DE L'INSTITUTION RELIGIEUSE DE LA SOCIÉTÉ
Elle est née le jour où, d'une manière quelconque, la pensée de la Divinité a jailli de l'esprit d'un homme qui a pu l'annoncer, la publier, la révéler ou l'imposer à ses frères. En ce moment suprême, à la famille a succédé l'État, à l'homme l'humanité. Une vie commune a commencé entre les esprits, qui tous ont reconnu, adoré un même Esprit. Des individus jusque-là épars se sont réunis dans une même pensée; les intelligences encore vagissantes ont été pourla première fois allaitées de la même substance; dans l'ordre moral, on a connu un abri, un refuge, une hutte commune. Autour du fétiche s'est assemblée la tribu; un dieu national a enfanté la nation; Tunité religieuse a fondé l'unité politique, et de l'idée de Dieu est sortie la société toute vivante.
Si, en effet, quittant de plus en plus l'abstraction, nous recherchons les traditions, que trouvons-nous à Torigine de toutes les histoires, sinon le souvenir d'une vaste inspiration, et comme d'un grand tressaillement qui fait palpiter le cœur des peuples? partout la mémoire d'hommes élus, poètes, prophètes, voyants, prêtres, qui appelant, rassemblant, enseignant, entraînant après eux les races humaines, leur apprennent d'abord à marcher la tête haute à la face de l'univers, et résument le souvenir de toute une époque de ravissements. Chez les Grecs, Orphée; chez les Egyptiens, Hermès; chez les Persans, Zoroastre; * chez les Indiens, Manou; chez les Hébreux, Moïse. Tous reçoivent la loi écrite sur la pierre sacrée : même les plus égarés écoutent en naissant la révélation de Dieu par la voix de l'univers. H n*en est pas un seul dont l'occupation ne soit de saisir, d'interpréter cette parole que l'Eternel prononce dans la création, encore émue de sa présence. On se les dépeint au milieu d'une nature froide, avare, où leur premier soin fut de se défendre contre ses
outrages. Mais que dans la mérité il en lut autrement ! La nature somptueuse de TOrient les accueillit dans un jour de fête ; le premier soleil les vêtit de son rayon de pourpre. Vous ne parlez que d'inventeurs d*arls mécaniques, de constructeurs de huttes de feuillage, d'équarrisseurs de troncs d'arbres, de ciseleurs de haches de pierre; et moi, je ne trouve partout que des prophètes, des poètes, des voyants, des prêtres, c'est-à-dire des hommes qui étaient en même temps les instituteurs, les juges et les artistes de leurs temps.
Voulez-vous savoir quelle était-la source de l'inspiration de ces maîtres du genre humain? Chassez loin de vous les pensées de nos jours, et cette source intarissable jaillira de nouveau; car ils puisaient leur science dans le ravissement que leur causait la création encore no.uvelle. La première révélation qui s'est faite pour les Gentils comme pour les Hébreux se manifestait par l'organe de la nature ; elle était le trépied ; le genre humain était le prêtre. Aujourd'hui qu'après l'avoir asservie nous avons perdu toute sympathie pour son enseignement, elle se tait; ou quand elle parle encore, nous ne l'entendons plus, tant le bruit que nous faisons dans le monde occupe nos oreilles. Au lieu que dans ces temps lointains, elle était pour Thomme le livre de la loi, l'Evangile cosmogonique, ' qui, toujours ouvert, était toujours feuilleté par les premiers prophètes. Ils y épelaient à haute voix les grandes lettres de la loi souveraine. Us allaient recueillir les traces de leur Dieu dans son œuvre à peine échappée de ses mains, écoutant toutes les voix de la terre et du ciel, comme le dernier écho de la parole encore frémissante de la Genèse. Les peuples aussi sentaient ce travail de la création continuer en eux-mêmes, et ils étaient ravis et transportés. Déjà le soleil immaculé des premiers jours a