LE DIVIN DANS L'HUMANITÉ
yeux, toucher de ses mains, le marbre de ces images qui peuvent encore être sacrées pour nous, si nous savons y voir une expression du beau, immuable comme une vérité mathématique. On ne demande pas si elle est païenne ou chrétienne; elle est belle, elle est vraie, elle appartient à FÉterncl.
LiBs dieux de Phidias concilient tout ensemble les traits de l'homme et la face inaltérable de la nature ; la sérénité des cieux d'azur qui n'ont encore été troublés par aucune tempête, le calme des océans au premier jour du monde, habitent dans leur poitrine. On dirait que l'âme de l'univers rayonne sur leurs fronts impassibles, et que sans désirs ils se repaissent intérieurement de la méditation des lois immuables des êtres. Au contraire, depuis celte époque de l'art, ils subissent de plus en plus le joug des passions, des idées sociales*, jusqu'à ce qu'enfin dans les derniers temps l'homme ait tout envahi, et qu'il ne reste plus rien du dieu. Scopas et Praxitèle succèdent à Phidias ; ce changement est marqué par les groupes de Niobé; le calme antique des Olympiens fait place à une douleur inguérissable. Les lèvres qui ne connaissaient que l'ambroisie et le doux breuvage de la voie lactée apprennent à goûter les poisons de la terre. Braxitèlc est suivi par Lysippe et l'école de Rhodes; la Niobé, par l'Hercule Farnèse et le Laocoon. Qui oserait médire de cette statuaire? Elle semblerait parfaite si l'on ne connaissait pas celle qui l'a précédée ; mais qu'il y a loin déjà de cette beauté un peu thé«ntrale dans sa magnificence, qui d'ailleurs se connaît et s'admire, à cet art souverain qui n'exprimait que les pensées éternelles î C'est la différence d'Eu-
* Quatrcmère de Quincy, JupUef Olympien, 526. — Ot. Mtiller, Hand- Imch der An^œologie der Kunst, p. 107, 112. 459, 462, 495.
330 LES BËLIGJONS GRECQUES.
ripide à Sophocle. Peu à peu la Vénas austère des premiers temps se change en la Vénus de Médieis. Âutrefok elle régnait dans son sévère empire par sa seule beauté; maintenant elle a besoin de sourire pour enchanter le monde. Si les formes sont encore parfaites, qui ne voit que l'empreinte de la divinité s'efface? C'est à peine si vous sentez encore . le souffle des choses sacrées. Au lieu de l'amour incorruptible qui surgissait de la première écume des flots, c'est une vierge occupée des désii*s des femmes de Cos ou de Gnide. La Grèce pieuse de liliUiade est devenue une Grèce voluptueuse qui met, au lieu des hymnes du sanctuaire, les chansons d'Alcibiade sur les lèvres de sa déesse. Enfin Alexandre, en se faisant le Dieu, le Jupitet' foudroyant ^ des sculpteurs, imprime à Part tm dernier caractère. Descendue pour toujours de la région des anciennes croyances, la sculpture sert à l'apothéose des rois, des empereurs. Prenant à la lettre la doi^rine d'Évhémère*, elle se fait la courtisane des dieux politiques; elle avait commencé dam le ciel par les flgures de Phidias, unissant la gravité des religions ori^tales au sentiment de personnalité qui éclate dans celles de l'Occident ; elle finit par l'apothéose du favori d'Adrien.