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TABLEAU D UN INTÉRIEUR DE FAMILLE

quenaude paternelle; à quoi Tenfant répondit par des hurlements ^uvantables. Furieuse, Tœil en feu et l'injure à la bouche, malame Der\ille s'élança sur son mari, s'écria qu'elle ne voulait pas ju'on battit son enfant. L'ami de la maison s'interposa, tous les narmots se mirent à pleurer en chœur, et moi, persuadé de la riste figure que devait faire un étranger dans ce charivari, je pris non chapeau et m'échappai.

Je n'avais pas descendu deux étages, que je m'aperçus que 'avais oublié mes gants. En remontant, j'entendis ce même bruit [ui m'avait frappé la première fois, mais d'une manière beaucoup rfus distincte, celle-ci. Une voix colère et animée prononçait les nets de monstre! de tyran! — J'ouvre... Au même instant, une arafe qui se promenait dans l'espace vient frapper l'angle de la K)rte, crie, se brise et retombe sur moi en pluie et en éclats.

Madame Derville avait disparu; mon ami me fit des excuses de e que sa femme s'était comportée ce soir-là comme un enfant, 'agréai le tout comme j'avais reçu le poisson à la sauce et la arafe d'eau fraîche, c'est-à-dire avec l'air de la plus grande satisaction, et je descendis vite les quatre étages, me promettant bien le ne les plus remonter.

Mais, une fois dans la rue :

— Eh quoi! m'écriai-je, le bonheur conjugal ne serait-il qu'un 'ain mot? Un époux ne serait-il qu'une éponge de ménage? Un îhef de famille est-il destiné à être coiffé d'une carafe, si un ami çénéreux ne se rencontre pas là qui la reçoive pour lui?... — J'y réfléchirai.

Mai 1831.

LE

PATRIOTISME DE GLARICE

^'aucuns s'iimginent que, pour servir son pays, il est indispenile d'avoir cinq pieds six ou huit pouces,- de larges épaules, un is vigoureux, des yeux flamboyants et de longues moustaches iges ou noires.

Z^esi une erreur.

3ar darice n'est qu'une jeune et jolie fille, et cependant, elle ^i prétend... Mais n'anticipons pas.

m'étonnerais que vous ne connussiez pas Clarice; bien plus ange encore me paraîtrait-il que vous ne l'eussiez pas rencon- B quelquefois.

^ous n'iriez donc jamais aux Italiens, au bal de l'Opéra, chez Xoni, au bois de Boulogne, partout enfin où se presse la foule ' jolies femmes qui n'existent que pour se faire admirer, ne pirent que dans une calèche, un tilbury, et n'éprouvent d'émois délicieuses qu'en jetant l'or par les fenêtres... et leurs ^nts à la porte, quand ils s'avisent d'être insupportables — ou tsés, ce qui est absolument la même chose, ir, Clarice est ainsi faite.

3ue si vous désirez en savoir davantage, j'ajouterai qu'elle est Dde, d'une taille svelte et flexible. Ses yeux noirs, ordinaiment remplis d'une voluptueuse expression, pétillent de joie nous forcent d'imiter son fou rire lorsqu'elle a pu se montrer nne et dévouée patriote... Devoir dont elle s'acquitte à ravir, le passe rapidement sur les autres attraits de Clarice. Son pied dalous, sa main elTilée, son teint éclatant fourniraient à certaine

286 CONTES ET NOUVELLES

nutres l'occasion de pages longues et vides. Vous me saurez gré de vous en dispenser.

C'était la semaine dernière, je rencontrai Clarice aux Tuileries. Klle était seule. Je Taccostai poliment, c'est-à-dire le binocle à rœil, pour ne rien perdre de ses charmes.

— Par quel prodige, adorable Clarice, devenez-vous chaque jour plus jolie?

— Ahl mon cher comte, c'est que le bonheur embellit.

— Vous êtes donc bien heureuse, Clarice?

— Flattear!...

— Envers vous?... Cest impossible... Mais, dites-moi. Ernest at-il toujours l'avantage de se ruiner pour vous?

— Le petit baron?... Fi donc!... vous m'offensez.

— Ah! pardon... j'oubliais... c'est déjà fait.

— - Non, je vous jure... Oh! mon cher, j'ai le cœur plus français que vous ne le pensez.

— Que voulez- vous dire?

— J'ai fait serment de ne plus me laisser adorer par mes compatriotes.

— Ingrate!... C'est vouloir faire bien des victimes!

— Que voulez-vous! j'ai aussi mon système d'amour et d'économie politique depuis la révolution... et, à moins d'être Busse.. •

— Qnelle folie!

— Vous riez, incrédule, mais je vous pardonne, cela doit vou$ paraître si étrange... Que faites-vous ce soir?

— Ce qu'il vous plaira.

— Donnez-moi votre bras.

Klle me conduisit vers un élégant et riche landau, dans lequel nous montâmes. Une heure après, nous avions visité vingt magasins, et le landau, rempli de magnifiques étoffes, de cachemires, de tissus précieux, entrait dans la cour d'un hôtel immense.

Je suivis Clarice à travers une file d'appartements brillants, d'un, luxe effréné, éblouissants d'une splendeur princiale.

— Ah! c'est vous, monsieur Broff? dit Clarice à un individu*^ tournure épaisse qui se trouva sur notre chemin; je suis enchantées de vous rencontrer. Vous allez m'avancer dix-sept mille franco pour acquitter quelques bagatelles dont je viens de faire emplette—

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