LÀ MTURË ET LES RUINES
daure, des bosquets de myrte ont ^aiidi à travers les interstices des degrés. Au moindre souffle, ils murmurent ain^i qu'une assemblée de spectateurs. Mais, au-dessus de ces.débriS) au^essus des vallées, des plaines, s'élèvent les principaux des temples sur les cimes les plus hautes qui leur servent de piédestal. La plupart des sommets étaient marqués ainsi par des sanctuaires qui, à de longues distances, se regardaient les uns les autres à travers les escarpements des vallées et des golfes. A leur pied s'amassaient les tempêtes de la nature, celles des hommes, qu'ils pa^ raissaient régir du haut des deux immuables. Les terrasses des colline^ éternellement purifiées par les sources sacrées, formaient autant de degrés pour monter jusqu'à Tenceinte. Au lieu d'être ensevelis sous des boulevards comme ceux d'Egypte, ils provoquaient au loin les regards de chaque créature vivante. Tout dans l'horizon s'accordait avec eux : l'azur du ciel, des golfes, des cimes lointaines avec l'azur d^ frises, des corniehes peintes; la ligne horizontale des montagnes, des promont<Hres, des mers avec la ligna de l'architecture qui se prolongeait à riniini; et ces monuments de l'art, bâtis sur le plan de la contrée tout entière, faisaient en quelque manière partie de rédifice de la nature, achevée, couronnée par l'esprit et par la main de Thomme. Quand ils s'élèvent dans les villes, ils montrent encore à nu l'esprit démocratique des religions grecques; car le sanctuaire n'a plus rien de l'aspect redoutable de ceux d'Egypte ; il a remplacé la terreur parla grâce. Ces salles, ces cours, ces pylônes, qui protégeaient le mystère dans la vallée du Nil, disparaissent en Occident^ Trois degrés seulement le séparentde la foule. Le dogme est désormais au grand jour. Sans barrière , comment se dérobera-t*il à la curiosité de l'esprit athénien? Le temple grec est celui d'un peuple qui étale ses
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dieux sur la place publique pour les examiner à toute heure, le» interroger, les juger et les détruire \
Chaque partie de la Grèce a d'ailleurs conservé son caractère propre dans ses ruines. Gomme la divine Niobé, au milieu de ses flUes renversées sous les flèches invisibles, Athènes est demeurée radieuse dans sa misère. Toute mutilée, eUe sourit dans les métopes du Parthénon, au lieu que rien n'égale la nudité de Sparte. Thucydide * avait annoncé qu'elle ne laisserait que de misérables débris, dans lesquels il serait impossible de la reconnaître. Je tiens cette prophétie pour accomplie. La place de la ville de Lycurgue n'est marquée que par un sol foulé, nivelé sous les pas de ses lutteurs. Elle ne s'est point préparé comme Athènes un tombeau éternel ; si toutes les villes grecques l'eussent imitée, il ne serait resté aucun vestige de cette civilisation. Ge peuple silencieux est mort sans faste. Son monument était la cité, la loi, la patrie. Sparte morte, que faisait l'avenir aux Spai*tiates, et qu'auraient pu des débris de murailles, des ciselures, des bas-reliefs, pour les consoler de leur chute? Tous les monuments funèbres rassemblés dans le même lieu, les tombeaux, les urnes, les sarcophages^ ne parleraient pas si haut que le champ où.croli l'herbe sauvage du Palœo*Chorio. Sparte a laissé la vanité des ruines à sa rivale, Messène, la ville des esclaves. Là un peuple de laboureurs et de serfs a semé en abondance ses fûts de colonnes, gerbes de marbre qui jaunissent encore au milieu du sillon.
En Italie, les ruines du polythéisme sont presque toutes devenvies des monuments chrétiens. Les pierres même se sont repenties ; elles demandent grâce pour la sensua*
^ Le temple grec, transporlc en Asie, y subit Tiaflueuce orieuiale. Y. Tcissier.
LA NàTUfiE KT LES RUINES. 321
liic romaine, lie Panthéon enipie sous la croix la splendeur passée du Paganisme. Au contraire, en Grèce, tout est resté païen. Le Dieu de saint Paul n'a pu convertir les temples au culte nouveau. Sous leur ombre s'inclinent obseurtoient les petites églises du Christianisme. Elles sont déjà délabrées, pendant que les colonnes profanes sont revêtues d'une éternelle jeunesse; comme si sur cette ten'e légère aucun autre culte ne pouvait s'enraciner que cehii de la beauté visible. Quand, loin des villes, sur les sommets déserts, vous voyez encore debout, au lieu de la croix, les colonnes des sanctuaires, il semble que les anciens dieux soient restés possesseurs légitimes de cette nature rebelle. On dirait, au premier rayon du jour, que leur cortège va reparahre dans les bois d'oliviers ; du fond de la mer s'élève une haleine ambroi* sienne, comme celle des divinités rassasiées de nectar. Au lieu des tristes Maremmes de la campagne de Rome, la nalure athénienne s'orne encore pour des jeux olympiques. Le soleil levant redore les chapiteaux de Némée; on entend le chœur * altéré des cigales, sur les parvis de la Cella, appeler Jupiter Pluvieux; l'hymne des dieux souterrains s'exhale des voûtes même des chapelles byzantines qui, formées de tronçons de sculptures païennes, semblent n'être converties qu'à^ demi à ia pensée du Christianisme.
* Tw Tfiv TiTTtywv xo/»<?' (Wato», Phœdr., p. 2S6 1
LES RBUGIONS GBE:GÛU£.s.
LE DIVIN DANS L HUMANITÉ. — I^ES RELIGIONS GBECQirES . DAMS LEUR RAPPORT AVEC LA POÉSIE ET LES ARTS.
Le dieu du Paganisme ne s'est encore montré que dans la nature. Après avoir, en quelque manière, épuisé tons les mondes, l'homme s'avise un jour de le cherdier en lui-même. Cet infini quMl embrassait dans la face des déserts, il le retrouve dans l'harmonie des traits de «on visage; il reconnaît dans les proportions de son corps le type de la beauté étalée dans le reste des choses. C'est un hiéroglyphe pensant qui veut déchiffrer son mystère. De ses yeux jaiHit un feu plus pur que celui des branches de myrte offertes en sacrifice ; en se multipliant, le bruit des sociétés couvre pour lui le bruit des éléments ; au. lieu de s'effacer devant la majesté de l'univers, il s'écrie avec la pythie, en sentant son cœur battre : « Voici, voici le Bieu. » Il devient la mesure*, la règle, le terme de tout; eW le premier pas du Paganisme au*devant de la révélation du Dieu fait homme.
Les religions orientales achevant de s'expliquer par leur chute, il faut savoir ce qu'en a fait le génie de la Grèce. A^ant Homère, c'est à peine si elle existe; après Alexandre, elle cesse d'être; par delà ces limites, qui la renrerment comme un char dans le cirque, elle dépend de l'Asie ; mais dans cet intervalle, adoptant tout pour tout changer, elle combat, elle ruine l'Orient par la peu* sée autant que par Tépée.
• IMato, de Ug.y IV, p. 7U>. — Tlietet.y p. 192. UzvTijv yjyr,ii.ir<»v fxizfià'* avOjowicoy alvac — Frocli ItMUutio tfteolûgica^ p. iTl.