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Voir Traité de la vie éléganU, page 477, ci-après

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Menu élégant. Des œufs frais, — une salade, — un pilau. — beurre de Bretagne, — des fraises, — thé, — lait ou crème, — soda water, — mufflings.

Mais tout cela doit être servi sans symétrie, confusément, dans un désordre gracieux. Peut-être n'admirerez-vous pas ce menu comme il le mérite? Lavater a bien vu que la physionomie se divise en trois sections; qu'un homme ressemble plus ou moins à un poisson, à un quadrupède, à un oiseau; mais il n*a pas remarqué que rhomme-oiseau a la passion des graines : le pain, le riz, les lentilles, le maïs, le café, etc. ; que l'homme-quadrupède aime le fourrage : les salades, les épinards, les chicorées, etc. ; enfin que r homme-poisson a le goût des sauces et boit beaucoup. Eh bien, examinez le menu proposé... Vous verrez que chaque nature d'homme y trouve sa substance, légère, appropriée à la circonstance; un fashionable aura mangé, mais il n'aura pas le droit de dire : « J'ai déjeuné. » Seulement, il aura pris quelque chose, un rien; c'est le mot de tout le monde, c'est-à-dire de \di jeune France.

Depuis un an, la gastrolâtrie a perdu beaucoup de son importance. Il s'est fait une révolution gastronomique assez honorable pour notre époque. On commence à mépriser la table. La supériorité de rintelligence étant de jour en jour pî\is sentie et plus désirée, chacun a compris tout ce que l'âme perdait de ressort dans ces luttes journalières, soutenues par l'organisme, à propos d'un repas. L'ambition mange peu, le savant est sobre, et l'homme à sentiment a l'obésité en horreur. Or, où est le fashionable qui n'appartient à aucune de ces trois classes? Ce dédain des jouissances gastronomiques fera nécessairement faire un pas gigantesque à la cuisine française : il s'agira pour elle de mettre le plus de substance possible sous la plus petite forme, de déguiser l'aliment, de donner d'autres formules à nos repas, de fluidifier les filets de bœuf, de concentrer le principe nutritif dans une cuillerée de soupe, et de remplacer l'intérêt d'un suprême par des intérêts plus puissants... C'est un progrès. Attendons l'avenir.

Mai 1830.

DE LA CRAVATE, COMSIDÉRÉE EN ELLE-MÊME ET DANS SES RAPPORTS AVEC LA SOCléTÉ ET LES INDIVIDUS

Une cravate bien mise répand comme vca parfum exquis dans toute la toilette; 'elle est à la toilette ce que la truffe est à un dîner.

•a Révolution fut pour la toilette, comme pour Tordre civil et Liique, UD temps de crise et d'anarchie; elle amena pour la vate en particulier un de ces changements organiques qui vienà des siècles d'intervalles, renouveler la face des choses, is Tancien régime, chaque classe de la société avait son costume; reconnaissait à l'habit le seigneur, le bourgeois, l'artisan. Alors, cravate (si Ton peut donner ce nom au col de mousseline et au >rceau de dentelle dont nos pères enveloppaient leur cou) n'était m qu'un vêtement nécessaire, d'étoffe plus ou moins riche, mais os considération, comme sans importance personnelle. Enfin les aoçais devinrent tous égaux dans leurs droits, et aussi dans leur Jette, et la différence dans l'étoffe ou la coupe des habits ne itingua plus les conditions. Gomment alors se reconnaître au lieu de cette uniformité? Par quel signe extérieur distinguer le □g de chaque individu? Dès lors était réservée à la cravate une stinée nouvelle : de ce jour, elle est née à la vie publique, elle àcquis une importance sociale; oar elle fut appelée à rétablir les lances entièrement effacées dans la toilette, elle devint le crité-

ESSAIS ANALYTIQUES

rium auquel ou recoanaîtraii l^homme comme il faot et llioimDi:

lin elïet, (le toutes les parties de la toilette, la cravate es U liuiilii qui apparlienae à Thomme, la seule où se trouve ludm- (liialili^. IH) votre chapeau, de votre habit, de vos tiottes, toatk M)t^ri(^ riivit^nt au chapelier, au tailleur, au bottier, qui vous lesott livn^^ (liiM^ tout leur éclat; vous n'y avez rien mis du vôtre. lUis, |uuir U cruvatu, vous n^avez ni aide ni appui; vous êtes abaoi\ vuuii Uiômo; c'est en vous qu'il faut trouver toutes vos iV^i^iUii'V'i^H. U\ blanchisseuse vous livre un morceau de batiste uiii^ubû; iiolou 00 que vous savez faire, vous en tirerez parti : UlaC' vto marbre entre les mains de Phidias ou d'un tailleiff ilo (liurros. luiU vaut l'homme, tant vaut la cravate. Et, à îni Uiiu, lu cvuvato, o*est Thomme; c*est par elle qife Tbommc se iôvùU^ ot HO manifeste.

Aussi osi-co une chose reconpue aujourd'hui de tous les esprits qui riMlôc hissent, que par la cravate on peut juger celui qui b ^ua to, 01 quo, pour connaître un homme, il suflSt de jeter un coup vl'uùl sur cotto partie de luinnême qui unit la tête à la poitrine.

Ainsi, cotto cravate empesée, raide« droite, sans un pli, au ncnid \\la, CvUiv, symétrique, comme si le compas du géomètre y avail puvsô» VOUS annonce un homme cxici. sec, égoïste.

Cette cravate en moussolino claire, sans empois, onduleuse, avec une rosette iKiiifTarit^' r;t prétenlieoie..., c'est un parleur élégant, diffus, fa le; un notici^îf.

Celte cravate en batist'*, ni trop ét-evée, ai trop basse, asseï lâche pour laisser au cou ai à la tète lorite la liberté de leurs mouvements, avec un nœud gracieux, mab ctaif et simple..., c'est un poëte élégiaque.

Je m'arrête, pour ne pas déflorer en quelques lignes un sujet digne d'inspirer des volumes, tant il a d'intérêt, d'étendue èi d'importance.

Considérés sous le rapport de la cravate, les hommes se divisetit naturellement en trois grandes catégories.

D'aboril, pour commencer par celle qui mérite le moins notre attention, se présente cette classe nombreuse d'hommes qui portent la cravate sans la sentir, ni la comprendre, qui chaque

tin louraent un morceau d'étoffe autour de leur cou, comme on d'une corde; puis, tout le jour, se promènent, mangent, "lient à leurs affaires, et, le soir, se couchent et s'endorment, 3 scrupule, sans remords, parfaitement satisfaits d'eux-mêmes, ^me si leur cravate eût été mise le mieux du monde. Gens 3 actualité, continuant le xvm« siècle au milieu du xix»; anachronés vivants, trop nombreux, hélas! à la honte du siècle de îère, et que nous ne mentionnons ici que pour mémoire; car, *vement à la cravate, ce sont des êtres négatifs, u-dessus d'eux immédiatement viennent ceux qui entrevoient [u^il y a de bien dans la cravate et ce qu'on en peut faire, s qui, n'en pouvant tirer aucun parti par eux-mêmes, sont rés à copier autrui. Esprits étroits, stériles, sans imagination, K une seule idée à eux, ils étudient chaque jour le nœud qu'ils •cduiront le lendemain. Quelle estime faire de ce servumpecus la cravate? Je les comparerai à ces hommes frivoles quicher- :^t chaque matin, dans les gazettes, les idées qu'ils auront toute >urnée, ou aux mendiants qui vivent des charités d'autrui.

premier rang, enfin, se placent ces hommes forts et solides «ux-mêmes, qui sentent et comprennent la cravate, qui la com- :inent dans ce qu'elle a d'essentiel et d*intime, avec cette rgie d'intelligence, cette puissance de génie, départies à ces tels privilégiés qaos œquus amavit Jupiter, Ceux-là n'ont ni très ni modèles, ils trouvent en eux de grandes, de nobles îources; ils n'écoutent qu'eux-mêmes, ils sont véritablement ateurs.

2af la cravate ne vit que d*originalité et de naïveté; rimitation^ isujettissement aux règles la décolorent, la glacent, la tuent. Ce 5st ni par étude ni par travail qu'on arrive à bien ; c'est sponlémcnt, c'est d'instinct, d'inspiration que se met la cravate. Une ivate bien mise, c'est un de ces traits de génie qui se sentent, idmirent, mais ne s'analysent ni ne s'enseignent. Aussi, j'ose le •e arec toute la force de la conviction, la cravate est romantique us son essence; du jour où elle subira des règles générales, des ncipes fixes, elle aura cessé d'exister.

Et cependant, il s'est trouvé de par le monde un baron de mpesé qui a publié CArt de mettre sa cravate ! Art et cravate^

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voilà de ces mots qui hurlent de se voir accouplés. Quelle cor^^"sion d'idées, et comme on juge un homme par un pareil tr»^^^- Aussi faut-il le voir, ce baron de l'Empesé, avec son col en poin sa cravate droite comme un carton, son nœud sec et plat, lesboc^ ^ ramassés en avant et attachés avec une épingle; enfin tout ce ({; se peut imaginer de plus rococo. Et ^on livre! c'est à faire naît-T^ un ris inextinguible. Des divisions, des séparations de genres, classifications, des prohibitions, toute une législation aristotélique, un véritable code à la Boileau... Voilà comme on prépare des entraves au génie; comme on Temmaillotte des langes de la routine; comme on fournit des arguments et des textes à la médiocrité; comme on pervertirait le goût public, s'il ne se trouvait des esprits fermes pour braver de ridicules obstacles, pour marcher en avant d'un pas assuré, et maintenir la cravate dans sa liberté native et dans son éclat.

Parmi eux, nous citerons un seul exemple, qui est des plus illustres, et qu'il sera toujours honorable de suivre. M. le prince de R..., aujourd'hui archevêque et cardinal, fut longtemps la gloire de la cravate. Vous ne l'eussiez pas vu défaire, essayer, recommencer à plusieurs reprises le nœud d'une même cravate. 11 mettait dans cette partie de la toilette une ampleur, un grandiose qu'un petit esprit ne saurait comprendre. Vingt cravates étaient préparées devant lui; il en prenait une, la mettait à son cou et la nouait d'une main sûre qui ne connaissait pas l'hésitation. Le nœud lui déplaisait-il, il jetait la première cravate, en prenait une autre. Quelquefois, il en essayait jusqu'à dix, quinze, avant d'être satisfait de son œuvre; car la cravate, expression de la pensée comme le style, est souvent rebelle comme lui. Mais, quand il était parvenu à reproduire dans sa cravate ce type sans pareil qu'il avait dans l'esprit, on admirait, on s'extasiait. Son âme était passée dans le tissu léger, et s'y manifestait tout entière. On y voyait cette aisance, cette liberté d'esprit, sans laquelle il n'est pas d'originalité, et surtout cette chaleur d'âme, ce feu brûlant qui se développa plus tard en zèle religieux, et devint une vocation au cardinalat.

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