‹ Œuvres complètesChapitre 8 sur 67 · DE LA FIUATION DU GENRE HU»L\LN · texte numérisé non relu

DE LA FIUATION DU GENRE HU»L\LN

saient de toutes parts, jamais les habitants du Pèloponèse n'ont pu prendre les habitudes de la vie maritime. Sous le ciel de la Toscane, les Étrusques gardent un tempérament étranger; vous diriez qu'ils regrettent une terre lointaine. Plus tard, les Irlandais, sur leurs grèves battues des vents, conserveront dans leur esprit Téclat et la fleur d'une contrée asiatique; différences qui viennent en partie de ce que les races humaines, au milieu de tous les changements, restent dans un rapport constant avec les lieux d'où elles sont primitivement sorties, et où elles ont reçu l'empreinte et le sceau particulier que le Créateur leur a donnée avec la vie. Il est rare qu'un peuple fleurisse où il est né; son tombeau est presque toujours loin de son berceau ; et le vent violent qui ne cesse d'agiter les races d'hommes, les disperse çà et là, comme la semence du palmier. Quand un peuple est nommé pour la première fois dans l'histoire, il sent déjà plutôt qu'il ne possède tout un passé inconnu dont les moments se confondent pour lui dans une vague éternité. La Nature, en le berçant, a étouffé ses vagissements dans le fond des forêts; le petit de Faigle, nouvellement éclos, a seul entendu, dans la solitude, le pre^mier cri de l'empire qui vient de naître. Ce peuple a commencé d'être; il est déjà tout lui-même, ayant une forme distincte, un caractère propre, des habitudes d'esprit ineffaçables, des traditions séculaires, une langue sacrée, écho d'une religion immémoriale, c'est-à-dire le miracle de l'organisation civile. Avant d'être le héros de sa race, Achille reçoit dans le sein des forêts les instructions du Centaure; en le suivant à la course, il se prépare à traverser d*un pied léger le champ de l'Iliade. Il apprend du vieillard contemporain du chaos, non pas seulement l'invention de l'arc et de la flèche, mais aussi la tradition et le mystère des premiers

jours du monde. Tout peuple reçoit de même, en secret, les enseignements de Chiron.

Cette éducation se fait surtout par les migrations, puisqu'il n'est pas une tribu qui ne soit longtemps errante sur la face de la terre, avant de se fixer dans le lieu où son génfe natif doit prendre racine; ce qui explique pourquoi le genre humain semble égaré dès le commencement. Comme il ne sait d'où il vient, il sait encore moins où il va. Chaque peuple croit être le père et le conducteur de tous les autres; dans le vrai, chacun prend conseil, non de lui-même, mais de la nature seule, à travers les routes qu'aucun pas n'a encore frayées. Les vallées inviolées, les fleuves, le vent qui emporte les feuilles, voilà les premiers conducteurs du genre humain; où les fleuves manquent, on se confie à l'instinct des bêtes fauves. Les louves allaitent alors les fondateurs d'Etats; tel antre de lion est le berceau d'un empire. La tortue sacrée, immobile au bord du fleuve Jaune, retient là, par son oracle, l'empire immobile des Chinois. Le cheval de Juda, errant dans le désert, hennit à l'approche du pays de Chanaan. Des aruspices interrogent le vol des oiseaux. Que de villes bâties sur le conseil d'un oiseau prophétique! Le cri du pic-vert augurai rassemble les peuples latins comme une couvée. Les Chalcidiens suivent des tourterelles, les Mégaréens une bande de grues. Un essaim d'abeilles marque la place de la tribu bourdonnante des Athéniens. Douze vautours appellent au bord du Tibre le peuple vautour. Un cerf, poursuivi à travers le Palus-Méotide, marque le chemin de l'Europe à la meute des tribus germaniques. Dans le Nord, le corbeau* sacré, sur le frêne sacré, montre aux peuples d'Odin leurs routes sur le Wolga, et des éperviers glapissent au-devant des Slaves. Partout les peuples nouveau-nés écoutent les bruits de la nature organisée, et

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