‹ Œuvres complètes. Éd définitive (volume 2)Chapitre 6 sur 26 · L.e commandeur parut visiblement troublé · texte numérisé non relu

L.e commandeur parut visiblement troublé

— Justin ne viendra pas, mon ami, dit le vieillard. Il est mort. Je voulais te cacher cet accident, mais...

— Mort, s'écria M. de Maulincour, mort? Et quand? et comment?

— Hier, dans la nuit. Il est allé souper avec d'anciens amis, et s'est enivré sans doute; ses amis, pris de vin comme lui, l'auront laissé se coucher dans la rue, une grosse voiture lui a passé sur le corps...

— Le forçat ne l'a pas manqué. Du premier coup, il l'a tué, dit Auguste. Il n'a pas été si heureux avec moi, il a été obligé de s'y reprendre à quatre fois.

Jules devint sombre et pensif.

— Je ne saurai donc rien, s'écria l'agent de change après une longue pause. Votre valet a peut-être été justement puni ! N'a-t-il pas outre-passé vos ordres en calomniant madame Desmarets dans l'^rit d'une Ida, dont il a réveillé la jalousie afin de la déchaîner sttr nous.

— Ah! monsieur, dans ma colère, je lui avais abandonné madame Jules.

Monsieur! s'écria le mari, vivement irrité.

— Oh! maintenant, monsieur, répondit l'officier en réclamant le silence par un geste de main, je suis prêt à tout. Vous ne ferez

mieux que ce qui est fait, et vous ne me direz rien que ma ^^Qscience ne m'ait déjà dit. J'attends ce matin le plus célèbre professeur de toxicologie pour connaître mon sort. Si je suis des-

tiné à de trop grandes souffrances, ma résolution est prise, je me brûlerai la cervelle.

— Vous parlez comme un enfant, s'écria le commandeur, époa— vanté par le sang-froid avec lequel le baron avait dit ces mots. Votre grand'mère mourrait de chagrin.

— Ainsi, monsieur, dit Jules, il n'existe aucun moyen de connaître en quel endroit de Paris demeure cet homme extraordinaire?

— Je crois, monsieur, répondit le vieillard, avoir entendu dire à ce pauvre Justin que M. de Funcal logeait à l'ambassade de Portugal ou à celle du Brésil. M. de Funcal est un gentilhomme qui appartient aux deux pays. Quant au forçat, il est mort et enterré. Votre persécuteur, quel qu'il soit, me parait assez puissant pour que vous l'acceptiez sous sa nouvelle forme jusqu'au moment où vous aurez les moyens de le confondre et de l'écraser; mais agissez avec prudence, mon cher monsieur. Si M. de Maulincour avait suivi mes conseils, rien de tout cela ne serait arrivé.

Jules se retira froidement, mais avec politesse, et ne sut quel parti prendre pour arriver à Ferragus. Au moment où il rentra, son concierge lui dit que madame était sortie pour aller jeter une lettre dans la boite de la petite poste, qui se trouvait en face de la rue de Ménars. Jules se sentit humilié de reconnaître la prodigieuse intelligence avec laquelle son concierge fusait sa cause, et l'adresse avec laquelle il demait les moyens de le servir. L'em* pressement des inférieurs et leur habileté particulière à compromettre les maîtres qui se compromettent lui étaient connus, le danger de les avoir pour complices en qud que ce soit, il Tavait apprécié; mais il ne put songer à sa dignité personnelle qu'an moment où il se trouva si subitement ravalé. Quel triomphe pour l'esclave, incapable de s'élever jusqu'à son maître, de faire tomb^ le maitre jusqu'à lui ! Jules fut brusque et dur. Autre faute. Mais il souffrait tant! Sa vie, jusque-là si droite, si pure, devenait kmttueuse ; et il lui fallait maintenant ruser, mentir. Et Qémence aussi mentait et rusait. Ce moment fut un moment de d^ût. Perdu dans un abime de pensées amères, Jules resta machinalement immobile à la porte de son hôtel. Tantôt s'abandonnant à des idées de désespoir, il voulait fuir, quitter la France, en emportant sur son amour toutes les illusions de Fincenitude. Tantôt, ne met-

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tant pas en doate que la lettre jetée à la poste par Clémence ne s'adressât à Ferragus, il cherchait les moyens de surprendre la réponse qu'allait y faire cet être mystérieux. Tantôt il analysait les siiiguliers hasards de sa vie depuis son mariage, et se demandait si la calomnie dont il avait tiré vengeance n'était pas une vérité. Eofin, revenant à la réponse de Ferragus, il se disait :

— Mais cet homme si profondément habile, si logique dans ses moindres actes, qui voit, qui pressent, qui calcule et devine même DOS pensées, Ferragus répondra-t-il? Ne doit-il pas employer des moyens en harmonie avec sa puissance? N'enverra-t-il pas sa r^XHise par quelque habile coquin, ou, peut-être, dans un écrin apporté par un honnête homme qui ne saura pas ce qu'il apporte, oa dans l'enveloppe des souliers qu'une ouvrière viendra livrer fort innocemment à ma femme? Si Clémence et lui s'entendent?

Et il se déQait de tout, et il parcourait les champs immenses, la mer sans rivage des suppositions; puis, après avoir flotté pendant quelque temps entre mille partis contraires, il se trouva plus fort chez lui que partout ailleurs, et résolut de veiller dans sa maison, comme un formicaleo au fond de sa volute sablonneuse.

— Fouquereau, dit-il à son concierge, je suis sorti pour tous c^ qui viendront me voir. Si quelqu'un veut parler à madame 00 lai apporte quelque chose, tu tinteras deux coups. Puis tu me iDomreras toutes les lettres qui seraient adressées ici, n'importe à qui 1 — Ainsi, pensa-t-il en remontant dans son cabinet, qui se trouvait à Tentre-sol, je vais au-devant des finesses de maître Ferragus. S'il envoie quelque émissaire assez rusé pour me demander afio de savoir si madame est seule, au moins je ne serai pas joué comme un sotl

11 se colla aux vitres qui, dans son cabinet, donnaient sur la rue, et, par une dernière ruse que lui inspira la jalousie, il résolut de iaire monter son premier commis dans sa voiture, et de l'envoyer à la Bourse en Sên lieu et place, avec une lettre pour un agent de change de ses amis, auquel il expliqua ses achats et ses ventes, en le priant de le remplacer. 11 remit ses transactions les plus délicates au lendemain, se moquant de la hausse et de la baisse, et de toutes les dettes européennes. Beau privilège de Tamour I il écrase tout, fait tout pâlir : l'autel, le trône et les grands-livres. A

trois heures et demie, au moment où la Bourse est dans tout le feu des reports, des fins-courant, des primes, des fermes, etc., Jules vit entrer dans son cabinet Fouquereau tout radieux.

— Monsieur, il vient de venir une vieille femme, mais soignée, je dis une fine mouche. Elle a demandé monsieur, a paru contrariée de ne point le trouver, et m'a donné pour madame une lettre que voici.

En proie à une angoisse fiévreuse, Jules décacheta la lettre; mais il tomba bientôt dans son fauteuil tout épuisé. La lettre était un non-sens continuel, et il fallait en avoir la clef pour la lire. Elle avait été écrite en chiffres,

— Va-t'en, Fouquereau.

Le concierge sortit.

— C'est un mystère plus profond que ne Test la mer à Tendroit où la sonde s'y perd. Ahl c'est de Tamour! l'amour seul est aussi sagace. aussi ingénieux que Test ce correspondant. Mon Dieu I je tuerai Clémence.

En ce moment, une idée heureuse jaillit dans sa cervelle avec tant de force, qu'il en fut presque physiquement éclairé. Aux jours de sa laborieuse misère, avant son mariage, Jules s'était fait un ami véritable, un demi Péméja. L'excessive délicatesse avec laquelle il avait manié les susceptibilités d'un ami pauvre et modeste, le respect dont il l'avait entouré, l'ingénieuse adresse avec laquelle il l'avait noblement forcé de participer à son opulence sans le faire rougir accrurent leur amitié. Jacquet resta fidèle à Desmarets, malgré sa fortune.

Jacquet, homme de probité, travailleur austère en ses mœurs, avait fait lentement son chemin dans le ministère qui consomme à la fois le plus de friponnerie et le plus de probité. Employé au ministère des affaires étrangères, il y avait en charge la partie la plus délicate des archives. Jacquet était dans le ministère une espèce de ver luisant qui jetait la lumière à ses heures sur les correspondances secrètes, en déchiffrant et classant les dépêches. Placé plus haut que le simple bourgeois, il se trouvait aux affaires étrangères tout ce qu'il y avait de plus élevé dans les rangs subalternes, et vivait obscurément, heureux d'une obscurité qui le mettait à l'abri des revers, satisfait de payer en oboles sa dette à la

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patrie. Adjoint-né de sa mairie, il en obtenait, en style de journal, toute la considération qui lui était due. Grâce à Jules, sa position s'était améliorée par un bon mariage. Patriote inconnu, ministériel en fait, il se contentait de gémir, au coin du feu, sur la marche du goavemement. Du reste. Jacquet était dans son ménage un roi débonnaire, un homme à parapluie, qui payait à sa femme un remise dont il ne profitait jamais. Enfin, pour achever la peinture de ce philosophe sans le savoir, il n'avait pas encore soupçonné, ne devait même jamais soupçonner tout le parti qu'il pouvait tirer de sa position, en ayant pour ami intime un agent de change et connaissant tous les matins le secret de l'État. Cet homme, sublime à la manière du soldat ignoré qui meurt en sauvant Napoléon par on qui vive, demeurait au ministère.

En dix minutes, Jules se trouva dans le bureau de l'archiviste, Jacquet lui avança une chaise, posa méthodiquement sur sa table aoQ garde-vue en taffetas vert, se frotta les mains, prit sa tabatière, se leva en faisant craquer ses omoplates, se rehaussa le thorax et dit :

~ Par quel hasard ici, mosieur Desmaretsf Que me veux-tu?

— Jacquet, j'ai besoin de toi pour deviner un secret, un secret de vie et de mort.

— Cela ne concerne pas la politique?

~ Ce n'est pas à toi que je le demanderais si je voulais le savoir, dit Jules. Non, c'est une affaire de ménage sur laquelle je rédame de toi le silence le plus profond.

— Glande-Joseph Jacquet, muet par état. Tu ne me connais donc pas? dit-il en riant. Cest ma partie, la discrétion.

Jules lui montra la lettre en lui disant :

— Il faut me lire ce billet adressé à ma femme...

— Diable! diable! mauvaise affaire, dit Jacquet en examinant la lettre de la même manière qu'un usurier examine un e£fet négociable. Ah! c'est une lettre à grille. Attends.

U laissa Jules seul dans le cabinet, et revint assez promptement.

— Niaiserie, mon ami! c'est écrit avec une vieille grille dont se servait l'ambassadeur de Portugal, sous M. de Ghoiseul, lors du renvoi des jésuites. Tiens, voici.

Jacquet superposa un papier à jour, régulièrement découpé

comme une de ces dentelles que les coofisears mettent sur leurs dragées, et Jules put alors facilement lire les phrases qui restèrent à découvert :

c( N'aie plus d'inquiétudes, ma chère Clémence, notre bonheur ne sera plus troublé par personne, et ton mari déposera ses soupçons. Je ne puis t'aller voir. Quelque malade que tu sois, il faut avoir le courage de venir; cherche, trouve des forces; tu en puiseras dans ton amour. Mon affection pour toi m'a contraint de subir la plus cruelle des opérations, et il m'est impossible de bouger de mon lit. Quelques moxas m'ont été appliqués hier au soir à la nuque du cou, d'une épaule à l'autre, et il a fallu les laisser brûler assez longtemps. Tu me comprends? Mais je pensais à toi, je n'ai pas trop souffert. Pour dérouter toutes les perquisitions de Maulincour, qui ne nous persécutera plus longtemps, j'ai quitté le toit protecteur de l'ambassade, et suis à l'abri de toutes recherches, rue des Enfants-Rouges, n<* 12, chez une vieille femme nommée madame Étienne Gruget, la mère de cette Ida, qui va payer cher sa sotte incartade. Viens-y demain, à neuf heures du matin. Je suis dans une chambre à laquelle on ne parvient que par un escalier intérieur. Demande M. Camuset. À demain. Je te baise le front, ma chérie. »

Jacquet regarda Jules avec une sorte de terreur honnête, qui comportait une compassion vraie, et dit son mot favori :

— Diable I diable! sur deux tons différents.

— Gela te semble clair, n'est-ce pas? dit Jules. Eh bien, il y a dans le fond de mon cœur une voix qui plaide pour ma femme, et qui se fait entendre plus haut que toutes les douleurs de la jalousie. Je subirai jusqu'à demain le plus horrible des supplices; mais enûn, demain de neuf à dix heures, je saurai tout, et je serai malheureux ou heureux pour la vie. Pense à moi. Jacquet.

— Je serai chez toi demain à huit heures. Nous irons là ensemble, et je t'attendrai, si tu le veux, dans la rue. Tu peux courir des dangers, il faut près de toi quelqu'un de dévoué qui te comprenne à demi-mot et que tu puisses employer sûrement. Compte sur moi.

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— Même pour m'aider à tuer quelqu'un?

— Diable I diable! dit Jacquet vivement, en répétant pour ainsi dire la même note musicale, j*ai deux enfants et une femme...

Jules serra la main de Claude Jacquet et sortit. Mais il revint précipitamment.

— J'oublie la lettre, dit-il. Puis ce n'est pas tout, il faut la recacheter.

— Diable! diable! tu l'as ouverte sans en prendre l'empreinte; mais le cachet s'est heureusement assez bien fendu. Va, laisse-lamoi, je te la rapporterai secmdvm scripturam.

— A quelle heure?

— A dnq.heures et demie...

— Si je n'étais pas encore rentré, remets-la tout bonnement au coDderge, en lui disant de la monter à madame.

— Me veux-tu demain?

— Non. Adieu.

laies arriva promptement à la place de la Rotonde-du-Temple, i] y laissa son cabriolet, et vint à pied rue des Enfants-Bouges, où il examina la maison de madame Étienne Gruget. Là devait s'éclaircir le mystère d'où dépendait le sort de tant de personnes ; là était Ferragus, et à Ferragus aboutissaient tous les ûls de cette intrigue. La réunion de madame Jules, de son mari, de cet homme o'était-elle pas le nœud gordien de ce drame déjà sanglant, et auquel ne devait pas manquer le glaive qui dénoue les liens les plus fortement serrés?

Cette maison était une de celles qui appartiennent au genre dit cabd^outis. Ce nom, très-signiûcatif, est donné par le peuple de Paris à ces maisons composées, pour ainsi dire, de pièces de rapport. Cest presque toujours ou des habitations primitivement séparées, mais réunies par les fantaisies des différents propriétaires qui les ont successivement agrandies; ou des maisons commencées, laissées, reprises, achevées; maisons malheureuses qui ont passé, comme certains peuples, sous plusieurs dynasties de maîtres capricieux. Ni les étages ni les fenêtres ne sont ensemble, pour emprunter à la peinture un de ses termes les plus pittoresques; tout y jure, même les ornements extérieurs. Le cabajoutis est à l'architecture parisienne ce que le caphamaûm est à l'apparte-

ment, un vrai fouillis où Ton a jeté pêle-mêle les choses les plus discordantes.

— Madame Étienne? demanda Jules à la portière.

Cette portière était logée sous la grande porte, dans une de ces espèces de cages à poulets, petite maison de bois montée sur des roulettes, et assez semblables à ces cabinets que la police a construits sur toutes les places de fiacres.

— Hein? fit la portière en quittant le bas qu'elle tricotait.

A Paris, les différents sujets qui concourent à la physionomie d'une portion quelconque de cette monstrueuse cité s'harmonient admirablement avec le caractère de Tensemble. Ainsi portier, concierge ou suisse, quel que soit le nom donné à ce muscle essentiel du monstre parisien, il est toujours conforme au quartier dont il fait partie, et souvent il le résume. Brodé sur toutes les coutures, oisif, le concierge joue sur les rentes dans le faubourg Saint-Germain, le portier a ses aises dans la Chaussée-d'Antiu, il lit les journaux dans le quartier de la Bourse, il a un état dans le faubourg Montmartre. La portière est une ancienne prostituée dans le quartier de la prostitution ; au Marais, elle a des mœurs, elle est revôche, elle a ses lubies.

En voyant Jules, cette portière prit un couteau pour remuer la motte presque éteinte de sa chaufferette; puis elle lui dit :

— Vous demandez madame Étienne, est-ce madame Étienne Gruget?

— Oui, dit Jules Desmarets en prenant un air presque fâché.

— Qui travaille en passementerie?

— Oui.

— Eh bien, monsieur, dit-elle en sortant de sa cage, mettant la main sur le bras de Jules et le conduisant au bout d*uû long boyau voûté comme une cave, vous monterez le second escalier au fond de la cour. Voyez-vous les fenêtres où il y a des gérofUesf c'est là que reste madame Étienne.

— Merci, madame. Croyez-vous qu'elle soit seule?

— Mais pourquoi donc qu'elle ne serait pas seule, cette fenmie? elle est veuve I

Jules monta lestement un escalier fort obscur, dont les marches avaient des callosités formées par la boue durcie qu'y laissaient

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les allants et les venants. An second étage, il vit trois portes, mais point de giroflées. Heureusement, sur Tune de ces portes, la plus huileuse et la plus brune des trois, il lut ces mots écrits à la craie : lia viendra ce soir à neuf heures.

— Cest là, se dit Jules.

Il tira un vieux cordon de sonnette tout noir, à pied de biche, entendit le bruit étouffé d'une sonnette fêlée et les jappements d*an petit chien asthmatique. La manière dont les sons retentissaient dans rintérieur lui annonça un appartement encombré de choses qui n'y laissaient pas subsister le moindre écho, trait caractéristique des logements occupés par des ouvriers, par de petits ménages, auxquels la place et Tair manquent. Jules cherchait machinalement les giroflées, et finit par les trouver sur Tappui extérieur d*une croisée à coulisse, entre deux plombs empestés. Là, des fleurs; là, un jardin long de deux pieds, large de six pouces; là, un grain de blé; là, toute la vie résumée, mais là aussi toutes les misères de la vie. En face de ces fleurs chétives et des superbes tayaux de blé, un rayon de lumière, tombant là du ciel comme par grâce, faisait ressortir la poussière, la graisse, et je ne sais quelle couleur particulière aux taudis parisiens, mille saletés qui QKadraient, vieillissaient et tachaient les murs humides, les balustrès vermoulus de Tescalier, les châssis disjoints des fenêtres, et les portes primitivement rouges. Bientôt une toux de vieille et le pas lourd d'une femme qui traînait péniblement des chaussons de lisière annoncèrent la mère d'Ida Gruget. Cette vieille ouvrit la porte, sortit sur le palier, leva la tête, et dit :

^Ah! c'est M. Bocquillon. Mais non. Par exemple I comme vous ressemblez à M. Bocquillon. Vous êtes son frère, peut-être. Qu'y a-t-il pour votre service? Entrez donc, monsieur.

Jules suivit cette femme dans une première pièce, où il vit, mais en masse, des cages, des ustensiles de ménage, des fourneaux, des meubles, de petits plats de terre pleins de pâtée ou d'eau pour le chien et les chats, une horloge de bois, des couvertures, des gravures d'Eisen, de vieux fers entassés, mêlés, confondus de manière à produire un tableau véritablement grotesque, le vrai capharnaûm parisien, auquel ne manquaient même pas quelques numéros du CofUtUutiormeL

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