‹ Œuvres complètesChapitre 60 sur 67 · LES CÉSARS. — LA RELIGION DU DROIT. — FIN DE LA CITÉ ANTIQUE · texte numérisé non relu

LES CÉSARS. — LA RELIGION DU DROIT. — FIN DE LA CITÉ ANTIQUE

Dans la manie d'inventer des auspices au gré de leur politique, les partis avaient fini par ôter toute religion

^ Gum Dii quoque novi ad opem ferendam dubiis rébus accesserentur. (TIt. Liv., IV, 4.)

* Si quis est qui curet Deus. (Cic, àd Âttic.f t. IV, 416.)

^ Quod in agro Lartiniensi auditus est strepitus cnm fremitu. (Cic, de Arusp.)

* Providete ne reipublics status commutetur. (Cic, de Arttsp. responsiSy p. 326.)

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au peuple; et comme, chez lui, Religion élait synonyme^ de Peur, il se trouva débarrassé de ces deux freins à la fois, et ne se confia plus qu'à la force, ce qui devait nécessairement amener le régime des Empereurs. Le Forum fut au milieu 'des armées; personne ne s'étonna quand Yalère Maxime dit à Tibère, dans la préface de son livre : « Les autres Divinités ne sont que dans l'opinion; mais ta « Divinité, nous la voyons, nous la touchons en toi. Nous « avons emprunté au monde le reste des Dieux, nous lui a avons donné les Césars '. »

11 ne faut pas tant s'étonner qu'un si grand nombre d'Em* pereurs aient pu se croire de la famille des Dieux, ou Dieux eux-mêmes. Cela tenait à l'idée que les Romains avaient fini par se faire des religions païennes. Dès les temps d'Ennius, les patriciens étaient d'avis que les Dieux n'étaient rien que de grands hommes. Cette doctrine admise, il ne se vit bientôt personne, chez les Césars, qui ne se sentît l'égal de Saturne', d'Hercule ou de Quirinus. Si Jupiter n'a été qu'un petit roi de Crète, pourquoi, après tout, le maître du monde romain ne serait-il pas la Divinité de son temps? Qui empêchait de prendre au sérieux l'apothéose? L'imitation des Olympiens explique seule l'état monstrueux dans leqjuel ont vécu la plupart des empereurs, état dont l'équivalent ne se retrouve dans aucune histoire. Des hommes qui perdent la raison en contrefaisant les Dieux 1 A leurs pieds le genre humain, de moitié dans cette folie, leur élève des temples, leur assigne des collées de prêtres; eux-mêmes sacrifient à leur propre di-

* Religione patrum, timoré, et est reciprocum. Connexa enim sunt metus et Religio. (Servius, ad jEneid., II, p. 653.)

* Deos enim reliquos accepimus, Cœsares dedimus. (Ad. Titer.f Prol.)

^ Hoc sermone ostendtt etiam Saturnum virum fuisse. (Servius, ad i«:««d., VIII,p.l319.)

3aH LES RELIGIONS BOMAIHËS.

vinité I Qui croirait pouvoir jouer longtemps impunément ce jeu?

La raison de César y résista; mais le délire commence avec Antoine : il change de nom, il s'appelle le père Bacchus. Le thyrse à la main, il est le premier qui s'enivre à la coupe de nectar. Caligula dit à Jupiter : « Tue-moi ou je te tuerai. » Qui saura ce qu'il y avait de vrai dans ses amours nocturnes avec la lune? Domitien signe ses décrets : c( Votre Seigneur et votre Dieu*. » Entre tous ces illuminés de l'Évhémérisme, le plus insensé n'était pas Héliogabale qui voulait qu'on l'appelât ^ le seigneur Soleil.

Ce qui semblait devoir rendre l'égarement universel fut précisément ce qui sauva la raison humaine. De la conrusion de tous les Dieux dans le système romain^ on tira cette conséquence^, qu'ils différaient seulement par les noms, et que tous se réduisaient à un seul. Cette idée de l'unité une fois entrée dans le Paganisme, il est vraiment incroyable avec quelle autorité elle s'imprima dans les lois et les institutions sociales. L'égarement des Empereurs ne put y faire obstacle; au contraire, ils la servirent malgré eux; et l'on vit dans le même moment tout ce qu'il y a de plus effréné, et tout ce qu'il y a de plus raisonnable, le délire des dovize Césars et l'âge d'or du droit romain. A côté de chacune de ces dynastie .d'insensés se trouve l'un des hopames qui représentent ce que Ton a nommé la Raison écrite, et qui s'appellent eux-mêmes* les prêtres du droit. Gaïus se rencontre avec Commode,

* Suétone, Dùmit.

* Gabalus etiam imperator Romanus solem se did volait. (Serrius, ad ^n«d.,VIT, p.1160.)

5 Cic, de Nat. Deor.y II, 24, 25. .

* Cujus meriiô quis nos sacerdotes appellet ; justitiam najnque colimns. (Ulpien, Dï^., T, tit. I.)

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