iaié^ L*ibbë Loraux remplaçait le gnnd chancelm de la LdjgiOD d'hoiiaeitr« le prtsident du tribund de oommerce Lebas a^y manquait point. Vùpioét invita M* Camosot pour le remetder des égards qu'il aval prodigués à BirolteaiK M. de Vandenesse et M. de Pootaine vin rem à la place de Ht^lti et de sa fenmie. Césariue et Popinat avaient étMÀué ieiiifiteritàtif^ fom 4am

rèdôutoient également la publicité d'à ne noce, il^ avaient évité flfoissemeûts qu'y ressept^nt les c<£urs tendres et purs au îma^ n^t ûé émm WM pm le jûtiir d« tânfirat, Ctoâiluee mit retrouve cette robe cerise dans laquelle, pendant un seul jour, elle avait briUé d'uû éclat si fugitif 1 CésarioB s'était plu à faire à Popinot la lâurprîse de se montrer dans cette toiletter de bal dont il lui avait paM maintes et mainias foiSi himi, V^ppàmmuA aUaii oftir à Birotteau le spertacle enchanteur qu'il avait savouré pendant une seule soirée. Ni Constance, ni Césarine^ ni Anselme, n'avaient aperça Je danger txmr (Jisiir éàÊià^m^ émmm mpKt^ U Sâ Jfaittth ent ii quatre fié««i am 0M ji^'ipi loar'ftiiift &fm ém M*

laBtes (

\pres les emocions mexpnmames quev^su^cie lui causer sa rentrée à la Bourse, ce héros de probité commerciale allait avohr le saisissement qui l'attendait rue Saint-Honoré. Lorsqu'on rentrant dans son ancienne maison, il vit au bas de l'escalier, resté neuf, sa femme en robe de velours cerise, Césarine, le comte de Fontaine, le vicomte de Vandenesse, le baron de la Blllardière, Tillustre Vauquelin, il se répandit sur ses yeux un léger voile, et son oncle Pillerault, qui lui donnait le bras, sentit un frissonnement intérieur.

C'est trop, dit le philosophe à l'amoureux Anselme, il ne pourra jamais supporter tout le vin que tu lui verses.

La joie était si vive dans tous les cœurs, que chacun attribua l'émotion de César et ses trébuchements à quelque ivresse bien naturelle, mais souvent mortelle. En se retrouvant chez lui, en revoyant son salon, ses convives, parmi lesquels étaient des femmes habillées pour le bal, tout à couple mouvement héroïque du finale de la grande symphonie de Beethoven éclata dans sa tête et dans son cœur. Cette musique idéale rayonna, pétilla sur tous les modes,

GËSÂR BIROTTEAU.

fit sonner ses clairons dans les méninges de cette cervelle fatiguée, pour laquelle ce devait être le grand ûnale.

Accablé par cette harmonie intérieure, il alla prendre le bras de sa femme et lui dit à l'oreille, d*une voix étouffée par un flot de sang contenu :

— Je ne suis pas bien I

Constance, effrayée, conduisit son mari dans sa chambre, où il ne parvint pas sans peine, où il se précipita dans un fau^uil, disant :

— M. Haudry! M. Lorauxl

L^abbé Loraux vint, suivi des convives et des femmes en habit de bal, qui tous s'arrêtèrent et formèrent un groupe stupéfait. En présence de ce monde fleuri. César serra la main de son confesseur et pencha la tête sur le sein de sa femme agenouillée. Un vaisseau s'était déjà rompu dans sa poitrine, et, par surcroît, l'anévrisme étranglait sa dernière respiration.

— Voilà la mort du juste, dit Tabbé Loraux d'une voix grave en montrant César par un de ces gestes divins que Rembrandt a su deviner pour son tableau du Christ rappelant Lazare à la vie.

Jésus ordonne à la terre de rendre sa proie, le saint prêtre indiquait au ciel un martyr de la probké commerciale à décorer de la palme éternelle.

Paris « noYembro et décembre 1837«

LA MAISON NUCINGEN

A KADAME ZULMA CAHBAUD

N^est-ce pas tous, madame, dont la haute et probe intelligence est comme ua trésor pour vos amis, tous qui êtes à la fois pour moi tout un public et la plus indulgente des sœurs, à qui Je dois dédier cette œuvre? Daignez l'accepter comme témoignage d*une amitié dont je suis fier. Vous et quelques âmes, belles comme la vôtre, comprendront ma pensée en lisant la Maison Nttcingen accolée à Céscur Birotteau. Dans ce contraste n*y a-t^il pas tout un enseignement social?

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