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lire dans le Moniteur un décret conçu en ces termes : La peine de mort est irrévocablement abolie ; j'appris depuis que ma franchise n'avait eu qu'un résultat, celui de faire oublier la promotion des vingt-cinq invalides qui devaient être décorés le lendemain, ainsi que la promesse faite au brave Foissac, dont on devait tant se souvenir. Il vient de mourir sans avoir porté le ruban, et l'herbe pousse sur les marches du temple de la Gloire...
La raison publique n'ira jamais jusqu'à me supposer les sentiments que j'exprime. Je sais trop ce que le vulgaire pense des individus qui appartiennent à la même profession que moi : nous ou nos pères sommes tous des malfaiteurs graciés par la justice à la condition de devenir ses instruments, ou d'anciens bouchers qu'elle a tyranniquemcnt arrachés à leur étal pour les contraindre à monter sur un échafaud. Ceci a pu être quelquefois sous le régime de la féodalité et du temps des justices seigneuriales ; mais, depuis qu'en France la monarchie a cherché son appui dans une magistrature honorée et environnée de toutes parts de l'appareil des formes légales, les exécuteurs ont exercé leur état en titre (T office : anciennement, ils le tenaient directement du roi; leurs provisions étaient scellées du grand sceau; comme celles des autres officiers, elles ne s'obtenaient que d'après un bon et favorable rapport sur la personne des impétrants.
Autrefois, on croyait assez généralement que les provisions des exécuteurs étaient jetées à leurs pieds, qu'on les leur délivrait gratuitement, et qu'ils prêtaient leur serment à genoux, à peu près comme un criminel lorsqu'il faisait amende honorable ou qu'il recevait la remise de sa peine; on disait aussi que le salaire de leur emploi leur était lancé d'une façon insultante, et qu'ils faisaient afficher leurs filles lorsqu'ils voulaient les marier. Ce sont là autant d'erreurs populaires, dont la plupart subsistent encore.
Je puis affirmer, et nos anciennes ordonnances en font foi, que ces opinions flétrissantes n'avaient pas le moindre fondement; les
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provisions étaient remises de. la main à la main, et le magistrat de qui nous les tenions ne nous faisait pas Toutrage de couvrir la sienne d'un gant. Ces provisions n'étaient pas d'ailleurs un don, comme on Ta prétendu ; tant s'en faut, le prix en était fort élevé : lorsque je fus reçu exécuteur de la ville, prévôté et vicomté de Paris, avant d'être pourvu, il me fallut verser dans les coffres du fisc une somme de six mille quarante-huit livres. Quant au serment, nous le prêtions debout, comme les autres fonctionnaires préposés à la garde et au maintien des lois du royaume.
Les formalités de notre réception ne différaient pas de celles de la réception du licencié en droit qui, en vertu d'une charge acquise, était appelé à s'asseoir sur les lis. Le serment n'était point prononcé sous la cheminée, entre les deux guichets, ou dans le cabinet du juge, mais dans l'enceinte du tribunal, en pleine audience; nous paraissions la tête découverte; mais, en présence de la justice, qui ne se découvre pas? Les pièces déposées devant le greffier étaient une information de vie et' mœurs et un certificat de caiholicitè; il en donnait lecture, et ensuite nous étions admis sur les conclusions du ministère public.
L'humiliante cérémonie du payement telle qu'on l'a imaginée est une puérilité de la dernière invraisemblance; on nous donnait des gages : c'est ainsi que l'on appelait les sommes attribuées aux offices, même à ceux de la haute magistrature, et ces gages, ainsi que le montant des frais de chaque exécution, nous allions les toucher au domaine, où nous recevions les civilités que l'on peut attendre d'hommes instruits, et qui savent s'élever au-dessus des préjugés.
Certainement, le mépris dont il sera difficile de relever un état que l'humanité réprouve est, en grande partie, un héritage qui nous vient des exécuteurs féodaux chargés d'accomplir les vengeances et les iniquités de leurs abominables maîtres. Ce mépris, dont nous sommes les victimes, dut s'effacer un instant, lorsque la justice ne fut plus l'attentat d'un brigand assez lâche pour ne pas oser le consommer lui-même. La société dut accueillir comme des libérateurs véritables tous les membres dont se composait le cortège de la justice qui venait protéger le faible contre le fort, l'opprimé contre l'oppresseur ; elle dut les fêter de sa longue attente, de ses
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vœux exaucés, de ses larmes taries. Alors, les exécuteurs purent s'enorgueillir, ils purent s'aveugler sur la nature de leur mission; mais bientôt la société, plus éclairée, vit qu'elle aussi était cruelle; elle eut des scrupules, et, pour se décharger de sa honte, elle la. rejeta tout entière sur le bras armé auquel elle devait sa sécurité. Nous fûmes les boucs que Ton envoya dans le désert ; le mépris se réveilla par succession de temps, et les exécuteurs furent les derniers à s'en apercevoir; ceux qui employaient leur terrible ministère s'étaient appliqués à le leur déguiser, et déjà ils etk étaient enveloppés, il les atteignait ; de toutes parts il les envi— ronnait à leur insu, lorsqu'ils purent être frappés de ce qu'il y avait d'affreux dans leur situation. 11 était trop tard pour qu'il dépendit d'eux de s'y soustraire en embrassant un autre état.
L'horreur du sang est toujours le symptôme d'une civilisation avancée ; mais le passé est opiniâtre, il pèse sur les générations présentes, il les pourrit, il les gangrène, et l'effet de l'invasion des lumières demeure aussi incomplet que lent dans sa progression. . Les résultats de la philosophie sont prévus, ils sont gétféralement désirés ; des expériences partielles offrent des preuves irrécusables de leur bonté ; mais, s'agit-il â'une application qui les étende et les consolide, on la rejette parce qu'ici-bas la première des influences est une force d'inertie : voilà pourquoi le mal se produit encore après que l'on a découvert les moyens infaillibles de l'extirper et d'arriver au mieux. Toute utopie, dès qu'elle est le rêve favori d'un siècle, devient la plus amère satire des persistances dont se révoltent les imaginations qu'elle satisfait. De notre temps, la persistance la plus odieuse est celle de la peine de mort, et, à cause d'elle, nous sommes abhorras. La philosophie nous absout, ce n'est pas nous qu'elle accuse; cependant, le peuple qu'elle a policé, le peuple dont elle n'a qu'adouci les mœurs, le peuple ne voit que nous; incapable de remonter au principe, il s'arrête à ce qui est en face de lui et ne va pas au delà. Si du moins il rétablissait la chaîne dont l'exécuteur est le dernier anneau, il reconnaîtrait que les plus éclairés sont les seuls coupables.
Il est curieux de remarquer comment les opinions des hommes changent à mesure qu'ils se civilisent, et comme elles varient sui-
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vanl les époques et les pays. Le czar Pierre abattait lui-même les têtes de ses sujets; en sa personne se confondent le juge et le justicier, et le justicier est vénéré parce qu'il est à la fois la tête qui condamne ^t le bras qui exécute la sentence.
Le dey d'Alger ne peut bien digérer s'il n'a fait après son dîner une promenade dans la campagne ; il monte sur un des plus agiles coursiers de l'Arabie, il sort de son palais, il est en belle humeur, et Ton va voir des saillies de sa gaieté. — Pour qui sèmestu, malheureux paysan? sais-tu si tu récolteras? — Le dey, d'aussi loin qu'il peut l'apercevoir, lui fait un signe; le paysan a compris, il s'arrête, se redresse, tend le cou... Un éclair brille : c'est le sabre de Damas; rapide comme la foudre, le dey a passé, et le chef, séparé du tronc, a roulé dans la poussière; à un autre! Cette fois, il n'y a ni justice ni justicier : c'est le destin, c'est la fatalité, c'est un pur accident. Le dey rentre, on se prosterne, on baise la trace de ses pieds, on brûle des parfums devant lui, on l'encense, il n'y a pas plus d'hommages pour Dieu. Le monstre a fantaisie de son harem, il veut, et une jeune odalisque sur le sein de laquelle il repose se croit transportée au quatrième ciel; il s'endort; le tigre dort et on ne l'étouffé pas. Il s'éveille, les ambassadeurs des rois chrétiens assistent à son lever ; bien plus, ils lui apportent des présents, et peut-être les princes Tappellent-ils leur cousin !
Dans l'origine, le droit de tuer dut être une des prérogatives de la souveraineté; dès qu'elle s'avisa de le déléguer, il y eut sur la terre une lueur de philanthropie. Cependant, l'exercice de ce droit liooorait celui à qui il était dévolu, ou du moins il ne le déshonorait pas. Chez les Israélites, la partie qui avait gagné son procès exécutait elle-même le jugement rendu en sa faveur. Un meurtrier devait-il être mis à mort, la famille du défunt, des jeunes gens commis par le prince, le peuple même se disputaient l'honneur de cette tâche, parce qu'on regardait comme un bienfaiteur de la société celui qui la purgeait de ses fléaux.
Chez les Grecs, l'office d'exécuteur criminel procurait de la considération à celui qui en était revêtu. Aristote assimile cet oflQce à la magistrature, et il lui assigne un rang des plus hauts dans la hiérarchie des fonctionnaires de l' État. L'usage de laisser exécuter par les accusateurs les sentences qui
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prononçaient des peines afllictivcs contre les âccusés exiistait aussi chez les Romains; si par la suite cet usage fut abrogé, c'est parce que l'on avait remarqué que la partie exécutrice poussait quelquefois le ressentiment jusqu'à châtier le coupable ^avec passion et, cruauté. Alors, on choisit pour les exécutions des officiers publics^ auxquels on donna le titre de licteurs. La renonciation au droit de tuer, abandonnée d'abord par le souverain au peuple, et par le peuple à quelques individus, annonce toujours un adoucissement graduel de ses mœurs, et m'arque le second développement des idées philanthropiques chez une nation. La peine de mort y est encore maintenue comme une triste nécessité dont on ne sait pas s'affranchir; mais l'horreur du sang se fortifie, elle a gagné les masses, et les licteurs sont honorés pour les exciter à surmonter une répugnance que le plus grand nombre ne saurait vaincre. En Allemagne, avant que la fonction d'exécuteur eût été érigée en titre d'office, les juges accomplissaient eux-mêmes leur sentence; plus tard, ce ministère pénible fut imposé coname une corvée au plus jeune de la communauté ou du corps municipal ; en Franconie, c'était le nouveau marié; à Reutlingen, ville impériale de la Souabe, c'était le moins ancien des conseillers; à Stedien, dansl^ Thuringe, c'était celui des habitants qui s'était établi le dernier dans l'endroit.
Adrien Beyer, de Francfort, nous apprend que, dans les grandes cités, lorsque l'exécuteur mourait, il s'ouvrait un concours pour le remplacer. La vacance était aussitôt publiée dans les universités. Les compétiteurs rassemblés, on leur amenait des moutons» et celui qui les décollait avec le plus d'habileté était immédiatement proclamé exécuteur en titre. On voyait alors de jeunes aspirants lancer en l'air, pour faire montre d'adresse, de petites pommes rouges qu'ils partageaient avec leur cimeterre du môme coup qui abattait la tête de l'animal. Le vainqueur, couronné de lauriers et paré de rubans de diverses couleurs, était porté en triomphe jusqu'à sa demeure, qui était une espèce de fief; on l'y installait en grande pompe; la réception d'un chevalier ne se fût pas faite avec plus d'éclat ni de cérémonie; c'était une véritable investiture. Chaque matin, pendant neuf jours, le bourgmestre de l'endroit faisait attacher au-dessus de la porte de Texécuteur un bouquet
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(ie roses et de souds;... le soir du neuvième jour, on revenait placer un dernier bouquet : il n'y avait plus que des soucis; celui qui le posait devait faire en sorte de ne pas être vu; autrement, il aurait pour le reste de ses jours appartenu corps et âme à l'exécuteur, qui serait devenu son seigneur et maître.
Le lendemain, on renouvelait les fourches patibulaires plantées devant le manoir. L'office de celui qui l'habitait était un des prin^ cipaux de la cité; il conférait de grands privilèges, et la finance en était considérable. Quelquefois, la noblesse était une condition indispensable pour obtenir cette charge importante ; d'autres fois, elle devenait un anoblissement, de même que chez nous la magis* trature parlementaire.
En France, la profession d'exécuteur n'a pas toujours été regardée comme flétrissante. Denisart, dans son Rèpe7*toire de Jurisprurrfwïce, au mot Exécuteur, fait mention d'un compte fourni par le domaine en 1417, où se trouvent compris quarante-cinq sols parisis, payés à Étienne Lebré, qualifié maître de la justice du roi noire sire, tant pour avoir fait les frais nécessaires pour faire 6oui7/ir trois faux monnayeurs, que pour avoir ôté plusieurs chaînes étant aux poutres de la justice de Paris, et les avoir rapportées en son hôtel. La main de justice était dans les anciennes armoiries royales; elle existe dans le blason de l'empereur; la République une et indivisible avait des haches dans ses armes; ces haches se voyaient dans les faisceaux consulaires. Nous n'agissons donc que par procuration, cela est évident; mais le peuple ne sait pas interpréter ces indications,* bien qu'elles soient très-claires; il s'acharne 5ur nous : c'est le chien qui mord le bâton au lieu de déchirer la inain qui le fait mouvoir. Nous ne sommes pas odieux, mais nous sommes haïs, et nous le serons aussi longtemps qu'on né rendra pas à César ce qui appai'tient à César, c'est-à-dire aussi longtemps gu*on n'incriminera pas la loi, infectée du principe meurtrier qui fait notre réprobation, parce qu'il est lui-môme réprouvé. . En Angleterre, où les parents des condamnés assistent à l'exécution, les exécuteurs des jugements criminels sont considérés comme des citoyens notables; il ne résulte de leur état aucune incapacité d'occuper d'autres emplois; chacun se fait un plaisir de les recevoir, et ils ne sont redoutés que du coupable ou de celui dont
Si
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l'àme perverse se révolte à Tidée seule du châtiment qui peut Tatteindre. Le shérif, qui de sa baguette touche le patient; le shérif, qui donne le signal de rattacher à la traverse, et qui, suivant le texte de la loi, serait obligé de rattacher lui-même, à défaut d'exécuteur; le shérif, dis-je, peut être élu lord maire, et personne n'est élevé à cette dignité sans avoir été shérif. Ainsi, le premier magistrat de Londres, celui qui a pour un an la juridiction souveraine sur la ville, sur les faubourgs et sur la Tamise; celui devant qui se porte continuellement Fépée de justice: le citoyen sans la permission duquel le roi ne peut traverser la Cité, a exercé des fonctions de même nature que celles qui constituent chez nous une indignité sans fin. D*oii vient cette différence entre les deux pays? Pour avoir la réponse à cette question, il suffit de savoir quels sont les spectacles de prédilection des Anglais : pour eux, le théâtre est sans attrait si la scène n'est ensanglantée; point de drame qui n'y soit une boucherie; la vue du carnage leur plaît. Les brumes de leur climat, les aliments qu'ils prennent, les boissons fermentées et les liqueurs fortes dont ils font excès, développent chez eux cette noire misanthropie, cette colère chronique, qui ne se soulage que par les souffrances d'autrul, ou par la destruction de quelque être vivant. Il leur faut des boxeurs qui luttent à mort, des combats de coqs, des chasses cruelles, des gibets en permanence : quiconque les satisfait sous ce rapport a des droits à leur estime et même à leur affection. Afin que la nation anglaise ne paraisse pas plus arriérée que ses voisins, les beaux écrits de la Grande--Bretagne peuvent tonner contre la peine de mort, et prétendre que la sensibilité de leurs concitoyens la repousse; mais; tant qu'un shérif pourra devenir lord maire, on ne me fera pas entendre qu'à Londres la peine de mort est dépopularisée.
Plus on médite sur cette peine, plus on acquiert la conviction qu'elle aboutit en définitive à la conséquence absurde d'un cercle vicieux. Au commencement, elle est un des attributs de la souveraineté; mais cet attribut la fatigue, elle ne s'en réserve plus qui le symbole, et abandonne au peuple Faction qui compromet soi décorum. Lfe peuple aussi s'humanise; alors, pour l'endurcir, or lui dit que Jéhovah demande des sacrifices, qu'il tient poui
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agréable que Thomme lui immole l'homme, et que la victime est un holocauste. Cette croyance périt à son tour : le peuple n'imagine plus apaiser Dieu ou se le rendre propice en trempant ses maiQS dans le sang; il renaît aux suggestions sympathiques, aux émotions de la pitié, et, pour se délivrer comme Ta fait le souverain, avec l'autorisation de celui-ci , il désigne des sacrificateurs dont il dissipe les scrupules en leur inculquant, contrairement à son opinion, cette doctrine funeste, qu'ils sont le bras de Dieu, pour la plus grande gloire de Dieu et du roi. On calomnie la Divinité avec connaissance de cause : j'ai lu de tels blasphèmes chez des écrivains qui se vantent d'être royalistes et chrétiens. Toutes les fois que les articles d'une pénalité furent mis en délibération, ceux d'entre les criminalistes qui votèrent pour des rigueurs meurtrières durent être, j'en suis persuadé, ou des pusillanimes ou des hypocrites. Pendant qu'on élaborait les lois de notre code, j'eus l'honneur d'être mandé chez le prince archichancelier, afin de fournir des faits à l'appui des arguments pour ou contre la peine capitale; les faits que je rapportai tendaient tous à prouver qu'il y avait urgence de l'abroger; on me les contesta comme des résultats d'une fausse observation : ces messieurs avaient peut-être mieux que moi. Quoi qu'il en soit, j'ai retenu les objections de chacun d'eux, et, si jamais les particularités de cette séance, dans laquelle ^elui qui était sur la sellette joua certainement le plus beau rôle, viennent à être divulguées, on reconnaîtra, j'espère, que le jugeaient porté contre les' hypocrites et les pusillanimes est par trop fondé.
Mais je reprends la série de mes idées. Le peuple a répudié le P^^niége de satisfaire par lui-même sa vindicte et celle du prince;
Juges font deux parts de la justice : la première est celle qui ^Qserve ; la seconde, sans laquelle la première est vaine, détruit P^ï* conserver; les conservateurs sont des représentants de Dieii, ®^ afin de légitimer Texistence de ceux qui détruisent, on leur ^^triijQe pareillement quelque chose de divin. Cependant, ces exter- '''^ateurs ne sont pas longtemps des anges de la mort, ce sont des Hercules auxquels on amène les monstres pieds et poings liés; bientôt tous les sentiments généreux se soulèvent contre eux, et, povir ne trouver que hideux ces hommes impitoyables, on les
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icKV^*^' ^^^"^ rhuraanité, on les écrase du poids de l'anathème >*,vul ; oiitiiu il n'est plus personne qui ne refuse de se soumettre ^ svi ^luihtMne. A ce moment, le besoin seul de racheter sa prol>*v ^*\isttMice peut donner des exécuteurs pour une sentence de UKHi. Kn Espagne, en Italie, en Allemagne et quelquefois même ou France, lorsque plusieurs coupables étaient condamnés au deruior supplice, souvent il n'y avait moyen de faire accomplir l'arrêt qu'en accordant la vie à celui qui voulait bien exécuter les autres. On voyait anciennement, sur une des places publiques de la ville de Gand, deux statues de bronze représentant le père et le fils convaincus du même crime, et le fils donnant la mort à son père. Dès que la justice est réduite à cette déshonorante extrémité, de permettre le parricide pour qu'un moindre attentat soit puni, c'est que la mort infligée comme punition est antipathique aux mœurs. Mais ce n'est pas encore là le plus haut degré de l'aversion qu'elle peut inspirer : on a vu un prince de Lithuanie, Witholde, être obligé, à défaut d'exécuteur, d'ordonner que le criminel se donnerait lui-même la mort... A ce point, le cercle vicieux devient manifeste. Le criminel se tuera-t-il ? Si le fardeau de l'existence lui est insupportable, peut-être. On sait que la dernière fonction des zinganis ou bohémiens en Moldavie est celle d'exécuteur. Le premier zingani qu'on rencontre est forcé de se prêter à ce triste ministère. Depuis dix ans, il n'y avait pas eu d'exécution dans ce pays, où les châtiments et les crimes sont fort rares, lorsqu'un viol suivi d'assassinat fut commis sur la personne d'une jeune fille. Le coupable était zingani, il fut condamné à être pendu ; son heure étant venue, il marchait au supplice entre deux fontalhes ou prévôts armés d'une hache ; dix ou douze curieux formaient le cortège, et l'on cherchait des yeux quelque zingani pour exécuter le jugement. Chemin faisant, on ne découvre qu'un misérable petit vieillard, d'autant plus impropre à exercer la fonction qu'on allait exiger de lui que l'assassin était un homme des plus vigoureux; n'importe, le petit vieillard BSt sommé de remplir la tâche imposée à sa caste, il obéit. On arrive auprès d'un arbre qui doit servir de gibet; un fontalhe pose devant le tronc une table destinée à tenir lieu d'échafaud; le petit vieillard y monte en tirant à lui le patient; il veut attacher à une branche la corde qui est passée autour du
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cou de celui-<i, et, afin d'y parvenir, il se dresse sur ses jambes, et, après plusieurs tentatives, il réussit. Tout est disposé pour l'opération. Le petit vieillard se met aussitôt en devoir de soulever son robuste confrère le zingani ; pour en venir à bout, il se tourne et retourne de cent manières : inutiles efforts. Enfin, le patient impatienté lui donne un soufilet et le jette par terre. Épouvantés de Faction, les fontalhes, les spectateurs et le petit vieillard s'enfuient. Il ne tiendrait qu'à l'assassin d'en faire autant ; mais il est condamné et résigné à son sort. Sans prendre garde aux fuyards ni aux haches qu'ils ont abandonnées, et dont il pourrait faire un instrument de défense, il s'assure tranquillement si la corde est bien assujettie, la fixe par un nœud plus solide à une branche plus haute, renverse la table par lin mouvement brusque de ses pieds, et se trouve parfaitement pendu.
Voilà l'exemple d'un criminel qui s'est fait justice; mais, de ' bonne foi, quand la peine de mort doit aboutir au suicide ou ne plus être infligée, comment ne pas reconnaître que les raisons alléguées pour la maintenir sont tout au plus spécieuses, puisque, en définitive, à considérer cette peine dans toutes les phases des impressions qu'elle produit, on termine à un retour absurde!
Il y a environ une trentaine d'années, quelques affaires m'appelèrent à Metz. Au retour de ce voyage, je m'arrêtai deux jours à ^hàlons-sur-Mame. Le régiment de Vermandois tenait alors gar- '^^n dans cette ville; un des soldats de ce corps venait d'être S^ndamné comme déserteur ; on allait le passer par les armes. Je ^ivis la troupe. En m'approchant des rangs, j'entendis plusieurs ^^^inarades du déserteur le plaindre, et s'apitoyer sur son sort : ^était, disaient-ils, un excellent sujet; tous s'accordaient à faire l'éloge de ses qualités; mais la discipUne était inflexible. Le pauvre ^^ble était fils d'un cultivateur. Des semestriers, . en revenant de pays, lui avaient appris que son père était malade, et il avait le tort de s'absenter pour aider sa mère à faire la moisson. II î^vaît bien demandé ua congé, mais il lui avait été refusé avec
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duivcê. ei un sentiment de piété filiale, auquel se joignait peu ^iiv quelque souvenir bien vif d'une cousine qu'il aimait, Pava deieruùuê, suivant l'expression soldatesque, à prendre la permi siiMi si.>us la semelle de ses souliers. Tel était son crime; c'éta uue licence qu'on eût pardonnée à un officier qui n'aurait p résister à la tentation d'une partie de chasse ou d'un bal c rOpêra; tout au plus, à la seconde fois, lui eût-on ordonné c garder les arrêts dans sa chambre. Le malheureux soldat se troi vait sous le coup d'une récidive bien plus dangereuse, et le rapp d'une première infraction, à laquelle on assignait également d'hi norables motifs, avait justifié l'arrêt de mort. Je voulus suivre cet victime jusqu'au champ de l'exécution.
Pierre Desbarres, autant que je puis me le remémorer, était nom de cet intéressant jeune homme; il était beau; ses camarad< lui avaient donné le sobriquet de Bel-Amour, et, en le voyai passer, toutes les filles de Châlons pleuraient; les mères pie raient aussi; les vieillards comme les jeunes gens étaient conste né? : la désolation était générale dans cette population, qui n'e pas très-considérable. En voyant couler tant de pleurs, je ne pi non plus retenir mes larmes. Je n'avais pas cinquante ans alors.
— Vois-tu, ma sœur, disait une très-jeune fille à sa compagi plus âgée, qui sanglotait tout près de moi; vois-tu ce grand to laid, avec sa mine renfrognée et ses culottes rouges? c'est le cor mandant de place ; c'est lui qui a empêché de demander la grâ< de Bel-Amour. Oh! bien sûr que le roi ne l'aurait pas refusée.
— Tu crois? repartit la soeur, qui à peine était en état d'arl culer quelques paroles, tant elle avait le cœur gros.
— N'est-ce pas, monsieur, reprit la jeune fille aux blonds ch» veux en levant sur moi deux grands yeux humides, et me tirai par une des basques de mon habit, comme pour solliciter ph vivement mon attention : n'est-ce pas que le roi n'aurait pas refui ia grâce de Bel-Amour ?
— Le roi est bien bon, répondis-je.
— Il est bon, répéta la petite blonde. Puis, se tournant vers sa sœur :
— Tu entends, Marguerite, il est bon.
Et plus elle insistait sur la bonté du roi, plus Marguerite s
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désolait, plus elle sanglotait, plus ses larmes coulaient en abondance.
— Ah ! monsieur, continua la plus jeune des sœurs, elle a bien raison de pleurer : si vous saviez ! sans lui, sans ce bon jeune homme, au jour d'aujourd'hui elle ne vivrait pas.
— Que ne suis-je morte! s'écria Marguerite avec T accent du dései^ir.
En même temps, elle roulait sur ses doigts les longues mèches noires de sa chevelure, qu'elle s'efforçait d'arracher.
— Le roi est bon ! il est bon ! répétait-elle avec une sorte de rage. Puis, en grinçant des dents, de ses mains crispées elle déchirait
ses vêtements.
— Fais donc attention, Marguerite ; que veux-tu que le monde pense de toi? Tiens, on nous regarde!... Ah! mon Dieu! mon Sauveur! grand saint Rémi! ayez compassion, elle en deviendra folle. Retoumons-noua-en à la maison : viens, ma sœur, retournonsnous-en, nous dirons des prières.
— Jésus Maria, il va mourir!
— Écoute, j'ai une idée; tu sais la bonne Vierge qui est toute noire, elle a fait des miracles; nous ferons un vœu à Notre-Dame de Ron-Secours; j'allumerai un cierge derant elle, elle prendra pitié de nous : elle intercédera pour lui, et las fusils ne prendront pas feu.
— Laisse-moi, tu n'es qu'une enfant.
— Elle ne t'a pas sauvée, peut-être, quand tu étais en danger de périr? Je n'ai pas eu sitôt récité mon chapelet à sa dévotion, au bord de la rivière...
La petite blonde n'acheva pas. Depuis quelques instants, je remarquais une effrayante pâleur répandue sur les traits de Marguerite : tout à coup elle parut éprouver un frisson , sa tête se pencha; et, comme je reconnus dans ces signes les symptômes d'un évanouissement, je m'avançai à temps pour la recevoir dans mes bras.
Et la petite blonde jetait les hauts cris.
— Miséricorde, ma sœur est morte! Au secours! au secours! appelait-elle de toutes ses forces et d'une voix qui pénétrait les entrailles.
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Mais personne ne venait; la foule qui s'écoulait tristement devant nous ne voyait et n'entendait rien : elle était trop occupée et trop profondément affligée de l'événement qui remplissait de deuil la petite ville.
Cependant, Marguerite était sans mouvement; son pouls était insensible; ses mains étaient froides; je ne sentais plus les battements de son cœur; j'étais fort embarrassé et je n'étais pas sans inquiétude. Enfin, vinrent à passer deux religieuses de la Visitation : à la vitesse de leur marche, je crus m'apercevoir qu'elles avaient hâte de fuir le funeste spectacle qui se préparait.
— Mes sœurs, leur criai-je, daignez vous arrêter, et m'aider à secourir une pauvre fille qui se meurt.
La plus vieille voulut continuer son chemin ; mais l'autre, touchée de ma prière, et sans doute aussi de la bruyante douleiir de la petite blonde, qui ne m'avait pas quitté et se lamentait toujours, l'entraîna par le cordon de son rosaire, et, lui montrant le petit crucifix qui pendait à l'extrémité :
— Suivez Jésus, lui dit-elle, dans la voie qu'il nous a tracée. Ainsi, elle l'amena vers moi avec ces paroles d'une présence
d'esprit toute chrétienne.
— Ah ! monsieur, me dit-elle, que vous avez bien fait de nous appeler! — Eh quoi! sœur Marceline, vous ne remettez pas cette, chère enfant?
— Ma foi, ma sœur, je ne présume pas seulement l'avoir jamais vue.
— Mettez donc vos lunettes.
Sœur Marceline, prenant à la lettre la recommandation, se mit en devoir de les chercher dans le pli de sa manche.
— Vous les chercherez demain; qu'avez-vous besoin de savoir qui c'est? Et puis c'est Marguerite Rollin.
— La fille d'Étienne Rollin, le collecteur des dîmes du couvent?
— Oui, oui. Dépêchez-vous de dénouer sa ceinture. Ne faudrait-il pas vous dire qui l'a pondue, qui l'a couvée? je vous répondrai après.
Mon Dieu, sœur Marthe, comme vous êtes vive!
— Comme vous êtes lente!... Avez-vous des ciseaux sur vous?
— Les voilà.
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— Donnez, donnez! Sainte Vierge Marie, ils lui ont mis un corps! C'est le corps qui l'étouffé; elle est volontiers comme dans m étàu.
— Oh! coquetterie! perdition du monde! les parents feraient bien mieux...
— Vous débiterez votre sermon plus tard ; l'essentiel, c'est de . la soulager. Voyons, soutenez-la, que je la desserre.
Sœur Marthe, ayant déjà retiré les épingles du fichu, se dispo^ saât à l'enlever; mais, se ravisant tout à coup, et comme si elle s'apercevait pour la première fois que j'étais auprès d'elle :
— Mille pardons, monsieur, me dit-elle : nous vous remercions infiniment ; mais vous êtes homme, et la décence ne permet pas...
— Je vous comprends, ma sœur, je vais me retirer.
— Vous ne nous gênez pas, et Dieu me préserve de songer à rous offenser ; mais notre état... Et puis il faut ménager la pudeur de cette innocente créature.
Sur l'invitation de sœur Marthe, je m'éloignai. A peine j'avais fait quelques pas, j'entendis sur la place un roulement prolongé. «
— Pauvre fille ! dis-je alors en moi-même^ elle se réveillera trop tôt!
Je me dirigeai sur le bruit du tambour, et, quand j'arrivai, on lisait au malheureux soldat la sentence de sa dégradation. Bel- Amour était grenadier : sa figure avait une expression de noblesse ^ de douceur, à laquelle se mêlait une teinte légère de cette mélancolie naïve qui est toujours l'annonce de la bonté de l'àme. Pendant la fatale cérémonie, il parut ferme et résolu ; mais, quand le sergent se présenta pour lui arracher ses insignes, il tressaillit dans tous ses membres, et des larmes inondèrent son visage après W du revers de ses épaulettes, on l'eût frappé sur l'une et l'autre j<>ue, en signe de sa forfaiture à l'honneur.
Marchons! dit-il en se relevant; car on l'avait fait mettre à genoux. Marchons, mes amis! aussi bien nous devons tous être Pressés d'en finir.
I^ans ce moment, un soldat se détacha du peloton de service, et ^•adroit au colonel, à qui il présenta les armes*
Pourquoi as-tu qujtté ton rang?
— Monsieur le marquis, j'ai une grâce à vous demander.
CONTES ET NOUVELLES
— Voyons, quoi? qu'est-ce? explique-loi.
— Si c'était un effet de votre bonté, mon colonel...
— Je n'en ai pas, de bonté, et n'ai pas de temps à perdre ; que veux-tu ?
— C'est que, monsieur le marquis, j'étais le camarade de lit de Bel-Amour, et que je souhaiterais être dispensé...
— Belle raison ! parce que vous avez couché ensemble. Ce serait ton frère...
— Je n'aurai jamais le cœur... Tenez, c'est une fichue corvée.
— En voilà un qui s'avise d'être sensible ; tu tireras, et j'aurai les yeux sur toi.
— Excusez, mon colonel; on voit bien que vous n'avez jamais eu de camarade de lit : je voudrais vous voir à ma place.
— Pas d'observation; qu'est-ce que ce malotru! A ton poste, et songe à faire ton devoir, ou je te ferai pourrir dans un cachot.
Le soldat regagna lentement son peloton, et le colonel, en agitant son épée, donna le signal du départ.
La troupe s'ébranla, et à peu de distance de la ville elle s'arrêta pour se ranger en bataille dans la plaine que traverse la route de Reims. Il y avait grande affluence en cet endroit, car bon nombre d'habitants y étaient venus, attirés par ce pressant intérêt de curiosité qui subsiste encore en dépit de la plus réelle affliction. De mémoire d'homme, on ne se rappelait pas avoir vu dans Châlons le terrible spectacle d'une exécution militaire. La confrérie des pénitents avait saisi cette occasion de gagner des indulgences; elle faisait partie du cortège, et suivait de chaque côté. du chemin, en récitant à demi-voix les prières des agonisants et les psalmodies d'un Miserere dont le ton funèbre contrastait avec le bruyant éclat d'une m.usique guerrière. La confrérie était précédée de sa bannière de sinistre présage, et, en avant de ses files de spectres masqués et couverts de longues robes blanches, le condamné pouvait voir porter la serpillière destinée à envelopper sa dépouille et le cercueil dans lequel on le clouerait. On assure que plusieurs fois ses regards se fixèrent sur ces apprêts des funérailles d'un homme vivant, sans que l'on aperQût sur sa figure les traces de la plus légère émotion.
A quelques toises de la route, il y avait une croix de pierre, et
SOUVENIRS D'UN PARIA. 33
vis-à-vis un petit pré avec quelques ormeaux alentour : c'était là remplacement désigné. On le montra à Bel-Amour; alors, il remercia et embrassa avec effusion le chapelain du régiment, qui l'avait accompagné pour lui faire la recommandation de Pâme ; il embrassa pareillement plusieurs de ses camarades, et, quand il en vint à Joseph Langlois, — celui qui avait demandé au colonel de le dispenser de la fatale corvée, — comme il le vit pâle et tremblant :
— Ne crains rien, lui dit-il, Bel-Amour saura moiurir. £t Langlois de reprendre aussitôt :
— Je n'aurai pas à me reprocher...
— Cest bon, interrompit Bel-Amour en lui serrant affectueusement la main, un mot suffit.
Puis, levant les yeux au ciel :
— 0 ma mère! ma mère! — Si tu donnes des nouvelles au pays, écris-leur que je me suis embarqué pour les colonies ; que je suis allé bien loin, dans un autre monde. Ma pauvre mère, et mon père! ils en mourraient. Qu'ils n'apprennent jamais...
— Tais-toi donc; est-ce que j'irais leur dire...
— Aurez-vous bientôt fini, avec vos adieux? cria à ce moment VoflScier qui commandait le peloton de service. — Langlois, à votre rang!
— Enfin c'est dit, il faut se séparer ! en tout cas, ce n'est pas moi...
Et Langlois ne put achever.
— k votre rang, vous dis-je î lui cria une seconde fois l'officier.
Malgré cette injonction, il hésitait encore; mais l'officier le poQssa brutalement par les épaules et le fit rentrer.
U musique jouait l'air de Port-Mahm; elle cessa tout à coup, les tambours firent un roulement et Bel-Amour fut remis à-quatre fusiliers qui le conduisirent sur le pré. Là, il ôta son habit, et, pendant qu'on chargeait les armes, il se mit de lui-môme en position de recevoir la mort. Il témoigna le désir de la voir venir; mais le bas officier, c'était le môme qui l'avait dégradé, lui ayant fait observer que les ordonnances ne permettaient pas de le satisfaire sur ce point, il prit le mouchoir qu'on lui présentait, puis il l'attacha sur ses yeux.