VI
* Peregrino» deos transUilimus Romoin et instituimus novos. (Tit. Liv., V, 52.)
chacun de ses triomphes, et les maîtres du monde employer un génie prodigieux à s'anéantir par leurs victoires mêmes.
Assurément, c'était une chose habile, en apparence, que de se faire des cultes ennemis autant de complices. Les Dieux indigènes, dans le CapitoleS sont toujours prêts à se retirer pour faire place aux Dieux étrangers. Mais voyez les suites. Faute d'avoir pu asseoir leurs conquêtes sur la souveraineté religieuse, et la Cité siir le fondement d'un culte national, les Romains engloutissent d'immenses empires sans pouvoir combler jainais le vide intérieur de la Cité. Plus ils s'assujettissent de peuples, plus eux-mêmes deviennent dépendants des cultes, des Religions et de l'esprit de l'étranger. Ils se donnent pour mission de commander au monde ; le résultat de chaque victoire est, au contraire, de diminuer l'esprit romain, et de faire entrer dans Rome une âme hostile. (]e vide religieux est le gouffre qu'aucun Curtius n'était capable de combler; il fallut que tout l'univers allât s'y abîmer.
Tous ces Dieux que l'Aristocratie romaine fait entrer dans son Panthéon, c'est le cheval de bois dans les murs des Troyens. A la fin, l'ennemi sort de cette savante machine; l'ancienne cité est renversée.
Car ces Religions étrangères, C'était bien l'âme, la pensée, le génie national, Tespérance éternelle des Étrangers; où était leur Dieu, là était leur droit. Et comment renoncer pour toujours à la vie sociale, comment se croire irrévocablement perdu, quand on voyait le principe même de l'Espérance et de la vie couronné dans le Panthéon romain? Comment les Étrusques, dont les Augures triom-
* In GapiioKo «ninn Deonim omnium simiiUcra colehantur. (Serv., ad Atn., n.)
nOME ET LE MONDE. 575
phaient c|au8 Rome, auraient-ils pu se résigner à l'anéantissement? Cela était impossible. Ils ne laissèrent pas de repos à Rome qu'ils n'eussent obtenu Tégalité sociale dans la Cité^ à la suite de leurs Dieux. C'est ce qui arrira aux OsqueSy aux Sabins. Qui n'eût cru ces peuples noyés dans leur sang! Tout au contraire, la campagne terminée et leur jiile rasée, ces« suppliants demandent quoi? le pardon, le repos, la paix, la vie au prix de l'esclavage? Non, les avantages du trioïnphe, c'est-à-dire l'égalité avec les vainqueurs. Ciela est plus frappant encore chez les Sananites. A peine la hache de Sjlla s'est reposée, Tesprit des morts est debout; le massacre de tout le peuple samnite ne peut empêcher le Samnium de conquérir le droit de Cité. Qu'est-ce donc que cette histoire, où toujours les vaincus triomphent des vainqueurs *?
La iKérité est que les Romains, qui ont tant détruit, ont ignoré l'art de l'eixterminatiott morale, la seule qui fasse mourir. Leur matérialisme ou leurindifférence les trompa. Persuadés qu'il suffisait de briser les corps, ils ne voulurent combattre que des forces physiques. Ils s'épargnèrent ainsi la moitié de la lutte; mais ils ne se donnèrent qu'une moitié de victoire. Les Tarentins s' étant avisés de sculpter, les statues de leurs Dieux dans l'attitude de combaUaots% Fabius n'osa pr^dre sur lui de les enlever; il jugea prudent de laisser chez l'ennemi des Divinités si irritées, qu'elles semblaient lutter encore.
Jamais ils n'ont su où frapper le coup mortel pour tuer un esprit, un être moral tel qu'un peuple, et s'assurer
^ Les Italiotes préfèrent le droit de cité à la propriété de h terre. (App., Civ., I.)
* App., Cw., I, 61.
^ In modo pugnantium formati; deos irafos Tarentinis relinqui jussil. (Tit. Liv., XXVII, iC.)
376 LES REUGIOKS ROMAINES.
contre les représailleB. Malgré le déluge de sang qu^ils ont versé, c'est à peine s'ils ont su se débarrasser d'un seul de leurs ennemis. J'en excepte Carthage, la seule dont ils aient rejeté le joug moral, en rejetant ses rites insociables. Mais partout ailleurs dsms leurs conquêtes, ce ne sont que révoltes, soulèvements ; après de nouvelles victoires, nouvelles exigences des vaincus. Toujours les Dieux triomphants dans le Panthéon romain tendent la main à leurs peuples et les relèvent. Au retour de ses victoires, Scipion rencontre dans le Forum les peuples qu'il croyait avoir exterminés ; on connaît sa réponse à ses interrupteurs : c< Ceux que j'ai amenés ici endiainés ne me feront pas « peur, depuis qu'ils sont souverains. »
Us n'ont pu même régner en paix sur l'Esclave, parce qu'ils n'ont pu Tannuler moralement, ni lui ôter ses autels, ses dieux mânes serviles *■ et son jour de saturnales*. Aussi l'esclave, partout ailleurs si muet, si complaisant, ne cesse de se souvenir chez eux qu'il est homme; il s'agite, il conspire; à l'abri de la déesse de Syrie, il les inquiète presque autant que le monde des honmies libres.
Même après la guerre sociale, c'est-à-dire, après des siècles de carnage, les historiens ne savent conunent la conscience de la vie sociale a pu survivre à tant de meurtres. Dans l'embarras d'expliquer une pareille impossibilité de mourir, et ne voyant pas que l'âme des nations subjuguées se conserve et se perpétue avec le Dieu national, ils prennent le parti de nier les faits^ les traités les plus certains.
Il en est de même de la promptitude que tant de peu-
* Diis manibus servilibus. [Varr. L., L. V, p. 51.)
* Macrob., Satum., I, iO.
pies mirent à se confondre dans une même cité. Celte intime alliance d'hommes si divers par la race, par la langue, reste, en effet, incroyable \ si l'on n'y joint Tidée de l'alliance intime des cultes dans le Panthéon romain. Mais, cette unité de religion une fois reconnue, quoi de moins extraordinaire que Tunité sociale des populations? C'est le contraire qui serait une énigme.
Ce n'était point ainsi que les Orientaux s'assuraient la possession tranquille de leurs conquêtes. Avec moins de meurtres peut-être, ils ont infiniment plus détruit; et oe qu'ils détruisent ne se relève pas. C'est qa*ils commencent par dégrader les croyances des vaincus, c'està-dirOj par les dompter jusque dans la conscience. Et^ chez eux, le plus souvent, un seul coup suffisait, parce qu'ils savaient où est le point ^ital. C'est là qu'ils frappaient ; une large blessure faite au Dieu ennemi dispen-^ sait de renouveler trop souvent la lutte. Avec le culte dé^ gradé, tombait de toute sa hauteur le peuple au rang d'une caste sans mémoire, sans conscience. Le vaincu reste enseveli vivant sous la chute de son Dieu; après cela, le ^ilence se fait pour des milliers d'années. Nulle tentative de représailles de la part de ceux qui ont reçu ces sortes de blessures.
Quand je vois, un homme tel qu'Annibal ne pouvoir entraîner dans sa cause un seul des peuples de l'Italie, je ne puis m'empècher de croire qu'il a trouvé dans les religions insociables de Carthage un obstaéle invineible à l'alliance. Le culte anthropophage de Baal, déjà rejeté par la conscience de l'Occident, c'était, sans doute, ce qu'il appelait avec amertume la fortune de Carthage.
* Dissimili lin gna, alii alio more vivenles, incredibile memoratu est quam facile coaluerint. (Sali., CaiH., Vï.)
578 r.ES RELIGIONS ROMAINES.
Une chose peut surprendre : c'est que Taristocratie romaine ait été si lente à s'aperceyoir que la constitution religieuse, se transformant par l'introduction des cultes étrangers, transformait aussi la constitution politique et sociale. Des Rois aux Consuls, des Consuls aux Décemvirs, des Décemvirs à Sylla, Taristocratie a toujours poursuivi le même but, sans oser s'arrêter à la seule mesure décisive qui pût la faire réussir. Dans le vrai, elle se proposait deux choses contradictoires : d'un côté, elle voulait imposer à la société romaine l'immutabilité sociale des peu^ pies de rOrient; de l'autre, pour agrandir l'empire par les conquêtes, elle consacrait le principe même des changements dans les nouveautés religieuses : c'est ce qui la perdit. Que servait de proscrire des races entières, si Ton n'osait proscrire leurs Dieux? C'est la même faute, ou plutôt la même nécessité qui pèse sur les aristocraties modernes, lorsque, se proposant de conserver le passé, elles n'osent abolir la liberté de conscience, qui est la négation même de c« passé.
Pendant les guerres civiles, la force de la passion semble avoir éclairé un moment tous les partis^ ; il n'y a pas alors une révolution politique qui ne s'appuie sur une révolution religieuse.
Le parti de Marins fit, pour asseoir la Démocratie, une chose nouvelle et parfaitement raisonnable ; il porta la Démocratie dans la religion, en donnant au peuple le droit de nommer les prêtres.
Sylla fit le contraire : il abolit la loi de Marins; il rendit au collège des prêtres le droit d'élection. Je ne sais pourquoi l'on ne parle pas davantage de cette contre-révolu-
* Cic, II, de Ug. Agr., VII. — Vell. Paterc, II, 12. — Sueion., Nero, 2. — Dio. Cassius, XXXVll, 37. — Sigon., de antiq. Jur, àv. Rom., h 19.
miHm ET LR WÔNDE. 379
tîon dans le sacerdoce ; elle fut la base de tout le système de Sytta.
Ce n*ctait, au reste, qu'une demi-mesure; elle n'allait pas jusqu'à étouffer dans l'âme le droit des plébéiens, et leur ôter l'espoir. Aussi fut-elle effacée îau premier souffle contraire, et le droit du peuple rétabli dans la religion, sitôt que la Démocratie reparut avec César.
La logique de Sjila est plus apparente qiie réelle. En vain il ^rgearit les Athéniens ; coînment aurait-il vaincu l'esprit de nouveauté grecque? Il pillait, il est vrai, le temple de Delphes; mais il emportait*,- du butin, la statuette nationale du Dieu des Grecs^ et c'est lui qu'il «dorait sit6l que venait le moment du pétri! . I/e restaurateur du vieux génie* romain n*oubliait que les Dieux romains.
. Puisqu'il voulait réttihlir la vieille constitution de l'Aristoeratia^ que n'iBiposail-^il ce qui en était la condition? qiie ne refusait^ii ;dti peuple. les autek plébéiens? que ne lui;retranchait-il, avec ses vingt-quatre haches, le droit usurpé des auspices? Iqui lui eût rériisté? C'était le seul moyen, ^i\ eût réussi, d'arrêter <^-ou^t la Démocratie et de rémener le- torrent à 'sri source. Mais Sylla n'osa pas; au milieu de tant d'exterminations, il ne paraît pas qu'il ait jamais, songé à couper la:têle doThydre. Il abattit tout ce que le bras: pouvait atteindre ; mais il ne frappa jamais un seul esprit ; il crut, qu'il pourrait noyer dans le sang la nouvelle société, et il ne tenta pas même de lui interdire ses rites.. Le même homme qui ne recula devant aucun meurtre trembla devant les Divinités plébéiennes. Alors tonl fut dit ; il resta évident que son œuvre de restauration ne serait qu'une œuvre de sang.
* Plut., Sylla, 62.
380 LES RELIOIOKS BOMAIHES.
A peine a-t-il passé, tous ceux qu'il avait anéantis reparaissent. Les proscrits deviennent proscripteurs ; les morts tuent les vivants. Car, dans les t^oops corrompus qui précèdent la chute des sociétés, la mort joue un grand rôle ; c'est la seule divinité que les hommes prennent encore au sérieux ; et si vous les délivrez trop aisément de cette crainte, aussitôt ils vous méprisent.
Au reste, rien de plus rare dans tous les partis que la hardiesse de Tesprit jointe à la hardiesse du caractère. Peu d'hommes osent ce qu'il faudrait pour surmonter un péril mortel ! Une seule chose pourrait sauver Catilina ; c'est la seule qu'il n'osera pas : armer les esclaves.
Toutefois les patriciens ne périrent pas sans aiioir eu le pressentiment que, pour conserver l'ancienne société, il fallait se débarrasser des cultes nouveaux. Mais celte pensée que la force des choses révélait par intervalles ne prit jamais chez eux l'autorité de l'évklence. Après un effort d'un moment, ils rouvrent leurs portes à des puis» sances qui, après tout, n'étaient depuis longtemps que des superstitions illusoires pour les classes élevées. Le peu de prix qu'elles mettaient à leur religion fit qu'elles se laissèrent envahir par les religions des autres; après avoir été dupes de leur terreur, elles le furent de leur inditTérence. Au commencement, la noblesse avait trop de peur des Dieux étrangers pour oser les proscrire* ; quand elle cessa de les craindre, il était trop tard pour les chasser.
C'est ainsi qu'ils évitèrent de se brouiller avec aucun des trente mille Dieux de l'antiquité, tant qu'ils en craignirent un seul. Mais dès qu'ils cessèrent de croire à leur
* Le sénat défendit les réunions nombreuses dans les Bncchanales ; il n'osa interdire le culte.
religion, ils no craignirent plus de réprimer celles qui les contrariaient. C'est seulement dans les temps d'incrédulité, sous les empereurs, qu'ils eurent le courage d'esprit de proscrire le culte des Juifs*, celui de Sérapis et des Druides ; en sorte que chez eux c'est la foi qui fut tolérante et l'incrédulité qui fut exclusive. On en vit bien la preuve* quand il fallut renverser, sur l'ordre du sénat, le temple égyptien de Sérapis. Les ouvriers romains n'osaient mettre la main à l'œuvre ; ils croyaient déjà entendre les aboiements d'Anubis dans le sanctuaire; il fallut qu'un esprit fort donnât le premier coup de marteau.
C'est que ces hommes si intrépides pour verser le sang fiirent longtemps les plus timides de tous dans le monde des Esprits. De Virgile jusqu'à Stace, il n'y a qu'une voix là-dessus. L'accent * de Lucrèce perce les murailles des temples ; c'est le cri d'une âme qui étouffait sous la terreur, dans l'enceinte d'un monde de convention, et qui soudainement se trouve libre dans l'infini. Plus je considère les témoignages de l'antiquité, plus je m'assure que le fond de la religion d'un Romain était la peur de l'univers intelligible. Ses Dieux lui ont été révélés par la foudre; il est resté, l'esprit courbé et lié* sous le poids de la menace. Voilà pourquoi, dans cette sorte de panique spirituelle qui ne distingue rien, ne mesure rien, il adore sans choix toutes les puissances dont il entend parler, les méchantes autant que les bonnes, la mauvaise Fortune,
* Pompée, en entrant dans Jérusalem, avait respecté le temple. Yoy. Ck,y proFlacco, 28.
« Valer.Max., Ifm.. f, 3.
' Diffugiunt animi terrores, mœnia mundi discedunt. [De Rer. nat.)
* l^a définition de Servius est assez claire. « La religion, c'est-à>dire, la « crainte, est ainsi nommée parce qn'elle lie Fesprit. » Religio, id est mctus. Ab eo quod mentem religet, dicta religio. (Ad Mneid.y Vill, p. 1319.)
082 I.ES lŒLIGlONS ROMAINES.
la Fièvre *, la déesse des Cloaques, et la Terreur ellemême. Je lis sur le tombeau d'un Scipion qu'il a dédié des temples aux Tempêtes*.
Que fallait-il pour jeter l'effroi dans ces cœurs d'airain? Un coup de tonnerre, un éclair, qui le croirait? la chute d'une cigale ' faisait pâlir les maîtres du monde. Combiea de lois souhaitées avec passion, délibérées avec maturité, ont été soudainement abandonnées parce qu'une corneille avait traversé l'horizon I Chose étrange, la panique survit chez eux à la croyance. QuaQd la foi a disparu, il reste un fond de stupeur, qui se montre dans toutes les affaires où la religion est mêlée. La bienséance, la coutume, deviennent pour eux autant de nouveaux Dieux Termes qu'ils n'osent déplacer. Hardis de caractère, tinaides de pensée, c'est encore le tempérament des nations modernes de race latine. Ne semble-t-il pas que tout ce qu'il y avait de vagues terreurs, de paniques sérieuses ou de convention dans la religion des Romains ait. passé dans la religion de ces peuples?
Ni iHarius n*osa proscrire les anciens cultes, ni Sylla les nouveaux; ce qui fit que les Romains se troi^vèrent envahis dès qu'ils eurent achevé de vaincre. Quand ils crurent avoir dompté le monde, ils syccombèrent sojys les représailles du monde; car, de chacune des cités que l'on croyait mortes, sortit non une plninte, mais yn commandement. Longtemps avant César, les Dieux étrangers passent le Rubicon; ils inaugurent le droit, la nationahté de l'étranger; à la fin, chacune des provinces conquises se choisit son César, c'est-à-dire^ un maître à ses vainqueurs. Ce ne sont pas les proconsuls qui traînent après eux
« Ck.,deUg., H, 2.
* Tempestatibus, Cloacinœque. (Varr., De L., L, IV, p. 19.)
5 Plut., %//«, 16.
l'Asie; c'est la bonne Déesse, c'est Sérapis, c'est Milhra. D'autre part, Mercure Teutatès ouvre aux Germains la porte de la iroie Flanainienne.
Alors on vit que Rome n'avait vaincu que pour ses ennemis; c'est rimmense méprise qui se découvre clairement^ au temps des Empereurs.
Voilà comment, dès que les Religions ne furent plus qu'un instrument de politique, elles s'usèrent avec une prodigieuse rapidité. Pour suffire à une telle dépense morale, Rome eut besoin de puiser à toutes les sources du monde pa'ien. Les Dieux romains ^ sont les premiers dont Rome se dégoûte. Leur autorité ne dure guère plus que celle des rois*. Après eux, viennent les Divinités grecques; elles président à rétablissement de la République. Déjà le premier des Brutus méprise l'autorité des sibylles d'Italie; il va demander au dieu de Delphes le secret qu« les autels italiens ne connaissent plus. A son tour, Delphes s'épuise; l'oracle se retire en Egypte, dans les sables d'Ammon. Dès la seconde guerre punique, tous les Dieux connus ont perdu leur crédit. Pour échapper à Annibal, Rome* se précipite dans le culte de la bpnne déesse de Phrygie : avec lui commence le règne des Dieux orientaux. Ils remplissent de leurs génies monstrueux l'époque de l'empire, et finissent pas traîner après eux la constitution impériale que Ton/ vit paraître avec Dioclétien. H vint un moment où il ne se trouva plus dans le monde, un temple, un sanctuaire, un culte, un oracle, . un autel, un dieu païen qui n'eût servi à la politique romaine, et qui ne se fût ruiné dans cette alliance. Rome
* Nunc vix nonien notum paucis. (Varr. L., L. V, p. 50.)
* Nec jam in secrelo modo alque intra parietes ac postes contemnebantur Romani ritus, ^ed in publico etiam ac ibro. (Tit. làv., XXV.)
* Cic, de Anup. responsts, 13.
384 LES RËLIGFONS ROMAINES.
avait dévoré* la substance entière du Paganisme; la Cité païenne dut disparaître avec lui.
Entre la foi professée en public, et l'incrédulité déclarée dans Tintimité*, la contradiction était devenue trop flagrante. Tout le monde voyait qu'un pareil jeu ne pouvait durer. Dans une situation aussi fausse, les Romains tremblaient au milieu de la prospérité. Comment sous le mensonge officiel ne se seraient pas ouverts des abîmes? On sentait au fond de chaque chose un mauvais présage.
Enfin, une nouvelle se répand en pleine paix. On rapporte * qu'un bruit sourd s'est fait entendre avec un frémissement d'armes, dans le territoire latin. Le peuple romain s'inquiète, il s'effraye. On interroge solenniellement les Aruspices. Ceux-ci répondent que ce bruit sourd annonce* que la forme de la société est menacée de cfcûnger. C'était, en effet, peu d'années avant Técroulement de la République; on entendait déjà craquer l'édifice.