MÉCANISME INTELLECTUEL
DE LA MNÉMOTECHME
Employant tout pour Tons rendre sensible , Je TOUS nommais et Ninon et Yénos I J*ai dit cela, ma chère, c'est possible. Mais, aujourd'hui, je ne m'en souviens plus.
Paul db Kock.
Ah! quelle belle chose que la mémoh*e! Par son moyen, on. meuble agpréablement son organisation mentale. Elle tient lieu d'esprit, parce qu'elle met à même de prendre souvent celui des autres. Elle empêche de jamais s'ennuyer seul, parce que, en pareil cas, on pense et Ton se ressouvient. Combien c'est délicieux alors de revenir sur le passé... s'il rappelle de jolies choses I
Et dans le monde donc ! oh I c'est dans le monde qu'une bonne mémoire est surtout profitable. La moindre circonstance fournit Toccasion de raconter une historiette en variations, et, quand elle amuse, on vous sait le même gré que si vous l'aviez inventée.
Discute-t-on sur les affaires du temps, vous répétez en substance Texcellent article que vous avez lu, le matin, dans un estimable journal; vous persuadez, vous convainquez, et vous passez pour un homme fort, très- fort, même en politique.
Parle-tron de la pièce nouvelle, vous en racontez le canevas, vous en citez deux ou trois passages retenus tant bien que mal, le tout accompagné d'un jugeïnent bien irrévocable, donné d'un ton bref, les mains dans les poches et le ventre en avant, et vous passez
ESSAIS ANALYTIQUES
pour un homme aimable et surtout érudit. Les sots, dira-t-on, se laissent seuls prendre à pareille apparence; mais, comme ils sont en plus grand nombre, on est du moins assuré de la majorité — numériquement parlant. — C'est beaucoup.
11 n'est pas de malheur plus grand pour un homme du monde que de n'avoir point de mémoire. Aussi, dans ce cas, il est bon de l'exercer et de chercher à s'en créer une factice. Ceci n'est applicable qu'à une souvenance locale; mais, comme ce n'est point à dédaigner, parce qu'après tout c'est une mémoire comme une autre, il faut chercher à acquérir celle-là au moins quand la nature nous en a refusé le don. Le moyen ^d'y parvenir consiste dans les rapprochements, et c'est celui que tout le monde emploie naturellement, ceux même qui ne s'appliquent point spécialement à un travail remémoratif. Ainsi, par exemple, il arrive souvent, si l'on veut se rappeler le nom propre Chapuis, de penser tout d'abord à un chat, à un puits, et, l'image de ces deux objets se représentant à l'imagination dès qu'on a besoin dû nom, aussitôt on prononce et sans recherche Cfiapuis. Ainsi de Chavert, de Chaxiveau, et de tant d'autres noms encore qui prêtent aux rapprochements. . Cependant, dans ces exercices salutaires, il faut avoir soin d'éviter les rapprochements vicieux qui peuvent s'appliquer à toute autre dénomination, parce que, dès que besoin est du nom ou du mot nécessaire, Timaginalion, détournée de l'objet principal par l'analogie, fait prononcer un mot à peu près semblable, avant que la réflexion ait permis de s'apercevoir qu'il n'est que semblable seulement. C'est ainsi que, récemment, un des rédacteurs de la Quotidienne nommé Pigeon vit son nom transformé en celui d'un autre bipède à plumes. Un laquais le voit arriver, et, comme le drôle avait été frappé de la ressemblance de l'individu (c'est-à-dire de son nom) avec un animal, le drôle veut faire preuve de mémoire, d'Intelligence, et, sans lui demander son titre, il ouvre la porte du salon rempli d'une nombreuse société, pour annoncer à haute et intelligible voix :
— M. Poulet!...
Pour éviter toute mauvaise direction des dispositions remémoratives, on fera bien de prendre des leçons.
— Comment des leçons?