‹ Œuvres complètes. Éd définitive (volume 3)Chapitre 183 sur 325 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Les Mêmes, JOSEPH, DUPRÉ, MADAME ROUSSEAU.

JOSEPH

Par ici, monsieur, madame, par ici. (Dupré et madame Rousseau

iront.) Voilà le père et la mère Giraud!

DUPRÉ, à de Verby.

Je regrette, monsieur, que vous nous ayez devancés ici!

MADAME ROUSSEAU

Vf 21 sœur vous a sans doute dit, madame, le sacrifice que nous (tendons de mademoiselle votre fille... Il n'y a qu'un ange qui uisse le faire.

JOSEPH

Ouel sacrifice?

MADAME GIRAUD

Ça ne te regarde pas.

DE VERBY.

Sous venons de voir mademoiselle Paméla...

MADAME DU BROCARD

£Ue a refusé!

MADAME ROUSSEAU

Ciel !

DUPRÉ

Refusé quoi?

MADAME DU BROCARD

Sl-X mille livres de rente.

DUPRÉ

Je l'aurais parié... Offrir de l'argent!

^*î*is c'était le moyen...

THÉÂTRE

DUPRÉ

De tout gâter, (a madame Girand.) Madame, dites à votre fille qo l'avocat de M. Jules Rousseau est ici ; suppliez-la de venir.

MADAME GIRAUD

Oh! vous n'obtiendrez rien...

GIRAUD

Ni d'elle, ni de nous.

JOSEPH, â Giraud.

Mais qu'est-ce qu'ils veulent?

GIRAUD

Tais-toi.

MADAME DU BROCARD, à madame Giraud.

Madame, offrez-lui...

DUPRÉ

Ali! madame, je vous en prie... (a madame Giraud.) C'est aim de madame... de la mère de Jules, que je vous le deraar Laissez-moi voir votre fille.

MADAME GIRAUD

Ça n'y fera rien, allez, monsieur. Songez donc!... lui offrir quement de l'argent, quand le jeune homme, dans le temp avait parlé de l'épouser !

MADAME ROUSSEAU, avec entraînement.

Eh bien?

MADAME GIRAUD, vivement.

Eh bien, madame?

DUPRÉ, serrant la main de madame Giraud.

Allez, allez! Amenez-moi votre fille. (Giraud sort vivement.)

DE VERBY et MADAME DU BROCARD.

Vous l'avez décidé?

DUPRÉ

Ce n'est pas moi, c'est madame.

DE VERBY, interrogeant madame du Brocard.

Quelle promesse?

DUPRÉ, voyant Joseph qui écoute.

Silence, général; restez, je vous prie, un instant auprès d dames. La voici. Laissez-nous, laissez-nous! (Pameia entre, n

par sa mûre; elle fait en passant une révérence à madame Rousseau, qui la 1

PAMÉLA GIRAUD

bc émotion. Tout le monde entre à gauche, à l'exception de Joseph, qui est resté aclait que Dupré reconduit tout le monde. )

JOSEPH, à part.

<)ue veulent-ils donc? ils parlent tous de sacrifice! et le père iraud qui ne veut rien me dire ! Un instant, un instant... J'ai prois à l'avocat mes quatorze cents francs; mais, avant, je veux voir •rament il se comportera à mon égard.

DUPRÉ, revenant à Joseph.

Joseph Binet, laissez-nous.

JOSEPH

Mais puisque vous allez lui parler de moi!

DUPRÉ

Allez-vous-en.

JOSEPH, â part.

Décidément, on me cache quelque chose, (a Dupré.) Je l'ai prêtée; elle s'est faite à l'idée de la déportation. Roulez là-dessus.

DUPRÉ

Cest bien... Sortez!

JOSEPH, à part.

Sortir? oh! non! (n fait mine de sortir, et, rentrant avec précaution, il so ch« dans le cabinet de droite.)

DUPRÉ, à Paméla.

Vous avez consenti à me voir, et je vous en remercie. Je sais ce ui vient de se passer, et je ne vous tiendrai pas le langage que Dus avez entendu tout à l'heure.

PAMÉLA

Rien qu'en vous voyant, j'en suis sûre, monsieur.

DUPRÉ

Vous aimez ce brave jeune homme, ce Joseph?

Monsieur, je sais que les avocats sont comme les confesseurs.

DUPRÉ

Mon enfant, ils doivent être tout aussi discrets... Dites-moi bien

)Ut.

PAMÉLA

Eh bien, monsieur, je l'aimais; c'est-à-dire je croyais l'aimer, et î serais bien volontiers devenue sa femme... Je pensais qu'avec

THÉÂTRE

son activité, Joseph s'établirait, et que nous mènerions une vie «Je travail. Quand la prospérité serait venue, eh bien, nous aurions pris avec nous mon père et ma mère ; c'est bien simple ! c'étaiî une vie toute unie !

L'aspect de cette jeune fille prévient en sa faveur! voyons si elle sera vraie! (Haut.) A quoi pensez-vous?

A ce passé qui me semble heureux en le comparant au présent — "En quinze jours de temps, la tête m'a tourné; quand j'ai vi^ M. Jules, je l'ai aimé, comme nous aimons, nous autres jeunes filles, comme j'ai vu de mes amies aimer des jeunes gens... oh! mais les aimer à tout souffrir pour eux ! Je me disais : « Est-ce que je serai jamais ainsi? » Eh bien, je ne sais pas ce que je ne ferais pas pour M. Jules. Tout à l'heure, ils m'ont offert de l'argent, eux! de qui je devais attendre tant de noblesse, tant de grandeur, et je me suis révoltée!... De l'argent ! j'en ai, monsieur! j'ai vingt mille francs ! ils sont ici, à vous ! c'est-à-dire à lui ! je les ai gardés pour essayer de le sauver, car je l'ai livré en doutant de lui, si confiant, si sûr de moi... moi si défiante!

11 vous a donné vingt mille francs?

PAMÉLA

Ah ! monsieur, il me les a confiés! ils sont là... Je les remettrais à la famille s'il mourait; mais il ne mourra pas, dites? vous devez le savoir !

Mon enfant, songez que toute votre vie, peut-être votre bonheur, dépendent de la vérité de vos réponses... Répondez-moi coinine si vous étiez devant- Dieu.

DUPRÉ, à part.

PAMÉLA

DUPRÉ

PAMÉLA GIRAUD

DUPRÉ

Vous craignez!... voyons, je vous intimide... je n'ai pas votre confiance.

PAMÉLA

Oh! si monsieur, je vous jure!... depuis que nous sommes à P ai. ris, je n'ai pas quitté ma mère, et je ne songeais qu'à mon travail et à mon devoir... Ici, tout à l'heure, j'étais tremblante, interdite!... mais, près de vous, monsieur, je ne sais ce que vous m'inspirez, j'ose tout vous dirè... Eh bien, oui, j'aime Jules; je n'ai aimé que lui, et je le suivrais au bout du monde! Vous m'avez dit <le parler comme devant Dieu.

Eh bien, c'est à votre cœur que je m'adresse!... accordez-moi ce que vous avez refusé à d'autres... dites la vérité! à la face de lu. justice, il n'y a que vous qui puissiez le sauver!... Vous l'aimez, Psuuéla; je comprends qu'il vous en coûte d'avouer...

PAMÉLA

Mon amour pour lui?... Et, si j'y consentais, il serait sauvé?

DUPRÉ

<)h! j'en réponds.

PAMÉLA

Eh bien?

DUPRÉ

Mon enfant!

PAMÉLA

Eh bien..., il est sauvé.

DUPRÉ, avec intention.

Mais... vous serez compromise...

PAMÉLA

Mais... puisque c'est pour lui!

DUPRÉ, à part.

Je ne mourrai donc pas sans avoir vu de mes yeux une belle et !loble franchise, sans calculs et sans arrière-pensée! (Haut.) Paméla, vOus êtes une bonne et généreuse fille.

PAMÉLA

Je le sais bien !... ça console de bien des petites misères, allez,

THÉÂTRE

DUPRÉ

Mon enfant, ce n'est pas tout !... vous êtes franche comme l'acier, vous êtes vive, et, pour réussir..., il faut de l'assurance... une volonté...

PAMÉLA

Oh ! monsieur, vous verrez !

DUPRÉ

N'allez pas vous troubler... osez tout avouer... Courage! Figurez-vous la cour d'assises, le président, l'avocat général, l'accusée moi, au barreau; le jury est là... N'allez pas vous épouvanter... Il y aura beaucoup de monde.

PAMÉLA

Ne craignez rien.

DUPRÉ

Un huissier vous a introduite ; vous avez décliné vos noms et prénoms... Enfin le président vous demande depuis quand vous connaissez l'accusé Rousseau. Que répondez-vous?

PAMÉLA

La vérité... Je l'ai rencontré un mois environ avant son arres tation, à Y Ile d'Amour, à Belleville.

DUPRÉ

En quelle compagnie était-il?

Je n'ai fait attention qu'à lui.

DUPRÉ

Vous n'avez pas entendu parler politique?

PAMÉLA, étonnée.

Oh ! monsieur, les juges doivent penser que la politique est bi indifférente à Y Ile d'Amour.

DUPRÉ

Bien, mon enfant; mais il vous faudra dire tout ce que y» savez sur Jules Rousseau !

PAMÉLA

Eh! mais je dirai encore la vérité, tout ce que j'ai déclaré juge d'instruction; je ne savais rien de la conspiration, et j'ai G dans le plus grand étonnement quand on est venu l'arrêter clu=

PAMÉLA GIRAUD. 299

moi; à preuve que j'ai craint que M. Jules ne fût un voleur, et que je lui en fais mes excuses.

DUPRÉ

Il faut avouer que, depuis le temps de votre liaison avec ce Jeune homme, il est constamment venu vous voir... il faudra déclarer...

PAMÉLA

La vérité, toujours!... il ne me quittait pasî il venait me voir par amour, je le recevais par amitié, et je lui résistais par devoir.

DUPRÉ

Et plus tard?

PAMÉLA, se troublant.

Plus tard!

DUPRÉ

Vous tremblez? prenez garde!... tout à l'heure vous m'avez pronais d'être vraie!

PAMÉLA, à part.

Vraie! ô mon Dieu !

DUPRÉ

Aff oi aussi, je m'intéresse à ce jeune homme ; mais je reculerais **^^~ant une imposture. Coupable, je le défendrais par devoir... inn°cent, sa cause sera la mienne. Oui, sans doute, Paméla, ce que 1 oxjge de vous est un grand sacrifice, mais il le faut. Les visites vous faisait Jules avaient lieu le soir et à l'insu de vos parents?

PAMÉLA

Oh! mais jamais! jamais!

DUPRÉ

Comment! Mais alors plus d'espoir!

PAMÉLA, à part.

Plus d'espoir! Lui ou moi perdu! (Haut.) Monsieur, rassurez-vous; J'ai peur parce que le danger n'est pas là!... mais, quand je serai devant ses juges..., quand je le verrai, lui, Jules... et que son salut dépendra de moi...

DUPRÉ

Oh! bien... bien... Mais ce qu'il faut surtout qu'on sache, c'est que, le 2h au soir, il est venu ici... Oh! alors, je triomphe, je le sauve; autrement, je ne réponds de rien... il est perdu.

PAMÉLA, à part, très-émue.

Lui, Jules? oh! non, ce sera moi! Pardonnez-moi, mon Dien (ii»ut, avec exaltation.) Eh bien, oui, oui !... il est venu le 2^... c'esrle jour de ma fête... Je me nomme Louise-Paméla... et il n'a manqué de m'apporter un bouquet en cachette de mon père et ma mère ; il est venu le soir, tard, et près de moi... Ah! ah ! i craignez rien, monsieur... vous voyez, je dirai tout... (a Pa «~ Tout ce qui n'est pas vrai!...

DUPRÊ.

Il Sera Sauvé! (Rousseau paraît au fond.) Ah! monsieur! (Courant A

porte de gauche.) Venez, venez remercier votre libératrice. SCÈNE VI

ROUSSEAU, DE VERBY, MADAME DU BROCARD, GIRAU MADAME GIRAUD, puis JOSEPH.

TOUS

Elle consent?

ROUSSEAU

Vous sauvez mon fils! je ne l'oublierai jamais.

MADAME DU BROCARD

Nous sommes tout à vous, mon enfant, et à toujours.

ROUSSEAU

Ma fortune sera la vôtre.

DUPRÉ

Je ne vous dis rien, moi, mon enfant!... Nous nous reverrons! -

JOSEPH, sortant vivement du cabinet.

Un moment!... un moment! J'ai tout entendu... et vous croy^^ que je souffrirai ça? J'étais ici, caché... Paméla que j'ai aimée *rjr5 point d'en faire ma femme, vous voudriez lui laisser dire...? (a Dupré^- C'est comme ça que vous gagnez mes quatorze cents francs, vous ^ Moi aussi, j'irai au tribunal, et je dirai que tout ça est un men^ songe.

TOUS

Grand Dieu !

PAMÉLA GIRAUD

DUPRÉ

Malheureux !

DE VERBY.

Si tu dis un mot...

JOSEPH

Oh I je n'ai pas peur. %

DE VERBY, à Rousseau et à madame du Brocard.

Il n'ira pas!... s'il le faut, je le ferai suivre, et j'aposterai des ns qui l'empêcheront d'entrer.

JOSEPH

Ah bah! (Rntre un huissier qui s'avance vers Dupré. )

DUPRÉ

Que voulez-vous?

l'huissier.

Je suis l'huissier audiencier de la cour d'assises... Mademoiselle mêla Giraud! (Paméia s'avance.) En vertu du pouvoir discrétionlire de M. le président... vous êtes citée à comparaître demain à x heures.

JOSEPH, â de Verby.

Oh! oh! j'irai!

l'huissier.

Le concierge m'a dit en bas que vous aviez ici M. Joseph Binet.

JOSEPH

Voilà! voilà!

l'huissier.

Voici votre citation.

JOSEPH

Je VOUS disais bien que j'irais!... (L'huissier s'éloigne; tout le monde effrayé des menaces de Joseph. Dupré veut lui parler, le fléchir, Joseph s'échappe tort.)

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