C8 DES RELIGIONS DE L'ASIE OCCIDENTALE
nilé, loin de vouloir le détruire; ils efléminaient son culte; ils ne le reniaient' pas ^; ils lui amenaient dans son temple* sa compagne, son épouse attendue. C'était une alliance offerte à Jéhovah pour sortir de Téternel veuvage; d'autant mieux que la déesse phénicienne parlait la même langue que lui, qu'elle était lumière comme lui; que, descendue de Chaldée, elle avait la même origine; qu'au milieu de Tarmée des cieux, elle semblait, à plusieurs égards, le reflet de l'ancien astre* de Jacob; qu'ainsi, tout expliquait, consacrait à l'œil des sens leurs épousailles. Mais le Dieu dé Joseph repoussa obstinément la céleste Putiphar; il ne devait avoir d'autre épouse que l'Église mystique du moyen âge.
Voilà donc, après que chacun des sentiments de l'enfance a été épuisé, terreur, respect, ravissement, l'homme épris d'un amour délirant pour l'infini* sous la forme de la nature. 11 ne peut s'en dédire. Ce n'est plus là une croyance nourrie de lait et de miel; c'est le breuvage de Phèdre. Ce sont les marques du désir déchaîné pour la vierge folle qui vit et respire en toutes choses. Souvent il se lasse de n'embrasser que les membres froids de la déesse d'or ou d'argent au fond du sanctuaire : il voudrait posséder la déesse elle-même palpitante sous son étreinte mortelle. Les yeux hagards, saisi de vertige ', il se préci-
* Ils servaient l'Éternel, cl en même temps ils servaient leurs dieux. (Il nois, XVII, 32.)
* Il Chromques, xxxiii, 15.
'' Suivant le prophète Amos, les Israélites dans le désert adoraient les planètes. Amos, v. 25, 20.
* ÏAwrèce, ii, v. 615.
'* Adiitque opaca sylvis redimita loca Deœ ;
Stimulatus ubi furenti rabie, vagus animî...
Catull., Atys, v. 3 — Lucian. Oper., de Deâ Syriâ, i. II, p. 682. — Clem. Alex., ap. Euseb., lib. II, p. 65. — Selden, de Dits Syrie. SyrUag., p. 280. — Crmizer, Symb., trad., t. ï, 2« partie, p. 59.