XX. fi
CONTES ET NOUVELLES
M. Anaxerxès, Goasalve de Cordoue, Sylla, Louis XIV, Hobbes, Spioosa et Montesquieu, envoyés par quelques collèges absolutistes.
A minuit, la chambre fut en nombre pour délibérer. A la lueur des bougies, des becs de gaz et des flambeaux, les spectateurs purent distinguer Borgia, ancien pape, chef de Topposition royaliste. L^honorable député portait une perruque et des bas chinés. Confucius, reconnu par le centre pour son chef, était assis sur le premier banc après celui des mimstres.
D'énormes moustaches, et Tordre du Saint-Sépulcre qui brillait sur sa poitrine à côté d'un crachat en diamants, faisaient remarquer le fameux Luther, adopté comme étendard par le côté gauche; il gardait l'attitude sévère d'un procureur général.
Platon, commenté par M. Victor Cousin en neuf volumes inoctavo, commandait la section de gauche où étaient placés les doctrinaires. Il avait l'air tout à la fois d*une portière en mal d'enfant, et d'un avocat improvisant une charte.
Cicéron lut le procès-verbal de la dernière séance au milieu du bruit causé par toutes les conversations particulières. Cincinnatus demandait l'ordre du Saint-Esprit à Jeanne d'Arc, et Diogène remerciait le ministre de l'intérieur de sa nomination d'inspecteur des eaux thermales, espèce de sinécure.
M. de Marraontel donna la parole à Olivier Gromwell, rapporteur du troisième bureau.
— Messieurs, dit-il, le 37, 925* collège a régulièrement élu M. Prudhomme de Paris; mais nous vous proposons d'ajourner soa admission jusqu'à ce qu'il ait produit, conformément à la Ckmstitution, son acte de décès...
— Je demande la parole!...
Ces mots, prononcés par la voix imposante de M. Prudhomme, attirèrent tous les regards sur ce personnage célèbre. Il marchait d'un pas ferme vers la tribune. Les dames braquèrent leurs doubles lorgnettes sur cet illustre type des bourgeois de Paris, aussi remarquable par l'ampleur de ses mollets que par sa carrure. Ses breloques et sa chaîne d'or produisirent un léger bruit. Il était en costume de garde national. Quand il apparut au-dessus de la tribune, sa figure excita l'hilarité de l'assemblée.
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— -Messieurs, dit -il, je m'importe peu des murmures qui s'élèvent, parce qu'en ce moment je suis plus haut que l'approbation ou la désapprobation... (Le silence se rétablit.) Messieurs, reprit-il, car je n'ose vous nommer encore mes collègues, j'ai Vhonneur de vous affirmer qu'il est complètement inutile de vous fournir mon acte de décès. Une raison toute simple va vous en convaincre. En effet, je n'ai jamais existé, ce qui est tout à fait dans l'esprit de la loi. J'offre une grande similitude avec Tubal> ca!n, Noé, Gonfucius et autres, tous soumis aux sages investigations de nos savants académiciens , qui nous ont dernièrement prouvé l'existence de Popocambou XVlll. Je suis le représentant des idées saines et justes qui circulent dans le monde sous le nom de lieux communs; et, à ce titre, ma place est parmi vous, qui êtes notre mhre commune...
— Assez! assez !...
— La tribune est libre!... s'écria M. Prudhomme d'une voix tonnante, et vous n'aurez pas accompli les glorieuses, les immortelles, les patriotiques, les étonnantes, j'oserai même dire les sanglantes journées, pour étouffer ici la vérité!... Voulez-vous donc Ole conférer un de ces titres singulièrement aristocratiques, déœmés par la multitude, et qu'on dise Vopprimè Prudhomme, comme jadis on disait : le malheureux Chauvet, le vertueux Robespierre, le vénérable la Fayette, le féroce Charles X, l'immortel Foy ;
qu'on voie mon portrait, comme celui de Manuel, dans tous les ^uchoirs?... Eh bien, messieurs, opprimez-moi I... Je serai digne ce garde national qui...
— -Assez!... assezi... assez!...
'^L.ATON, commenté en neuf volâmes ia-ocUvo par M. Victor Coasip.
^ 11 y a identité; car l'entéité, la spontanéité et la variété sont les qualités...
Aux voix! aux voix!...
Ces cris, poussés par l'assemblée, étouffèrent la voix grêle de Vor^teur, et les journalistes ne purent pas entendre un seul mot des admirables développements que ce grand maître sut donner à SOU opinion.
ai. Prudhomme fut admis. Il siégea au centre gauche, à côté de feu Perrault, l'auteur de Peau dâne.
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— Je suis enchanté, monsieur, lui dit-il, de me trouver en relation avec un homme auquel j'ai d'immenses obligations.
Les huissiers font taire M. Prudhomme.
— Messieurs, dit le président, avant d'entendre le rapporteur de la loi des comptes antérieurs à Tan 18325792230, il convient tf accorder la parole aux auteurs des diverses propositions dont vous avez décidé la prise en considération. La première est celle faite par M. Àbailard sur la nécessité d'abolir l'hérédité des fortunes patrimoniales.
Les huissiers vont chercher Abailard, qui cause dans le couloir avec sa contemporaine.
— Messieurs, dit Socrate, président du conseil, en montant à la tribune afin de mettre à profit l'interruption causée par l'absence d' Abailard, je prendrai la parole pour vous faire une communication. Messieurs, après la révolution immortelle qui vient de changer la face du monde, le premier besoin de la société est Tordre, le travail et la liberté; nous avons donc l'honneur devons présenter un projet do loi en vertu duquel il est enjoint à tous les citoyens de faire l'exercice tous les matins, des patrouilles jour et nuit, et de monter la garde à leurs portes, régulièrement, sous peine de mort civile. Nous avons, direz-vous, une armée nationale de sept cents millions d'hommes; mais, messieurs, pourquoi n'en aurions-nous pas deux?...
Le discours et le projet sont accueillis par d'unanimes applaudissements.
En quittant la tribune, Socrate dit à ses amis, tous patriotes éprouvés que le peuple avait portés en triomphe :
— Toi, Pythagore, tu seras chef d'étal-major avec trente millions d'appointements. — Toi, Prudhomme, tu seras caporal. — Toi, Néron, tu seras secrétaire d'état-major.
Il créa dix mille petites sinécures patriotiques.
— Homme incorruptible!... criait le peuple, sommes-nous heu- . reux!...
ABAILARD, à la tribune. — Messicurs, VOUS ôtes dcs hommes trop supérieurs pour ne pas avoir remarqué où gît le principe de la profonde immoralité qui corrode une civilisation aussi avancée que l'est la nôtre. Les anciens se glorifiaient de la vapeur, des mouches
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miel, des chemins de fer, du calicot à dix sous et des carcels... lu'eussent-ils donc pensé s'ils nous voyaient allant d'ici à Saint- Pétersbourg en deux heures, mangeant une once de gélatine qui Aiffit à notre nourriture pour une année, conservant les vieillards laos la glace pendant un temps illimité, et obtenant des populations humaines comme jadis ils se procuraient des poulets, en âmulant, à l'aide de petits fours, l'incubation mystérieuse de la poule!... Aussi, j'en ai peut-être déjà trop dit, et vous voterez par acclamation les différentes modifications apportées, par mon projet, au droit que nos ancêtres accordaient à leurs fils de leur succéder...
La sensation prodigieuse produite par ce discours ne permit pas à rassemblée de se lever tout à coup; mais, bientôt, le legs des fortunes devint, suivant la proposition d'Abailard, facultatif aux individus sociaux.
Le célèbre publiciste reçut les félicitations de beaucoup de jeunes gens déshérités.
Danton fut appelé à la tribune.
Les spectateurs ne remarquent pas sans effroi que l'honorable membre est suivi de saint Denis, et qu'ils portent leurs têtes respectives dans leur main gauche; mais ce sentiment de stupeur fiit place à un rire convulsif , quand Désaugiers montre que les ^ux membres se sont trompés, et que Danton tient la tête de
Denis, et saint Denis celle de Danton.
CatoD, l'un des questeurs, s'étant enivré en buvant outre mesure î'^acide prussique, et induit en erreur par les initiales, avait ^né la tête de l'un à l'autre.
'^^échange s'en étant fait rapidement, Danton pose sa tête sur la ^Une, et elle parle pendant qu'il gesticule avec feu. — Par ces motifs, ajouta la tête, je demande l'abolition de la
de mort.
L»a chambre adopte.
rire effrayant part aussitôt de la loge où sont MM. Cartouche, li^^t, Mandrin, Dautun, Desrues, Ravaillac et autres, qui sortent ^ Vont immédiatement, sur la grande route, attendre les memitesles plus riches de l'assemblée.
Cette scène fut couverte d'applaudissements par les damnés.
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Néron monte à la tribune et alors un profond silence s'établiL — Messieurs, ditr-il , j'applaudis bien sincèrement à votre détermination. Mes sentiments vous sont connus. (Marques d'appro- ' bation.) Mais, tout philanthropique que peut pardtre ce décret, vous frémirez peut-être des conséquences qui dérivent d'un système de pénalité excluant complètement la peine de mort... Sam vouloir me prononcer encore sur cette grave question, je me permettrai de vous communiquer une grande nouvelle. Je 1*00018 4 rinstant une lettre particulière où Ton m'annonce la mort de MM. Mozart, Canova, Newtôn, Byron, Molière et Raphaël!... (Sensation.) lis ont été assassinés dans une maison honnête où ils avaient gaiement passé la soirée en gens qui voulaient se délasser de leurs travaux... (Sensation.) Je désirerais savoir si vous d<mnercz la paix du cloître à leurs meurtriers, gens sans aveu, nullement iiegrettablos, et qui dansent autour du gibet pendant dix ans jivant d'y venir mourir.
MAHOMET. — Ces grauds hommes sont maintenant heureux!... Nous seuls sommes à plaindre.
HOCRATK, f\o «a place. — JoH!...
M A 110 M KT, d socrato. — N'ost-cc douc pas VOUS qui avez mis, le premier, Tàme à la mode?
socRATE. — J'avais lu le Pentaleuque,.,
FÉNELON. — Mais les préopinants ne font pas attention que nous ne pouvons pas avoir pour la race humaine le même respect que par le passé! Que nous importent les hommes, du moment que nous les fabriquons? (Assentiment général.)
LAW, à la tribune. — Messieurs, depuis cent ans environ, vous vous plaignez de l'immoralité de la loterie; en conséquence, je propose de la supprimer, comme constituant un jeu de dupe où le «gouvernement joue le rôle d'un fripon.
HOBBES, do sa place. — La mise est facultative...
JEAN-JACQUES ROUSSEAU, à la tribune. — MaiS COmpteZ-VOUS
donc pour rien la faiblesse humaine..., la tentation?...
LOUIS XV, de sa place et nonchalamment. — Mais T argent perdU a
donné d'immenses jouissances; un billet de loterie, n'est-ce pas de l'opium? — La perte est un réveil.
coNFUcius. — L'impôt est immoral par suite de l'inégalité des
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chances : vous condamneriez un particulier qui tiendrait une maison où Ton jouerait un tel jeu...
La loterie est abolie à perpétuité.
RABELAIS, A la tribune. — MossicuTs, j'espèro justiûer votre confiance en vous présentant mes idées sur Timpôt des boissons. Sans me targuer ici de cognoissances que je n'ai pas, car vous avez tous été à même de recognoistre mon excessive sobriété et la niaiserie de ceux qui cuydent juger un auteur d'après ses écrits...
MICHEL CERVANTES. — Vous parlez de vous : à la question!
RABELAIS, continuant. — Mais j'ai heuroussment été dans le cas d'étudier le système des boissons physiologiquement et budgétivement, soit par des remarques sur la purée septembrale, soit par des observations sur le merrain — je cuydois dire le terrain, — soit dans le clos de la Devinière... Dans le temps, des esprits généreux ont proposé de faire déclarer au fisc, par les propriétaires, la contenance de leurs cuviers, et la quantité qu'iceux vigneron? récolteroient de cette mirifique eaue souveraine... Mais la commission, dont je m'honore d'être membre, m'a chargé de vous présenter les moyens de saisir plus experlement les trésors de la beuverie... id est, d'avoir les mesures de tous les gosiers du royaume, comme pourpoinctiers et chaussetiers ont celles du corps de leurs pratiques, et de créer des jurés-buveurs occupés à chercher les gens au moment où ils humeroient le piot, car en ce moment sauroient-ils bien ce que les ribauds en boivent!... Et en cettuy quart d'heure, ung chascun lascheroit l'impôt dû au roi, sans sourciller, pour ne point retarder sa jouissance... Cette loi bénigne est seule juste; mais, pour moi, je préfère boire mon vin sans eaue, plutôt que de payer un sol..., et j'aimerois donner autre argent sous couleur de taxe, nommée capitation vineuse (ceci est captieux et capiteux, capiLef capitaines?) plutôt qu'être tourmenté dans ma joie...
M. DE MARMONTEL, président. — L'asscmbléo est daus l'-usage de flaire imprimer les rapports.
Rabelais descend de la tribune aux acclamations de toute l'assemblée, et il est reporté en triomphe sur son banc par ses amis...
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La sôancc est un instant suspendue, ce discours pantagruélique ayant donné soif à tous les membres.
coLBERT, à la tribune. — Messieurs, je ne conteste pas à M. de Rabelais ses connaissances œnologiques... (Interruptions.) Mais son rapport est plus littéraire que fiscal. Il y a trois sortes de conclusions : colle do ne rien payer du tout; celle de saisir le vin dans lo gosier, ou dans le pressoir; c'est tout un; et celle d'asseoir uutromont Timpôt. Je suis de ce dernier avis, et ce serait signaler noiro session que de partager Fimpôt entre le producteur et le consoinmalour, allu de le rendre plus léger à l'un et à l'autre.
Lu pro|H)silion de M. de Colbert est adoptée.
(louune elle consacre le principe de la réduction de Tirnpôt, od euiond los pivpriôlaires crier à grand renfort de poumons. Les biws, los tonneaux, les cuviers, les hottes, les foudres, les pots, les bouteilles et les verres s'entre-choquent; et rassemblée, intimidée par ce tumulte, suspend la séance.
— C'est une insurrection!... s'écrie Richelieu.
— Ce sont les intérêts matériels de la Révolution qui se réjouissenti... répond Laurent Sterne.
La séance est reprise à quatre heures du matin. L'huissier appelle M. Pitt-et-Cobourg à la tribune. L'honorable membre arrive appuyé sur deux béquilles.
— Messieurs, une grande erreur des peuples est de croire que les révolutions se fassent à bon marché. Nous avons dépensé deux milliards en gloire et en lauriers sous un grand général; puis nous Pavons renié, nous avons brisé ses statues; puis nous les avons rétablies; enfin, nous allons probablement prescrire, à l'état social que nous avons l'ambition de fonder, de prendre un nouvel uniforme : je pense donc qu'il est urgent d'ouvrir aux ministres un crédit de dix-huit cents milliards...
— Oh! ohl...
— Mais... le peuple ne les payera pas, si nous ne lui donnons une petite satisfaction en échange de son argent : je vous propose donc de décréter l'anéantissement du Sénat, parce qu'alors nous serons tous véritablement égaux, selon le vœu de l'Évangile.
— Le roi sera donc seul devant son peuple!... dit Montesquieu de sa place.
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— La plus belle place d'un roi n'est-elle pas d'être au milieu de son peuple? s'écria M. Prudhomme.
— Alors, il ne faut pas demander qui des deux dévorera l'autre, dit M. de Malesherbes à Mirabeau.
Ce projet est renvoyé à une commission. La papesse Jeanne monte à la tribune pour une communication du gouvernement. (Profond silence.)
— Messieurs, sous le règne de Popocambou XXIII, les instituteurs se plaignaient déjà de la rétribution universitaire... Le sous-secrétaire d'État va vous lire le projet de loi portant abolition des droits abusifs qui pesaient sur les écoles depuis le régne de ce fabuleux Napoléon, dont îa non-existence a été si judicieusement démentie par l'Institut... J'ai l'honneur de vous annoncer que, suivant les médailles retrouvées dans une maison de la grande ville de Saint-Cloud, ensevelies sous les laves du mont Valérien, on a pertinemment établi que l'on avait attribué à ce personnage mythologique les actions d'un certain Bonaparte, homme bien plus remarquable. Le travail sera publié sous les auspices du prince d'Yvetot.
Saint Marc succède à la papesse Jeanne.
— Les comptes sont sur le quai... Messieurs, ils consistent en 352593091 055279123Ù891 00070 pièces, contenues en vingt-deux chariots attelés de quatre bœufs chacun... Toutes ces pièces ont été vérifiées, et nous devons la somme de dix-huit cents milliards. Aussi, j'ai l'honneur de vous proposer de nous mettre en faillite... (Violentes interruptions, murmures. M. de Marmontel se couvre. Diderot monte à la tribune.)
— Messieurs, voilà les fruits de vos paradoxes... Vous voulez créer un gouvernement à bon marché, ce sera de tous le plus coûteux; vous voulez instruire le peuple, vous le démoraliserez et le rendrez malheureux; vous voulez perfectionner l'état social, et la société n'est fondée que sur les vices et ne se gouverne que par Finjustice et l'arbitraire. Vous ne vous ferez pas des revenus avec de la morale...
— Assez!... assez!...
Diderot descend de la tribune; saint Marc y reparaît, et l'assemblée se dispose à écouter l'honorable rapporteur.
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— Messieurs, par des motifs très-louablés , il est vrai, mais très-erronés en matière de gouvernement, vous avez consacré des principes qui ne sont point en rapport avec la civilisation actuelle...
MONTESQUIEU. — Oh! Oh î...
LOUIS XIV. — Laissez-le parler.
SAINT MARC. — En abrogeant les droits successifs, vous avez détruit les ressources du domaine; en supprimant la loterie, vous privez le trésor de trente millions; vous avez expérimenté qu'en vous dessaisissant du monopole des tabacs vous perdiez une grande partie de votre revenu ; vous avez enûn, toujours en obéissant aux enseignements du catéchisme et au vœu d'une saine morale, tari toutes les ressources du flsc. — Vous allez vous trouver devant une dépense de 3279Ù89150900055102257891011127861778 millions, sans un sou pour les acquitter; car, à la séance prochaine, les propriétaires réclameront contre l'énormité de l'impôt foncier, en i^apercevant qu'ils payent tout...
l'abbé terray. — Eh I eh !...
spiNOSA. — 11 est évident que l'honorable rapporteur vient de sauver nos finances d'une ruine complète en nous démontrant qu'il fallait rétablir les sources du revenu public. Je vous propose donc de récompenser l'honorable membre en décrétant que son immense fortune sera confisquée au profit de l'État.
L'assemblée décrète que la fortune de saint Marc est acquise à l'État.
— Réjouis-toi, mon lils, dit saint Marc à un jeune homme, de ce que notre patrie nous a trouvés dignes d'être indignement volés. La patrie est infaillible !
— Au diable la patrie!... répondit le jeune homme. Cét aparté fut couvert d'applaudissements.
Héraclite et Démocrite montent en même temps à la tribune.
DÉMOCRiTE. — Citoyens!...
HÉRACLITE. — Nigauds!...
DÉMOCRITE. — Vous voycz que la corruption...
HÉRACLITE. — Vous VOUS aporcevez que la civilisation...
DÉiiocRiTE. — Est un élément de...
HÉRACLITE. — Est uuc bouffonueric qui...
LA COifÉDIE DU DIABLE.
MONTAIGNE, resté seul dans la saUe. — Saveut-ils bien CC qu'ils
veulent dire?...
En ce moment, un effroyable tumulte se fit entendre derrière la toile et dans les coulisses. Aussitôt la salle des séances fut démolie par le peuple en fureur, qui criait :
— Du pain ! du travail ! nous ne voulons plus de liberté ! Un roi ! âin roi!
Alors, sur les ruines du palais, un homme, monté sur un cheval blanc, apparut soudain; et, malgré l'uniforme de général dont il était revêtu, les damnés reconnurent en lui de vagues ressemblances avec Satan. — Il tenait un sabre d'une main, et; de l'autre, :un sceptre en fer rouge.
A l'aspect de cet homme sans foi ni loi, sans croyances et sans <MBur, la foule devint silencieuse et trembla, devinant instinctivement qu'il serait longtemps son maître.
Les damnés applaudirent, et Satan lui-même dit en souriant à la Mort :
— Ne devons-nous pas envoyer la décoration des deux cornes en croix à l'auteur de la pièce? La flatterie est ingénieuse.
— Flatterie ! dit Astaroth ; n'est-ce pas plutôt la vérité, sire?... Cé premier.acte fini, tous les damnés allèrent prendre des glaces
^hez Tortoni.