‹ Œuvres complètes. Éd définitiveChapitre 76 sur 88 · L'AMOUR · texte numérisé non relu

L'AMOUR

la terre, achetées par de cruelles angoisses, il est vrai; mais toutes les craintes passées n'ajoutent-elles pas à l'ivresse? Quel bonheur au-dessus du bonheur d'amour, de cette réalité des illusions les plus célestes? Oui, célestes, car peut-il exister un ciel sans amour?

Voilà qui est très-joli, vraiment. Mais il faut songer à revenir sur terre. Âh I ici, par exemple, ce n'est plus si ravissant. J'ai eu affaire à une demoiselle charmante. Dieu! si vous saviez comme elle est charmante ! Eh bien, voilà son papa et sa maman furieux des effets d'un cœur sensible. Il faut que je l'épouse, me crient-ils aux oreilles. Oui, et tout de suite encore! Si je refuse, son frère, militaire et brutal, veut me passer son épée au travers du corps ! Ah ! mon Dieu I mais j'ai déjà agi comme ça avec une demoiselle charmante. Elle aussi avait un frère violent, très-violent même, et j'ai épousé. Je suis déjà marié I Comment faire maintenant? Je ne puis pas me multiplier, moi; et cependant cela ne ferait pas mal, car la nature me porte à épouser toutes les ûlles, veuves ou femmes tant soit peu appétissantes, et les lois de mon pays veulent que je n*en épouse qu'une seule légalement. Je ne puis pas non plus me faire pendre par délicatesse 1 — C'était cependant ça de l'amour, du véritable amour ! . . . \

Ensuite, j'ai encore idolâtré une autre créature céleste. C'était une femme. Quels yeux ! Quelle femme! Si vous aviez vu ce pied, cette jambe, cette main ! Quel port ! quelle tête L Ah ! c'était délicieux I ravissant! à n'y pas tenir! Aussi n'y ai-je pas tenu : j'ai encore épousé... Mais elle avait déjà un mari, celle-là, et un mari tyran, intolérant encore. Enfin, j'ai été obligé de le tuer par amour pour sa femme. Jugez quel amour 1...

Ah ! je vois bien, après tout, qu'il faut en revenir à ma chère Élisa-Christine-Antoinette Coudreux. C'est ma femme. Mais ce n'est plus de l'amour par là! Il y en a eu pourtant dans un temps... Eh bien, nous le réchaufferons. Oui, c'est ça, nous le réchaufferons. Au moins, elle m'appartient, celle-ci. Elle est bien à moi : il n'y a là ni papa, ni maman, ni frère qui tiennent. Ah ! ma chère petite Élisa-Christine-A'ntoinette Coudreux! Ce souvenir me rallume; je sens de nouveau que je t'aime, que je t'adore! Ah! oui, ma foi, faisons maintenant de l'amour légal, conjugal, trivial, jovial, tout ce que tu voudras. — Ça sera original.

ESSAIS ANALYTIQUES

... Ah! poD Dieu! mais elle en fait sans moi, de l^amoor!

— Comment I perfide !... — Comment I malheureux ! — Toi, je te tuerai ! — Vous, nous nous battrons I

— Volontiers.

Et pan I je reçois un grand coup d'épée dans Testomac... Il me fait horriblement souffrir, ce maudit coup d'épée; j'en mourrai, peut-être I... Et moi, Thomme le plus doux au monde, qui ne voulais faire de mal à personne, j^ai compromis trois filles de bonne maison, j'ai éprouvé plusieurs infortunes de mauvais genre, j'ai tué trois hotames, j^ai épousé forcément un vrai diable, et je meurs trompé, con vaincu et transpercé. Ahl Dieul Tamour, l'amour! ça fait-il mal à Testomacl

Janfier 1831.

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