DE LA FILIATION DU GENRE HUMAIN
La terre encore déserte a soif de vie morale plus que de rosée. La scène préparée attend le personnage; il arrive ; des tribus, des nations, des États remplissent de bruit les vallées jusque-là silencieuses du monde naissant; et l'unité de caractère que chacun de ces groupes conserve à travers la suite des générations, donne au drame de l'histoire l'unité que tout semblait rendre impossible. A peine sortie du limon, chaque race porte dans ses traits, dans son cœur, dans ses pensées ébauchées, l'empreinte inedaçable d'un sceau particulier, comme si elle eût contracté déjà des habitudes de corps et d'esprit au sein d'un monde antérieur. Les siècles passeront sans pouvoir effacer jamais cette première empreinte. Après des milliers d'années, l'habitant de l'Egypte restera semblable à l'Osiris basané des Pharaons; le type des Faunes se transmettra d'âge en âge dans les traits des tribus de l'Arcadie; depuis sa naissance jusqu'à sa mort, chaque peuple gardera sur son visage le masque de son dieu.
Qui a marqué de ces types indestructibles le front des races humaines? d'où viennent ces penchants, ces vocations, ces missions déterminées qu'aucune révolution ne peut détruire? C'est le secret de l'atelier de la Providence; car si la plupart des peuples contractent des ressemblances avec les lieux qu'ils habitent, il en est d'autres qui, toujours réagissant contre cette influence, semblent étrangers dans leur patrie. Malgré les flots qui les pres-