‹ Œuvres complètes. Éd définitive (volume 3)Chapitre 191 sur 325 · SCÈNE PREMIÈRE DUPRÉ, PAMÉLA, GIRAUD, MADAME GIRAUD · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE DUPRÉ, PAMÉLA, GIRAUD, MADAME GIRAUD

lever du rideau, Paméla est assise dans un fauteuil, occupée à lire; la mère Oiraud est debout, près d'elle ; Giraud regarde les tableaux du cabinet ; Dupré **e promène à grands pas; tout à coup il s'arrête.

DUPRÉ, i Giraud.

Et, en venant ce matin, vous avez pris les précautions d'usage?

GIRAUD

Oh ! monsieur, vous pouvez être tranquille; quand je viens ici, je torche la tête tournée derrière moi!... C'est que la moindre im- I^^tidence ferait bien vite un malheur... — Ton cœur t'a entraînée, r*>a fille; mais un faux témoignage, c'est mal, c'est sérieux!

MADAME GIRAUD

Je crois bien!... prends garde, Giraud; si on te suivait et qu'on vï«nne à découvrir que notre pauvre fille est ici, cachée, grâce à générosité de M. Dupré...

DUPRÉ

C'est bien... C'est bien... (Il continue de marcher à pas précipités.)

Quelle ingratitude!... cette famille Rousseau, ils ignorent ce que j'ai *"^it... tous croient Paméla arrêtée, et personne ne s'en inquiète!... On a fait partir Jules pour Bruxelles... M. de Verby est à la camt^agne, et M. Rousseau fait ses affaires de Bourse comme si de rien *V était... L'argent, l'ambition..., c'est leur mobile!..., chez eux les Sentiments ne comptent pour rien!... Ils tournent tous autour du

THÉÂTRE

veau d'or... et l'argent peut les faire danser devant leur idole... ils sont aveuglés dès qu'ils le voient.

PAMÉLA, qui l'a observé, se lève et rient A lui.

Monsieur Dupré, vous êtes agité, vous paraissez souffrir?... c'est encore pour moi, je le crains.

DUPRÉ

N'êtes -vous donc pas révoltée comme moi de l'indifférence odieuse de cette famille, qui, une fois son ûls sauvé, n'a plus vu en vous qu'un instrument...

PAMÉLA

Et qu'y pourrions-nous faire, monsieur?

DUPRÉ

Chère enfant! vous n'avez aucune amertume dans le cœur?

PAMÉLA

Non, monsieur!... je suis plus heureuse qu'eux tous, moi; j al fait, je crois, une bonne action!...

MADAME GIRAUD, embrassant Paméla.

Ma pauvre bonne fille !

GIRAUD

C'est bien ce que j'ai fait de mieux jusqu'à présent!

DUPRÉ, s'approchant vivement de Paméla.

Mademoiselle, vous êtes une honnête fille!... personne plusqi-*c moi ne peut l'attester !... c'est moi qui suis venu près de voii^ vous supplier de dire la vérité, et si noble, et si pure, vous voi* êtes compromise ; maintenant, on vous repousse, on vous mécoO naît!... mais, moi, je vous admire... et vous serez heureuse, car j4 réparerai tout! Paméla..., j'ai quarante-huit ans, un peu de rép*1 tation, quelque fortune ; j'ai passé ma vie à être honnête homm^ je n'en démordrai pas; voulez-vous être ma femme?

PAMÉLA, trôs-émue.

Moi, monsieur?...

GIRAUD

Sa femme!... not' fille!... dis donc madame Giraud?...

MADAME GIRAUD

Ça serait-il possible?

PAMÊLA GIRAUD. 347

DUPRÉ

>urquoi cette surprise?... oh! pas de phrases!... consultez votre r!... dites oui ou non!... Voulez-vous être ma femme?

PAMÉLA

ais quel homme êtes-yous donc, monsieur? c'est moi qui vous tout... et vous voulez...? Ah! ma reconnaissance...

DUPRÉ

e prononcez pas ce mot-là, il va tout gâter!... Le monde, je le >rise!... je ne lui dois aucun compte de ma conduite, de mes étions... Depuis que j'ai vu votre courage, votre résignation... ous aime... tâchez de m* aimer!

PAMÉLA

h! oui, oui, monsieur.

MADAME GIRAUD

•ui est-ce qui ne vous aimerait pas?

GIRAUD

lonsieur, je ne suis rien qu'on pauvre portier... et encore je le suis plus, portier... Vous aimez notre fille, vous venez de lui î... Je vous demande pardon... j'ai des larmes plein les yeux... a me coupe la parole... (n s'essuie les yeux.) Eh bien, vous faites 1 de l'aimer!... ça prouve que vous avez de l'esprit!... parce Paméla... il y a des enfants de propriétaires qui ne la valent !... seulement, c'est humiliant d'avoir des père et mère comme s...

PAMÉLA

Ion père !

GIRAUD

ous... le premier des hommes!... Eh bien, moi et ma femme, s irons nous cacher, n'est-ce pas, la vieille?... dans une canine bien loin!... et, le dimanche, à l'heure de la messe, vous a : « Ils sont tous les deux qui prient le bon Dieu pour moi...

K)ur leur fille. •• » (Paméla embrasse son père et sa mère.)

DUPRÉ

raves gens!... Oh! mais ceux-là n'ont pas de titres!... pas de Jne!... Vous regrettez votre province!... eh bien, vous y relierez, vous y vivrez heureux, tranquilles... je me çharge de

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GIRAUD et MADAME GIRAUD.

Oh! notre reconnaissance...

DUPRÉ

Encore!... ce mot-là vous portera malheur. Je le biffe dudk naire... En attendant, je vous emmène à la campagne avec m Allez... allez tout préparer.

GIRAUD

Monsieur l'avocat?...

DUPRÉ

Eh bien, quoi?

GIRAUD

Il y a ce pauvre Joseph Binet qui est en danger aussi!... sait pas que ma fille et nous sommes là; mais, il y a trois j il est venu trouver votre domestique, dans un état à faire i et, comme c'est ici la maison du bon Dieu, il est caché ici un grenier!

Faites-le descendre.

GIRAUD

11 ne voudra pas, monsieur; il a trop peur d'être arrêté., lui passe à manger par la chatière!...

DU PRÉ

11 sera bientôt libre, je l'espère... J'attends une lettre qui nous rassurer tous.

GIRAUD

Faut-il le rassurer?

DUPRÉ

Non, pas encore,... ce soir.

GIRAUD, à sa femme.

Je m'en vas avec bien du soin jusqu'à la maison. (Madame c

l'accompagne en lui faisant des recommandations; elle sort par la gauche; P va pour la suivre.)

DUPRÉ, la retenant.

Ce Binet..., vous ne l'aimez pas?

PAMÉLA

Oh! non, jamais!

PAMÉLA GIRAUD

Et l'autre?

PAMÉLA, après un moment d'émotion, qu'elle réprime aussitôt. Je n'aimerai que VOUS... (Bile va sortir. Bruit dans l'antichambre. Jules »*ratt.)

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