‹ Œuvres complètesChapitre 34 sur 67 · DES RELIGIONS DE BABYLONE ET DE PHÉNICIE · texte numérisé non relu

DES RELIGIONS DE BABYLONE ET DE PHÉNICIE

vant ce même culte en Chaldée, vous diriez que, dans rintervalle, les dieux enfants sont entrés avec la nature elle-même dans leur âge de puberté. Le désir* est né; il a grandi dans le sein du Seigneur, quelque nom qu'on lui donne", Bel, Baal, Adonaï. F/amour divin s'insinuant dans les mondes, la terre a quitté sa robe d'innocence. L'univers, qui dans les premiers Védas n'avait, pour ainsi dire, aucune expression distincte, s'anime; il se remplit de pensées brûlantes. Les étoiles qui, à l'écho des hymnes, se levaient sans désirs, laissent désormais tomber des rayons intelligents sur la face des choses. Au lieu de Tancienne nuit assoupie sous les froides lueurs des Gémeaux ou des Asvins, la nuit amoureuse implore les caresses du jour. La tiède aurore du Big-Véda, sans parfum, sans âme, s est changée en une vierge nubile qui convoite l'amant éternel. Son sein se gonfle avec la courbe des nues et des montagnes. De sa ceinture dénouée tombent les moissons mûries. Quoi de plus? Tenfance dii monde est passée. L'ardente jeunesse s'annonce par le cri de volupté qui s'échappe de Babylone. Dans ses rites brûlants, où s'étalent les mystères de Tenfantement et de la maternité, la grande courtisane des mondes, la nature déployée célèbre ses fiançailles avec le seigneur soleil ^. Assise* sur un lion hérissé, un diadème de tours sur sa tête, à son cou des pierreries qui reluisent de la lumière des étoiles, elle se précipite çà et là, semant partout

* TLôOoi. PIhÏ- ByJ)l., ap. Euseb., Prîep. ev„ lib. I, c. x.

* Domino Baali solari, r^n Syi» Régi œtcrno, qui exaudivit voces Hicembalis. iEternus rcx Baal. Inscriptions phéniciennes, puniques. Voy. Palxoifraphmhe Studien ub^ Phcemzmhe une PunUche Sckiift, von Gesenius, 1835, p. 76, 80.

' Dominœ nostne Tbolalh (Artemidi s. Mylittœ], ei Domino nostro, hëro nostro, Baali solari. [Gesenias, p. 62.)

* Lucian., de Deâ Syriâ, p. 675, 682. — Cf. Selden, de DHs Syris. Syntagm., n, p. 130, 249. — Mfinter, fielifffon der Kartager, taf. i, p. 167.

266 DES REU6IOI4S DE L'ASIE OGGIDENTALE.

dans la saison de vie la cnielle volupté qui la dévore. Emportée par les caravanes^, son chemin est frayé parle commerce. A Fextrémité de chacune des grandes voies de communication s'élève son temple, de manière que tous les sentiers semblent ramener à elle. Partout où s'étale rindustrie, on retrouve Tamoureuse avec l'immortel amant. Mylitta et Thammuz^ à Babylone; Astarté et Adonis en Phénicie, à Carthage; Cybèle et Attis en Phrygie; toujours le même couple, le mariage du ciel et de la terre', la fête de la conception de la mère de toutes choses à l'approche de Pété ; toujours le même deuil, les mêmes transports pour le soleil* perdu et dévoré' par la dent des hivers, retrouve au printemps; toujours le dieu mort, enseveli' dans le sépulcre et ressuscité de son e^vaire dans des pâques effrénées. Le commerce de luxe des iSabyloniens, en répandant ça et là les pierreries, les perles du golfe Persique, les parfums et l'encens de PArabie, les tapis de Chaldée plus doux que le sommeW^, était une sorte de rite religieux qui ornait le sein de la terre. Que faisaient les Phéniciens lorsqu'ils déployaient de rivage en rivage la pourpre de Tyr ? Ils embellissaient le manteau de la grande mère des montagnes ; et ces villes industrieuses, Tyr, Sidon, Carthage, Smyme, assises au bord de la mer, étaient autant de desservantes conti-

* Isaïe, xLVi, 7; lx, 6. — Diod. Sic, lib. II, 99.

* Ezécbiel, vui, 15. ^ Hérod., Hb. I, 199. 'Ewtxa^iéw rot r^v Otbv Mw- XirroL.

^ Dans le Rig-Vedaj Pita Dyauh, mata prithivi. Pater cœlus, mater terra, p. 175. — Diod. Sic, lib. I, p. 41.

* Adonim, Attinem, Osirin et Horum, aliiDi non esse quam solem. (Macrobe, Satum., c xxi.)

^ Hiems veluti tuUius est solis. (Ibid.y p. 255/ — Cf. Mânter, Babylûwer, p. 24.

6 Eusèbe, Prxp. ev., lib. H, p. 58.

"' MaAocxtiST</9o< uTtvù*. (Théocrite, idylle xiii.)

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