INTÉRIEUR DE FAMILLE
>h! heureux, quarante-sept fois heureux, rhomme complété is son existence imparfaite par cette précieuse moitié de son îvidu vulgairement appelée madame son épouse! — Pour lui, le iheur est une habitude, une nature intégrante dont il peut user iscrétion, comme moi d'un petit pain chez mon restaurateur. 2ar, moi, je suis célibataire, et par conséquent réduit à cherr le bonheur dans un omnibus, dans une loge de la Gaieté, ou I Petite Provence; obligé pour le tout d'être pénétré de reconssance envers un mari complaisant, un amant décharmé, ou un 'e borgne, comme de voir la moindre espérance de félicité soue au pouvoir d'une averse, d'une rencontre, ou de toute autre aisie du destin.
- Voilà donc, me disais-je, le sort du célibataire, tandis que Hix, bicéphale privilégié, n'a pas besoin, lui, de faire des expéces de bonheur à domicile; car ce bonheur, il le trouve contilement sous sa main; sans cesse il est à ses côtés : s'il sort,
met sous son bras; s'il pleut, il le garantit de son parapluie! ^te heure, il peut lui faire un appel et en user indistinctement
lumière du soleil, de la lune ou de la bougie. C'est ravissant! y a qu'une invasion de Cosaques qui puisse détruire une félipareille, et encore la garde nationale est-elle là. t moi, célibataire, je me désolais à la lueur de ces tristes ■^xions et d'un soleil de midi trente-cinq minutes, quand le
CONTES ET NOUVELLES
tout fut subitement interrompu par une de ces caresses délicieii s-^s qui vous coupent la respiration.
Cétait une amitié de collège que j'avais pour le moment ^t^i^pendue au cou.
— Eh quoi ! s'écria Derville en reprenant terre, est-ce bien t« jj, cher Eugène, que je revois après dix ans de séparation?
— Moi-même, répliquai-je en rajustant ma cravate.
— Et qu'es-tu, que dis-tu, que penses-tu, qui vois-tu, que fais— au depuis si longtemps?
— Je suis, je dis, je pense, je vois, je fais, comme j'étais, Je disais, je pensais, je voyais et je faisais, lorsque le sort vint à no»^s séparer.
— Ah I esprit stationnaire et inébranlable, je te reconnais bi^^ " là! Dix ans de monotonie dans dix années d'existence! Ce n'e.^^ pas vivre... Eh bien, moi, mon cher, j'ai fait une petite fortun^^^ un bon mariage et des enfants charmants.
— G heureux ami, tu es époux! et tu as des marmots!
— Dis donc des Amours. — Tiens, Eugène, pour prolonger ^ plaisir de cette première rencontre, accepte le dîner de Tamitié
je vais te présenter à ma femme; tu verras mes enfants et ti^ ^ jouiras du tableau de mon bonheur.
— J'accepte avec reconnaissance... Ta femme est-elle jolie? , — Adorable !
— Et jamais, jusqu'ici, tu n'as... elle n'a... vous n'eûtes...?
— Dieu ! si un homme osait regarder mon Albertioe, je lui pas^^ serais tout un arsenal au travers du corps!
— Sois tranquille, Derville, j'aurai toujours les yeux flxés su ^ mon assiette.
— Eh ! tu penses bien que je ne dis pas ça pour les ancieft--^ camarades comme toi. \
— Oh! époux magnanime et ami généreux! ] Déjà nous commencions à entamer le quatrième étage d'un I
escalier assez étroit, lorsque je fus frappé d'un bruit très-confus, I mais fort glapissant. J'allais m'informer de la cause d'un effet I aussi incommode, quand mon ami me dit d'un air triomphant : 1
— Entends-tu mes petits gaillards? quel vacarme ils font là- | hautf C'est toute la journée comme cela. 1