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COMMENT LA TRADITION ORIENTALE A ÉTÉ PERDUE ET RETROUVÉE

Toute révélation vient d'Orient, et, transmise à l'Occident, s'appelle tradition. L'Asie a les prophètes; l'Europe a les docteurs; tantôt ces deux mondes, échos de la même parole, ont entre eux un même esprit; ils s'attirent, ils se confirment l'un l'autre, et gardent le souvenir de la filiation commune; tantôt leurs génies se repoussent comme deux sectes; leurs rivages semblent se fuir, du moins ils s'oublient, pour se retrouver et se confondre plus tard; et jamais l'accord ne se rétablit entre l'un et l'autre que de cette harmonie ne naisse avec un dogme nouveau, pour ainsi dire, un dieu nouveau; en sorte que le tableau de ces alternatives d'alliance et de séparation, d'unité et de schisme, est aussi celui des époques principales de la vie religieuse et de la tradition universelle.

Le livre le plus occidental de l'Orient, la Bible, fait à peine mention de la haute Asie. L'horizon du peuple hébreu ne s'étend pas au delà de la Mésopotamie; tout au

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plus, par intervalles, touche-t-il à la Baclriane; les Indiens et les Hébreux ont vécu cachés, les uns aux autres, dans une solitude claustrale. Us ne se connaissent pas. Ils appartiennent à une lignée différente. D'ailleurs, le peuple de Moïse a bientôt retrouvé ses titres avec sa généalogie. Il est le fils de Jéhovah, le premier-né du Très- Haut. Il vit dans la demeure de l'Éternel. Qu'a-t-il besoin de s'inquiéler davantage de son passé et de chercher plus loin ses origines?

Au contraire, les dieux helléniques étant nés de la première union de l'Occident et du haut Orient, il semble que la Grèce aurait dû, mieux qu'une autre, entretenir le souvenir de sa filiation. Pourtant il n'en fut rien. La Grèce conserva, sans savoir d'où ils venaient, le fond des dogmes asiatiques. De là tout le caractère de cette société. En naissant, la mémoire déjà obsédée de traditions qui lui ont été transmises à son insu , elle s'étonne d'ellemême ; elle cherche d'où viennent , avec sa parole déjà achevée, ses dieux tout-pUissants dès le berceau. Bientôt elle se persuade qu'elle seule dans le monde a tout inventé, imaginé, créé; comme elle remarque surtout d'étonnantes ressemblances entre ses dogmes et ceux du Nil ou de l'Euphrate , elle croit sincèrement que l'Asie lui a pris ses idoles, que la terre entière ne pense, ne vit, ne respire que par cette âme légère qu'elle s'imagine dispenser à toutes choses. Dans la suite de son histoire , elle ressemble à la statue de Pygmalion, qui s'anime de la vie du sculpteur lui-même. La Grèce, comme Galatée, est descendue de son piédestal de marbre, pour s'approcher des objets qui l'entourent. D'abord, elle rencontre l'Egypte et ses rehgions, puis, sans s'étonner, elle dit en souriant : C'est moi. Plus tard elle touche la Perse; elle voit de près le grand culte du soleil, au temps de Xéno-

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